CHAPITRE PREMIER
Des soins continuels et journaliers qu'ori doit avoir de ses yeux , lorsqu'ils^spiit en santé.
A. Traitement des yeux le matin , au réveil.
On choisit ordinairement l'endroit le plus reculé du logement pour y passer la nuit en repos 3 de là vient que les chambres a coucher 6ont , pour la plupart , très-sombres . Beaucoup de personnes même ne croient pas avoir assez fait; les fenêtres doivent être pourvues de volets, les lits d'épais rideaux, afin que le moindre bruit , le plus faible rayon de lumière, ne viennent pas troubler leur douce quiétude.
Ma poitrine se resserre, lorsque je pénètre dans l'air étouffant de ces retraites/
Comment conserver sa santé sans altération , dans un tourbillon de vapeurs , souvent méphitiques ? Comment ceux sur -tout qui doivent faire le jour un usage forcé de leur vue, demeuraient-ils exempts d'accidens funestes? De la proviennent, a n'en pas douter, ces figures blêmes et flétries de nos citadins, dont la physionomie ressemble aussi peu au visage fleuri de nos campagnards , que le croquis d'un dessin ressemble a un tableau fini.
Non-seulement on s'enferme comme dans une prison , mais encore on passe subitement de ces noirs cachots a l'appartement le plus éclairé de la maison , conduite si nuisible k la vue , que la plus longue habitude qu'on en ait contractée, n'en peut prévenir les suites fâcheuses ; et quoique l'on ne remarque pas des effets très-soudains de cette imprudence, il n'est pas moins vrai que les résultats , pour n'être pas tout-à-coup visibles , ne s'en déclarent pas moins inévitablement, chez les uns plus tôt, chez les autres plus tard 3 j'ai eu souvent l'occasion de m'en assurer par la consultation de gens, d'âge encore peu avancé, qui auraient pu s'opposera l'affaiblissement de leur vue, en s'arrachant plus tût aux. mauvaises habitudes dont je viens d«
parler , qui seules étaient la cause du dépérissement de leurs yeux.
fi Ainsi , la première règle qu'on doive suivre journellement pour la conservation de ses yeux , lorsqu'ils sont en santé , consiste : i°. « A ne pas s'exposer trop subitement » à une grande clarté , au moment du ré*. y> veiL »
Et pour suivre cette règle dans toute son çtendu/e , il est de première nécessité de ne pas rendre trop sombre l'appartement du coucher. Les fenêtres doivent être pourvues seulement de rideaux verts, qu'on doit bien se garder d'ouvrir aussitôt après le réveil my du moins il faut attendre quelques minutes, afin que les yeux préparés par une lumière modérée , ne soient pas tout -à-coup frappés de l'éclat du grand jour. J'ajoute encore que, pour que la lumière qui passe à travers les rideaux n'incommode pas la vue pendant le sommeil, il faut tâcher de se procurer une chambre dont les fenêtres soient le moins exposées au soleil levant.
J'entends plusieurs de mes lecteurs s'écrier ici : Est-on toujours le maître de choisir une chambre a sa guise ? A cela je réponds : on peut au moins faire que le lit soit toujours disposé de. manière a ce que le grand jour n©
tombe pas d'a-plomb sur les yeux , si mieux on n'aime sacrifier sa santé a certains arrangemens de meubles.
Quelques-uns penseront peut-être que j'en dis trop a cet égard. Beaucoup de personnes douteront qu'il y ait des gens assez ennemis d'eux-mêmes pour préférer une disposition agréable de leurs meubles a la conservation de leur vue.... Cependant je n'ai que trop rencontré de ces entêtés qui,, pour n'avoir pas voulu se rendre à mes avis, ont eu à s'en repentir, mais trop tard.
Une autre raison pourlaquelle on donne la préférence aux petits appartenons pour coucher, c'est qu'en général on garde les grandes pièces pour recevoir compagnie ; et on ne réfléchit pas qu'en choisissant ces petits antres obscurs pour y reposer 9 on tombe dans une faute grave : j'aurai lieu de la relever, lorsque je parlerai des effets du mauvais air.
Se trouve-t-on dans la triste nécessité de coucher dans une chambre dont les croisées s'ouvrent a l'Orient, est-il si difficile de modérer l'action de la lumière par des rideaux plus épais, et même au besoin , par un simple paravent qu'on place près le chevet du lit , afin qu'au réveil la vue n'en soit pas si for-
(5) tement frappée ? Puisse le fait suivant convaincre mes lecteurs de la vérité de ce que j'avance et les engager à ne pas perdre de vue cette importante maxime !
