‹ Des névroses menstruelles; ou, La menstruation dans ses rapports avec les maladies nerveuses et mentalesChapitre 141 sur 174 · Hlanie · texte numérisé non relu

Hlanie

(Baume. De la guérison des maladies ment. Thèse de Paris, 1854, p. 11.)

Marguerite, jeune religieuse, âgée de 24 ans, entrait à l'Asile le 27 octobre 1852, à la suite d'une fièvre typhoïde.

La menstruation était irrégulière. La première excitation Maniaque apaisée, Marguerite tomba dans un état de stupeur voisin de la stupidité, et, pendant un an, elle nous offrit quatre alternatives de Stupidité, avec un état de raison parfaite en apparence. Le passage de l'un à l'autre s'opérait brusquement. Mais, lors de la dernière atteinte, Marguerite était tombée dans un marasme inquiétant.

Le réveil de l'intelligence se fit progressivement, et se fortifia par le retour régulier des menstrues.

Les auteurs, partisans des crises, Pinel, Esquirol, Leurel, Foderé entre autres, ont signalé les règles comme jugeant quelquefois l'aliénation. Dans ce cas, les règles onl-elles été une conséquence de l'amélioration générale? C'est probable. Toujours est-il que leur retour régulier a été le signal de la guérison, comme leur irrégularité avait annoncé le trouble mental. Donc, si les règles n'ont pas eu une action générale primaire, elles n'en ont pas moins participé au désordre général.

Nous prions le lecteur d'appliquer ici les remarques des Observations 157, 201, 217.

SOI— Manie.

E. Dauby, Considérations sur la menstruation dans ses rapports avec la folie. Thèse de Paris, 1800, p. 20.)

Anne éprouva, sans motifs connus, des douleurs de tète, des é touffe m ehts, des épistaxis. Vers l'âge de 10 ans, on l'envoya comme infirmière à l'asile de Maréville, où clic ne tarda pas à se

singulariser par ses excentricités qui aboutirent ta une Manie aiguë. On la guérit, et on la renvoya chez elle.

A peine de retour, la première menstruation se montra ; elle avait 17 ans. Aussitôt les symptômes douloureux habituels se dissipèrent , et, pendant six ans que les règles coulèrent bien, l'état nerveux fut parfait. Malheureusement, Anne fut mariée contre son gré; elle rechuta, cette fois, sous la forme lypémaniaque. Mais, traitée de nouveau et par les mêmes procédés qu'auparavant, la malade vit ses règles se rétablir et son délire disparaître.

Deux fois le délire parut à la suite de l'absence des règles, deux fois le retour des règles fut le signal de la guérison. Si l'on objecte que celles-ci ont agi comme crises , je répondrai que la crise se présentant chaque fois de la même façon n'est plus un fait isolé, éventuel, spontané, — mais le résultat d'une provocation artificielle, où l'organisme n'a retrouvé son équilibre que grâce aux efforts de la thérapeutique.

(E. Dauby. Ibidem, p. 44.)

D. fut prise, après une suppression des règles, d'une céphalalgie très-violente, qui dura deux mois, au bout desquels la santé reparut avec les règles. Pendant 18 mois, tout alla bien. Mais, à la fin de l'été de 1857, les menstrues se supprimèrent de nouveau, la céphalalgie revint aussi intense, le sommeil disparut, l'anémie se forma, et un véritable accès Maniaque éclata ; ce qui obligea de la conduire à Maréville. Elle avait 22 ans.

On avait déjà obtenu une grande amélioration, à l'aide d'un traitement ayant pour but et de tempérer l'excitation et de rappeler les règles, lorsque survint un vaste phlegmon qui ajourna la guérison.

Pourtant, grâces aux toniques et aux bains sulfureux, une fois cet accident conjuré, on parvint à ranimer les forces, à remonter l'économie, et la menstruation se reproduisit. La jeune

200 DES NÉVROSES MENSTRUI LLES.

fille partit guérie au mois de mai, ta l'époque correspondante où d'ordinaire elles venaient.

Cette Manie durait deux jours pendant la pleine lune, et se compliquait d'un érysipèle, qui attaquait tantôt les bras, tantôt les cuisses.

