‹ Des nerfs vaso-moteurs ganglionnairesChapitre 5 sur 15 · THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE

Nous venons de voir combien est grand le nombre des phénomènes pathologiques qui relèvent d'un trouble de l'innervation vaso-molrice. On peut donc espérer, en s'adressant directement au système nerveux vaso-moteur, modifier au profit du malade, c'est-à-dire en les rappelant à leur niveau physiologique, les fonctions qui en ont été déplacées par une influence délétère. Mais les connaissances généralement répandues sur l'action des médicaments sont trop peu précises pour entrer sûrement dans cette voie d'une thérapeutique rationnelle. C'est donc à l'expérimentation qu'il faut d'abord demander la clef d'un arsenal thérapeutique sûr et vraiment curateur. Bien qu'excellentes et précieuses par la liberté dont jouit l'expérimentateur par rapport à l'expérimente, les observations sur les animaux ont l'inconvénient de prêter le flanc à la critique qui demande si les choses se passent bien chez l'homme et chez ceux-ci d'une manière identique; elles ont en outre celui, à mon avis beaucoup plus grave, de ne renseigner qu'incomplètement sur

mne foule de phénomènes, qui, pour être minimes, n^e a :-sont pas moins importants à connaître pour le médecin, jtet que nous ne pouvons constater chez les animaux.

Quoi qu'il en soit, à trop d'égards ce mode de recherche est précieux, il a déjà donné trop de résultats pour qu'on ?songe à l'abandonner. C'est chez l'homme que j'ai cherché àà étudier l'action de quelques-uns des médicaments les fplus usités; et je me suis borné, dans cette très-modeste rrecherche, à l'étude de la tension constatée au moyen du sphygmographe.

" Issu des tendances scientifiques modernes, le sphygrmographe apporte à la médecine le secours des sciences 1 mathématiques, et donne à l'observation clinique, à la- ^quelle il doit servir de complément, la rigueur et la précision conformes aux principes de la méthode positive.

Quoique déjà fécond en résultats, cet instrument en ppromet encore un grand nombre; mais c'est à la condition ïjSiu'au lieu d'en faire Tapanage des spéculations de la Bcience pure, les médecins qui se sont voués d'une façon omoins exclusive à la science se familiariseront avec son emploi.

La thérapeutique doit demander au sphygmographe (les lumières qui ont éclairé la physiologie par les mains Ide M. Marey. C'est dans ce but que j'ai réuni les renseiipiements que m'a fournis le sphygmographe dans l'étude ide plusieurs agents thérapeutiques.

Cet instrument indique surtout quelles sont les modi-^ ifications de la tension artérielle, modifications qui sont Iflues à l'état du cœur ou à celui des vaisseaux. On sait, en •effet, que l'élévation du tracé sphygmographique est en ■raison inverse de la tension du sang dans les vaisseaux. ■Mais l'emploi de l'instrument, dans cette recherche, présente un danger que j'ai hâte de signaler et qu'il est fa- I Bordier. S

cile d'éviter. M. Marey a adapté au ressort de son sphygmographe une vis de réglage, qui permet d'exercer sur l'artère une pression plus ou moins forte , dans le but d'obtenir une amplitude maxima capable de mieux laisser apprécier les détails du tracé.

Si la tension chez le malade est forte, on augmente la pression; si la tension est peu élevée, on diminue la pression de la vis. Mais, en faisant ainsi varier la vis de pression, il serait aisé de fournir des séries artificielles à tension croissante ou décroissante. C'est donc à la condition de se servir de l'instrument avec une pression constante que les renseignements qu'il donne sur la tension peuvent acquérir quelque valeur. Quant au tracé luimême, je n'insisterai pas sur sa lecture.

La ligne d'ascension est d'autant plus élevée que la pression est moindre.

Elle se rapproche d'autant plus de la verticale que la projection du sang par le cœur a lieu avec plus de force et plus de rapidité. Le sommet de la pulsation affectera la forme d'un plateau toutes les fois que la tension demeurera, pour un certain temps, constante dans les vaisseaux ; quand, par exemple, il y aura, pour un moment, équilibre entre la recette par le cœur et l'écoulement par les capillaires.

Le plateau serait un phénomène constant, n'était l'intervention d'un double élément à chaque ondée, mis en jeu par le choc même du liquide, l'élasticité et la contractilité, qui transforment le mouvement saccadé du cœur ou une force plus uniforme : la tension artérielle.

C'est parce que ces conditions sont en partie remplies par la perte sénile de l'élasticité, que le pouls des vieillards est caractérisé par un plateau.