Il y a cinq ans qu'un voyageur, jeune et d'une parfaite santé , descendit le soir dans une auberge de cette ville (Vienne). Le lendemain matin , les rayons du soleil qui vinrc a se réfléchir d'un mur de côté et du plancher , sur ses yeux , le réveillèrent en sursaut. Il se lève pour fermer les rideaux, qui étaient blancs, et se recouche ensuite; Il ne tarda pas à être réveillé encore plus désagréablement par les rayons du soleil, qui, dans ce moment, dardaient sur sa vue à travers de minces rideaux. Un. llux de larmes, accompagné d'une constriction insupportable, et de rougeur aux paupières, furent les suites inséparables d'un accident, qui n'eût eu rien de fâcheux, si, le matin suivant, le jeime homme ne se fut exposé de nouveau aux mêmes dangers; il en résulta une inflammation long-temps rebelle a tous les remèdes , laquelle ne put entièrement disparaître, que lorsque j'en eus découvert la véritable cause, et que le malade eut quitté tout- a-fait son apr parlement. Malgré tous les soins possibles, il çonaerva, depuis, cette époque, une faibles s*
(6) d'yeux assez considérable, et une disposition si grande a l'inflammation , que , tout guéri qu'il fut, il ne put de long-temps supporter le moindre vent ou le moindre échauffement du corps, sans être atteint bientôt d'une rougeur remarquable sur ses yeux débiles et larmoyai! s.
Je pourrais citer de tels exemples en trèsgrand nombre. Beaucoup de personnes qui , par la même cause, souffraient des yeux depuis des années, me remercient journellement pour les avoir engagées à réfléchir sur l'origine de leurs maux (1).
(1) A cette occasion, je dois dire un mot d'un préjugé qui m'a souvent fait passer des momens bien tristes dans ma pratique. C'est une coutume ordinaire , et même celle des personnes qu'on ne peut taxer d'ignorance , d'exiger qu'un médecin , et sur-tout un oculiste, prescrivent surle-champ au malade un remède quelconque tiré de la pharmacie j s'il ne le fait pas, il peut être assuré de passer pour un ignorant, ou du moins pour n'avoir nulle connaissance de la maladie sur laquelle il est consulté. Cette singulière manière de juger des talens d'un médecin , a pour cause la conduite de ces charlatans qui , usurpant le titre d'oculisîe, aveuglent les pauvres gens qui
(7) Non-seulement l'effet de la lumière est préjudiciable a la vue au moment du réveil , il en est de même de l'habitude funeste et enracinée où Ton est généralement de se frotter les yeux le matin en s'éveillant. Les gens en parfaite santé, qui dans leurs travaux n'ont pas besoin de forcer leur vue , ne ressentent pas si promptement le dommage qu'occasionne cette coutume inconsidérée ; mais elle cause un préjudice d'autant plus remarquable , qu'on fait un usage plus ou moins forcé de cet organe. On voit quelquefois des personnes qui, toute leur vie, ont les yeux rouges et larmoyans ; on cherche bien loin la cause primitive de ces sortes d'indispositions,
ont le malheur de s'adresser à eux, et qui, au moyen de leurs drogues et de leur jargon , s'empressent de les servir aux dépens de leur bourse, et au détriment de leurs yeux. Comment, d'après cela, se former une juste idée du véritable oculiste, qui guérit souvent sans tout cet étalage de soi-disant remèdes , s'attache à connaître et à dédétruire la cause du mal , et ne la combat qu'avec la plus grande prudence ? Aussi y a-t-il peu de temps que cette branche délicate de la médecine est cultivée avec toute l'attention qu'elle exige.
et Ton ne voit pas qu'elle est toute entière; du moins chez plusieurs sujets, dans cette funeste manie de se frotter les yeux en s'éveillant (1).
2°. « Du moins ne faudrait- il pas se les » frotter sirudement , en s' éveillant sur-tout , » mais seulement passer légèrement le doigt » sur les paupières , et se servir même d'un » peu de salive, quand on éprouve de la y> difficulté à les ouvrir. »
Plusieurs femmes délicates souriront ici , je le pense bien ; mais leur rire moqueur se changera bientôt en signe d'approbation , si elles daignent apprendre à connaître par expérience l'efficacité de ce moyen simple. En
(i) Fort heureusement , celte habitude n'est pas aussi dangereuse que M. Béer l'affirme. Nous sommes même portés à la considérer comme dictée par un instinct salutaire qui engage l'homme, au moment du réveil, à faire sortir ses y eux de la torpeur où le sommeil les a plongés. La friction des paupières par la main , n'occasionnerait les accidens signalés par notre auteur, qu'autant qu'elle serait excessive ; et alors on en serait bientôt détourné par une sensation douloureuse.
(Note du Traducteur.)
(9) effet 3 si l'on réfléchit que la salive saine qui
s'amalgame avec chaque bouchée de nos alimens, est d'un secours si essentiel pour la digestion , on conviendra qu'elle doit être bien plus amie des yeux que toute autre liqueur hétérogène ; ce qui se confirme chaque jour chez des personnes qui éprouvaient quelque difficulté a ouvrir les paupières, et qui en sont exemptes depuis qu'elles observent le plus simple de tous les remèdes (i).
