III
C. Soins qui conviennent aux yeux pendant la soi? rée et pendant la nuit.
Il est des personnes qui trouvent un plaisir singulier a rester le soir dans l'obscurité. Quand alors les yeux sont oisifs , cette conduite peut-être indifférente , mais lorsque sans employer de lumières artificielles, on s'efforce à se servir de sa vue > soit pour eu
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(34) faire parade, soit par nécessité, y a-t-il quelque chose de plus nuisible ? Je m'étendrai davantage sur cette imprudence dans un autre endroit \ seulement je ferai ici la triste réflexion que certaines personnes, mues en cela par l'avarice la plus sordide , et sous prétexte qu'une trop grande lumière cause une sensation désagréable a la vue , font usage de chandelles minces et de mauvaise qualité , pourvu qu'elles soient a bon marché. Les premiers méritent quelque pitié -, mais quand a ceux-ci , ne leur est-ce pas une punition bien acquise, que d'expier leur dégoûtante lésine par le dépérissement de leurs yeux?
i°. « Autant V éclat du soleil est préjudi* y> ciable à la <vue , autant V obscurité Vest » à son tour , lorsquyon y séjourne long- 2> temps. »
Nous éprouvons ordinairement le soir, quand la lumière est tout-a-coup apportée , une sensation pénible ; et lorsque les yeux ont été depuis Ion g -temps désaccoutumés de ses effets, ainsi qu'il arrive aux prisonniers et a ceux qui , depuis des années , ont été privés de la vue (1) , on peut aisément la
(1) En l'année 1 7g5 ? j'opérai un homme de soixante-cinq ans , qui avait été affecté d'une £u-
( 55 ) perdre sans retour, si l'on ne ménage pas avec prudence les premières impressions de la lumière -, rien de semblable n'arrive quand nous passons d'un lieu très-éclairé dans un lieu sombre; nous n'éprouvons alors aucun sentiment désagréable , si ce n'est que pendant quelques momens nous sommes comme aveugles, et cela dure jusqu'à ce que la pupille se soit assez dilatée pour nous permettre d'appercevoir des objets moins éclairés. On doit juger par là combien est dangereuse cette économie mal entendue qui ne tolère que l'usage d'une seule chandelle dans une chambre. Les yeux s'habituent insensiblement, sur-tout pendant les longues soirées d'hiver, à ce large
blesse de vue, approchant de la cécité. Quoique, l'endroit où je fis l'opération fut très-sombre , il sentit si vivement l'effet de la lumière aussitôt après , qu'il ne put s'empêcher de laisser échapper un cri. Je fus obligé de le traiter ensuite comme un aveugle de naissance, et je dus employer la plus grande discrétion pour l'accoutumer par degré à l'influence du jour. Quatre mois même après l'opération , il lui fut impossible d'aller seul dans les rues, et néanmoins il pouvait lire très-facilement les caractères les plus fins ^ dans un endroit faiblement éclairé.
espace mal éclairé , et a un degré d'obscurité qui, chaque matin, contraste tellement avec la lumière du jour, sur-tout lorsque les rues sont couvertes de neige qui la réfléchit 9 qu'il est impossible que les jeux demeurent intacts.
C'est pourquoi il serait bon de faire usage d'une lampe, la nuit, afin que les yeux ne restassent jamais un seul instant privés des effets de la lumière (1). Mais aussi pour avoir une bonne lampe , il faut qu'elle réunisse les deux qualités suivantes > sans lesquelles elle endommagerait la vue beaucoup plus que l'obscuritéde la nuit. Premièrement, la lueur de la flamme ne doit point frapper directement les yeux , mais en être tenue éloignée. En second lieu , il est essentiel qu'elle ne répande
(1) M. Bcer blâme avec raison la manie qu'ont certaines personnes de travailler dans un endroit mal éclairé j mais il n'y a aucun avantage pour les yeux à garder , comme il le conseille, une lampe ou autre lumière artificielle dans la pièce où l'on se livre au repos ; cette pratique trouble constamment le sommeil et fatigue spécialement les yeux dans les premiers temps ; l'habitude seule finit par la rendre à-peu-près indifférente. ( Note du Traducteur. )
pas une vapeur sale et grasse dans la chambre "T inconvénient trop ordinaire aux lampes a huile.
Entre toutes les sortes de lumières de nuit,, en donnera la préférence aux bougies de cire blanche pure, d'une grosseur raisonnable, et dont la mèche soit mince. On les mettra dans une lampe d'albâtre ou de verre blanc dépoli, qu'on placera dans un coin de la chambre» A Fégard de ceux dont les facultés s'opposent à l'usage de ces bougies , voici un autre moyen, moins onéreux , qui ne satisfait pas moins bien aux conditions requises d'une bonne lampe de nuit;
On remplit un verre à bierre ordinaire,; d'un tiers de sable fin , qu'on arrose avec de l'eau, jusqu'à ce qu'il forme une masse humide et que l'eau s'élève au-dessus du sable > de l'épaisseur d'un fil. On remplit le vide du verre avec du sain-doux fondu, au milieu duquel, lorsqu'il est figé, on place une mèche assujettie à un petit bâton fiché dans le sable , et qu'on aeu soin de tremper auparavant dans de la cire (1).
(1) Les veilleuses généralement usitées ea France sont encore préférables à ce moyen.
{Note du Traducteur.)
2*. « Le sommeil n'a pas sur la santé des )> yeux , une moindre influence que les cir- » constances précédemment examinées. t>
Nous voyons que chacun de nos membres, lorsque nous en faisons un usage modéré, devient plus fort et plus propre aux fonctions auxquelles il est destiné. On comprendra aisément par-Fa , pourquoi un trop long sommeil ou une entière inaction de la vue doit avec le temps , devenir nuisible aux organes de cette sensation. Qui ne Ta pas remarqué, le matin, après avoir dormi outre mesure, surtout quand il s'y est joint un degré de chaleur excessive, occasionnée par le lit de plume ? Les yeux sont alors rouges et faibles, et ne souffrent pas moins que les facultés intellectuelles. Mais voici quelque chose de plus dommageable :
5°. « Est-il bon pour la vue , de dormir > habituellement peu ? »
Nous ne voyons que trop d'exemples fâcheux du contraire , parmi les individus laborieux de toutes les classes , ainsi que parmi ceux qui mènent une vie déréglée. Je pourrais citer un grand nombre de personnes recommandables, qui, sacrifiant la santé de leurs veux a la chose publique, ou au bien-être de leur maison, pensent que le travail de nuit ne
(39) peut nuire a l'organe de la vue , lorsqu'il n'en fait pas seul tous les frais, alléguant qu'ils ont passé plusieurs nuits sans en rien ressentir^ ainsi que beaucoup d'autres qui consacrent ce temps du repos a des travaux déplume, mais si souvent répétés , qu'enfin , et ordinairement trop tard , ils en reconnaissent le danger, et qu'une altération notable de la vue leur rappelle la nécessité de lui accorder quelque relâche.