État épileptiforme
(Gendrin. Traité philos . de mcd. prat. 1859, t. II, p. 70.)
Nous avons observé une jeune femme, chez laquelle une dysménorrhée, déterminant une épistaxis d'ailleurs peu abondante, débutait à chaque attaque par des accidents épileptiques, qui avaient fait porter sur cette maladie un fâcheux pronostic. Cependant, tous ces accidents disparurent, l'épistaxis elle-même, lorsqu'on eut ramené, par un traitement méthodique, les phénomènes de la menstruation à leur état normal.
D'aprèsce qui s'est passé là, l'épistaxis n'était qu'une déviation sanguine vers les lobes frontaux, qui a cessé par l'effet du traitement. Si la perte se fût opérée par les muqueuses nasales, le mal n'aurait pas affecté la forme convulsive; car l'hémorrhagie nasale simple, et sans accidents, est trèscommune dans le jeune âge, avant la nubililé, ou même la puberté. On obtient d'autant plus de résultats, qu'on en saisit la portée et qu'on y porte vite remède.
Hippocrate a dit, en parlant de la saignée familière aux jeunes gens : Grandioribus ad pubertaiem ex naribus profluvium.
ÎO. — Vcrligcs épilcpliques.
(Hoffmann'. Opcrc et loco cilatis.)
Une femme de 5G ans s'était délivrée de la gale, par le moyen d'une pommade mercurielle. Elle devint sujette à l'irrégularité du flux menstruel, qui, quelquefois, se faisait attendre dix et quinze semaines. Elle fut grosse, et éprouva des vertiges qui débutaient par un fourmillement dans le pied gauche.
Peu après, les accès la privèrent de la raison, et elle tomba dans l'épilepsie.
Jusqu'à quel point la suppression de la gale peut-elle donner lieu aux vertiges? Le médecin allemand avait-il bien eu affaire avec la gale, et n'écrivit-il pas sous le coup du préjugé ou de l'ignorance du temps? N'y avait-il pas même eu la une simple coïncidence? Restons dans le doute.
?fl. — Épilepsie.
(Félix Flater. Observationum très Ubri, lib. 1.)
Une jeune fdlc, qui ne fut jamais menstruée, souffrit pendant de longues années d'un mal caduc, qui la prenait le plus souvent aux approches de la lune
Après quelque amélioration, elle retomba pour toujours sous l'empire de son infirmité.
Tout en regrettant le laconisme de cette observation, nous n'en considérons pas moins la coïncidence des attaques avec l'époque de la nouvelle lune, comme la preuve d'un obslacle à l'accomplissement des fonctions mensuelles, cause de l'épilepsie, déjàpréparée par une puberté laborieuse. Quant à l'action exercée par la lune sur l'épilepsie, et malgré les recherches de Toaldo et de Daquin, nous avouons ne pas être convaincu; d'après notre propre expérience. (Voyez notre article dans le Journal de médecine mentale, 1865, tome V.)
S'il est des autours qui prétendent que la période menstruelle suit le cours de la lune, on peut leur répondre que les femmes, loin d'avoir leurs règles correspondant aux phases de cet astre, les ont à des époques différentes les unes des autres.
«2. — Épilcpsîe.
^Sauvages. Nos. citât., classe IX, c. 7.)
Une blanchisseuse n'approchait jamais du moment de ses règles, sans être assaillie d'attaques. Celles-ci persistaient, si les règles coulaient avec trop d'abondance. Son médecin lui dit de prendre des grands bains tièdes, et de la jusquiame blanche; l'écoulement et l'épilepsie cessèrent. Ce praticien, se rappelant que la malade avait déterminé F apparition du sang menstruel par des pédiluves froids, ordonna des fomentations froides sur le bas-ventre pendant toute la durée de l'époque menstruelle. Celle-ci se régularisa, et la malade guérit.
Il ne s^agissait plus ici de suppression, c'était l'excès d'abondance qui occasionnait les convulsions. En modérant l'écoulement, on rétablit l'équilibre des liquides, et Ton témoigna de prudence comme de perspicacité. C'est ce que fit Freind, comme nous l'avons vu. Nous aurons souvent à revenir sur cette indication*
Î3. — Êpilepsîc.
Sauvages. Nosologie method., IV classe, année 1771, t. I, p. 787.
