‹ Des névroses menstruellesChapitre 120 sur 130 · NÉVROSES DÉLIRANTES · texte numérisé non relu

NÉVROSES DÉLIRANTES

1 " période, jusqu'à 20 ans inclusivement. 39. 2® période, de 20 à 40 inclusivement. . . 43. 3® période, après 40 ans. , . . . . 13.

Dans ces névroses, l'âge adulte est celui qui compte le plus de victimes. La jeunesse arrive en second lieu, et, après quarante ans, ces affections deviennent très-rares. Dans les névroses convulsives, qui comprennent l'hystérie, ces rap-

ports sont plus prononcés que dans les névroses simples ou les névroses délirantes. ; la plus jeune des malades avait 17 ans, deux avaient 19 ans, et celle qui vient après avait 23 ans. La chorée elle-même, qui, d'après Boerrhaave, Stahl, Van S^ieten, Sauvages, Gullen, Ph. Pinel, et une foule d'autres savants, serait un des lots de la puberté, ne nous a pas offert un seul cas avant l'âge de 17 ans : ce qui prouverait que la puberté ne prend pas une part aussi active qu'on pourrait le croire, dans la production des convulsions menstruelles. La place qu'occupe l'âge critique, dans ce tableau, démontrerait, d'un autre côté, que la ménopause n'exerce pas, non plus, une influence très-considérable chez les femmes nerveuses. Il ressortirait de là, en conséquence, que c'est bien principalement la menstruation qui agit dans les névroses en question, indépendamment des troubles généraux apportés dans l'organisme aux divers âges de la vie.

Il nous est impossible de parler des professions; attendu qu'elles n'ont presque jamais été indiquées dans les Observations, et ce sont les plus nombreuses, qui appartiennent aux auteurs.

D'après notre statistique — qui doit bien être l'expression de la vérité, puisqu'elle se compose d'éléments pris partout et sans choix — d'après notre statistique, quelles sont les névroses menstruelles les plus communes?

Sur 242 Observations recueillies, qui auraient pu dépasser ce chiffre si nous l'avioîis voulu, et sans tenir compte de celles intercalées dans les Remarques, nous en possédons 115 qui ont trait aux névroses délirantes, à savoir : 44 délires généraux, 25 délires instinctifs dont 2 nymphomanies et 4 hypochondries, 18 délires systématisés, 8 folies sans délire verbal, 4 démences. Les 52 névroses convulsives se décomposent ainsi : 18 états épileptiques, 11 états hystéri-

ques, 9 convulsions, 7 catalepsies, 5 chorées, 1 léthargie. Les névroses simples ne figurent que pour le chiffre 35. Enfin nous avons compté 29 névroses congestives. D'où il suit que les troubles de la menstruation occasionnent plus de folies que d'autres affections nerveuses; et que, parmi ces folies, le délire général ou manie occupe la première place. Cette conclusion, toutefois, ne saurait être absolue dans son intégralité ; parce qu'il nous a été donné de pren^ dre personnellement une foule d'observations dans les asiles d'aliénés où nous exerçons depuis fort longtemps, et qu'on pourrait motiver la prédominance de ces derniers faits dans notre Recueil par une fréquentation plus assidue de ce genre de malades.

La menstruation, chez certaines personnes, entraîne fatalement à sa suite des états nerveux, tantôt immédiats, tantôt lointains, capables de se modifier, de se transformer, quelquefois même d'alterner ; mais qui ne cessent d'exister. Dans quelques circonstances, elle est remplacée par des névroses ou par des accidents, ulcères, phlegmons, abcès, éruptions, engorgements, qui témoignent de la nature essentiellement fluxionnaire de l'écoulement. Le tempérament sanguin semble disposer plus facilement à ces accidents, et à l'âge critique, favoriser les congestions cérébro-spinales qu'on a vues exceptionnellement amener l'apoplexie et même la paralysie. En général, la rétention cause la congestion ou la névralgie, — les pertes, les convulsions ; et nous avons vu que l'hystérie n'est pas le privilège de la puberté, quoiqu'il soit impossible de le poser en principe, — parce que la névrose menstruelle puise son caractère autant dans le désordre génital que dans les précédents du sujet, qui, selon

ses conditions d'habitudes, de profession, d'hérédité,- se trouve frappé de névrose congestive, de névrose spasmodique, de névrose convulsive, de névrose délirante.

