‹ Des moyens les plus efficaces pour conserver la vueChapitre 23 sur 32 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Du traitement qui convient aux yeux après de graves maladies*

I L est d'observation généralement reconnue, qu'après une maladie grave , et sur-tout après des inflammations qui ont absorbé trop d'humeurs , aussi bien qu'après les maladies nerveuses , les yeux deviennent si faibles, que cette faiblesse approche de la cécité, ou donne du moins au convalescent une crainte fondée de perdre la vue. Dans ces cas, ordinairement on ne manque pas de recourir avec avidité a des remèdes soi-disant fortifians , et qui presque toujours accroissent le mal au lieu de le guérir (1).

(i) Il est probable que M. Béer a^ici en vue les remèdes toniques ou stimulans que quelques personnes appliquent dans ces circonstances sur les yeux, et qui en effet, sont inutiles. Mais il ne saurait en être ainsi de l'usage modéré des m édicamens toniques à l'intérieur. Il n'est pas de médecin qui n'ait souvent constaté les avantages de ces inédicainens associés aux moyens hygiéniques

D'après mes instructions , on fait disparaître cette faiblesse remarquable , et l'on en prévient les suites fâcheuses, si pendant un court espace de temps on s'abstient de toute application de la vue , jusqu'à ce que le corps ait repris ses forces , et que les yeux soient redevenus capables de souffrir quelque tension* En conséquence, les bons alimens qui n'échauffent pas le sang, mais qui fortifient peu-a-peu, sont tout ce qu'on peut recommander de meilleur a ces sortes de malades.

Un des plus grands abus auxquels on puisse s'adonner après avoir souffert une maladie sérieuse, et duquel j'ai vu provenir une sorte de cataracte , est de s'amuser à lire du matin au soir, comme font beaucoup de gens qui ne savent comment passer le temps de leur convalescence ', c'est ainsi qu'en récréant leur esprit , ils ne nuisent pas moins à leur tête qu'à leurs yeux.

Pour rétanlir promptement ces organes , après une maladie grave, il faudrait, ce me semble , les essayer de temps à autre , les

pour consolider la convalescence de la plupart des maladies graves, et pour abréger sa durée.

( Note du Traducteur. \

accoutumer peu-à-peu à leurs fonctions par un exercice agréable , les occuper du tableau mouvant des objets les plus variés, et non les fatiguer sans relâche par une application trop uniforme. J'ai été témoin des bons effets de cet avis, chez un homme de mérite que j'ai traité il y a deux ans.

Ce digne homme , après une fièvre nerveuse et catarrhale de longue durée, fut atteint d'une si grande faiblesse des yeux, qu'elle le jeta dans une crainte continuelle de perdre la vue. Son angoisse fut encore augmentée par une susceptibilité du cerveau , qui ne contribua pas peu a accroître la faiblesse de ses yeux, tellement que lorsque je fus appelé , je trouvai le malade dans l'état le plus déplorable. On lui avait fait occuper l'endroit le plus retiré et le plus sombre de la maison , sans compter l'eau de Cologne et tant d'autres petites eaux qu'on ne manquait pas de lui faire respirer, et dont il se trouvait plus mal. Mon premier soin fut de lui prèscriredesalimens solides et nourrissans, quelques petits repas d'amis, un verre de bon vin, un exercice modéré au grand air, et l'usage de la vue a une lumière égale et claire. U continua ce régime pendant quelque temps, et le bon homme, tout en s'entretenant avec

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ses amis , oublia bientôt son mal , qui dispa* rut en effet au bout de trois semaines , bien qu'on eût appréhendé d'abord cette sorte de cécité appelée goutte sereine (1). Ses yeux , aussi bons qu'avant la maladie , pouvaient supporter une tension durable*

Les maladies après lesquelles les yeux sont sujets a s'affaiblir, et qui exigent du repos pendant quelque temps , sont , outre les maladies inflammatoires et les catarrhales , la pléthore, les fièvres pourprées , la petite-vérole, et la rougeole sur-tout, qui, chez les grandes personnes particulièrement, entraînent un long affaiblissement de la vue , souvent si marqué, qu'elles ne peuvent se livrer a la plus légère occupation sans que leurs yeux ne deviennent rouges, larmoyans et trèssensibles.

Il en est de même après les coups a la tête après des chutes qui secouent violemment le cerveau, et qui souvent font naître des accidens fâcheux, lorsque, joint à cela , on force ses yeux pendant la convalescence.

Je pourrais proposer ici un plus grand

(1) Voyez la cause de ce défaut clairement démontrée par le célèbre professeur J. de Gorter , dans sa chirurgie 7 page a ^4.

C 125 ) nombre de règles a suivre dans ces cas ; mais comme plusieurs médecins en ont suffisamment écrit , et que mes avis ne regardent que les circonstances où l'on peut se passer des gens de Fart, je préfère garder le silence, afin de ne choquer personne.

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