DE L'AUTEUR
Aucuw de nos sens extérieurs ne nous fournit des plaisirs plus étendus, plus constans et plus variés , que celui de la vue. Après une longue suite d'années , nous nous ressouvenons encore a un joli paysage , d'un beau tableau, en un mot, tous les objets qui ont charmé nos yeux , sont présens à notre esprit. Et combien l'œil, à chaque instant, nous procure de jouissances nouvelles ! Les autres organes, qui, comme celui de la vue, nousentraînent sans cesse vers le plaisir , ne sauraient nous en offrir une seule qui soit aussi prompte , aussi peu coûteuse, aussi durable.
Avec quelle célérité , par exemple 9 le souvenir d'un concert délicieux nous
\iij PRÉFACE.
échappe , lors même que nous l'avons entendu avec la plus vive satisfaction f En vain nous faisons tous nos efforts pour en rappeler à notre mémoire l'ensemble harmonieux , et les sensations ineffables qu'il a excitées en nous. Au contraire , l'objet que nous avons une fois vu, se présente cle lui-même à nos yeux, avec toutes ses particularités, et avec tant de précision , que nous sommes en état de le dépeindre long-temps après , avec toutes les nuances dont il était revêtu. Et nous négligeons si souvent cet organe précieux; que dis-je ! nous le mettons tant de fois à la torture avec une témérité si coupable > qu'on doit en effet s'étonner qu'il y ait si peu de gens entièrement aveugles- Mais aussi comment pourrait-on le maintenir dans un état de santé, et veiller à ce que le plus délicat de n»s organes soit traité avec douceur, si , lorsqu'il est malade, on le confie à des
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gens inhabiles , en un mot , à des charlatans ?
Puisse cet écrit engager mes concitoyens à porter un soin plus particulier qu'ils n'ont fait jusqu'ici , à une partie dont dépend leur plus grand bonheur ! il en est plus que temps; si Ton considère combien de personnes commencent à souffrir étrangement de la vue depuis un certain nombre d'années.
Gomment peut-on conserver ses yeux en santé? m'a-t-on demandé bien des fois, depuis quinze ans que j'habite cette ville ( Vienne ) , où je jouis , comme oculiste, de la confiance du public ? Gomment doit-on les traiter lorsqu'ils Sont déjà affaiblis ? Enfin , comment peut-on se soigner soi-même dans des cas accidentels qui n'exigent pas , à proprement parler, les secours des gens de l'art-, et dans des lieux sur-tout où il n est guère possible de s'en procurer ?
Qui pourra ? ou qui devra répondre à chacune de ces questions importantes 9 si ce n'est un oculiste expériinenté , dont le devoir #>e consiste pas seulement à traiter ses concitoyens malades , mais encore à êti-e attentif au maintien de leur çaitfé ?
Pour répondre à ces questions d'une manière satisfaisante, il est besoin d'une expérience longue et consommée; on ne sera donc pas étonné que j aie hésité si long-temps à me rendre aux instances réitérées qu'on m'en a faites, bien que ma seule pratique et lo nombre considérable de maladies de .eel organe ; que j'ai traitées dans des sujets de lout rang , aient pu me fournirassezd-occasionsde tirer des conséquences exactes, touchant la conservation de la vue, et le soin des yeux lai nies.
La diversité infinie des causes des maladies des yeux , diversité que j'ai assiducraent étudiée , pouvait seule