Tout homme de l'art un peu instruit conviendra avec moi que l'oeil peut supporter des incisions profondes faites avec des instrumens tranehans, sans que la vue en soit endommagée } tandis que les blessures les plus légères
(1) Quelque spécieux que soient les raisonneraeas de M. Béer en faveur delà salive, nous pensons que l'eau pure doit lui être préférée pour laver les jeux. De ce que la salive, qui (lue abandamment daus la houche et s'y mêle aux aimions pendant l'acte de la mastication , est l'un desagens essentiels de la fonction digestive, s'ensuit-il que les humeurs qui ont en quelque sorte croupi dans la bouche durant la nuit, soient plus propres que tout autre liquide à déterger les bords des paupières ?
( Note du Traducteur.)
et les plus insignifiantes , mais avec contusion, sont presque toutes dangereuses. Aussi voyons nous toujours que , dans les opérations où l'on Fait a la cornée transparente une grande incision, la plaie se referme sans laisser la moindre cicatrice , tandis que cet organe est sensiblement affecté par la plus légère pression. C'est pour cette raison que les blessures de Poeil qui tiraillent trop fortement ou lacèrent ses parties , sont on ne peut pas plus funestes à la vue, si elles ne sont pas suivies de sa destruction totale. Qu'il me soit peruiisde rapporter a mes lecteurs un exemple bien ca-. pable de servir d'avertissement dans ces sortes de cas.
Je fus appelé , il y a quelques années , chez un homme qui avait toujours joui d'une excellente vue , et qui depuis peu était devenu tout-a-fait aveugle , par l'événement que voici : Un jour qu'il se trouvait dans une société d'amis, quelqu'un entra sans qu'il l'aperçut, et courut lui couvrir les yeux de ses deux mains , lui disant de deviner qui c'était. Soit qu'il ne pût ou ne voulut pas dire le nom de la personne, il se débattit pour ss dégager , et plus il faisait d'efforts et plus fortement l'autre lui appuyait les mains sur les yeux; tellement que lorsquele malheureux voulut les ouvrir,
il se trouva et demeura aveugle. Et pourtant on ne remarquait aucune lésion extérieure ' Par ce triste accident , on peut juger de quelle conséquence la plus légère pression devient quelquefois pour les yeux. Ajoutons a cela c^u'il n'est pas rare qu'un cil venant a se courber en dedans de l'œil, parle frottement dont j'ai parlé, y excite la plus cruelle et la plus opiniâtre des inflammations , qui maintes fois même est suivie de la perte de l'oeil. J'ai été témoin du cas suivant : je fus appelé près d'un malade qui, depuis plusieurs mois, avait l'oeil affecté d'une forte et douloureuse i nflammation, provenant d'un poil qui s'était introduit sous la paupière , en la frottant avec les doigts ) je le découvris par hasard et le retirai heureusement , malgré ique les paupières fussent déjà si gonflées , que j'avais peine à découvrir la prunelle. Le mal, qui jusque-là avait résisté à tous les remèdes , se dissipa , et le malade guérit en peu de temps.
Ce serait ici le lieu, ce me semble, de se déchaîner contre un abus très-profondément enraciné , sur-tout chez les artisans , et contre lequel les exhortations les plus réitérées ont été jusqu'ici infructueuses : c'est qu'à peine commence-t-on à éprouver un léger mal d'yeux ; ce qui n'est jamais sans quelque sqïi-
sîbilité pour la lumière, non seulement ou se hâte de soustraire avec le plus grand soin, ses yeux au chatouillement ordinaire de l'air et du grand jour, mais encore on les charge d'une quantité de linges plies et repliés cjui les compriment et ajoutent a leur mal. Je délie tous les oculistes , a qui j'en appelle ici , de me contester que cet usage meurtrier ne soit souvent la cause des plus douloureuses et des plus dangereuses ophthalmies, souvent même suivies d'une entière ceci té. Une légère lluxion, un peu de sang caillé, qui aurait disparu de lui-même en peu de jours, dégénère ainsi en un épaississement des humeurs aqueuse et cristalline de l'œil, ou en un ulcère malin, ou même en un abcès, seulement pour avoir voulu soustraire la partie affectée aux picotemens nécessaires du grand air et de la lumière. C'est ainsi que l'organe de la vue, qui auparavant était a peine indisposé, le devient en effet 3 et le mal empire tellement, que les secours des médecins deviennent ensuite inefficaces.
L'œil, il est vrai, s'accoutume promptement à l'obscurité, a défaut de ce chatouillement si essentiel a son état sain 3 mais plus on en retarde l'effet, plus ce picotement lui deviendra incommode; et plus tard il sera moins capable de remplir ses fonctions.
Cependant, je me {latte qu'on ne prendra pas ma pensée à rebours. L'œil, même trèsaffecté, et sensible au dernier point aux picotemens de l'air et du grand jour, peut se passer , il est vrai , de tout appareil , quand l'indisposition n'est ni dangereuse, ni susceptible de durée ; mais il faut toutefois le préserver de l'éclat d'une grande lumière, qui le tourmenterait par trop , ainsi que du froid de l'air humide et du vent, ce à quoi on parvient au moyen d'un léger auvent de taffetas vert, monté communément sur du laiton ou fil d'archal très-mince, afin qu'il reste suspendu , sans presser l'œil , et sans le priver entièrement de ses fonctions. Au lieu de taffetas, les pauvres gens peuvent se servir de papier vert qui ne soit pas trop lisse.
