OBSERVATION VIII
t'ièvre tyhoïde avec délire. — Sulfate de quinine. — Guérison du délire. — Mort quelque temps après. — Opération césarienne.
Au no H de la salle Sainte-Adélaïde, dans le service de M. Axenfeld, était couchée une jeune femme de 20 ans, atteinte d'une fièvre ' vphoïde et enceinte de huit mois environ.
Au douzième ou quinzième jour de sa maladie, apparaît le délire. La pupille est étroite, la conjonctive et la face injectées.
On donne : sulfate de quinine, 1 gramme,
La nuit suivante, le délire a complètement cessé.
On supprime le sulfale de quinine, et le soir même la malade >3st reprise de délire.
On rend : sulfate de quinine, 4 gramme, qu'on continue pendant deux ou trois fois; cette fois, dès la reprise du traitement, le délire avait disparu pour ne pas révenir.
La malade ne devait pas cependant guérir. Arrivée au déclin do sa maladie , elle a succombé à des phénomènes de consomption ; l'opération césarienne fut pratiquée sans succès.
Les effets du sulfate de quinine sont diamétralement opposés à ceux de l'opium, M. Gubler a pu constater, après 0,25 d'extrait d'opium et 1,50 de sulfate de quinine, l'absencede toute espèced'effet thérapeutique, quel qu'il fût, propre à l'un ou à l'autre de ces médicaments; la suppression de l'opium donna lieu immédiatement aux effets quiniques.
Voici comment M. Gubler a résumé, en 1858, ses idées sur le sulfate de quinine :
« A l'inverse de l'opium, qui exalte les fonctions organiques, congestion sanguine et caloricité, le sulfate do, quinine agit sur les centres nerveux en y condensant les ■ forces, de telle sorte, qu'il enchaîne les actions organiques, sources de dépenses, et réduit autant que possible l'appel sanguin dans les parties phlogosées; » après avoir établi ce mode d'emploi, M. Gubler conclut à sa parfaite innocence dans la production du rhumatisme cérébral.
M. Yigla a, du reste, lui-même constaté l'injection constante du cerveau dans ces cas ; ce qui légitime cette dernière proposition du résumé donné par M. Gubler sur l'action du sel quinique : « Bien plus, l'emploi de ce sel est indiqué dans toutes les formes inflammatoires du rhumatisme, l'opium ne convenant que dans les troubles purement nerveux, exempts même de complication fébrile. » De tout ceci, il ressort pour l'auteur que je viens de citer, que l'opium et le sulfate de quinine sont in-
Compatibles, et qu'ils sont réciproquement antidotes l'un Ile l'autre.
Belladone, — La belladone augmente aussi la tension, ii'une façon moins énergique cependant que la digitale ?3t le sulfate de quinine.
Moins que ces médicaments, mais comme eux, elle labaisse le tracé. Contrairement à ce que pourrait faire attendre cette augmentation de tension, elle ne paraît pas ddiminuer la fréquence du pouls ; l'augmentation de fré- [fjuence serait peut-être même l'expression de la vérité.
Les injections sous-cutanées de sulfate d'atropine m'ont paru agir avec plus de rapidité et plus sûrement que la hbelladone prise à l'intérieur.
Dans ce dernier cas, et cela tient aussi à ce que, la mé- Idication étant prolongée, on observe plus longtemps, son laction est extrêmement fugace, ainsi que le fait voir ce ;r,racé.
Lorsque, comme ici, on commence par 1 ou 2 centigrammes, la tension augmente le premier jour (tracé in" 19); elle diminue le deuxième jour et les jours suivants ((tracé n^.SO), sans pour cela s'abaisser au minimum pré- [2édant le traitement.
Vient-on à augmenter la dose, la tension augmente encore (tracé n" 21), pour baisser les jours suivants. La même série d'augmentations saccadées dans la pression
se reproduit ainsi à chaque nouvelle dose, pour décroître ensuite.
C'est donc ici surtout qu'il importe de tenir compte des variations, surtout relatives, dans la lecture du tracé.
Il en ressort pour la pratique l'indication d'augmenter chaque jour la dose , si l'on veut obtenir une augmentation constante de la tension.
De ce que je viens de dire ce médicament et des conclusions précédemment énoncées au sujet de l'opiunressort donc, pou,r moi, l'antagonisme parfait de ces deux médicaments. Les faits publiés par Benjamin Bell, MM. Béhier, Blondeau, Constantin Paul, ne laissent d'ailleurs pas de doute à cet égard. Cette action contracturante de la balladone sur les petits vaisseaux explique son action dans la réduction des hernies étranglées : c'est, en anémiant la partie étranglée, en réduisant son volume qu'elle agit. Le froid, le taxis, n'interviennent pas autrement.
Au moment de terminer ce travail, j'apprends que mon excellent collègue, M. Meuriot, a été conduit par des expériences différentes à des conclusions analogues aux miennes, au sujet de l'augmentation de la tension sous l'influence de la belladone.