Or c'est dans ces conditions collectives, formant un composé souvent difficile à démêler, que le praticien doit chercher d'abord ses indications.

Il ne s'agit pas, en effet, ici, de concentrer son attention sur un état local, qui n'est peut-être qu'un reflet de Taffection, une expression pathologique, et peut cacher beaucoup d'inconnues.

Il s'agit de ramener l'organisme à son jeu normal — qui comporte l'égale répartition des forces, l'équilibre des fluides, la solidité des tissus, — puis à remédier aux désordres les plus pressants de l'utérus, pour lequel toute l'économie travaille tant que dure la fécondité; car les causes du désordre menstruel résident le plus souvent hors de l'appareil utérin .

Très-souvent, lorsque le médecin a pu régulariser la menstruation, il a détruit la névrose; mais si, quelquefois, des attractifs ou des excitants directs ont suffi pour arriver à ce résultat, le plus souvent il a fallu s'attaquer préalablement à l'état général, constitutionnel ou diathésique, pour tarir la source du mal. Donc, en présence d'une névrose menstruelle, quelle conduite devons-nous tenir?

Etudier l'ensemble morbide, sans négliger jamais les antécédents héréditaires ou acquis, et analyser ses éléments. S'adresser ensuite à l'élément prépondérant, et combattre ensuite les éléments en sous-ordre, selon leur puissance hiérarchique. Dans le cas où il existerait une association d'éléments primaires, les décomposer à leur tour, les dégager et les combattre simultanément, puis arriver aux troubles éventuels.

Les éléments dominateurs sont : tantôt une pléthore, tantôt une chlorose, tantôt l'anémie, tantôt le nervosisme, tan-

tôt une crise sanguine, humorale, bilieuse; tantôt une dégénérescence lymphatique ; tantôt un vice dartreux, syphilitique, vermineux, tuberculeux, etc. Les autres, des plus variés, peuvent cependant se réduire à l'engorgement, l'irritation, l'inflammation, l'atonie, le spasme, etc. Enfin, un cercle vicieux peut se former. La menstruation agit sur le système nerveux, et le système nerveux réagit sur la menstruation, de manière à mettre en déroute l'esprit le plus clairvoyant.

Trois conditions pathologiques peuvent se présenter : celle de la rétention des règles, celle de leur excès ^ celle de leur simple difficulté.

Y a-t-il rétention ?

Je commence par m'enquérir de l'état causal : la rétention peut tenir à ce que le sang menstruel n'est pas fourni par les vaisseaux de la matrice ou déposé dans la cavité de ce viscère ; — ou à ce que le sang y est déposé, mais retenu par un obstacle physique, tel qu'un vice de conformation ou une tumeur de voisinage, une inflammation sympathique. Primitive, elle peut être liée à la puberté, la puberté elle-même peut l'être à la chlorose, la chlorose à une débilité du système vasculaire, à un vice originel héréditaire ou acquis. C'est ce dernier que j'attaquerai en premier lieu, et ainsi de suite, en remontant l'échelle morbile. Cela fait, j'essayerai de provoquer l'organe utérin, selon les conditions particulières de manque ou d'excès de sensibilité, de manque ou d'excès de force ; et j'aurai recours aux médicaments capables d'aider à l'action des moyens employés précédemment, selon qu'il y aura lieu d'exciter, de calmer, de dériver : n'oubliant pas qu'il faut pour rétablir les règles plusieurs années quelquefois, puisque Âstruc croyait ces movens très-souvent infructueux.

248 DES ^ÉYaOSlîS MENSTRUELLES.

Ces médicaments, quoique connus, doivent être remémorés :

1° L'apiol (principe actif de Vapium petrolesinum) : lorsqu'il semble n'y avoir d'autres indications à remplir que d'agir sur la circulation utérine, sur son appareil vaso-moteur, et à solliciter, par son intermédiaire, les vaisseaux à laisser échapper le sang. De 1 à 5 ou 6 capsules par jour, la veille présumée des règles. (Joret.)

2** L'ergotine (principe du seigle ergoté) : lorsque les vaisseaux se contractent insuffisamment, et que l'atonie est la cause du défaut d'écoulement, — de 50 centigrammes à 1 gramme par jour. (Enriotti.)

3°Ghlorure d'or et de soude : lorsqu'il s'agit d'augmenter l'activité du tissu utérin, en augmentant l'activité des vaisseaux absorbants. — 3 grammes divisés en 50 pilules, de 1 à 5 par jour, une heure après le repas. (Martini.)