Au commencement de cette année ( 1799) * j'entrepris la cure d'un jeune homme qui , depuis plus de six ans, souffrait d'une inflammation squirrheuse à l'œil , lequel en outre était recouvert de boursouilemens. Le malade, comme il est d'ordinaire dans ces cas, ne pouvait supporter la lumière sans une douleur extrême, ce qui provenait aussi de ce qu'il avait toujours choisi les lieux les plus retirés de la maison, jusqu'à passer des journées entières la tête appuyée sur ses mains. La lu-v
( i4) mière lui devenant a charge de plus en plus,
la sensibilité de son œil prit a la fin une telle intensité, qu'il s'enferma dans l'endroit le plus reculé et le plus sombre du logis , devant ainsi, au printemps de son âge , se sevrer de tous les plaisirs. Ce fut dans ce cruel état que je vis cet intéressant jeune homme, lorsqu'un desesparens, moins entêté que les autres, l'amena chez moi. On n'aura pas de peine a croire la patience qu'il fallut employer, les instances qu'il fallut faire au malade pour l'engager à consentir a son traitement, en exposant graduellement son oeil affecté aux influences de l'air et du* jour, que je regardais comme essentielles à son rétablissement. Parvenu enfin a surmonter cet obstacle, jusqu'alors invincible, l'infortuné ne pouvait absolument comprendre comment la cause même de son mai, a ce qu'il croyait, faisait à cette heure sur son œil un effet si bienfaisant et si opposé ; il fut en effet , radicalement guéri en moins de deux mois et demi de temps, sans employer d'autre remède que celui de lui laisser faire un usage modéré de son oeil , de lui faire prendre quelque boisson d'herbages, et observer un régime convenable (1).
(i) Nous ne révoquons nullement en doute la
3°. « II n'est pas d'une utilité moins » grande de se laver les yeux le matin et » pendant le jour 9 avec de l'eau pure de fony> taine, s' il est possible, autant de fois qu'on y> sent qu'ils en ont besoin. »
Ceci doit être une règle capitale , sur-tout pour les habitans de certaines villes, où la poussière répandue dans les rues, est souvent la cause principale d'un grand nombre d'oph thalmies. Plusieurs la suivent en partie , ou point du tout ; d'autres l'observent avec une puérile exactitude, tandis que le plus grand nombre prend un chemin tout contraire. Les premiers ne manquent pas de porter la peine de leur
part que peut avoir eue dans la guérison de l'ophthalmie chronique dont il s'agit , l'excitation graduelle de l'oeil par la lumière et par l'air. Mais, il n'en aurait pas été de même d'une ophthalmie aiguë : M. Béer nous paraît perdre de vue cette distinction, lorsqu'il se récrie contre la soustraction du contact de l'air et de la lumière, dans les cas d'ophthalmies récentes ; il n'y a vraiment à blâmer dans cette précaution que l'emploi de moyens qui compriment l'œil, et qui, par conséquent augmentent son état inflammatoire.
(Note du Traducteur.)
(,6) négligence et de leur malpropreté. Je ne puis concevoir qu'il y ait des gens qui préfèrent des démangeaisons pénibles et continuelles , au soin si peu coûteux de se bassiner les yeux de temps en temps. Mais ajoutons aussi que les lotions trop réitérées leur sont nuisibles , en ce qu'elles occasionnent une compression répétée, et qu'elles rendent la sérosité trop abondante.
L'eau avec laquelle il faut se laver les yeux doit être pure et froide \ c'est pourquoi l'on donnera la préférence a l'eau de fontaine ou de rivière. Celle qui n'est pas pure et dans laquelle réside quelque substance saline, de même que Feau tiède, rend les yeux rouges, larmoyans et trop sensibles à la lumière. Par cette raison , on se servira rarement de l'eau de pompe ; on observera aussi de ne point essuyer les yeux avec une éponge, mais avec un linge ou avec les doigts \ et pour ne pas faire ces lotions mal -a-propos, il est aisé de s'apercevoir quand quelque poussière , ou de la sueur, ou quelqu'autre malpropreté, s'est introduite dans les angles des yeux ou entre les paupières.
Plus l'air est sec, plus le vent est fort, et plus la poussière qu'il fait élever rend ce soin indispensable et salutaire -7 et alors on doit
prendre garde que le visage ne soit en sueur," ce qui causerait des effets plus funestes } c'est pourquoi il faut éviter soigneusement de se laver avec de l'eau froide au sortir du lit, car la transpiration que la chaleur du lit occasionne sur toute la tète, augmente vers la matin, bien qu'on ne puisse remarquer uno tueur sensible.
