‹ Des névroses menstruelles; ou, La menstruation dans ses rapports avec les maladies nerveuses et mentalesChapitre 142 sur 174 · Jlanie · texte numérisé non relu

Jlanie

(P. Berthier. Asile d'aliénées de Bourg, 18G4.)

Gelin, âgée de v27 ans, d'un tempérament sanguin, rit et parle seule, tient des propos décousus, même en travaillant, — excepté pendant sept ou huit jours, avant, pendant, après l'époque menstruelle. Pendant ces temps, il y a de la mélancolie : la malade est muette, ne mange plus, cesse ses occupations, et aime à rester couchée.

Nous avons noté cette Observation, qui s'écarte un peu de la règle, pour montrer que les menstrues ne produisent pas toujours le même effet chez les aliénées. Contrairement à ce qui se voit, c'est la stupeur qui a suivi la menstruation. Probablement n'est-ce qu'un collapsus, exigé par la nature pour réparer les forces, perdues pendant l'écoulement autant que pendant l'agitation.

(P. Bertbier. Asile d'aliénées de Bourg-, '1864.)

Clarisse, âgée de 29 ans, est agitée, verbeuse, déchire ses vêtements, parle sans suite, durant quatre à cinq jours; — avant, pendant et après la menstruation. Tout le reste du mois, elle est calme, docile, raisonnable, pleine de bons procédés pour ses camarades.

Cet exemple est le plus commun.

Une des compagnes de la même malade, — cii état de démence, il est vrai, — n'est calme que pendant les huit jours qui précèdent la menstruation.

212 DES NÉVROSES MENSTIUELLES.

217 — Manie.

(P. Berthier. Asile d'aliénées de Bourg, 18G4.)

Suzanne a 26 ans, et est entrée trois fois à la Madeleine. Chaque fois, il y a eu aménorrhée complète. 11 y avait quatre ans, qu'elle y était revenue pour la dernière fois, lorsque les règles reparurent... Aussitôt revint la raison. Suzanne, dès lors, quitta l'Etablissement. '

La seule objection qu'on puisse apporter à la lecture de cette Observation, est celle-ci : le retour de la menstruation était-il la conséquence de la cessation du délire, ou la cessation du délire était-elle la conséquence du retour de la menstruation? Sub judice lis est. En tout cas, cette triple coïncidence est un argument sans réplique en faveur de l'influence réciproque du cerveau et de l'utérus.

(P Bf.htiiier. Asile d'aliénées de Bourg, 1859.)

Louise, âgée de 29 ans, d'un tempérament nervoso-sanguin, d'une constitution débile, est atteinte de délire qui roule sur tous les sujets. Les règles durent huit à neuf jours abondamment : pendant cette époque, l'agitation est extrême, la malade se livre à des voies de fait, et brise parfois les meubles. Le reste du mois, il est impossible d'en rien faire.

Mai 1858 : règles accompagnées d'actes de violence, morsures.

Juin : ergotine le cinquième jour.

Juillet : règles sept jours, agitation du 1er au G, ergotine.

Août : règles cinq jours, agitation du 1er au 4, ergotine.

Septembre : règles six jours, agitation du 1er au 5, ergotine.

Octobre : règles de cinq à six jours, agitation du 7 au 10, ergotine.

Novembre : règles sept jours, agitation du 2 au 20, ergotine.

Décembre : règles abondantes deux jours, agitation le 4, ergotine.

Janvier 1859 : règles six jours, agitée du 4 au G, ergotine.

Février 1859 : règles abondantes quatre jours, agitée le 7, ergotine (recours à la camisole).

Mars : règles abondantes six jours, calme, ergot.

Avril : règles abondantes, agitée une nuit, castoréum.

Mai : règles abondantes six jours, une nuit d'agitation, castoréum.

Juin : règles abondantes quatre jours, calme, castoréum.

Juillet : règles quatre jours, suffisantes, agitation légère dans la nuit du dernier jour.

Août : règles ordinaires pendant quatre jours, calme.

Septembre : règles ordinaires pendant quatre jours, calme.

Depuis, la menstruation se passe sans orage, et la malade s'occupe, s'habille seule, suit tous les exercices de l'Établissement.

Par cet exemple, on voit qu'il faut être persévérant dans les moyens employés, et ne pas se laisser décourager par les insuccès, quand le sujet est jeune. L'hémorrhagie était trop forte, il fallait arriver à. la rendre moins abondante, et l'état mental est demeuré stationnaire tant que ce résultat n'a pas été obtenu.

(Duckworth. Journal of mental science. Octobre, 1864.)

Madame B..., âgée de 37 ans, a déjà passé deux ans à l'Asile, pour Manie consécutive à l'aménorrhée.