La Manie menstruelle est trop clairement indiquée, pour que nous ayons à la commenter. Quant à l'influence attribuée à la lune, elle n'est pas discutable comme fait particulier. Mais les auteurs sont loin d'être d'accord sur la valeur de cette influence en général. Ont plaidé pour : Daquin, Toaldo, Koster ; ont plaidé contre : Esquirol, Leuret, Dclasiauve; et, d'après les recherches que j'ai publiées, il y aurait peut-être lieu de m'inscrire à la suite de ces savants.

«03. — Manie.

(E. Dauby. Ibidem, p. 52.)

Marie, sanguine, bien constituée, âgée de 51 ans, tomba amoureuse d'un jeune homme au-dessus de sa position. Un jour, ayant ses règles, elle apprit la nouvelle qui détruisait brusquement ses espérances ; le sang cessa de couler, la folie surgit et dura quinze jours.

Le mois suivant, à la même époque, nouvel accès de Manie avec prédominance erotique.

On parvint à rappeler le cours normal des règles, et l'on obtint alors la guérison du trouble mental, quatre mois après l'entrée.

Le sang a cessé de couler après une émotion vive, il a repris son cours à l'aide de l'intervention médicale, qui a obtenu la guérison par des moyens opposés à ceux qui avaient amené la maladie. On ne dira pas, après ce fait, (pie la Manie menstruelle soit invincible par l'emploi des agents physiques propres h rétablir la menstruation.

204 — manie.

[P. Bebtoiek. Asile Sainte-Madeleine de Bourg, 1803.,

Madame Jacquier présente à son entrée l'état suivant : agitation, mobilité, loquacité, hallucinations, demi-conscience. Elle peut parfois fixer son attention et répondre avec justesse. Il y a des insomnies fréquentes, de l'inappétence, de la soif, de la constipation. — Avant le retour de la menstruation, qui a lieu vers le 4 novembre courant, la malade était inquiète, dormait peu et pleurait beaucoup; pendant la menstruation, quia duré cinq jours, le calme s'est rétabli. — Le 6, retour des règles et du sommeil. — Le 7 septembre, la menstruation a reparu une troisième fois; un gramme d'ergotine arrête la menstruation : légère amélioration normale. — 1864, janvier 14, la menstruation vient d'avoir lieu, elle a duré cinq jours, elle s'est faite cette fois d'une manière très-naturelle. Mieux réel. — Février 22, les époques ont duré trois jours; calme et raison. — Sortie guérie le 9 avril.

L'accès Maniaque a constamment accompagné l'époque menstruelle. L'écoulement abondant ou trop long ayant été modéré , l'état mental s'est amendé progressivement. Ce mode de traitement, qui nous a souvent réussi, sera reproduit ailleurs.

Je puis assurer que la cure ne s'est pas démentie.

2 ©5. — Manie.

(P. Berthier. Asiles d'aliénés de Bourg, 1860.)

Ilacour Ilirma, âgée de 1 8 ans, entrée à l'Asile le 26 avril 1804. C'est un esprit peu développé, une nature peu impressionnable.

Incohérence dans les propos , troubles hallucinatoires de l'ouïe et de la vue. La malade peut, cependant, fixer légèrement son attention. Il paraîtrait que le délire est survenu à l'époque de la menstruation.

Mai : la menstruation a duré deux jours, assez abondante. Pendant tout ce temps, l'agitation, le délire et la mobilité n'ont pas cessé. Ils ont disparu avec l'époque cataméniale. Évidemment l'état mental est sous la dépendance immédiate de l'état physiologique. — 27 juin : la menstruation ne paraissant pas, nous cherchons à la provoquer par une infusion de mélisse, d'armoise, et par des bains de siège. — Le 9 juin, application de sangsues sur les cuisses. — Au 10 du mois, apparition de la menstruation qui a duré trois ou quatre jours abondamment : absence d'agitation. — Au 20, retour dans son quartier : très-calme.

Depuis, les époques ont reparu régulièrement , et sans accidents.