4*" La rue, la sabine en teinture, en pilules, en infusions concentrées ; les lavements de sulfate de quinine à la dose de 50 centigrammes, 1 gramme, sont utiles, — chez les femmes molles, convalescentes de la chlorose, après le traitement par le fer, lorsque les suppressions récentes tiennent à l'inertie de la matrice.

5° Les sangsues ou la saignée, Taloès, lorsque l'utérus est inerte, par suite d'un engorgement du col ou de l'intestin.

6** Certaines eaux minérales, chaudes, ferrugineuses et légèrement alcalines; telles que Teau de Bourbon-Lancy, où Fernel, dit-on, envoya Catherine deMédicis^: lorsque l'apathie de l'utérus tient à une chlorose, ou à un tempérament trop lymphatique.

T* Les frictions, pratiquées avec un tissu chaud un peu irritant, tel que la laine, sont de tous les agents ceux qui ont la plus grande efficacité pour réveiller l'action engour-

* Le nom d'une des sources de la station thermale, appelée /a /?eme, vient à l'appui d'une tradition qui attribue à son usage la fécondité de cette princesse.

TRAITEMENT ET COxNCLUSIONS. 249

(lie des capillaires de la peau, lorsque l'état nerveux tient à une chlorose accompagnée de lymphatisme.

8° Les bains chauds conviennent dans les mêmes circonstances. L'appareil locomoteur se sent fortifié sous leur action, surtout s'ils sont suivis de frictions dont nous venons de parler. La répugnance que les malades éprouvent ordinairement pour l'exercice diminue 'alors ; et, leurs forces étant accrues, ils peuvent s'y livrer avec plus de facilité et d'avantage.

9® Dans le même sens, et lorsqu'il n'existe pas une sensibilité trop vive de l'utérus, convient l'équitation au grand air, à la lumière diffuse, ou à l'ombre d'un chaud soleil.

10° Les bains de siège froids ou très-chauds, les pédiluves, les douches sur les membres pelviens, trouvent leur indication dans les rétentions où il n'existe pas de congestion ovarique ou utérine, une irritation chronique des organes génitaux.

11** Enfln : l'électricité a opéré quelquefois le rétablissement du flux menstruel, dans les cas de suppression qui ne sont accompagnés ni de pléthore, ni d'érélhisme; lorsque la maladie semble dépendre de l'inertie, ou de quelque autre mode asthénique.

12** En tout état de cause, les minoratifs, qui entretiennent le ventre libre, et de temps à autre un purgatif, tel que l'aloès, pour fluxionner l'extrémité inférieure de l'intestin et dériver l'irritation utérine, sont indispensables.

Quand les filles éprouvent tous les symptômes accompagnant la menstruation, et qu'ils reviennent à des époques périodiques avec pesanteur et tiraillement au périnée, à l'hypogastre, à la vulve, sans apparition du sang, il faut s'assurer s'il n'y a pas imperforation, ou s'il existe à l'utérus . quelque vice de conformation. Ces symptômes peuvent se présenter à des époques régulières, et pendant bien longtemps, sans qu'il en résulte d'accidents graves; mais finis-

250 DliS NÉVROSES MENSTRUELLES.

sent par déterminer des troubles divers, y compris ceux du genre nerveux. En palpant Thypogastre, on y sent une tumeur dure, indolente, ou peu sensible. En examinant la vulve, on la trouve bouchée par la membrane hymen, qui, tendue et bombée, présente de la résistance ou de la fluctuation. Un chirurgien doit être appelé.

Y a-t-il hémorrhagie?

Nous procéderons de même. Pour nous, il n'existe pas de traitement des névroses menstruelles — applicable de préférence à une catégorie; il n'existe que des moyens et des indications.