Une fdle âgée de 20 ans, cà qui la frayeur avait causé l'épilepsie, souffrait dans le jour plusieurs accès d'épilepsic utérine. Elle était paie, bouffie, et très-peu réglée. Ayant pris pendant deux mois l'extrait de ciguë, le llux menstruel reparut; un vomissement habituel, dont elle était ci-devant attaquée, s'arrêta dès la première dose, elle reprit sa couleur naturelle; et, aujourd'hui, elle est forte et vigoureuse.
La ciguë est un narcotique. Comment donc a-t-elle agi? Est-ce en calmant l'excitation nerveuse, par conséquent l'appareil utérin? L'expérimentation seule nous l'apprendrait. Toujours est-il que Pépilepsie tenait bien à la suppression, puisque la suppression détruite a entraîné la guérison, et qu'en même temps a cessé le vomissement supplémentaire. Ce que nous disons de la ciguë, peut tout aussi bien s'appliquer à l'opium ; car nous ne sachions pas que la première de ces substances ait une action élective. Or nous verrons celui-ci produire le même succès, dans un cas de manie publié par M. Baillarger.
(Du Boueix. Journal de Vandermonde, t. XXX, p. 440.)
Je fus appelé dans un couvent, pour y voir une domestique, âgée d'environ 21 ans, d'un tempérament pléthorique, s'étant bien portée jusqu'à son premier accès de haut-mal, datant de six semaines. Questionnée, elle avoua que ses règles s'étaient arrêtées, et que depuis elle avait éprouvé de violents maux de tête, des saignements parle nez, deséblouissements, des vertiges, des coliques, etc.; et qu'un jour sa vue s'était affaiblie : les objets lui avaient semblé tourner, une hémorrhagie nasale s'était déclarée, une perte totale de connaissance s'en était suivie, accident dont elle n'avait pas le moindre souvenir. Le lendemain et les jours suivants, celui-ci se renouvela. Je la fis saigner deux fois aux bras, je la purgeai avec un éméto-cathartique, je lui prescrivis des bains de jambes et de la limaille de fer associée à la crème de tartre, etc., qui ramenèrent les règles. Au bout d'un mois, elle était guérie.
Ce qui ferait admettre que la maladie tenait à un état de pléthore, c'est la force du tempérament, la nature de la cause, les moyens mis en œuvre pour la combattre, et la rapidité d'action de ces moyens, qui n'eussent pas eu le temps de produire leur effet s'ils avaient été toniques el analeptiques.
(Pu. Pi.nel. Médecine clinique, 5e édit., p. 544.)
Une dame, d'une constitution robuste, fut toujours bien portante jusqu'à l'âge de 45 ans, époque de la cessation des menstrues et d'une première attaque attribuée à de schagrins, laquelle se renouvela chaque jour, pendant un an, puis ne reparut que tous les deux mois. Elle était sujette, en outre, depuis son enfance, à une paralysie généralisée complète.
Rares sont les cas de ce genre ; l'épilepsie, loin de paraître à l'âge critique, cesse plus souvent à cet âge, comme le montre, par un exemple, M. Brierre de Boismont, et ainsi que je l'ai constaté dans deux circonstances, entre autres chez une aliénée, qui depuis n'a cessé d'être agitée. Rappelons-nous ce qui a été dit à l'article migraine, au sujet de névroses alternantes indestructibles.
KG. — Épilepsie.
(Ph. Pinel. Ibidem, p. 531.)
F., âgée de 18 ans, d'un tempérament sanguin d'une bonne santé, jusqu'à l'âge de 14 ans. A cette époque, qui fut celle de la première menstruation , une vive frayeur causa la suppres sion, suivie immédiatement d'une attaque d'épilepsie.
Les menstrues revinrent à la suite d'une fièvre, mais demeurèrent irrégulières.
La malade fut transportée dans un hôpital et soumise au traitement le plus actif pendant près d'une année, puis entra à la Salpètrière, où un traitement méthodique régularisa les menstrues qui n'en restèrent pas moins peu abondantes, et ne purent que ramener le chiffre des crises à deux ou trois par mois.
Le traitement n'a pas eu de succès ; mais il n'en demeure pas moins acquis, que la menstruation n'ayant pu être ré-
BERTIIIER. — NÉVROSES. 6
gularisée n'apas permis aux attaques de disparaître entièrement. Un étal nerveux primitif dominait vraisemblablement l'économie, et c'est à celui-ci surtout que la cure devait s'adresser. Des renseignements sur les influences héréditaires eussent peut-être expliqué cet insuccès relatif. Pressavin, dans son Traité des vapeurs, attribue à deux causes les accidents nerveux, consécutifs à la suppression des menstrues: la pléthore et l'engorgement de la matrice. On trouve un exemple pareil, concernant une veuve de oi ans, dans Maisonneuve [Recherches et observ. sur Vépilepsie, 1805).
