TOUT ENTIER
La paralysie des nerfs vaso-moteurs a des effets d’autant plus puissants que les vaisseaux sont plus riches en fibres musculaires. Or, nous savons que les artérioles périphériques sont généralement plus musculaires que les gros vaisseaux, sur lesquels prédomine l’élément élastique. Lors donc que tous les vaso-moteurs de l’économie seront paralysés, c’est la circulation périphérique qui sera activée et la tension baissera dans les vaisseaux du centre ; s’il y a, au contraire, excitation des vaso-moteurs, la circulation périphérique se ralentit et la tension augmente dans les gros vaisseaux.
Ces effets, que l’on peut démontrer expérimentalement sur les animaux, peuvent se produire spontanément dans l'organisme, c’est ainsi que l’on a la période de contraction des vaisseaux périphériques dans le frisson initial de la fièvre et la période de dilatation qui correspond à l’élévation de température de la peau, aux sueurs, etc. Comme j’ai bien résolu de ne pas trop me préoccuper des phénomènes pathologiques, je ne fais que signaler cette influence des vaso-moteurs dans la fièvre (ce n’est pas la seule évidemment). Examinons seulement quels sont les effets de la paralysie des vasomoteurs de tout l’organisme, sans tenir compte des
divers corollaires qui accompagnent l’état fébrile proprement dit.
On connaît à cet égard les expériences de Tscheschicliin, qui montrent que la section de l’axe cérébrospinal, au niveau du point de jonction du bulbe et delà protubérance annulaire, accélère la respiration et la circulation et augmente la température; c’est ce point de l’axe cérébro-spinal qui, d’après Tscliescliichin , régularise l’action de la moelle, et la section, en cet endroit, équivaudrait, suivant l’auteur, à une section des nerfs périphériques centralisée.
11 est à peine besoin d’insister sur l’importance du système des nerfs vaso-moteurs dans l’économie; tous les tissus, ou du moins la plupart des tissus, étant vasculaires, se ressentiront de l’état de ces nerfs; les tissus non vasculaires eux-mêmes étant nourris par les tissus vasculaires voisins, seront influencés également par les vaso-moteurs, mais indirectement; il y a des degrés différents suivant la richesse vasculaire de chaque région, de chaque appareil, et surtout suivant l’abondance des fibres-cellules dans les vaisseaux.
Dans certains cas, les veines, qui généralement ont un rôle plus passif que les artères, seront soumises à des influences vaso-motrices très-actives, et je n’ai pas besoin d’ajouter que ces veines sont alors très-riches en muscles. Je citerai la veine cave inférieure, la veine porte, la veine ombilicale, qui fonctionnent à la façon des artères; pour la veine ombilicale, la structure, presque exclusivement musculaire, est mieux connue que son innervation ; on a constaté cependant des réseaux nerveux dans les parois des artères ombilicales,
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et il est probable qu’il en existe également clans la veines. (Hénocque).
La rate présente à un haut deg’ré les conditions favorables à l’exercice des fonctions vaso-motrices, c’est-à-dire des vaisseaux nombreux et riches en fibres musculaires; en outre, la trame contient des éléments contractiles de même nature que ceux des vaisseaux et qui viennent encore en aide à ceux-ci. De sorte que cet org’ane est, suivant l’expression de Beau, un réservoir à paroi contractile. Suivant que le sympathique sera paralysé ou excité, le sang’ s’accumulera et dilatera l’organe, ou bien il s’écoulera au fur et à mesure, et l’organe diminuera de volume.
Parmi les organes qui sont plus spécialement soumis à l’influence vaso-motrice, je signalerai l’ovaire, l’utérus, le corps thyroïde, l’œil, etc.; mais je mentionnerai, avec plus de détails, des appareils dont le tissu fondamental est vasculaire, et qui, par conséquent, doivent être influencés très-activement par le grand sympathique; nous voulons parler des organes érectiles.
C’est avec étonnement que l’on voit les expériences que nous avons examinées jusqu’ici, c’est-à-dire la section ou l’excitation directe des vaso-moteurs demeurer sans effet sur ces appareils. En excitant les vaso-moteurs avec un appareil à induction, on diminue leur volume s’ils contiennent dés fibres lisses, et s’ils étaient en état de turgescence on fait cesser celle-ci; jusqu’ici il n'y a rien de contradictoire, et les effets se rapportent à ce que nous savons déjà.
Si l’on paralyse les vaso-moteurs, on peut supposer qu’il y aura turgescence et érection, et c’est en effet ce qui avait été admis théoriquement par plusieurs auteurs;
l’expérience montre qu’il n’en est point ainsi. Dans un travail publié en 1866, sur les tissus érectiles, j’ai montré que la paralysie vaso-molrice de ces organes n’amenait point de turgescence, j’ai même prouvé, en extirpant le ganglion cervical supérieur des coqs et des dindons, qu’après cette paralysie toute érection était impossible.
A quoi lient cette différence dans les résultats? On peut l’expliquer assez simplement ; en effet, dans la plupart des tissus, les capillaires sont étroits, plus étroits que les artérioles, surtout lorsque celles-ci sont en état de dilatation, la pression augmente donc et il y a turgescence lorsqu’on détruit le sympathique; dans les organes érectiles, au contraire, les capillaires (qui ne sont autres que les aréoles) ont, relativement aux arté (riolesdesproportionsgigantesques, de sorte que ladilaation simple de ces artérioles n’amène pas d’augmentation de pression dans ces énormes capillaires et par conséquent pas de turgescence.
Il faut donc chercher ailleurs l’explication de l’érection, c’est ce que nous ferons dans un autre chapitre.
Il est certains phénomènes pupillaires qui surviennent à la suite des expériences sur le sympathique et que M. Rouget a voulu rattacher à Férectilité et à la compression des veines par le muscle ciliaire.
Nous reconnaissons parfaitement que la dilatation ou la contraction de la pupille doit être attribuée en partie à l’action directe des nerfs sur les muscles iriens, et en partie aux phénomènes circulatoires, mais nous ne pouvons admettre l’explication donnée par M. Rouget. Il est évident que des capillaires assez volumineux, disposés en hélice dans un organe aussi délicat, peuvent
produire des changements de diamètre de la pupille; j’en trouve une preuve dans une expérience de Brown- Séquard qui a été interprétée autrement. Cet observateur a vu qu’en tenant un animal la (ête en bas, les pupilles ne tardaient pas à se rétrécir;*c’est bien évidemment là un phénomène purement vasculaire; au contraire le sang est-il rapidement soustrait, la pupille se dilate. Récemment encore, j’ai pu constater ce fait sur un décapité , une heure après la mort les pupilles étaient dilatées.
Sans admettre la théorie de M. Rouget, on peut expliliquer les variations de diamètre de la pupille par les effets vaso-moteurs? 11 est évident que la section du sympathique augmentant la vascularisation, et l’excitation la diminuant, la pupille se rétrécira dans le premier cas et se dilatera dans le second : mais une disposition anatomique toute spéciale et bien différente de celle invoquée par Rouget, vient encore exagérer les résultats.
On sait par les travaux de Th. Leber, que les artères et non les veines traversent le muscle de Brucke, de sorte que l’excitation du sympathique au cou aurait pour effet non-seulement de faire contracter les artérioles, mais de faire contracter le muscle ciliaire qui contribuerait encore à resserrer le diamètre de ces vaisseaux ; de même la paralysie du sympathique relâcherait les éléments musculaires des artères, aussi bien fjue ceux du muscle ciliaire, de telle sorte que l’afflux du sang rétrécirait la pupille, tandis que l’anémie la dilaterait.