CHAPITRE III
Sur le choix du travail convenable aux yeux faibles.
Une des règles les plus importantes, concernant le choix des occupations propres aux personnes dont les yeux sont faibles , consiste
dans l'attention de remplir , a la plus grande clarté du jour , celles qui demandent quelque contention d'esprit et une forte application de la vue , en remettant au soir , s'il est possible, les occupations les plus légères ; et quand elles lisent pour leur amusement , de choisir les caractères les moins saillans , et le papier plutôt d'un blanc azuré que d'un blanc de lait.
Mais comment se conformer à ce précepte y lorsque depuis un certain temps , sous prétexte d'améliorer l'impression, on la rend plus pernicieuse de jour en jour sur-tout pour les yeux dont il est ici question ? Elle acquiert, il est vrai , plus de netteté -, sa rondeur et la beauté du papier la rendent agréable , mais combien les vues faibles en sont-elles plu$ affectées que par les ouvrages les plus fins ! Eûton la vue la plus forte, on acquerra' la preuve de ce que j'avance , si on lit de telles impressions pendant une couple d'heures de suite. Les lettres italiques , et sur-tout les caractères stéréotypes , sont à mon sens , les plus funestes à la santé des yeux. On ne manquera pas d'en éprouver une fatigue d'autant plus remarquable , qu'au contraire il est possible de lire pendant trois ou quatre heures consécutives , çt sans en ressentir la plus légère incommo--
dite , tout livre à caractères ordinaires. Maïs c'est en vain qu'on se récrie ; les impressions convenables à tous les âges et a tous les yeux commencent a être bannies , et font place à des éditions plus enjolivées , mais plus fatales a la vue.
Je ne nie pas que ces érijolivemens flattent agréablement la vue \ mais d'un autre coté , 6n ne disconviendra pas que îiôs yeux rie soient promptement fatigués par la rondeur saillante et trop uniforme de ces lettres , et je rie doute nullement qu'une infinité de personnes ayent payé chèrement ce plaisir par un affaiblissement quelquefois incurable de la vue. Je ne prétends pas proscrire tout-a-fait la lecture dé ces caractères ; triais je souhaiterais qu'on ne les lût pas de préférence à tout autre ; encore moins prétendrais-je affaiblir le mérite des inventeurs de la stéréotypie -, ce que je me permets d'en dire n'est que pour servir d'avertissement aux gens a vue faible, afin qu'ils se prémunissent contre cette lecture qui leur est si dommageable. Elles doivent aussi prendre garde de ne pas écrire trop fin et trop serré , car cela pourrait ajouter a leurs maux la myopie ou le strabisme.
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