Beaucoup de personnes pensent faire une. chose très-salutaire a leurs yeux en leur faisant prendre un bain tiède, dans une oeillère de verre ou de porcelaine fabriquée pour cet usage. Combien de fois ne me suis -je pas déclaré fortement contre un abus si pernicieux ! N'ai-je pas démontré maintes et maintes fois, a ceux qui s'adonnent a cette pratique ^ ne leur ai-je pas démontré, dis-je , le thermomètre a la main , et en présence des médecins, le degré de chaleur que peut acquérir l'eau la plus froide , après qu'elle a été en contact avec l'oeil pendant quelques minutes ?
C'est une maxime depuis long-temps établie , que les bains tièdes ne sont utiles aux yeux que dans bien peu de cas, et qu'ils sont on ne peut pas plus nuisibles dans tous les i autres. Ceux qui en font usage doivent donc bannir de chez eux ces vases funestes, s'ils
cm
veulent conserver leur vue (1). J'oublie d'ajouter qu'il ne faut pas laisser trop long-temps sur les yeux le même linge imbibé d'eau froide.
B. Soin particulier qu'on doit avoir des yeu* pendant le jour , hors le temps du travail.
La demeure > l'ameublement , les vêtemens, le régime > les selles même, qui croirait que toutes ces choses ont une si grande influence sur l'organe de la vue? Cela n'est pourtant que trop vrai \ et néanmoins } de quelle insouciance on est généralement sur tous ces points ! insouciance qui n'est que trop souvent la source d'une foule d'ophthalmies incurables dans la vieillesse , et même d'une entière cécité.
(1) L'eau dont Y œillère est remplie conserve toujours une température inférieure à celle du corps ; ce n'est donc pas là qu'il faut chercher la cause des effets nuisibles de ce vase : la plupart des oculistes modernes s'accordent à les attribuer à ce que V œillère , au moment où on la détache de l'œil, exerce sur cet organe une action analogue à celle d'une ventouse.
( Note du Traducteur. )
Si le passage trop subit d'un lieu sombre a
vin autre plus éclairé est nuisible à la vue, a l'instant du réveil , les mêmes résultats sont à craindre pendant le jour ; c'est pourquoi Ton doit tenir pour une règle importante :
i.° « De choisir l'appartement le rnieuoc » éclairé , quand on est sédentaire et qu'on » fait un usage forcé de sa vue. »
Celui qui négligera ce conseil , court le risque de ne pas jouir long-temps de son travail, et de perdre la meilleure partie de sa vue, qu'il cherchera en vain à rétablir dans la suite.
Quelque tort cependant qu'on fasse a ses yeux par le séjour d'une demeure sombre/ <on ne leur en lait pas moins en habitant un lieu dont les fenêtres font face à une muraille sur laquelle les rayons du soleil tombent d'aplomb, carl'inuammation la plus rebelle peut souvent en provenir; ce dont je me propose de parler plus au long à l'article concernant le bon usage de la vue. Je remarquerai seulement ici que toute maison sur laquelle les rayons du soleil tombent immédiatement, est préférable a celle où ils ne sont que réfléchis ; quoi qu'il en soit,Puneet l'autre ont besoin de modification. A cela j'ajouterai qu'on doit avoir l'attention ; (et je le recommande ins-
tamment ) de tenir les rideaux assujettis sur les croisées , afin que , lorsqu'on vient a le* ouvrir, de même que les portes, ils ne vacillent pas par le courant d'air, et ne renvoient pas la lumière ça et Fa j ce qui serait plus préjudiciable que l'action directe des rayons du soleil.
Un appartement dont les croisées descendent jusqu'au plancher, n'est pas sans quelque danger réel , même pour des yeux sains j car la lumière nous étant renvoyée d'en -bas directement sur la vue, tous les objets réverbèrent une clarté fausse, étrangère , et par conséquent nuisible.
Ceux qui sont obligés d'attacher journellement leurs yeux sur de petits objets, par exemple 9 les amateurs d'Histoire naturelle et beaucoup d'artisans, rechercheront toujours un domicile où une prespective d'objets divers et éloignés, puisse récréer et épanouir en quelque sorte la vue.
A l'égard des ameublemens, qu'ils soient plus préjudiciables que salutaires aux yeux , les grands l'éprouvent assez ; il est indubitable que ces décorations dorées et brillantes sont la cause d'une affection indicible de la vue, toutes les fois qu'elles viennent a réfléchir leur éclat perfide , sans compter qu'elles sont
la pierre de touche d'un goût peu délicat. II est donc à propos d'observer :
3.° « Que dans les appartemens qu'on ha- > bite le plus y il y ait peu de glaces , peu de » dorures sur les lambris et sur les tapisseries, !» que les portes et les volets soient d'une » couleur tendre y et que la plupart des v meubles soient de couleurs rembrunies 9 y> plutôt que blancs. »
Douterait- on encore que les vétemens , ceux sur-tout qui font partie de la coiffure , aient une influence marquée sur les yeux ? Pour peu qu'on remonte aux causes des dérangemens qu'éprouve sans cesse notre corps , on avouera que la folie des modes doit y être comptée pour beaucoup.