Retour des mêmes causes et accidents. Pétulance, loquacité, rires, excitations intermittentes. Sulfate de quinine : retour des menstrues, diminution graduelle des accidents, qui finissent de se dissiper pendant un voyage.

D'après le docteur Monteverdi, le sulfate de quinine serait un succédané du seigle ergoté, et aurait sur celui-ci de grands avantages. Il aurait de commun avec lui la rapidité d'action ; mais celle-ci intermittente, comme la douleur

physiologique, est efficace dans le même espace de temps. (Presse médicale belge de 1875).

3 «O.— Manie.

(Taguet. Opère citato., p. 37.)

La mort d'une amie avait très-sensiblement affecté une dame de 24 ans. A la lecture du testament, elle s'aperçoit qu'on l'a oubliée. Ses règles s'arrêtent brusquement, et elle est prise d'un accès de Manie. Une saignée abondante ne diminue en rien l'intensité des symptômes ; douches, injections morphinées ne réussissent pas mieux.

Deux mois après, les règles reviennent, mais peu abondantes, et l'amélioration n'est que légère. Trois mois après, la menstruation se fit normalement, et disparurent alors tous les accidents.

En présence d'une Observation de cette nature, toute remarque serait oiseuse. Le fait parle de lui-même.

(Bertiiier. Clinique de l'asile d'aliénés d'Auxcrre, 1855.)

Une fille de 27 ans, d'un tempérament nervoso-sanguin, d'une constitution moyenne, donne à 15 ans les premiers signes de l'aliénation mentale : menstruation difficile, douloureuse, qui s'arrête au bout d'un an. Depuis, le caractère change, la jeune fille devient triste, rêveuse, molle, extravagante; elle fuit la société, prend sa famille en grippe, et s'adonne à l'onanisme. Souvent, même, elle simule des tentatives de suicide.

Cet état dure douze années. Au mois de juillet 1854, Eléonore boit un litre d'eau-de-vie et est prise immédiatement d'un violent accès de délire. Ce ne fut que trois ans après qu'on la mit dans un Asile, où elle entra en traitement le 29 août suivant. Difficultés de fixer l'attention, air égaré, face rouge, pouls fréquent, constipation, mobilité.

1er septembre : violente attaque d'hystérie épilcptiforme. 2 septembre : nouvelles attaques.

En octobre, l'agitation s'apaise un peu, les attaques sontmoins intenses. 11 est survenu à la 'grande lèvre une tumeur phlegrnoneuse.

En novembre, l'état mental est meilleur, mais la malade maigrit, et les excrétions parfois deviennent involontaires.

Janvier 1855 : nouvel accès de Manie, convulsions, amaigrissement extrême.

Mars : diminution des accès Maniaques et hystériques; état physique meilleur ; bains de siège, aloès, armoise.

Avril : calme et tristesse, même traitement.

Mai : amélioration croissante ; même traitement.

Juin : voie de convalescence.

Novembre : les règles paraissent dans de bonnes conditions ; la malade se rétablit.

Cette Observation, citée dans la thèse de M. Ernest Rousseau, « De la folie à l'époque de la puberté, 1858, » ne prouve pas l'influence de la menstruation sur le cerveau, mais les corrélations permanentes entre l'utérus et le cerveau. Si, à 15 ans, Éléonore devient folle, c'est que la puberté ne peut évoluer, et, par conséquent, que les règles ne peuvent s'établir normalement; et si la puberté n'opère pas son évolution normale, c'est qu'elle est entravée par un état nerveux primordial, origine de tous les autres accidents. L'établissement du cours normal des règles a été le signal de la guérison, d'autant moins attendue que la maladie datait de treize ans. Signalons, en passant, ce nouvel exemple de déviation menstruelle sous forme de phlegmon.

2 22. — Manie clioréi forme.

(Bbiebre de Boismoïct. Annales mcd. psychol. 1851, t. III, p. o790

Un des faits les plus curieux que nous ayons observés des troubles de la motilité sous la dépendance de la menstruation, est

celui d'une jeune fille de 15 ans, qui fut atteinte d'une affection choréiforme particulière. A chaque instant, elle exécutait des culbutes. On eut recours sans succès aux médications les plus diverses. La raison de cette jeune personne s'altéra ; elle répondait d'une manière bizarre, incohérente, ou gardait un silence complet. On fut obligé de l'enfermer dans une chambre, qu'on fit entièrement matelasser ; car on en compta jusqu'à 1800 par jour, et dans l'espace d'une heure elle en fit 120 devant nous.

Les bains la calmaient un peu ; mais elle ne fut débarrassée de cette bizarre maladie et de son désordre d'esprit, que lorsque les règles se furent établies régulièrement.

