‹ Des névroses menstruelles; ou, La menstruation dans ses rapports avec les maladies nerveuses et mentalesChapitre 21 sur 174 · MUTISME INTERCURRENT, OU APHASIE · texte numérisé non relu

MUTISME INTERCURRENT, OU APHASIE

sans motifs, des visions terribles, entend des voix qui l'appellent an moment où elle va s'assoupir et s'endormir.

M. Mitivié fit faire une application de sangsues aux cuisses. Les règles, supprimées depuis trois mois, reparurent, et le délire et les hallucinations cessèrent.

Vidal de Cassis fait une différence entre les névroses de l'ouïe et de la vue qu'on doit rattacher aux troubles de la menstruation, et celles qui dépendent de troubles médullaires. Dans le premier cas : 1° Le champ de l'audition est changé. Le sujet n'entend qu'à des distances très-rapprochées ou il n'entend qu'à distance éloignée. 2° Un sujet n'entendra que les sons éclatants, tandis qu'un autre ne percevra que les sons doux et ne répondra que quand on parlera à voix basse. 5° Il y a des auditions partielles. Le sujet ne pourra entendre que certains mots de la conversation. 4° Un seul bruit, un seul son peut être entendu comme s'il était double. 5° Le malade croit entendre des bruits qui ne sont pas produits. De même pour la vue : il peut voir double, ne voir qu'à moitié, que de loin, que de près, que certains objets, des objets qui n'existent pas1.

La pratique a-t-clle sanctionné cette manière de voir ?

fcf . — Mutisme intercurrent, ou aphasie.

(P. BrRTiiiKR. Gazette des Hôpitaux, 11 juin 18G4.)

Lue paysanne, sanguine et robuste, entre à l'infirmerie, en proie à une agitation maniaque accompagnée de gastralgie qui ne tarde pas à se dissiper. Mais, trois mois après, à la suite d'une aménorrhée produite par l'immersion des pieds dans l'eau froide, la malade est prise de symptômes hystériques avec mu-

1 Traité de pathologie interne, t. IV, p. 30 et 31.

tisme complet, dont elle a conscience et qui l'oblige à parler par signes. Depuis, chaque mois, dès que les règles ont cessé, les mêmes phénomènes paraissent; et pendant tout le temps de son mutisme, elle montre plus d'intelligence, plus de souvenir. Rien n'a pu empêcher le retour de cet état surprenant.

L'empire qu'exerce l'utérus sur le système cérébral, et les rapports si connus entre les organes de la voix et ceux de la génération sont ici visibles. La chose est d'autant plus singulière que nous avons eu affaire à une forte constitution, à un fort tempérament, à une nature agreste. Dira-ton qu'il y a eu lésion des lobes antérieurs du cerveau? Comment caractériser une lésion cérébrale qui avive l'intelligence et aiguise la mémoire, sans entraîner avec elle des troubles symptomatiques?

Si, comme le dit M. Jules Falret (Dict. encycl., art. Aphasie, p. 612), il y a peu d'observations authentiques propres à démontrer l'existence de l'aphasie chez les hystériques, nous devons nous estimer très-heureux d'avoir pu constater nous-même celle que nous venons de relater. La Gazette des Hôpitaux de 1871 contient une observation d'aphasie hystérique, publiée par le Dr Bazin, de Gorbeil ; mais cette aphasie, étant liée à une grossesse, n'a que des rapports éloignés avec le sujet actuel.

III

HZ. — Dyspnée.

(Hunerwolff. Cité par Cliambon dans ses Maladies des filles, l. II, p. 20.)

Une fille de 10 ans, ayant été attaquée d'une suppression, Tut prise de lassitude et de difficulté de respirer. Son corps devint tacheté. Elle respirait très-difficilement, et avait de fréquentes défaillances. Après les premières doses d'un remède qui lui fit

DYSPNEE VERTIGINEUSE. 59

rendre par le nez quelques livres de sang, survint une faiblesse profonde. Les taches de la peau se dissipèrent par le moyen d'un bon régime et d'une liqueur emménagogue, et la malade se rétablit.

D'après l'exposé de ce récit, il est manifeste que le sang, ne pouvant s'écouler par son réservoir naturel, a reflué vers les organes respiratoires, probablement les parties faibles, pour y former une fluxion. Cette explication a été donnée par Freind, Bocrhaave, Van Swieten et Ph. Pinel. De là les symptômes mentionnés. Et il à fallu que le reflux n'ait pas été très-énergique, puisqu'il n'a pas produit l'hémoptysie. Qui n'a vu, dans le cours de sa pratique, des aménorrhées suivies de pétéchies et de suintements hémorrhagiques par les bronches, soit spontanées, soit provoquées par un faible attouchement? Il est des auteurs qui établissent une corrélation intime entre les hémorrhagies et le système nerveux. Jules Parrot, qui a publié en 1859 une intéressante monographie sur les sueurs de sang, leur donne le nom à' hémorrhagies névropathiques (pp. 58 et 69) ; et je me demande si les stigmates des cénobites et des illuminés ne pourraient pas précisément s'expliquer par l'état nerveux dans lequel ces personnages demeurent plongés...

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