Une fille de \(j ans, non menstruée encore, était, d'après Jacobi, atteinte d'une manie aiguë h son dixième jour. L'éruption sanguine conjura immédiatement le désordre intellectuel. Dira-t-on qu'elle fut une simple crise? — Mais l'établissement d'une fonction ou son retour à l'état normal ne peut être considéré ainsi, et il faudrait donner ce nom à toutes les guérisons. Du reste, admît-on cette interprétation, nous ne serions pas moins autorisés à conserver notre opinion dans un cas surtout où les règles étaient en relard sans causes connues, chez une jeune fille peu intelligente, ayant perdu le peu de raison qu'elle possédait, dans les conditions morales les plus favorables.

(Observation communiquée par le Dr Clriara.)

Laurence, femme de 58 ans, d'un tempérament nerveux, d'une constitution chétive, sujette à la sensation de la boule hystérique, est intacte de précédents héréditaires. Menstruation régulière, quoique peu abondante. Dans le courant de l'année 1857, elle subit plusieurs affronts, éprouve de vives contrariétés, ressent un profond chagrin, et, un jour, après une scène, voit ses

règles supprimées. Aussitôt : agitation extrême, menaces, cris, objurgations, loquacités, céphalalgies, insomnies, incohérence des idées, hallucinations ; sinapismes, potion antispasmodique. Le lendemain : application aux cuisses de six sangsues qui déterminent uneexacerbation. Mais les règles reparaissent, et il se manifeste bientôt une grande amélioration qui progresse jusqu'au retour de la raison. Cette femme est restée longtemps encore dans un état intermédiaire à la maladie et à la santé, toujours un peu hystérique, puis a fini par recouvrer la santé, et a repris de 1 embonpoint.

Ceux qui nient la part d'action exercée par les émotions sur l'utérus, seront, convertis à la lecture de cette Observation. Généralement, la frayeur, la crainte, la douleur, une impression atmosphérique agissent de concert pour troubler la menstruation. Ici, le chagrin seul a suffi pour opérer ce résultat. Or, comme le retour seul provoqué des règles a ramené la raison, il est évident que l'action seule de l'aménorrhée en avait troublé le calme.

(Communiquée au Dr Berthicr par M. Salesse, ex-étudiant.)

Mesdemoiselles Goumard et Basset se marièrent le môme jour. Deux mois après leur mariage, elles prirent toutes deux un bain de rivière, ayant leurs règles. L'écoulement menstruel s'arrêta subitement ; des accidents graves du côté des centres nerveux se déclarèrent presque immédiatement, et mirent en danger la vie de ces deux jeunes imprudentes.

Grâce à une médication rationnelle et énergique, la première guérit promptement.

La seconde éprouva, pendant de longues années, des crises périodiques d'aliénation mentale, qui ne se calmèrent peu à peu qu'au moyen de fréquents voyages sur mer; ce qui était d'autant plus facile, que son mari était capitaine de marine marchande.

Qu'njouterai-je à cette brève et concise description ? Ne

parle-t-elle pas d'elle-même? Même cause, même effet, avec une disposition personnelle qui retarde le succès du traitement chez Tune des malades. Quelle différence avec le sujet de l'observation 90, mort à la suite d'une même imprudence et frappé d'apoplexie ?

2©8. — Manie.

(Communiquée au Dr Bcrthier par le directeur de la prison de Bourg, en juin 1800

Une fille, détenue à la prison de Bourg, donne tout à coup dos signes d'aliénation mentale. Elle devient agitée, loquace, puis finit par être prise de délire général. — Ces symptômes coïncidaient avec la cessation des menstrues, arrêtées par une imprudence.

Le médecin ordonne une médication, dans le but de rappeler l'écoulement. Au moment où cette fille allait être envoyée à l'asile de la Madeleine, au compte du département, le médecin s'informe de l'état de ses menstrues : celles-ci recommençaient a couler, et le délire cessait. Peu a peu le calme est revenu avec l'écoulement normal.

