IL
18». — Manie.
(GuiLioTi Bâton. Comilia medica. Lib, H, hist. in-4,)
Une demoiselle de 18 ans, d une famille de fous, d'un caractère mélancolique, d'un tempérament bilieux, fut prise de fièvre rémittente. Il y eut, au bout de quelques jours, hémorrhagie
nasale et apparition des menstrues, jusqu'alors irrégulières. Le médecin fit ouvrir la veine, et aussitôt cessèrent les menstrues : céphalalgie intense, agitations, insomnies, fureur, actes et gestes obscènes, sensations de piques dans la tête, pouls tantôt lent, tantôt fréquent ; tout cela pendant trois mois. Répit à la suite d'une chute qui détermine une luxation du pied ; puis reprise du délire sous forme nocturne et vague ; puis tentative de suicide, et mort peu de jours après.
Qui osera soutenir que la cessation des règles n'a pas été due à la malencontreuse saignée, et n'a pas été la cause de la mort? L'influence nerveuse héréditaire existait bien évidente , mais la folie et la mort ne sont pas compagnes fidèles. On serait même tenté de croire qu'il s'est agi plutôt d'un délire fébrile, ou d'une congestion cérébrale; si l'auteur n'avait eu soin de préciser le temps de la maladie, qui dura trois mois.
Il y aurait, du reste, une foule de remarques à faire au sujet de sa marche et de ses complications : siir cette épistaxis qui précède les menstrues et aurait bien du éloigner l'idée de soustraire du sang, sur la fièvre intermittente qui décide la réapparition de l'hémorrhagie, enfin sur cette chute et cette luxation qui apportent un répit dans le délire, ainsi que cela se voit encore assez souvent chez les aliénés.
t88.--IIaiae.
(Daquin. La philosophie de la folie, 1804, p. 44.)
Un^ fille de 25 ans, bien constituée, jusque-là fort bien portante, éprouve une vive déception au moment de se marier; elle devient furieuse, déchire ses vêtements, parle sans cesse, et tient des propos incohérents. Une saignée copieuse parut alléger cet état ; mais, bientôt après, la folie s'accrut progressivement.
Ayant quelques soupçons que les règles étaient supprimées depuis plusieurs mois, je lui fis mettre une chemise. La chemise
fut tachée d'un peu de sang. J'ordonnai de promener la malade. Au bout de deux mois les règles reparurent : la malade reprit alors de l'embonpoint , l'esprit se calma, Inattention fut plus facile, les réponses devinrent plus sensées, l'appétit revint. Peu à peu la jeune fille a accepté des vêtements, peu à peu Tordre est revenu dans le costume ; et, au bout de onze mois de la folie la plus caractérisée, elle est entrée au service d'une dame à la campagne, parfaitement rétablie.
Quoique l'auteur ne semble nullement se douter de l'influence de la menstruation sur la marche du délire, nous n'en prenons pas moins les faits pour les besoins de notre cause. A l'époque de Daquin, on ne s'occupait guère de la folie symptomatique, quoiqu'il en ait offert plusieurs exemples ; — entre autres d'une folie tenant à un transport variolique. On remarquera, ici, l'influence néfaste d'une saignée qui ne fit qu'accroître le délire, — et l'influence heureuse d'une médication expectante qui se borna à des promenades et à un milieu favorable. Nous avons vu, au numéro précédent, un effet fâcheux de la saignée dans des circonstances opposées : chez les aliénés, les émissions sanguines sont souvent dangereuses, eton doit en être avare,