‹ Des moyens les plus efficaces pour conserver la vueChapitre 24 sur 32 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De Vexpuhion des corps étrangers qui se sont introduits entre le globe de l'œil et les paupières.

vjombien de fois n'arrive-t-il pas qu'un vent plus ou moins fort souffle des corps étrangers dans l'œil? Combien de fois certains artisans n'ont-ils pas été atteints dans les yeux, par de petites parcelles de fer, d'étain, d'argent jdu d'or , et avec quelle imprudence ne $e conduisent-ils pas dans tous ces cas ?

La première chose que chacun fait , comme machinalement, est de se frotter les paupières avec la main, abus qui demeure rarement «ans de fâcheux résultats , et qui ne peut manquer d'entraîner une inflammation , et quelquefois même la perte de l'œil, puis-

C 127 ) que , par ce frottement inconsidéré , on s'expose le plus souvent à faire entrer plus avant des corps anguleux ou hérissés de pointes , lesquels portent le ravage dans la vue \ tels sont des paillettes de fer, que les gens de Part ont peine a retirer de l'œil sans l'offenser.

Aussitôt que quelque corps étranger, de quelque nature qu'il puisse être , s'est introduit entre les paupières , et qu'il peut affecter dangereusement la vue par sa nature, sa forme aiguë , ou sa nature chimique , tel , par exemple, que la chaux vive , etc. , on l'expulsera en tirant en haut la paupière supérieure, et en penchant la tête en avant. Le mieux serait de le faire soi-même , car la sensibilité donne la juste mesure pour ne pas la tirer trop fortement. En tenant ainsi la paupière élevée , et l'œil en repos pendant quelques instans , on sentira bientôt les larmes couler en abondance , et ce flux ne manquera guère d'entraîner avec lui les corps étrangers, ou du moins de les porter vers le grand angle de l'œil, d'où on pourra aisément les enlever au moyen d'un léger tampon de linge fin , ou avec la corne d'un mouchoir.

Si cette opération n'est pas suffisante , on passe à plusieurs reprises, et doucement, le

doigt sur la paupière , depuis l'angle externe de l'œil jusqu'au grand angle, ce qui force le corps de descendre vers la glande lacrymale, d'où l'on peut le retirer a l'aide d'un pinceau très-lin.

Enfin, lorsque par ces moyens on ne réussit pas , on prend , ainsi que je l'ai dit tcntà-Pheure , la paupière supérieure , *}u'on tient élevée autant que possible , et. en tournant l'œil du côte du nez , pour passerentre deux le petit pinceau enduit de crème de lait , ou de mucilage de gomme arabique , en commençant de l'angle externe ( ou petit coin de l'œil ) , et finissant vers le grand angle : le corps étranger ne manquera pas de s'y attacher.

Mais cette dernière opération est plus praticable et d'un succès plus assuré , quand une autre personne que le malade s'en acquitte ; car elle peut beaucoup mieux découvrir l'endroit où le corps étranger s'est x-etiré. Pour cet effet, l'opérateur fera mettre le malade sur une chaise près de la lumière, la tête penchée en arrière ; il tiendra lui-même la paupière élevée d'une main , de manière d[àé l'autre n'ait qu'a passer légèrement le pinceau sur l'endroit où gît le corps , qu'il enlèvera sur-le-champ > cette méthode fait beau-,

coup moins souffrir que quand on s'opère

soi-même : et toute personne peut aisément

remplir cette petite fonction, qui demande

^peu d'intelligence.

Aussitôt qu'on sent que le corps étranger , parcelle de verre, de fer, ou autre corps angulaire , est attaché a l'oeil , et qu'on ne peut le retirer avec le pinceau , il est essentiel de recourir a un habile açtiste j car dans la plupart de ces cas , en s'opiniâtrant , on courrait risque de perdre l'organe.

Vient-il à jaillir dans l'oeil quelque parcelle de chaux vive, du vitriol, du tabac très-sec, ou du poivre, il faut alors passer, entre la paupière et l'oeil, un pinceau plus gros que le précédent , après l'avoir enduit de beurre frais , et de suite appeler un homme de l'art pour achever l'opération , celle que j'indique n'étant que préparatoire \ elle est pourtant indispensable ; car si l'on était obligé d'attendre seulement un quart-d'heure pour cette première opération , tous les points de la cornée transparente qui auraient été trop long-temps irrités par la présence de ces substances corrosives , se raccornîraient , se fronceraient et deviendraient entièrement opaques.

C'est ici le lieu de recommander fortement

de ne jamais essayer de faire sortir ces corps étrangers et caustiques par des frictions ou par des bains d'yeux : car par-la l'effet s'en répartit davantage , et le danger pour l'œil devient plus grand. Seulement on doit par préférence y introduire quelque matière grasse , telle que du beurre frais ou de la crème de lait, qui s'opposera pendant quelques momens a Tâcreté des matières en question.

Souvent aussi il arrfve que lorsqu'un corps s'est introduit dans l'oeil , celui-ci éprouve une contraction si violente , qu'il est impossible de l'ouvrir -? dans ce cas il faut promptement appeler un homme de l'art , si l'on veut prévenir des suites sérieuses ] car toute personne qui n'est pas de la profession , ne peut y apporter aucun secours , de quelque intelligence qu'elle soit capable.

Mais je ne puis assez blâmer ici l'usage insensé où l'on est communément d'insinuer d'autres corps dans l'oeil malade. Je veux parler des yeux d'écrevisses ou semblables dro-> gués. Il m'est survenu souvent des malades qui avaient porté de ces prétendus remèdes pendant deux ou trois jours. Est-il étonnant qu'après cela il se déclare une inflammation opiniâtre, puisque nous voyons toujours le corps qui tombe dans Poeil , si petit que Ge

f.iSO

Corps soit, et si peu de temps qu'il y demeure, y laisser après son expulsion, pendant quelques heures , et même pendant quelques jours, un rougeur et une sensibilité pénible a l'air et a la lumière ? Mais on préviendra ces accidens , en se lavant souvent l'oeil malade avec de l'eau fraîche, après que le corps étranger en sera sorti.

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