Avertissement donné aux geôliers et aux magistrats. Que de pauvres femmes, dans les mêmes circonstances, ont subi des condamnations afflictives ou infamantes pour des sévices, des délits ou des crimes dont elles n'étaient nullement responsables, les ayant commis sous l'influence d'une excitation menstruelle qui avait dominé leur volonté ! À ce sujet, Marc, Esquirol et Bricrre ont rendu de grands services à la cause de ces malheureuses, en élevant une voix autorisée et puissante en leur faveur. Car ce sont eux qui ont le plus fait valoir le rôle de la menstruation dans la genèse psychopathique, et l'influence qu'elle exerce sur les déterminations des femmes aliénées ou saines d'esprit.

20».— Rallie

(P. IteuTHiEr». Asile de la Madeleine à Bourg, 18G0.'

Une femme de o7 ans, d'un tempérament sanguin, d'une constitution assez forte, était sujette, depuis longtemps, à de violents maux de tète. Un jour, ayant ses règles, elle s'immergea dans l'eau froide qui tout de suite les supprima : depuis cette époque, les idées se brouillèrent un peu, et la malade remarquait qu'il lui venait des absences. Un ou deux mois après cet accident, le délire se déclara, et au bout de trois semaines se dissipa peu à peu... Ce n'était qu'une rémission. A peine la malade étaitelle rentrée chez elle, qu'à la suite d'une vive frayeur causée par un incendie, le délire redoubla, si Lien qu'on se vit forcé de l'amener à l'Asile ; malgré une grave variole, dont elle venait d'être prise. Le 28 avril 1860, elle entre donc, la figure couverte de pustules, portée sur un fauteuil, avec incohérence des idées, agitation, insomnies, hallucinations et illusions. Pendant plus de quinze jours, cette pauvre femme fut retenue au lit, et nous croyions qu'elle touchait à sa fin : il y avait de la fièvre, et les forces se perdaient. Heureusement, à mesure que la desquamation s'opéra, le calme arriva : vers la fin de mai elle se leva ; vers la fin de juin les règles reparurent, et la convalescence commença.

Il s'est passé plusieurs phénomènes remplis d'intérêt. Mais les plus dignes d'attention sont — la suppression, qui a été le signal des accidents intellectuels, et la coïncidence de la réapparition des menstrues avec la convalescence. Sans nul doute, celte femme était disposée par des céphalalgies très-intenses; sans nul doute, aussi, des querelles domestiques les avaient favorisées. Mais il est évident aussi (pie la variole a agi comme une crise, et a déterminé la réapparition des règles, qui ont été le signal du retour à la raison. On lit dans le Traité de Doni. Raymond (prune demoiselle de 17 ans, atteinte depuis trois ans d'épilepsie, en fut déli-

vrée par une variole hémorrhagique des plus graves. Nous n'avons pas été aussi heureux que le praticien de Marseille ; pendant tout un hiver, l'hiver à jamais néfaste de 1870-71 , où nous avons soigné des centaines devarioleux, et où, si nous n'avons pu assister à aucune manifestation délirante sérieuse, nous n'avons pu constater aucune révulsion bienfaisante de la petite vérole. Il est vrai qu'elle était épidémique.

fctO. — Manie.

(P. Berthier. Asiles d'aliénés de Bourg, 1860.)

Gournay, fille bien constituée, d'un tempérament sanguin, est entrée à la Salpètrière, le 50 août 1847, en état de délire mélancolique. Le 9 août 1858, elle était transférée à l'asile de la Madeleine. Tous les mois, elle fut atteinte de délire général avec agitation suivie de stupeur, pendant l'époque menstruelle. Le reste du mois se passait dans le calme et la raison.

En 1859, la menstruation commença à devenir irrégulière; cependant, chaque fois qu'elle revenait, les accès de Manie reparaissaient. En 1860, il y avait six mois que rien n'avait paru, lorsque l'écoulement revint : aussitôt un accès éclate, et dure autant que les règles. Enfin la menstruation a cessé de paraître ; et jamais, depuis, la raison et le calme n'ont été troublés un instant. Mademoiselle, âgée de 49 ans, est lucide, laborieuse, dort bien, a de l'appétit; mais ressent pourtant, parfois, quelques légers maux de tète.