Dans le grand nombre d'inventions du luxe, qui sont contraires à la vue , il y en a peu qui lui portent une atteinte plus funeste que les voiles dont les femmes couvrent leur visage afin d'exciter notre curiosité sans laisser voir la leur propre. La vacillation continuelle de ces gazes , en interceptant partiellement les objets, fatigue tellement la vue, qu'au moment où je parle, de jeunes personne de dixsept a dix-huit ans , que la nature avait douées d'excellens yeux, se plaignent déjà de l'affaiblissement de ces organes ; et ne sont plu*
en état de travailler a des ouvrages de femmes tant soit peu délicats. Ces martyresde la mode ne reconnaissent-elles pas le tort réel quelles se font f au délassement et au plaisir qu'elles éprouvent momentanément , chaque fois qu'elles viennent à jeter leur voile en arrière , pour mieux considérer certains objets qui piquent leur curiosité? Cependant, elles ne renoncent pas pour cela a cette partie de leur coiffure. Heureusement, il est vrai, Ton commence à revenir de ces abus , sans doute par suite de l'expérience fâcheuse qu'on en a faite ; mais il n'y aura toujours que trop de ces colifichets pernicieux , qui sont la torture delà vue. Pourquoi ma voix n'est-elle pas assez forte , assez persuasive , pour les faire bannir sans retour !
5°. « // est de nécessité indispensable de y> prémunir ses yeuoe contre V action d'une » lumière trop vive. »
Ainsi, tout chapeau d'une couleur autre que le noir, le gris , le bleu ou le vert, et dont le revers qui donne sur la vue est doublé de quelqu'étofFe lustrée, doit être regardé comme un meuble dangereux ; car, la lumière dont l'eau et la neige des rues réfléchissent les rayons par milliers sur la surface luisante du chapeau, est renvoyée par cette surface dans
la prunelle, où elle cause plus de ravages que les rayons immédiats du soleil sur les vues les plus faibles.
A l'égard des éventails dont les femmes se servent pendant l'été , peut-on concevoir une plus folle invention crue celle d'un instrument qui, employé pour intercepter les rayons du soleil, les laisse pourtant pénétrer par une foule de plis et d'ouvertures, et qui permet jusqu'au moindre reflet d'arriver sur les yeux? tels sont ces éventails rouges, blancs ou jaunes, travaillés en or, en argent, en nacre de perles , etc. , qui semblent fabriqués pour la ruine de la vue , et qui , s'ils pouvaient être de quelqu'utilité , devraient tout au moin» être gris, verts ou bleus seulement, sans être nibrillans, ni transparens.
Quant a l'influence des vêtemens en général, sur les yeux, il est incontestablement' prouvé :
4°. « Que tout vêtement trop étroit, qui y> serre quelque partie du corps , de manière » à y gêner la circulation , occasionne tou- » jours un afflux trop abondant d'humeurs y> vers la tête (1). »
(i) « Peut -on se dissimuler les effets nuisibles a de nos modes, sans cesse variables, mais tou-
D'après cela on peut aisément prédire qufe toutes les personnes qui portent de ces habits étriqués , et qui en même temps mènent une
» jours constantes par leur abus ? On dirait que » l'homme épuise toutes les ressources de Tin- » dustrie pour se mettre dans la contrainte et se >5 créer de nouveaux maux. Les pieds , les genoux , » les hanches , les épaules et le col sont altérés :» dans leur forme , et ne peuvent prendre leur j) entier développement. On devient sujet à des » callosités des pieds , à des varices et à des en- » gorgemens du tissu cellulaire des jambes , qui » rendent ensuite les moindres -plaies souvent inx> curables. Les épaules et les aisselles trop serrées i) entretiennent la faiblesse des extrémités supé- » rieures. Le serrement du col oppose un obstacle » au retour du sang par les veines jugulaires; » et pour faire cesser la pâleur du visage , on » produit quelquefois le gonflement des glandes, » des tumeurs lymphatiques , des vertiges , et 3* même une disposition plus prochaine à l'apox> plexie.
» L'état actuel de nos lumières peut-il se con- » cilier avec la méthode barbare des corps dont se » lacent le plus souvent les personnes du sexe ? On » a beau faire connaître leurs effets destructeurs, » le désir de plaire et la voix du préjugé étouffent * les cris de h raison. ( Voyez M. Baker, dans
vïe sédentaire , telles que beaucoup de jeunes filles , par exemple , ne seront pas long-temps sans éprouver quelqu'indisposition de la vue, ainsi qu'une expérience répétée nous en a convaincus; et quand a cela se joint l'usage d'alimens grossiers , trop nourrissans et surtout trop assaisonnés, ces jeunes personnes arrivent à l'âge nubile avec une acrimonie dans le sang, qui, venant a se jeter sur les yeux, les leur ronge sans cesse, achève ce qu'une mode insensée a commencé, et les prive, dès leur tendre jeunesse, de tous les ag rémens qu'une bonne vue procure. 11 en sera de même de ces hommes sédentaires , qui livrés à des travaux forcés de l'esprit et des yeux, ont la puérilité de porter des habits trop étroits , une cravate trop serrée ; habitlemens plus propres a des poupées qu'à des hommes.