Ces conditions se rencontrent encore sous l'influence

de certains agents thérapeutiques qui agissent ici de deux façons différentes :

Lorsque le vàsb-moteur se trouve à peu près complètement paralysé et que la tension dans le système artériel s'est abaissée considérablement, la contractilité n'existe pour ainsi dire plus; l'élasticité se trouve impuissante à transformer l'action cardiaque ; la paroi ne rend plus en pression sur le liquide la pression centrifuge qu'elle a reçue de l'ondée cardiaque; la tension reste un instant constante, et le levier demeure en repos, décrivant sur la plaque animée d'un mouvement horizontal une ligne parallèle à ce mouvement : un plateau.

Lorsqu'au contraire le système vaso-moteur se trouve à un haut degré galvanisé, que la contraction vasculaire réduit autant que possible le calibre des vaisseaux en augmentant considérablement la pression, les parois vasculaires, pour ainsi dire tétanisées, deviennent assimi' labiés à des parois rigides, incapables d'être refoulées par l'ondée cardiaque, comme de refouler à leur tour le liquide qu'elles renferment ; ici encore, formation d'un 'plateau. Dans certains cas même, le raccourcissement de la ligne d'ascension comme de la ligne de descente fait du plateau l'élément prédominant du tracé : on obtient une ligne horizontale à quelques ondulations légères.

Quant aux modifications qui surviennent dans la fré- ■quence du pouls, le sphygmographe rend compte des ' moindres qui se puissent produire, puisque la plaque accomplit sa course horizontale dans l'espace constant de dix secondes.

Mes recherches ont été faites soit sur des malades en cours de traitement, soit sur des malades guéris ou exempts de toute affection générale.

Dans les deux cas, j'ai eu le bonheur d'être appuyé par

la bienveillance et les enconragements de mon excellent maître M. Axenfeld.

Enfin, et cela a été pour moi une précieuse confirmation, j'ai pu constater avec plaisir l'identité de ces résultats sphygmographiques avec ceux qu'a fournis l'observation clinique à mon affectionné maître M. Gubler. Les opinions de cet babile tbérapeutiste sont, du reste, magistralement développées dans un livre sur le point de paraître au moment où j'écris; et j'ai pu faire, dans ce travail, un grand nombre d'emprunts aux idées générales contenues dans cet ouvrage, dont l'auteur a bien voulu me donner la primeur.

Je diviserai les médicaments dont j'ai pu observer l'action en deux classes : — 1° les agents paralysants du vasomoteur, ou qui abaissent la tension; exemple : Vopium; — 2" les agents galvanisants du vaso-moteur, ou qui élèvent la tension : digitale, sulfate de quinine, belladone, acide arsénieux, ergot de seigle.

Opium. D'une façon générale, c'est surtout l'expression du rapport existant entre plusieurs faits, qui constitue l'idée générale qu'on doit se faire de ces faits. Dans l'objet qui nous occupe, ce sont surtout les variations relatives de la tension que j 'ai eues à cbercher. En un mot, c'est du point de départ de l'observation qu'il faut tenir compte. Tel tracé pris sur un malade indiquera une diminution de la tension par rapport au tracé précédent, qui cependant sera le signe d'une tension encore assez élevée (1).

J'ai pris des tracés avant et après l'administration de 5 à 20 centigrammes d'opium par jour.

(1) 64 tracés devaient appuyer les conclusions de ces recherches ; j'ai dû, pour ne pas surcharger ce travail, en restreindre io nombre à 25.

Dans tous, on peut constater une élévation croissante du tracé, consécutive à la diminution parallèlement décroissante de la tension; dans l'un de mes tableaux, où le malade présentait au début une très-forte tension, la diminution était très-sensible, bien que le dernier tracé indique encore une tension assez élevée.

A mesure que la tension diminue, la ligne d'ascension se rapproche de la verticale, par suite de l'afflux plus facile et plus rapide de l'ondée cardiaque.

Dans l'un.de ces tracés où la tension atteint son mini-

mum, on peut voir l'apparition d'un sommet à plateau par suite de la paralysie vaso-motrice (tracé n° 1, avant opium; tracé n° 2, après opium). La perte de la contractilité a fait de la paroi artérielle une membrane inerte qui n'agit plus avec la même rapidité sur l'ondée sanguine. Enfin, l'obliquité de la ligne de descente indique l'écoulement plus facile du sang par les petits vaisseaux; en même temps, apparaît le rebondissement ou dicrotisme, phénomène caractéristique d'une faible tension.

Sur l'un de ces tracés, on voit, en outre, le nombre des pulsations s'accroître d'une façon progressivement inverse à la tension. C'est là une confirmation de la loi posée par Marey : le nombre des pulsations croît en raison inverse de la tension (tracé n° 3, avant opium ; tracé n" 4, après opium).