?*. — Épilcpsie.
(Brdnneb, cité par Chambon, maladies des filles, t. II, p. 236.)
Une fdle ressentait une douleur vive dans chaque jambe. On ne pouvait toucher à cette partie, sans augmenter les souffrances. Quand on appuyait fortement, le pouce sur les membres, la douleur s'étendait en suivant la longueur de la jambe, les muscles entraient en contraction et acquéraient une grande dureté. Dans les premiers temps, la douleur était périodique et mensuelle, — elle devint quotidienne. Dès qu'elle paraissait, un mouvement convulsif s'étendait des jambes à la matrice, de là aux intestins, à la poitrine, à la tète, puis les yeux se renversaient, la bouche se fermait, les mâchoires se fixaient l'une sur l'autre, la malade faisait des efforts pour crier ; et, si les mâchoires se desserraient, la langue était quelquefois prise entre les dents , ce qui occasionnait de profondes blessures. Les urines coulaient involontairement, et parfois la bouche avait de récunie. Mais la malade, quoique paraissant perdre l'usage des sens, se ressouvenait de tout ce qui s'était passé.
A part la conservation delà connaissance (différence fondamentale) cette description, parfaite du reste, est là peinture exacte de l'épilepsie. L'annotateur dit que les antihystériques furent la pierre de touche du mal, et qu'on n'avait devant soi qu'une épilepsie symptomatique. Aussi pourrait-
on appeler cet état hystéro-épileptiforme. Nous regrettons, vivement, qu'il n'ait pas cru devoir nous tenir au courant de l'état de la menstruation, que l'on est forcé de supposer par le litre de l'observation et par le titre du livre qui la renferme.
J. P. Bartiiez. Consùlt. medica. t. II, p. 112.)
Une demoiselle, qui est sujette à des accès épileptiques, n'a pas ses règles. On avait lieu de penser que la puberté les ferait disparaître : il n'en fut rien, et un examen direct des organes permit de constater qu'elle ne les aurait jamais. Elle est imperforée, et il n'existe pas de conduit vaginal.
Voilà qui est décisif. D'abord Barthez croit que l'obstacle aux règles occasionne l'épilepsie, ensuite il prononce une condamnation irrévocable — parce que cet obstacle ne se lèvera jamais. Ce qui ne l'empêche point de reconnaître que, quelquefois, l'arrêt de la puberté tient lui-même à un défaut de force, à un vice primitif de la sanguifîcation — comme il dit, quelques pages plus loin, à propos d'une chlorose* Pariset, pourtant, a vu, à la Salpêtrière, une jeune épileptique qui était bien réglée, et qui guérit lorsque les règles se supprimèrent (Eloge académique d'Esquirol, note XI, p. 81). Nous aurons à constater, nous même, ce phénomène.
ÏO. — Épilepsîe.
(Domin-Raymon'B. Traité des maladies qu il est dangereux de gwmV, 181G, p. 167.]
Une demoiselle de 17 ans, pensionnaire clans un couvent, vit ses règles supprimées après une vive frayeur. Peu de jours après, elle devint épileptique. Trois ans se passèrent, sans la moindre amélioration, et malgré des soins. Elle fut alors prise d'une petite vérole très-mauvaise, au sixième jour de laquelle on s'aper-
çut d'une perte médiocre, qui augmenta jusqu'au douzième, sans troubler la marche de l'éruption.
Quelques mois après, la santé était parfaitement rétablie. Plus de traces d'épilepsie.
L'émotion, il est vrai, s'est jointe à la suppression pour causer l'épilepsie; mais quoique la frayeur soit une cause fréquente de haut-mal, il implique toujours des prédispositions ou des coïncidences : car on voit à chaque instant des filles ou des femmes éprouver les plus violentes commotions, sans ressentir la moindre convulsion. Puis, ces accès ne sont venus que quelques jours après la frayeur. Hippocrate observe que les personnes, chez qui une hémorragie périodique vient à se supprimer, meurent épileptiques. Les Ephémérides des curieux de la nature (déc. 5, an. 1, 1670 ; observations 12 et 86) renferment deux exemples d'épilepsie causées par la suppression ; et dans l'observation 86, il s'agit d'une épilepsie par suppression « a venere et pnerperis sanata. »
(Louyer-Villermay. Traité des vapeurs, 1832, t. I. p. 104.)