Coïncidence parfaite de la menstruation avec la Manie, que nous verrons tant de fois signalée. Nous n'avons rien l'ait pour endiguer l'écoulement, en prévision de l'âge critique, qui devait lui-même, et en toute opportunité, faire pour le mieux. Cet âge, si souvent funeste dans les mêmes circonstances, a été, dans ce cas-ci, des plus favorables.

Les auteurs spéciaux reconnaissent que, souvent, l'âgé critiqae agit favorablement dans la solution de la folie.

Fothergill, dans ses conseils aux femmes de 50 ans, a observé des dames faibles, délicates, affaiblies par des évacuations abondantes, qui reprenaient une nouvelle vie, et de maigres devenaient grasses. Son observation confirmerait l'opinion de M. Baillarger, qui voit dans la ménopause une époque d'anémie : cela expliquerait pourquoi celle-ci est favorable aux pléthoriques, défavorable aux personnes débilitées, et pourquoi, lorsque les pertes ont cessé, le sang se reconstitue au profit du système nerveux.

S f i . — Manie.

P. Beuthier. Clinique de la Madeleine de Bourg, 1861.)

Une des anciennes propriétaires de la maison y avait été conduite, bien des années après l'avoir quittée, par son mari qui ne pouvait plus la contenir. Cette femme semait le désordre partout où elle passait, et se livrait parfois à des actes de violence.

Vers l'âge de 50 ans, elle cessa d'être réglée : le délire, qui était continu, a pris la forme périodique ; et tous les mois, pendant quatre à cinq jours (temps que durait la menstruation, et à l'époque correspondante), la malade est en proie à tous les symptômes de la Manie incohérente.

Nous avons vu le fait cité par Guislain , Belbomme et Loyseau. Ce genre de substitution, toutefois, est assez rare. Une de nos vieilles malades, dont la menstruation avait été remplacée par un œdème actif de la face accompagné d'idées de suicide, et une autre pensionnaire dont les règles étaient suppléées chaque mois par une fluxion dentaire qui ramenait l'agitation, habitaient le même Etablissement. — Nous avons lu, dans le Mémoire de M. Brierre de Boismont sur la folie puerpérale, qu'une demoiselle de 50 ans, dont les accès de délire furieux augmentaient aux époques des règles, devint alors très-calme, mais fut atteinte, en revanche, d'un rhumatisme articulaire qui l'empêchait souvent de

20S DES NÉVROSES MENSTRUELLES.

marcher. Que l'on veuillebien se reporter aux Observations 6 et 7 qui contiennent des faits de migraine alternant avec la menstruation ou lui succédant, et à la 2e Observation du n° 0, où une migraine qui s'était substituée à la menstruation a disparu et a été remplacée par un asthme convulsifc

£I«. — Hlanie.

(P. Berthier. Clinique de l'asile d'aliénés d'Auxcrrc, 4852.)

Geneviève est une femme de 25 ans, d'un tempérament sanguin, d'une constitution forte, d'un caractère assez gai. Elle est prise d'une affection nerveuse qui se dissipe spontanément, et qui passe inaperçue. Quelque temps après : troubles menstruels, pertes utérines, délire général qui la conduit à Auxerre, le 11 mars 1850. Règles très-abondantes, huit jours de durée. Pendant un an, mêmes phénomènes chaque fois. L'attention de M. Girard se porte sur l'exacerbation extraordinaire qui accompagne les règles, il prescrit du seigle ergoté pour modérer l'écoulement. Juin 4851 : 4 grammes de seigle ergoté après le quatrième jour, le sixième l'agitation est moins forte ; le seigle est continué.

Juillet : même manœuvre, même résultat.

Août : même manœuvre. Les règles ne durent que six jours; l'accès de Manie est moins fort.

Septembre : l'accès devient presque nul; on prescrit encore le seigle, mais seulement le sixième jour.

Octobre : accès imperceptible.

Novembre : pas d'accès. On cesse le seigle.

Décembre : les règles durent cinq jours, il ne reste plus qu'un peu de loquacité.

Le 21 avril 1852, Geneviève sortait guérie.

