‹ Des névroses menstruelles; ou, La menstruation dans ses rapports avec les maladies nerveuses et mentalesChapitre 92 sur 174 · Méningite · texte numérisé non relu

Méningite

(Martin. Mémoires de médecine, etc., 1835, p. 391.)

Une fille de 17 ans, d'une forte constitution, d'un tempérament sanguin lymphatique, contracte l'habitude de l'onanisme. Six semaines se sont à peine écoulées, que les traits du visage s'altèrent : elle éprouve des palpitations, de l'oppression , une toux sèche, des hémoptysies, une tristesse profonde... L'évacuation menstruelle, qui venait d'avoir lieu, avait été moins abondante. Sangsues aux cuisses, amélioration.

A l'époque suivante, l'écoulement reste insuffisant, et tous les accidents se renouvellent; sangsues aux cuisses, amélioration. Au

1 Ceux qui ne seraient pas convaincus de l'existence de cetle sorte de méningite, pourraient lire, dans un ouvrage des plus sérieux de Parent-Duchatelel et L. Martinet, sur l'inflammation de l'arachnoïde, 1rs pages H, 17, 184 de l'édition de 1821, où sont formulées les opinions de ces savants, et l'observation XXIII, intitulée : « Arachnitis par suppression de menstrues ».

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mois de mai, le flux diminue encore: engorgement des genoux. En juin, douleurs crâniennes, névralgie intermittente. Peu à peu l'état empire : douleurs intolérables, trouble des idées. Délire, convulsions au milieu desquelles la mort survient peu de temps après.

L'onanisme, paraît-il, aurait été la cause de cette terrible maladie. Je ne le nie pas; les paralysies consécutives à ce vice ne sont pas très-rares, et d'un autre côté, les affections cérébrales troublent presque constamment le cours des menstrues. Mais on sait combien les excitations sexuelles, provoquées par l'irrégularité de la menstruation, sollicitent à la masturbation ; donc je suis porté à penser que celle-ci n'a été qu'une association, qui a activé le mal.

Ce qui me le fait encore supposer, c'est l'amélioration consécutive à chaque application de sangsues, c'est encore riiémoptysie, supplément probable d'un flux incomplet, c'est enfin l'arthrite consécutive à la diminution de ce flux cl qu'il ne faut pas confondre avec l'arthralgie hystérique dont parle Brierre de Boismont.

Quoique les faits de cette série soient, heureusement, plus disséminés et moins communs, ils n'en sont pas moins réels. S'il y a doute ou duplicité de cause dans certains cas, les autres ne permettent pas de douter de leur légitimité ; d'autant mieux que le diagnostic a été vérifié par l'autopsie, excepté dans une des Observations.

Les troubles menstruels — principalement la suppression — peuvent donner lieu, occasionnellement ou directement, à des accidents fluxionnaires capables de produire le délire

BERTIJIER. -- NÉVROSES. S

fébrile avec ou sans épilepsie et les diverses formes de la paralysie, et de se terminer par la mort. Ces accidents, plus communs à l'âge critique, très-rares pendant la jeunesse, n'épargnent point l'âge adulte, et ne surviennent jamais avant l'âge de puberté. Le tempérament sanguin semble s'y prêter le mieux. Cette opinion, — qui était eelle d'Àbercrombie, Lallemand, Gendrin, Andral, Ollivier d'Angers — ne doit laisser aucun doute, aujourd'hui, dans les esprits.

L'écoulement insuffisant, l'écoulement immodéré, le défaut d'écoulement des règles, détermine chez les filles de préférence et chez celles surtout douées du tempérament sanguin, diverses troubles fonctionnels du système nerveux, souvent bénins, sérieux dans certains cas, très-graves dans quelques autres, pouvant dégénérer en altérations [organiques et aller jusqu'à compromettre la vie, ou entraîner à leur suite d'incurables infirmités. Les maladies, dont je parle, se nomment : spasmes, névroses, convulsions, congestions, paralysies, inflammations cérébrales.

Aucun âge nubile n'est à l'abri de ces accidents. Toute* fois ils dépassent peu le temps critique, et ne surviennent jamais avant II, 1(3, 18 ans. Un relevé des observations d'Hoffmann donne le résultat suivant : sur onze affections hystériques, cinq se rapportaient à la puberté et cinq à l'âge critique; une seule se déclara vers c2l ans.

Les femmes sont-elles plus souvent frappées d'apoplexie après qu'avant 40 ans? Les femmes paralytiques vivent, diton, plus longtemps que les hommes de leur espèce. Dans certains Asiles, elles fournissent une assez longue carrière :

on prétend que la périodicité des règles est un puissantdérivatif contre la paralysie.