Nous en sommes d'autant mieux convaincu, que les opinions diffèrent sur le choix des instructions. Si Fernel, par exemple, dit qu'aucune perte de sang n'est jamais salutaire, qu'elle apaise tout au plus les symptômes, mais ne les déracine pas entièrement {Desanguinisemissione, lib. II, c. i); Dominique Raymond, expert en la matière, affirme que les hémorrhagies spontanées et utérines, indépendantes de tout vice de la matrice et de tout autre mal, ne sont jamais dangereuses, si elles ne sont ni excessives, ni de longue durée. {Des maladies quHl est dangereux de guérir^ 1816, p. 167.) Quoi qu'il en soit du partage des avis, des faits et des inductions découle ce précepte en vertu duquel il peut exister autant de traitements que de malades, selon l'axiome hippocratique, et où chaque malade doit être l'objet d'une étude attentive qui fournira tels ou tels enseignements : de sorte que, les médicaments, les agents curateurs, dont nous nous servons dans les névroses occasionnées par une rétention , peuvent être les mêmes que ceux qu'on emploie dans la dysménorrhée, mais composés différemment. Quelques fleurs assortiraient au besoin mille bouquets. L'habileté du médecin, a dit le grand Ph. Pinel, consiste moins dans l'usage

TRAITEMENT ET CONCLUSIOiNS. 251

répété des remèdes, que dans l'art profondément combiné d'en user à propos ou de s'en abstenir. Ainsi, dans les névroses menstruelles occasionnées parl'hémorrhagie, on peut se servir, comme dans les autres, de la sabine; mais à dose peu élevée, selon la coutume de Beau, de 5 à 10 centigrammes par jour, en pilules ; pareillement de l'aconit, à la dose de 4 grammes dans im julep, et sous forme d'alcoolature, qui réussit souvent ainsi, comme l'a prouvé le docteur Marotte. Quand la chlorose les accompagne, le perchlorure de fer doit être administré pendant plusieurs jours, de 50 centigrammes à 1 gramme dans une potion gommeuse. Quelquefois les hémorrhagies utérines dépendent de la faiblesse de l'intestin ; il faut, comme Dubois de Rochefort, employer alors le fer, qui donne du ton.

Un moyen préconisé par M. Lippert, quand les hémostatiques échouent, est celui des injections sous-cutanées d'ergotine : 1 gramme pour 1 gramme et demie d'eau distillée, une ou deux fois par jour, soit sur la partie antérieure du thorax, soit sur la partie ovarienne ou utérine de l'abdomen. Dusourd conseille, quand la femme est très-faible, d'associer au seigle ergoté la décoction de cachou ou l'extrait de ratanhia; et, s'il existe une très-grande susceptibilité nerveuse, d'unir la valériane aux opiacés, et si les opiacés échouent, d'administrer la valériane et l'ergot de seigle en même temps. Louis Septal et David Hamilton ont recommandé une forte décoction d'écorce d'oranges aigres ou incomplètement mûres.

Les bains de rivière et les affusions sont d'une grande efficacité, quand on s'est assuré que le flux menstruel dépend d'une inertie du système organique général ; et alors on leur associe les toniques de toute espèce : l'écorce du Pérou, la gentiane, la petite centaurée, la valériane sauvage, laserpentaire de Virginie, la cannelle, la rhubarbe, le quassia amara, le vin généreux, les préparations ferrugineuses,

les aliments roboranls, la gymnastique, les promenades en voiture, etc., etc.

Si, au contraire, la malade est jeune, d'une constitution robuste, d'un tempérament sanguin, on prescrira un régime antiphlogistique, et l'on recourra aux phlébotomies; mais avec prudence, parce que les névroses supportent difficilement les pertes de sang.

Avant d'instituer tout traitement, en un mot, on s'assurera si la ménorrhagie est active ou si elle est passive.

Nous ne parlons pas ici, bien entendu, du traitement à opposer immédiatement aux hémorrhagies qui exposent la vie des malades ; parce que nous supposons que le lecteur est instruit sur ces moyens, qu'on trouve dans tous les livres de pathologie interne.

Y a-t-il simple difficulté?

L'état local offre peu de prise. Il est presque toujours dominé par des conditions constitutionnelles ou diathésiques, ayant leur source dans un vice du sang ou des vaisseaux lymphatiques, dans des habitudes professionnelles, dans le régime de vie. La connaissance du mal exige alors beaucoup de tact ; parce que la pathologie est moins accusée, moins saisissable , les moyens thérapeutiques sont moins à portée. Quelquefois une bonne hygiène peut suffire : faites comprendre alors aux familles qu'il est plus facile de prescrire que de s'abstenir, et qu'un air pur, la promenade, l'exercice manuel, Téquitation, la natation, la gymnastique, une nourriture choisie, une juste tempérance, des mœurs douces et le temps, sont les médicaments par excellence. C'est le cas d'invoquer la maxime de Celse : Optima mediciha est non uti medicinâ .