Cette Observation se passe de tout commentaire. On sait combien la chorée est suivie facilement de délire, comme l'ont établi savamment Marcé et Thore dans les Annales médico-psychologiques. Pourtant la folie choréique proprement dite est rare, et, quand elle existe, elle revêt le plus souvent la forme de l'imbécillité ou de la démence. En revanche, rien n'est plus commun que l'élément choréique associé aux folies secondaires, telles que la paralysie générale progressive.

2 23. — Manie hystérique.

(Moucagni. De scdibiM et cauais morb. 45° lctlrc, n° 21.)

Une fille publique, débauchée jeune encore, un peu grosse, adonnée au vin, eut un retard de quatre mois à la suite duquel survinrent des affections hystériques. Elle fut prise de Manie, et enfin de convulsions générales auxquelles elle succomba. La surface interne de la matrice, à son fond, était couverte d'un mucus sanguinolent , comme si les menstrues allaient avoir lieu ou avaient eu lieu récemment : on y apercevait aussi des tubercules semblables à des verrues.

KAJN1E. 217

Cet exemple rappelle l'opinion de Buchan, qui prétend que la suppression des règles peut occasionner la frénésie, — et cel autre de Borrichius, d'une femme atteinte d'une lièvre pétéchiale qui, s'étant fait saigner au moment de ses règles, fut prise de délire, refusa tous les remèdes, et mourut à la fleur de l'âge. Puisque, ainsi que nous l'avons vu, la méningite et l'encéphalite ont pu suivre immédiatement la suppression des règles, la Manie hystérique peut bien plus facilement en être la conséquence. Reste à savoir s'il s'agissait bien d'une affection de cette nature, ou d'un délire fébrile méconnu.

ÎÎ24. — Manie hystérique.

(Pomme. Traité des aff'cc. vap., 2e édition, p. 150 et suiv.]

Une demoiselle, âgée de 18 ans, fort mélancolique, d'un tempérament sanguin, fut tout à coup affectée, à l'approche de ses règles, d'un assoupissement léthargique. Aux périodes suivantes, saignée : l'assoupissement reparut avec beaucoup plus de force ; nouvelle saignée, puis nouvelle saignée. Le mal augmenta toujours, et à cet assoupissement périodique succéda enfin le délire hystérique qui augmenta à son tour, à toutes les périodes ; jusqu'au point que cette demoiselle, délaissée de son médecin, devint tout à fait Maniaque, cum furore et audacia, refusant toute boisson et toute sorte d'aliments. Je finis par être appelé, et prescrivis les bains prolongés de huit heures ; je fis prendre un peu de nourriture. Deux mois après, les règles parurent, et notre demoiselle se vit entièrement rétablie.

On voit que l'application des bains prolongés, dans la Manie, n'est pas chose nouvelle. Nous n'en devons pas moins reconnaître les services rendus par MM. Turck et Brierre, qui en ont vulgarisé l'usage. D'un autre coté, si, d'après l'aphorisme» le traitement prouve lanature de la maladie, on ne peut s'empêcher de reconnaître que cette hysté-

21 S DES NEVROSES MENSTRUELLES.

rie, attribuée à la pléthore, était entretenue par une anémie, que les saignées ne pouvaient qu'aggraver,

$25. — Manie hystérique.

(Jos. Raulin, Traité des affections vap. du sexe, 1758, chap. XII, p. 197,)

Un scrupule de conscience causa une suppression à une fille de bonne maison, et dont la vertu répondait à la naissance. Cette suppression fut suivie de convulsions générales si violentes, qu'il fallait plusieurs personnes pour contenir la malade pendant ces attaques qui étaient fréquentes. Les intervalles étaient marqués par un délire continuel. Mademoiselle resta deux mois dans cet état. Les secours se rétablirent, elle guérit, se maria, eut plusieurs enfants, et n'eut plus la moindre incommodité.

Évidemment, il y avait depuis longtemps une lutte secrète entre les instincts et les principes, et le scrupule de conscience n'a été que le prétexte fortuit dont la maladie s'est servie pour éclater. La nature des préoccupations habituelles de la malade, celle de son affection, la cure opérée par le retour de la menstruation..., tout désigne l'utérus comme le point de départ des accidents et leur principal

agent.

$26. — Manie hystérique.

* (Vandf.rmonde. Journal de méd. et de chirurg. 1759, t. X, p. 408.)

Une femme, s'étant mise dans une furieuse colère à l'approche de ses règles, vit celles-ci supprimées. On lui fit, mais vainement, une foule de remèdes. Bientôt son esprit se dérangea : on la crut possédée, et on l'exorcisa à différentes reprises... Le trouble intellectuel s'accrut ; elle ne pouvait faire un signe de croix, un acte de dévotion, entrer dans une église sans avoir un hoquet, un étouffement très-inquiétant. Le traitement fut couronné du plus heureux succès; les règles se rétablirent, et la malade retourna chez clic très-bien guérie.

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