J'ai déjà fait remarquer , au commencement de cette dissertation , que le bon état de la vue dépendait aussi beaucoup de l'air dans lequel
» le Journal de Médecine du mois de novembre » 1 785 , sur les effets de la compression habituelle » par des corps trop étroits et excessivement » serrés. ) Eatr. des Opusc, de Chirurg. de M. Lombard.
(26) on est obligé de demeurer long-temps. En effet , je pourrais rapporter une série, innombrable d'exemples des plus tristes , des maux qu'une vapeur impure peut causer aux yeux les plus sains. Aussi me vient-il annuellement une multitude de ces victimes d'inflammations rebelles occasionnées par les exhalaisons des fumiers et autres immondices , qu'on n'a que trop souvent la négligence de laisser amonceler auprès des maisons.
5.° « Aucune vapeur n'attaque davantage » les yeux que celle des urines et des excrcy> mens d'animaux y> .
Cela explique pourquoi des enfans , issus de parens très-sains , commencent , peu après leur naissance , a souffrir des yeux ; combien de fois les miens ont-ils été témoins de ces sortes d'ophtlialmies , provenant de la paresse des nourrices ou des gardes d'enfans , qui jettent inconsidérément les linges sales dans un coin de la chambre, et les font sécher ensuite près du foyer , sur-tout en hiver !
L'inflammation, squirrheuse des yeux est si fréquente ici ( Vienne ) parmi les petits enfans , et même chez des sujets plus âgés , qu'on la prendrait pour une épidémie j c'est ce qui a fait penser a plusieurs gens de fart , que
l'usagedes alimens grossiers , et particulièrement l'excès du pain , en était la cause principale. Cependant, d'après les recherches les plus exactes , on trouve que les enfans de la classe opulente , qu'on ne taxera pas de cet abus , n'en sont pas plus exempts que ceux du bas-peuple, qui habitent des lieux bas et humides , et spécialement les enfans des blanchisseuses , qui , en hiver , sèchent le linge près du poêle. Ces recherches ont aussi appris que , parmi les enfans des riches qui en sont attaqués, ce sont spécialement ceux qui sont atteints d'humeurs froides , ou issus deparens affectés du même vice , ou qui couchent dans des chambres trop peu spacieuses , trop basses, et situées dans un quartier malpropre de la maison; joint a cela que beaucoup d'enf mset leurs gardes s'y trouvent long-temps rassemblés j si les fenêtres ne sont pas ouvertes tous les jours, si les enfans respirent peu le grand air , et si enfin leurs lits sont ceints d'épais rideaux, dans tous ces cas ils seront les victimes de l'affection dont j'ai parlé (1).
(1) I/inflammation des yeux est produite par l'exposition inconsidérée des enfaus à un grand feu , à une grande lumière , à tout ce qui peut éblouir , et même aji grand froid; que'rp;:
L'usage desalimens malsains n'est donc pas la seule cause des inllammations des yeux chez les enfans ; il faut encore comprendre parmi ces causes les exhalaisons putrides des lieux qu'ils habitent. J'ajouterai , d'après mes observations multipliées qui ne laissent aucun doute à cet égard, que la petite- vérole ne devient le plus souvent si funeste que par cette raison ; qu'elle se prend plus spécialement a de tels sujets , et qu'enfin c'est sans motifs qu'on lui attribue tant de mauvaises suites , qui n'ont pour principe que l'inflammation. C'est donc une maxime de la première importance :
6.° « Que pour tenir sesyeuoc en bon état ; <k il est essentiel de respirer un air pur , et "» de ne pas négliger l'usage fréquent du y> grand air > aussi bien V hiver que l'été. »
par la poussière , la fumée et toute matière acre , agissant sur eux intérieurement , comme humeur répercutée , galeuse , dartreuse ? etc. Pour obtenir la guérison, il faut d'abord éloigner toutes les causes externes. Les érnolliens sont ensuite les remèdes les plus salutaires , comme le lait de la nourrice , dont on fait jaillir quelques gouttes sur les yeux de l'enfant , on du lait tiède coupé avec de l'eau de guimauve. Tisspt*
Pour satisfaire a cette règle , il est nécessaire que l'air soit renouvelé au moins une fois par jour dans les appartemens où couchent les enfans , et où ils se tiennent le plus longtemps.
7.0 « Un vent violent , par un temps sec , 9 est pas moins nuisible, à cause de la > poussière qu'il élève. »
Pour remédier a cet inconvénient , quelques personnes se servent en voyage de lunettes dont les bords sont revêtus de cuir, afin de préserver les yeux de la poussière et de Pair même ; elles ne réfléchissent pas que ce moyen a un autre inconvénient : Poeil se trouvant trop long-temps dans le même bain d'air , pour ainsi dire , et les verres se ternissant bientôt, on ne peut plus voir clairement les objets ; d'où résulte une grande susceptibilité pour la lumière et l'air , susceptibilité qui peut être augmentée par d'autres causes accidentelles , et qui rend enfin cet organe si accessible a toute sorte d'indispositions , qu'en peu de temps on éprouve que ce prétendu préserva* tif est plus dommageable que salutaire.