Il est aisé de se rendre compte de la marche de la maladie et des résultais du traitement. Ecoulement excessif qui détermine l'agitation. L'écoulement s'atténue : amendement. Les règles prennent l'habitude de couler modérément : guérison.

SIS.— Manie.

(P. BEnniiEr. . Clinique de l'asile d'Auxerre, 185"»\

Virginie, d'un tempérament sanguin, d'une constitution moyenne, d'une imagination ardente, est née de parents bizarres et peu affectueux. C'est dire que son éducation première a été fort négligée. A l'âge de 10 ans survient une surexcitation nerveuse, qui devient Maniaque et coïncide avec chaque époque menstruelle. Peu à peu la surexcitation fait place à des accès de Manie , qui oblige de la placer en 1 847 dans une maison de santé. Après être sortie comme guérie de cette maison, elle y est revenue; depuis, les accès n'ont eu aucune coïncidence avec la menstruation. Ils ont une durée variable de un, deux, trois, quatre mois.

Les premiers renseignements ont été fournis par le certificat d'admission, transcrit sur le registre officiel. On ne pourra donc pas soupçonner la pureté des sources ; attendu que le médecin qui l'a rédigé ne savait nullement le parti qu'on en aurait pu tirer. Dans un numéro précédent, la stupeur a persisté, malgré le retour de la menstruation. Dans l'Observation présente, après une corrélation constante entre les époques et les accès, les règles se sont régulièrement établies; mais la Manie n'en a pas moins persisté : fait qui se reproduit encore assez souvent, et qui a été signalé par presque tous les aliénistes.

«14. —Manie.

(P. DERTiiiEn. Asile d'aliénées de Bourg, 1859.)

Chimelle,42 ans, tempérament sanguin nerveux, constitution moyenne, entre à la Madeleine, le 9 octobre 1855, en état de Manie. Elle perd souvent en rouge, et abondamment ; examinée au spéculum, la matrice ne laisse constater qu'une légère tuméfaction du museau de tanche, qui est rouge et recouvert d'une viscosité gluante. Chaque fois que surviennent ces pertes, l'agi-

BERTHIER. — NEVROSES. 14

210 LES NÉVROSES MENSTRUELLES.

tation renaît avec intensité, ainsi que le délire qui devient trèsbruyant et s'accompagne d'hallucinations.

Exemples :

2 janvier : pertes. Seigle ergoté. Agitation excessive. — 8 janvier : pertes, seigle ergoté, agitation excessive. — 16 janvier : pertes, seigle ergoté, agitation excessive. — 19 janvier : pertes, seigle ergoté, agitation excessive. — 28 janvier : pertes, seigle ergoté, agitation excessive.

1er février : pertes, seigle ergoté, agitation excessive. — 6 février : pertes, seigle ergoté, agitation excessive, injections au sulfate de fer. — 11 février : pertes, seigle ergoté, agitation excessive, injections au sulfate de fer. — 15 février : pertes, seigle ergoté, agitation excessive, injections au sulfate de fer. — 50 février : pertes, seigle ergoté, agitation excessive, injections au sulfate de fer.

16 avril : pertes, 1 gramme d'ergotine, agitation excessive.

7 mai : pertes, injections.

Juin : pertes (le spéculum ne fait rien découvrir).

Septembre : l'écoulement diminue pendant deux jours, puis reprend avec vigueur ; toute médication est suspendue.

Enfin, le 17 avril 1859, la malade, après avoir perdu pendant quelques jours, voit le sang s'arrêter ; surviennent de la fièvre, de la dyspnée; et malgré tous les remèdes, elle meurt d'apoplexie pulmonaire.

Quoique la Manie no soit point en relation constante et directe avec la menstruation, on n'en voit pas moins l'effet des perles sur l'aliénation qui, si elle n'est pas produite par celle-ci, en est une des conséquences. Y avait-il une prédisposition? La fin tragique de la malade porterait à le croire. On voit également la tendance fluxionnaire qui se produit fatalement; sur l'utérus, et qui, cessant de se porter vers ce dernier organe, se jette sur les voies respiratoires ■et cause la mort.

MAMË. 211

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