Elisabeth, d'une forte constitution, d'un caractère presque maniaque, naquit de parents sains. A quelques fièvres intermittentes près, sa santé avait toujours été bonne, jusqu'à Page de 12 ans, où elle éprouva un accès d'épilepsie occasionné par une peur. Traitée à la Salpêlrière, elle eut peu d'attaques, jusqu'à 15 ans. L'écoulement menstruel parut alors ; il fut régulier pendant 15 mois, et durant tout le temps, elle n'eut pas un seul accès. Elle retourna dans sa famille; un retard de deux mois ramena les accidents. Les accès sont relatifs à la fréquence et à l'abondance des règles.
Chez celle fille, prédisposition native; une peur pour occasion, à l'époque de la puberté. La preuve que celte
ÉPTLEPSIE. 85
époque a été pour beaucoup dans la production de la maladie, c'est que l'avènement des règles Ta guérie. Le retard qui ramène les attaques en est une seconde preuve. En tout cas, on ne pourra nier que la menstruation ait été la crise qui a jugé le mal.
Maisonneuve (Recherches sur l'épilepsie) cite une fille de 25 ans, qui prenait des attaques épileptiques, chaque fois que ses règles ne coulaient pas en assez grande abondance.
8t. — Épilepsie.
(Chéneau. De V épilepsie, 1845, p. 17 et suiv.)
Fille de 16 ans, non réglée, sans antécédents héréditaires ou autres.
Habitudes de migraines, et tendances hystériformes ; crises irrégulières. Traitement au mois de juin : cessation des crises, apparition des règles au mois de septembre. — Guérison complète.
Youdra-t-on admettre, dit l'auteur, que la menstruation a été la cause principale de la guérison? Sans l'affirmer d'une manière absolue, nous pouvons, cependant, croire que l'évolution de la puberté était la source du mal, impossible à expliquer par toute autre cause. Le fait est si commun, qu'il n'a rien qui puisse surprendre. Nous l'avons vu, et le verrons se reproduire.
Esquikol. Malad:es mentales, t. I, p. 520.)
« La jalousie, le chagrin supprimèrent mes règles. Aussitôt, je fut prise d'accès. J'entrai à l'hospice ; on me fit beaucoup dprpmèdcs... M. Landré-Beauvais m'ordonna des pilules d'argent; j'en pris pendant quelques semaines: ne me trouvant pas mieux, je n'en pris plus. Quelque temps après, une femme de l'hospice me donna une tisane très-forte pour faire venir nies règles. Elles
revinrent; les accès d'épilepsie n'ont plus reparu, depuis un an. Mes règles sont régulières et abondantes. Je n'ai plus d'accès, ni de vertiges, je me porte très-bien; je suis rentrée chez mes maîtres. »
Deux mois après, N. vient solliciter sa rentrée à l'hospice. Les accès avaient reparu.
Que faut-il penser de ce fait? Que, vraisemblablement, la cause première du mal avait réagi. Tant que la pauvre fille fut à l'abri de cette cause, sa santé se conserva, dès qu'elle fut assaillie de nouveau, livrée à ses ennuis; elle rechuta. C'est l'histoire de toutes les maladies. Il serait curieux de savoir si la menstruation avait conservé son cours régulier. Le silence d'Esquirol à cet égard est fort regrettable. En tout cas, il n'est guère possible de nier l'influence exercée par la menstruation sur l'axe cérébro-spinal, d'après ce qui s'est passé.
(Lemoine. Note sur le traitement de Vépilepsic, lue à la Société de médecine de Paris, en 1843.)
Une dame de 55 ans eut une vive frayeur pendant ses règles, qui se supprimèrent trois jours après. Au bout d'un mois, des accès d'épilepsie eurent lieu, se suspendirent pendant la grossesse et l'allaitement pour reparaître bientôt après. Les attaques se répétèrent jusqu'à dix fois par jour, après une méningite pour laquelle elle entra à St-Louis : somnolence, pesanteur dans les membres, perte de la mémoire.
Y a-t-il eu méningite?
En tout cas, l'épilepsie causée par la suppression n'est pas inouïe» Elle était connue de toute antiquité, Hippocrate
Ta va il désignée :
Muliebra purgamenta, non subsistere, utile; Ac forte ex talibus comitiales morbi oriuntur (coae prenot.)