On entend par dysménorrhée un écoulement difficile des règles, accompagné de douleurs. Cette menstruation.

TRiJTEllEKT ET œ^CLUSIO^S. 255

difficile et douloureuse, s'observe le plus fréquemment chez les personnes dont la sensibilité générale ou utérine est exaltée, chez celles d'un tempérament bilieux et chez celles qui sont stériles. Si elle dépend d'une constriction des artères utérines, la première indication est de prescrire une petite saignée du bras, puis des bains de siège tièdes, puis des fumigations émollientes au vagin. Si la malade éprouve des tranchées, on fomentera Tabdomen avec des compresses imbibées d'une décotion émoUiente et narcotique. S'il y a une susceptibilité nerveuse excessive, on administrera la morphine, Téther, la belladone à l'intérieur, le chloroforme in loco^ la teinture de casloréum en ]>otion, les fomentations aromatiques, la myrre ensupjX)sitoire. les grands bains tièdes prolongés.

Comme dans l'aménorrhée, les laxatifs sont de constante prescription.

Il y a des jeunes femmes, dit Robert Whytt, qui, vers le temps du retour de leure règles, sont sujettes à éprouver de violentes douleurs au dos et au ventre, des pâmoisons, du délire, et quelquefois des convulsions. En pareil cas, le demi-bain chaud est d'une grande utilité. Mais, comme il arrive souvent que ce remède ne peut s'employer dans le moment, je conseille, en général et avec succès, de prendre un lavement d'eau chaude où il entre cinquante gouttes de laudanum, et d'appliquer sur le ventre un cataplasme d'herbes émoUientes enfermées dans de la flanelle. Si la malade n'a pas le ventre libre, il faut, au moyen d'un lavement laxatif , fait avec l'asa fœtida, lui procurer une selle avant le lavement, etc. , etc. J'ai vu quelquefois des filles sujettes à avoir des syncopes et des convulsions après que chaque période des règles était passée. Je suis porté à croire que ces maux dépendaient de ce que l'évacuation avait été moins abondante qu'elle ne devait être ou qu'elle n'avait été précédemment. Dans un cas de cette esj>èce, les remèdes

suivants, continués durant deux ou trois mois, onl eu tout le succès possible. Prenez : aloès succotrin et asa fœtida, extrait d'ellébore noir, de sel de mars et de safran, de chaque un gros, pour faire des pilules de 20 centigrammes. Puis prenez : racine de gentiane, de calamus aromaticus, de chaque une once ; puis, de sommités de petite centaurée, six gros; de fleurs de romarin, deux gros. — Mêlez. Versez sur le mélange quatre litres d'eau bouillante, laissez infuser pendant six heures, et passez. Ajoutez à la colature dix onces de teinture de quinquina. On prendra trois onces de ce médicament, deux fois par jour, et un bain de pieds tous les soirs à l'heure du coucher. [Les vapeurs et les maladies nerveuses. 1767, tome II, de la page 248 à la page 252.)

Mais nous n'indiquons ces moyens que comme très-facultatifs; attendu que, — pour la dysménorrhée, comme pour l'aménorrhée, comme pour la métiorrhagie, — les états nerveux peuvent dépendre des mêmes causes, de causes différentes, de causes combinées, et exiger soit les mêmes médications, soit des médications opposées, soit des médications combinées. Hippocrate assigne à la convulsion deux causes opposées — la réplétion et l'inanition : « Convuhio ex repletione aut vacuatione oritur. » Or il est évident que ces deux genres demandent chacun un traitement différente

Y a-t-il enfin déviation?

Le premier but que l'on doit se proposer est de rappeler les menstrues à leur état normal. Si l'on arrête l'écoule-

* Nous ne parlons pas de la dysménorrhée par cause mécanique (qui ne se manifeste qu'à Fépoque cataméniale et a peu de retentissement sur Fétat général), parce que, dans ce cas, elle appelle le secours du chirurgien.-^ Voyez Kidd, Gynœcologiey AV réunion de TAssociation Britannique.

TRAlTEMIiNT ET CONCLUSIONS. 255

ment avant d'avoir rempli cette indication, un engorgement de l'organe où il siège est à craindre, et l'écoulement peut se porter sur un point plus essentiel.