Mais les paralysies générales, passé l'âge de 50 ans, devraienl s'éteindre plus rapidement, puisqu'elles ne sont plus secourues par cet important tribut! D'un autre côté, l'apoplexie, est, en général, très-rare chez les femmes, d'après l'avis de Rochoux et contrairement à celui deChamlum. N'y aurait-il pas chez les femmes, pour l'explication de ce fait, une différence de réceptivité qui établit une plus grande passivité du cerveau, une réaction moins vive, une désorganisation plus lente? Ou bien, comme le pense (irimaud, ne tiendrait-elle point à ce que les maladies nerveuses, plus fréquentes chez les femmes, surtout à l'âge critique, sont moins dangereuses ; en vertu de cet axiome hippocratique : une maladie est d'autant moins à craindre qu'elle a plus de rapports avec la constitution du corps qui l'éprouve? Minus pericu losè xgrotant ii, vel tmvpori familiari morbùs est, quam quitus Iwrum nullo officiis cognatusque existit.

Le flux cataménial insuffisant détermine plus spécialement la pléthore, les accidents congestifs du cerveau et de ses membranes, Celle-ci s'associe volontiers à l'hystérie qui, chez quelques sujets prédisposés, se change en épilepsie, mal non inconnu de nos pères et désigné sous le nom d' épilepsie utérine par Sennert, Janson, Lansonnius, Cliambon •; épilepsie ah utero, par Johnslon; épilepsie polyposa^ par Hoffmann ; épilepsie pléthorique, par Bonnet; épilepsie angiolénique, par Esquirol.

Comment donc distinguer cette épilepsie de celle dite essentielle?

Pomme consacre un chapitre à l'épilepsie hystérique, causée par la menstruation vicieuse. Voici comment il s'exprime : le paroxysme épileptique n'aura lieu que dans le temps périodique des règles; c'est ce qui la différencie de

la véritable épilepsie, qui reconnaît une cause particulière dans le cerveau. (Traité des vapeurs, 2e édit., p. 122.) Les médecins de l'antiquité admettaient cette différence. Ils pensaient que les convulsions utérines étaient plus dangereuses; parce que, disaient-ils, la semence et les autres liquides filtrés dans les parties de la génération acquièrent, par une stase trop longtemps continuée, une acrimonie qui infecte non-seulement les esprits animaux, mais encore les liquides en circulation dans les canaux, et que, répandus ensuite dans toutes les parties du corps, ils y occasionnent un empoisonnement destructeur. Ainsi parlaient Sennert, Willis, Pimerose, Ilouiller, Baillou, Vanhelmont, Sydenham.

Je ne partage leur opinion, ni quant à cette gravité, ni quant à l'interprétation. L'épilepsie sympathique, qu'elle ait son origine dans le foie, l'intestin, le cœur, l'utérus, sera toujours moins grave ; si les affections qui l'engendrent ne sont point dégénérées en maladies organiques. Mais, je crois à cette distinction, quanta la nature, à la cause, aux symptômes, au point de départ. Maintenant, y a-t-il toujours apparence seule de perte de connaissance, dans l'épilepsie meus truelle? Les convulsions en sont-elles toujours bien tranchées? L'action des odeurs sur les femmes atteintes d'affection nerveuse de source utérine est-elle, comme on l'a écrit, la pierre de touche qui sert à le reconnaître? L'avenir nous l'apprendra.

Ne passons pas outre, sans constater l'influence de la menstruation sur le mal caduc chronique. Nous la vérifions à chaque instant. Le professeur Bazin, un savant aliénisle de Bordeaux, a l'ait relever chaque jour le nombre des attaques de ses épileptiques, avec l'indication des époques menstruelles; chez toutes, à cette époque, les attaques étaient plus fréquentes; beaucoup, même, n'en oui eu qu'à ce moment.

La rétention menstruelle produit, dans des circonstances heureusement exceptionnelles, des dangers plus grands encore : la congestion, l'apoplexie, la méningite, la myélite.

J'ai dit exceptionnelles; quoique certains auteurs, Ollivier d'Angers entre autres, aillent jusqu'à dire que les congestions sanguines du rachis chez les femmes sont le plus souvent causées par la suppression d'une évacuation habituelle, telles que les lochies et les règles (op. citât., loin. II, p. 57 et suiv. de l'édition de 1837).

