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Mais alors nous nous permettrons de demander à l’auteur comment il peut concilier l’existence des circonscriptions très-limitées a des petits départements sensitifs, rattachés, chacun par un nerf, aux centres sensitifs communs » avec la description complémentaire suivante : « Ce n’est pas tout ; chacun des petits départements sensitifs de la face a des relations directes avec ceux qui l’entourent ; à chaque instant, il est envahi par des rameaux appartenant aux nerfs voisins, à chaque instant, il reçoit des filets venus par anastomoses des nerfs plus ou moins éloignés. »
Nous voyons là une contradiction. Indépendamment de cela, nous avons cherché vainement dans le livre de M. Létiévant les raisons sur lesquelles il se base pour faire une pareille description. A-t-il vu les fibres nerveuses d’un rameau envahir le département voisin ? La description est une pure hypothèse ; aussi lui préférons-nous les faits positifs expérimentaux.
Nous trouvons ceux-ci dans un travail récent de MM. Arloing et Léon Tripier présenté l’année dernière à l’Institut.
Ces physiologistes ont observé sur les n^rfs sensibles de la face, que la sensibilité du bout périphérique se liait invariablement avec l’existence de fibres dont les relations avec les centres trophiques et perceptifs n’avaient pas été interrompues par la section, comme ils l’avaient vu pour les nerfs de la main.
Ils ont pu s’assurer, à l’aide de la méthode Wallérienne, que les relations périphériques ont lieu avec les nerfs voisins d’un même côté et les nerfs homologues ou du côté opposé, à travers la ligne médiane.
Un autre point fort intéressant des recherches que nous résumons se rapporte à la sensibilité du bout périphérique des nerfs moteurs crâniens (facial et spinal). On se rappelle que M. Cl. Bernard a toujours rencontré la sensibilité récurrente dans le facial et le spinal du chien, mais que, chez le cheval et le lapin, cette sensibilité lui a paru quelquefois si obscure, qu’il a cru à son absence sur ces animaux. M. Chauveau avait confirmé les idées de M. Cl. Bernard en ce qui
concerne les ruminants et les solipèdes. MM. Arloinget Tripier ont soumis cette question à un nouvel examen. Ils ont constaté que le facial et le spinal de ces animaux possèdent la sensibilité récurrente; seulement, pour la rencontrer d’une manièx'e évidente, il faut se rapprocher de la périphérie. L’examen des nerfs voisins leur a démontré que les tubes récurrents du facial proviennent de la 5® paire.
On comprend l’importance de ce fait ; car il permet de ranger, sous la loi commune, des animaux qui semblaient faire exception, et de considérer la récurrence comme une propriété physiologique générale, au moins parmi les mammifères.
La discussion à laquelle nous venons de nous livrer a eu l’avantage de nous fixer sur les droits de la clinique et de la physiologie dans cette question du mécanisme de la transmission des impressions sensitives. On a vu que, si à la clinique revient l’honneur d’avoir attiré l’attention des savants sur les rapports des nerfs à la périphérie, comme l’a dit récemment M. Richet [Comptes rendus, 1875), il est incontestable que c’est la physiologie qui a fourni l’interprétation rationnelle des faits pathologiques à l’aide de démonstrations positives et expérimentales, ainsi que l’écrivait dernièrement M. Laborde dans la Tribune médicale.
Mais le but principal de ces considérations historiques et critiques était surtout de nous fixer sur ce mécanisme. Or, les faits cliniques et les expériences ont suffisamment prouvé : 1® Que l’influence des nerf sensitifs s’étend en dehors de leur zone de distribution dite anatomique ;
2® Que les zones de distribution de ces nerfs empiètent les unes sur les autres par des tubes nerveux dont quelquesuns s’arrêtent dans la zone, tandis que d’autres remontent plus ou moins haut dans les troncs voisins;
3” Que des fibres sensitives récurrentes peuvent remonter dans le tronc des nerfs moteurs ;
4° Que, par suite, une région donnée peut être reliée aux centres perceptifs par plusieurs troncs ou branches nerveuses;
5« Qu’il est souvent impossible d’isoler une région par la section d’un seul nerf.
Toutes ces conclusions sont fort utiles à la connaissance de la pathogénie et du traitement chirurgical des névralgies. Nous nous proposons de le faire l’essortir dans les chapitres suivants.