Acide arsénieux. Je n'aurai que peu de chose à dire de ce médicament. Je ne possède d'ailleurs, relativement à son
influence sur la tension, qu'une seule observation sphygmographique. La simple inspection du tracé suffit pour
indiquer son action. La comparaison du tracé pris sur le malade avant l'usage de l'acide arsénieux (tracé n" 22), avec les tracés consécutifs à l'absorption de 1 milligramme et plus tard 2 milligrammes du médicament, fait lire l'augmentation de la tension (tracé n" 23) avec légère accoutumance au bout de trois jours.
N'est-ce pas pour utiliser, d'une façon inconsciente, les propriétés de l'acide arsénieux sur la tension que les paysans de la basse Autriche ont l'habitude, au récit de Tschudi, de faire usage de cette substance pour faciliter l'ascension des hautes montagnes ? — Il se peut que la diminution de tension sanguine, qui résulte de la diminution de la pression atmosphérique, soit favorablement combattue par l'influence inverse de l'acide arsénieux. M. Delioux de Savignac dit de ce médicament que, véritable protée, il est tour à tour hyposthénisant, excitant, , tonique, stimulant, névrosthénique ou altérant. Mais qu'on prenne garde que, sans nier la multiplicité d'action de ce médicament, on peut dire que c'est l'organisme qui, surtout, est protéiforme. Ce sont les malades qui, n'étant pas tous trouvés au même niveau par le médica- ' ment, sorte de force toujours égale à elle-même, ne peuvent pas être conduits par lui au même point. Il est évident que le sulfate de quinine, la saignée, si l'on veut, ne produiront pas les mêmes effets chez le pléthorique à la face turgescente, ou chez la chlorotique avec anémie cérébrale ; la saignée, par exemple, sera presque un excitant pour le premier, elle affaiblira singulièrement la seconde. Dira-t-on que la saignée est tantôt un excitant, tantôt un débilitant ? — Je crois que ceci peut s'àpphquer non-seulement à l'arsenic, mais à un grand nombre de médicaments qu'on a dotés souvent de propriétés oppo-
sées, tandis qu'ils n'ont en réalité qu'une résultante unique appliquée à des organismes variables.
Les propriétés galvanisantes de l'arsenic sur le système nerveux vaso-moteur, l'ont fait employer comme succédané du sulfate de quinine, par MM. Maillot, Bernier de Sarreguemines, Fuster de Montpellier, Girbal, Boudin, Gahen; il a été souvent employé contre les congestions locales par MM. Gubler, Millet de Tours, Gahen, par Bretonneau, par Trousseau; contre les hémorrhagies, par Henri Hunt, Burns. Les propriétés opposées à celles de l'opium ont été utilisées sur lui-même par M. Gahen : il avait pris, dans un but expérimental, 10 milligrammes d'acide arsénieux en une dose. Un ensemble de phénomènes qu'il compare à ceux du mal de mer n'avaient pas tardé à se produire : froid aux extrémités, petitesse du
pouls, etc ; il prit 30 gouttes de laudanum de Syden-
ham, et «le lendemain matin, dit -il, ni l'arsenic, ni l'opium n'avaient laissé de traces de leur influence. »
Ergot de seigle. J'en dirai autant de l'ergot de seigle ; 50 centigrammes de cette substance ont considérable-
ment augmenté la tension, qui était revenue le lendemain matin à son point de départ (tracé n" 24, avant), (tracé n» 25, après).
Gette action de l'ergot de seigle sur la tension explique un grand nombre des accidents développés sous l'influence de l'ergotisme, qui frappe parfois des populations
entières. M. Meier, de Kronstadt, nous a laissé la relation d'une épidémie de ce genre, qui a sévi en 1857 dans son pays. Sur 283 personnes frappées, 98 moururent.
Il a constaté chez ses malades : des nausées, des vomissements, de la diarrhée, des fourmillements, des crampes, une grande dilatation pupillaire, une teinte bleuâtre des ongles et un abaissement considérable de la température ; parfois du délire. —Ne sont-ce pas là tous les phénomènes de l'algidilé, de la contracture des petits vaisseaux?
Les jeunes gens lui ont paru plus sujets à cet empoisonnement que les vieillards ; on sait que les crampes sont plus fréquentes et plus intenses, dans le choléra, chez les gens jeunes et bien musclés, que chez les vieillards dont les muscles sont moins vigoureux. — Il y a là sans doute une analogie de cause expliquée par la diminution de la contractilité des muscles lisses et striés dans la vieillesse, — c'est, sans doute, à titre de provocateur de la contraction des muscles que l'ergot de seigle agit sur l'utérus. Il n'y a donc pas là une action élective, ainsi que l'a fait remarquer M. Gubler.
Tartre stibié. — Le tartre stibié agit encore en déterminant la contraction des petits vaisseaux. Tout le monde connaît les phénomènes désignés sous le nom fort juste de choléra stibié. Au sphygraographe on constate également une augmentation extrêmement considérable de la tension ; l'anémie qu'il détermine dans tous les organes, cerveau et autres, peut être assez considérable dans le viscère que je viens de nommer pour produire le délire.