Ludwig avait émis des idées analogues, bien longtemps avant. « Les douleurs dorsales, qui existent si souvent dans les fortes coliques d'intestin, dépendent d'une affection de la portion lombaire de la moelle, qui communiquent avec le grand sympathique, etc. Le sentiment de tension dans le dos et les lombes, accusé par les femmes chez qui l'éruption des règles est difficile, résulte aussi d'une irritation semblable de la moelle épinière. » (Advers. med. pract., 1770, tome Ier, p. 711.)

Quelques années plus tard, J. Franck écrivait : « La circulation veineuse et artérielle du rachis et de la moelle doit éprouver de nombreuses modifications, dans le cas où il existe quelques engorgements chroniques des viscères abdominaux, ou lorsque l'utérus est distendu par le produit de la conception. » A coté de cela, il range les affections de la moelle, qui surviennent à la suite d'une suppression des règles, d'un flux hémorrhoïdal, ou de toute autre hémorrhagie habituelle (Praxœos med. univers. Pr accepta 1822, tome VI, p. 20).

Ces paroles confirment celles de Pierre Franck :

« Est-il donc étonnant que la suppression d'un flux habituel, comme les règles ou les hémorrhoïdes, soit souvent accompagnée de douleurs dorsales cl lombaires, etc.? N'estce pas, encore, a la congestion et à la distension des sinus vertébraux et des veines vertébrales qu'il faut attribuer cer-

laines douleurs du dos et des membres inférieurs, quelques névralgies sciatiques, certaines claudications, divers mouvements convulsifs, la stupeur ou la paralysie de ces membres? » (Delectus opmculorum medicorum, 1702, tom, IL De vertebr. column.)

Ces symptômes divers, comme l'indique Joseph Franck, se manifestent quelquefois pendant l'écoulement même, et comme l'observation de Gendrin en fait foi (n° 09).

Enfin, Pierre Franck assure qu'ils peuvent se présenter avant l'écoulement, comme l'avait signalé Hippocrate, dans les Coaques.

Une fois la congestion cérébro-spinale admise, il est facile de se rendre compte, par la réitération des epanehomenls séreux, des exsudations plastiques, voire des inflammations.

L'écoulement immodéré, ainsi que toutes les pertes excessives, occasionnent presque toujours des phénomènes convulsifs : ce qui a été remarqué depuis Hippocrate, distinguant les convulsions qui tiennent aux lésions fonctionnelles de celles qui tiennent aux lésions organiques , souvent assez graves pour devenir mortelles. Elles se produisent en vertu de l'axiome : Sanguis moderator ncrvorum.

Les causes morbides, dans ces cas, sont : les émotions morales et les impressions atmosphériques. Quelquefois, il esl vrai, elles s'unissent à l'irrégularité ou au défaut; mais il esl impossible de ne pas reconnaître que le (rouble menstruel a presque toujours été la cause fondamentale. Admet- Ions quelques réserves, pour les circonstances où une émotion brusque aurait pu suffire à engendrer les désordres nerveux; mais établissons en principe le point de départ capital dans les fonctions utérines. L'action du trouble do* règles sur les nerfs moteurs s'explique parfaitement, du reste, par celle qu'exerce le poumon sur le centre médul-

laire. La respiration opère le mouvement dilatatoire de la moelle comme du cerveau : dans les émotions violentes et répétées, ces dilatations se suspendent, ralentissent le cours du sang veineux, et produisent la stase des sinus vertébraux et des veines dépourvues de valvules. De là, les congestions du rachis.

De l'ensemble de ces considérations découle une thérapeutique, basée sur des doctrines et des faits. Le climat, la constitution, le tempérament, l'âge, le genre de vie, les maladies antérieures, l'habitude diététique, la diathèse primitive seront pris en considération, et jamais invoqués comme raisons banales.

On n'oubliera pas en vertu de quelles lois se produit le flux des règles, la double tendance hémorrhagique, générale, partielle: l'on constatera la nature du désordre menstruel. Toutes choses fondamentales, sur lesquelles nous reviendrons à propos du traitement.

Nota. — Si nous avons fait figurer ici des fluxions irritatives ou phlegmasiques parmi les névroses, — qui sont, d'après la définition classique, des états nerveux sans lésion organique appréciable — c'est que, d'abord, comme nous venons de le dire, ceux-ci sont souvent le point de départ des autres ; c'est, ensuite, que ces deux ordres de phénomènes ont le même siège, et que nous aurions cru notre œuvre incomplète, si nous ne l'avions envisagée sous toutes ses faces et dans toutes ses conséquences.

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