L'opium agit\1onc dans le même sens que la section du grand sympathique. Ici, la sécheresse des muqueuses, la

chaleur à la peau sout les phénomènes constatés par le médecin ; là, la rougeur des tissus, l'élévation de la température sont les phénomènes observés par le physiologiste. L'opium paralyse les filets du grand symi.xithiquo qu'envoie le ganglion cervical supérieur au ganglion ophthalmique et de là aux fibres rayonnées de l'iris, comme il pai"alyse les filets vasculaires du grand sympathique. La pupille se contracte par Faction désormais isolée des fibres circulaires.

Ici encore, il agit au même titre que l'ablation du ganglion cervical supérieur, ou que la section des filets supérieurs qui s'en détachent.

Plusieurs faits cliniques sont parfaitementd'accoM avec cette conclusion de l'action paralysante de l'opium sur les filets vaso-moteurs; eu 1846 la Gazette de Londres a publié l'observation d'une femme, qui, empoisonnée par 30 grammes de laudanum, sortit rapidement de l état comateux où elle était plongée par l'application d'un des pôles d'un appareil électro-magnétique au front, et de l'autre à la partie supérieure de la colonne vertébrale; réleclricité agissait ici en faisant, à l'inverse de l'opium, contracter les filets vaso-moteurs cérébraux. Le D"" Bird obtint par le même procédé un succès analogue sur un

lenfant; — le D' Yram put également faire cesser en un [quart d'heure les effets soporeux de l'opium par l'appliœation d'un des pôles à la nuque, et de l'autre au périmée. - Le D"" Limousin qui a vanté, peut-être même d'une ÈÉaçon trop générale, les bons effets de l'opium dans le traitement du délire compliquant la fièvre typhoïde, adimet qu'il agit ici en déterminant une congestion substittutive. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de faire interwenir ici l'action substitutive; la physiologie explique ïsuffisamment les effets de la congestion simple. Pinel ^s'exprime à propos de l'opium en termes qui sont tout à ifait d'accord avec l'opinion que j'ai pu me faire sur l'acttion de ce médicament : « Il augmente, dit-il, la chaleur «animale, rend la respiration plus fréquente, détermine

i un raptus de sang vers la tête ; il inspire de la

f gai été à la manière des liqueurs vineuses, provoque le j sommeil en augmentant la rougeur de la face.» Il rap- I proche la sensation voluptueuse qui pousse les orientaux ià l'usage de l'opium, de celle que disent avoir éprouvée (Certaines personnes revenues d'un état voisin de l'agonie. • On pourrait peut-être donner la même explication de '' l'extase voluptueuse présentée par certaines hystériques; surtout quand on songe à la fréquence des congestions locales chez ces malades. M. Gubler explique par la propriété congestionnante de l'opium, la difficulté avec la- ' quelle le cerveau des enfants généralement plus hyperémiéque celui dé l'adulte, supporte ce médicament, tandis qu'au contraire , il supporte à merveille le sulfate de quinine dont nous verrons tout à l'heure les effets opposés : M. Gahen cite l'exemple d'un enfant qui eut des accidents graves à la suite de l'administration d'une cuillerée à café de sirop de lactucarium. Enfin, M. Claude Bernard a constaté, à la suite d'une injection de mor-

phine chez un lapin, la dilatation des capillaires de l'oreille de cet animal, avec augmentation de chaleur et rutilance du sang veineux, — Gomment, par quel mécanisme agit l'opium? Il y a là un voile qu'il n'est pas encore permis de soulever; il est important, toutefois, de noter l'observation qu'a faite M. Pierre Roudanovski sur l'état de la myéline dans l'empoisonnement par l'opium : il a remarqué une altération, dont il ne fait pas connaître la nature, mais qui lui a paru constante. Il peut se faire, en effet, que certains poisons, dont l'action est générale, aient une détermination locale sur les organes centraux : c'est ainsi qu'il a constaté que la nicotine amenait une pigmentation particulière et même une destruction complète de la cellule nerveuse et de ses prolongements.

Je n'ai parlé jusqu'ici que de l'opium dont l'effet n'est, comme on sait, qu'une résultante. Tout porte à croire que ces propriétés sont celles de la morphine, de la narcéine et de la codéine, qui, d'après les recherches de M. Claude Bernard, jouissent, à l'exclusion des autres alcaloïdes de l'opium, de la propriété dormilive.

Je ne citerai à l'appui de ce qui précède que quelques observations, que je résumerai en peu de mots :

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