Un moyen plus efficace de parer à ces inconvéniens , sur-tout en voyage , serait de se laver souvent les angles des yeux avec de l'eau fraîche de source 3 moyen qui , quoique siuv
( So ) pie, n'est pas a dédaigner , puisque non seulement il enlève la poussière qui s'est introduite dans ces parties, mais encore calme l'irritation qu'elle y auraitoccasionnée. Il est des cas, il est vrai, qui résistent à ce moyen, comme lorsqu'il fait un grand vent pendant les chaleurs de l'été , et qu'il s'élève beaucoup de poussière. Si l'on vient alors a se mettre en route , les yeux ne tardent pas a éprouver une grande sécheresse , avec une grande difficulté à s'ouvrir et a se fermer ; les paupières deviennent même parfois si rouges , qu'il est rare qu'il ne s'ensuive pas une inflammation douloureuse. Dans cette circonstance , l'eau seule n'est pas suffisante , sans doute j c'est pourquoi on peut se servir avec succès de celle que j'indique ici, consistant eu quatre onces d'eau de roses , une dragme de mucilage de gomme arabique et i5 gouttes d'extrait de saturne. On peut aisément se charger de ce médicament en route , en ayant le soin de le renouveler de temps en temps, vu que la gomme peut se corrompre ; ce qu'on reconnaît aussitôt qu'elle commence a contracter une odeur désagréable.
Il paraîtra peut-être singulier a quelquesuns de m'entendre accorder aux alimens et ù la boisson tant d'influence sur les yeux ;
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mais elle est démontrée par l'expérience qui nous apprend :
8°. « Que par des écarts de régime réiy> térés y on peut non-seulement contracter y> une faiblesse de vue permanente , mais y> encore être frappé d'une cécité complète . »
Le paysan mange ce qui lui plaît ; tous les alimens lui sont bons et n'offensent point sa vue , pendant que les mêmes alimens , donnés à un homme sédentaire , qui fatigue sa tète et ses yeux, lui sont contraires. Si, avec cela, il fait usage de liqueurs spiritueuses , il ne tardera pas à s'apercevoir d'une diminution sensible de la vue , et d'un afflux continuel des humeurs vers la tête.
On attribue la cataracte qui affecte si généralement les Tares, à l'usage fréquent du riz ; (1) pour moi, j'en trouve plutôt la cause dans celui de l'opium ; si le riz pouvait déterminer la cataracte, cette sorte de cécité devrait être plus commune en Italie. Que l'abus des vins aigres etdes boissons fortes soit
(1) Un médecin a observé que le turban des Turcs influe sur leurs dents , qu'ils ont généralement gâtées de bonne heure. Cette influence ne *'étendrait-eUe pas aussi sur les yeux ?
( Note du Traducteur. )
une dçs causes principales de la cataracte , nous n'en sommes que trop convaincus par le nombre prodigieux d'aveugles que l'on remarque dans la classe indigente des habitans de cette ville (Vienne).
Des alimens de difficile digestion peuvent, à d'autres égards , nuire aux yeux , en ce qu'ils produisent en peu de temps une réplétion qui influe sensiblement sur ces organes ; c'est ce qu'éprouve souvent l'homme sanguin, pour peu qu'ayant le ventre distendu par de semblables alimens, il fasse des efforts en allant à la garde-robe \ à chaque pression il voit passer devant ses yeux un nuage épais , et est exposé a des éblouissemens fréquens. La même chose arrive aux personnes obligées à forcer leurs yeux par un travail opiniâtre ; et cela dure même si long-temps, que pour peu qu'une nouvelle cause s'y joigne , elles éprouvent une altération notable dans leurs yeux. La règle suivante mérite donc quelqu'attention :
9°. « // faut se tenir habituellement le v ventre libre ; et quand on est aux lieu oc > y> ne point faire trop d'efforts , mais plutôt » se retirer que de sy exposer à faire monter y le sang à la léle par des pressions réilé- » rées. »
La constipation est une incommodité assez ordinaire aux hommes de lettres qui travaillent assis. Un grand nombre de personnes, ainsi que je l'ai observé, se trouvent bien, dans ce cas, de boire un verre d'eau fraîche après le déjeûner, et immédiatement après le souper. D'autres se tiennent le ventre libre en montant à cheval tous les jours, ou en fesantde longues promenades -, d'autres encore parviennent au même but en mêlant quelque eau minérale saline à leur vin pendant le repas , ou enfin , en sefaisantdes frictions sur le bas-ventre ; mais un simple lavement émollient , préparé avec une décoction de mauve et de sauge , ou bien un lavement d'eau froide pure , est le dernier recours contre une constipation opiniâtre.