Monomanic du vol
Brierre de Boishont. De la folie puerpérale. Annales méd. psyc/t. do 1851 . p. 587.]
La monomanic du vol, cette perversion morale fort commune parmi les aliénés, semble redoubler d'intensité aux époques menstruelles. Nous avons surtout observé une dame fort bien élevée, qui, pendant ses menstrues, dérobe avec une adresse infinie tout ce qu'elle trouve, soustrait ses larcins à toutes les recherches/et s'emporte si on lui fait quelques observations à ce sujet. Dans d'autres moments, elle répond : Si j'agis ainsi, c'est que je suis folle, c'est à vous de me surveiller.
Comme le dit Tardieu, dans la phrase que nous lui avons empruntée pour notre épigraphe , la menstruation — eût-elle une apparence normale, — peut entraîner des troubles nerveux. On en voit ici, une preuve sans réplique; car, l'auteur, très-expert en la matière, n'eûl eu garde d'oublier de signaler l'irrégularité du flux. Ce sont surtout les femmes de la catégorie de celle qu'on vient de citer, qui reliront des bénéfices de la ménopause. Dans son élude médico-légale sur la folie, le professeur que nous venons de nommer parle (page 169) d'une hystérique encline au vol: elle avait été formée lard, et n'avail jamais eu de régularité dans ses époques, qui étaient restées quelquefois sup-
MONOMÀNIE. 157
{primées pendant trois ou quatre mois ; enfin, elle avait toujours été sujette à des maux de tête, à des étouffements, à des spasmes, qui redoublaient au moment des règles, et c'est après une fausse couche qu'elle avait accompli son premier larcin. N'est-il pas évident que l'impulsion instinctive, aussi bien que l'état convulsif, se trouvaient sous la dépendance de la menstruation? On ne pourra le révoquer en doute, après de pareils faits, quelque rares soient-ils.
i48. — tMonomanie incendiaire.
[Annales judiciaires de Klein. Volume XIII.)
Une servante, âgée de 22 ans, mit trois fois le feu. Sa maîtresse avait remarqué chez elle de la tristesse ; elle restait longtemps absorbée par des réflexions, et poussait des cris pendant son sommeil. Des témoins affirmèrent que cette fdle avait éprouvé, deux ans auparavant, une maladie qu'accompagnaient de violents maux de tète, une circulation très-agitée, des accès épileptiques : ils constatèrent que, depuis cette époque, la menstruation avait cessé.
Cet exemple est cité par Marc et par Henke, comme une preuve de l'influence des désordres génitaux sur la proj tension incendiaire, qui est plus habituelle chez les enfants à l'époque de la puberté, et particulièrement chez les petites filles. Le dernier de ces auteurs relate des textes de la chambre de Berlin et de la Faculté de Leipzig, énonçant que le trouble moral qui porte à incendier est souvent, d'après une remarque commune, sous la dépendance de troubles dans les fonctions sexuelles. Il a même cru pouvoir établir ce principe, que l'envie du feu, qui se manifeste fréquemment chez déjeunes sujets, résulte particulièrerilenl d'une évo-
lution organique irrégulière, à l'époque ou à l'approche de la puberté. Osiander exprime Ja même idée dans son Traité du suicide; — il l'explique en disant que l'appétence pour le feu se développe par l'effet du besoin de lumière qu'éprouvent les organes de la vision, privés d'une grande partie de leur irritabilité — à cause de la prédominance dans le cerveau du sang veineux au détriment du sang artériel.
N'y a-t-il pas lieu de se demander si la cessation des menstrues n'aurait pas été ici le résultat de l'aliénation? N'est-ce pas à un cas de cette espèce que se rapporterait celui de cette honnête ouvrière qui, après avoir ressenti des vertiges et des bourdonnements, chaque année, lorsqu'elle n'était pas réglée, finit par mettre le feu? (Legrand du Saulle. — La folie devant les tribunaux. — 1864,
page 465,