‹ Des Névrites Syphilitiques Et En Particulier De La Névrite Cubitale De La Période SecondaireChapitre 13 sur 16 · DIAGNOSTIC ET PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC ET PATHOGÉNIE

La considération des symptômes cliniques permet d’éliminer l’existence d’une lésion de la moëlle limitée à la région cervicale, car il faudrait admettre que les cellules des cornes antérieures de la moëlle cervicale soient altèrées sur une étendue correspondant exactement au centre médullaire des muscles de la main, et, en outre, que le centre sensitif de ce même territoire soit seul touché. La sensibilité à la pression du nerf cubital, plus accentuée à la périphérie, plaide en faveur d’une lésion périphérique et non d’une lésion centrale.

Dans l’atrophie musculaire progressive, comme dans le cas qui nous occupe, il y a, au début, de l’atrophie des éminences thènar et hypothénar et des muscles interosseux, mais les lésions sont bilatérales et symétriques. L’atrophie des masses musculaires s’effectue sans douleurs, il n’y a pas de troubles de la sensibilité.

Nous avons donc une lésion périphérique du nerf cubital, est-elle due à la syphilis ?

Nous éliminerons, tout d’abord, la névrite a frigore et la nèvrite traumatique, nos malades n’ayant pas êtè exposès au froid, n’ayant pas subi de traumatismes. Ce n’est pas non plus de la névrite rhumatismale, car ils mont jamais ressenti de douleurs articulaires,

Prop

Est-ce une nèévrite toxique ou infectieuse ? Il n’y a, dans les antécédents, ni intoxication, ni infection.

Peut-être pourrait-on incriminer l’intoxication mercurielle? Récemment, au Congrès de médecine interne tenu à Bordeaux au mois d'août dernier (1895), MM. Spillmann et Etienne (de Nancy) présentérent trois observations de névrites avec douleurs dans les membres, atrophie musculaire et parèsie dans l’hydrargyrisme aigu et subaigu. Or, les syphilitiques, soumis au traitement mercurie], sont exposès à tous les accidents de lPhydrargyrisme. Mais si nous nous reportons aux observations, nous constatons que, si dans les observations III et V les malades suivaient le traitement mercuriel depuis le début de leur syphilis, par contre dans l'observation IV le traitement mercuriel n'avait pas été instituë avant l’apparition de la névrite. L’ailleurs, l’amélioration de la névrite par le traitement mercuriel intensé permet d’éliminer Vintoxication hydrargyrique.

Il est une autre cause de névrite à la période secon- -daire, c’est la compression du nerf, soit par une exostose, soit par de la périostite; lésions très frèquentes dès cette période de la syphilis (Le Bachelier et Naudet, thèses de Paris, 1882).

. M. Barthélémy a observé un cas de névrite cubitale à la période secondaire avec troubles sensitifs et moteurs, et, plus tard, avec une atrophie très marquéé des mus- -cles, dans le département bien circonscrit du nerf cubital. Il y avait, dans ce cas, une périostite du corps du cubitus, assez développée pour comprimer le nerf, et l’atroohie musculaire s’accentuait à mesure que la périostite

Msn pe se développait. Dans les cas que nous avons observés, il n’y avait pas de périostites et particulièrement pas de périostite de l’humèrus, ni du cubitus, par suite pas de compression du nerf eubital.

En l’absence de toute autre cause, nous admettons donc qu'il s’agit de névrites cubitales de nature syphilitique. Peut-être existe-il une prédisposition individuelle, permettant d'expliquer cette localisation particulière de la syphilis. En effet, sur cinq observations, quatre se rapportent à des femmes, et la femme est bien plus sujette que l’homme aux nombreuses manifestations nerveuses de la période secondaire. Nous n’avions cependant pas affaire à des hystériques, aucune d'elles ne présentait les symptômes de cette affection. |

Dans l'observation V, la prédisposition individuelle ne peut guère être mise en doute. La malade a des antécédents héréditaires nerveux très importants. Sa mère est morte, atteinte de la folie des persécutions; ses deux oncles maternels sont morts fous. Ces antécédents ont créé certainement une prédisposition toute particulière aux accidents nerveux qu’elle a présentés au cours de sa syphilis (modifications du caractère, insomnie, névrite cubi-

tale, etc.).

CHAMPENIER 6

Page 1