A cet effet, si la déviation est récente, accidentelle, si les organes génitaux ne sont le siège d'aucune irritation chronique -qu'il faudrait combattre tout d'abord, on applique des cataplasmes en dedans des cuisses, on place à la vulve quelques sangsues que l'on renouvelle à courte distance dans la même période, on frictionne l'hypogastre avec la teinture de rhue ou de sabine, on administre soir et matin une infusion de feuilles d'armoise avec 60 grammes de fleurs de safran ; on prescrit au besoin l'aloës et la myrrhe en suppositoire ; au besoin encore, on ordonne des lavements au sulfate de quinine : et tout cela quand le molimen menstruel se fait sentir, aux époques où les menstrues paraissaient, peu de temps après qu'elles fussent supprimées. Cependant, si les règles sont remplacées par un écoulement sanguin depuis la puberté, si le sang ne sort pas du poumon, de l'estomac ou delà vessie, et surtout si l'écoulement s'opère par une partie peu nécessaire à la vie,~il faut le respecter... tant que l'hémorrhagie n'est pas assez abondante pour épuiser le sujet. Dans le cas contraire, on se gardera, en tâchant de rappeler les règles, d'essayer de prévenir l'hémorrhagie par des saignées du pied. Ainsi les déviations par le nez ou la bouche ne sont pas dangereuses, quand elles sont modérées. Les déviations par les hémorrhoïdes sont communes et respectables, tant qu'elles coulent dans certaines bornes. Mais celles qui ont lieu aux bronches et aux poumons peuvent faire craindre la phthisie et doivent être surveillées des plus attentivement, détournées avec énergie. — Quant à celles de l'estomac, elles sont presque toujours accidentelles et méritent une médication active, à raison de la faiblesse qui les suit : les bains de pieds sinapisés, les frictions sur les membres inférieurs, les boissons

25G DES NÉVROSES MENSTRUELLES.

gazeuses froides, le décubitus dorsal sur un lit dur et à dos élevé, une large aération dans un appartement retiré ; et si l'on redoute le retour de l'hématémèse, la veille présumée de ce retour, on mettra des sangsues aux cuisses.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter que : si les spasmes sont fréquents, si l'état nerveux est aigu, la laitue, le tilleul, la fleur d'oranger, le sirop diacodé, les lavements d'asa fœtida, etc., seront employés concurremment, et la moutarde sera remplacée par lavapeur, dirigée sur la vulveet le périnée.

Et si, maintenant, ces troubles se présentent dans l'aliénation mentale, on s'inspirera des principes que nous venons d'exposer, en se souvenant : que la folie dépendante en tout ou en partie de la menstruation est assez commune, très-guérissable au début, ou lorsqu'elle n'a pas touché aux portes de la chronicité, principalement lorsqu'elle vient d'accidents physiques. Dans une maison d'aliénés, un médecin ne doit jamais l'oublier ; et, s'il sait ne pas l'oublier (sans confondre l'état menstruel épiphénomène avec l'état menstruel principe morbide), il rendra de grands services, en ramenant à la raison des malades crus incurables, ou en obtenant chez eux une grande amélioration. Or, pour arriver à ce résultat, il ne négligera aucune recherche, surtout celle du pouls qui, ainsi que l'avaient remarqué Bordeu et Fouquet, est rebondissant, développé, si les règles doivent être abondantes, — roide, serré, convulsif, si elles doivent être empêchées\ Quand les règles coulent trop abondamment, on verra s'il y a lieu de les modérer ; si elles sont insuffisantes, on cherchera à les stimuler par des moyens appropriés toujours aux motifs les plus élevés, aux causes fondamentales. On voit que les agents médicamenteux ne manquent pas pour combattre les névroses menstruelles. Et, au premier abord, on croirait, — en voyant, par cette division si

* D'après Rabuleau et d'après Henning, le pouls — pendant la période menstruelle — diminue régulièrement de fréquence.

simple, que celles-ci tiennent seulement à un défaut, à un excès, à un vice cataménial, comme nous l'avons dit, — que rien n'est plus facile que de le traiter. On serait dans l'er- ' reur. Les causes peuvent en être multiples, associées, surajoutées; on peut prendre pour cause de la folie une suppression menstruelle qui en est la conséquence, ainsi qu'il arrive parfois au début de certaines vésanies, ou aux époques cataméniales mêmes que le délire exaspère. En outre, la nature des causes, généralement de divers ordres, physiques et morales, se mélange et en rend la distinction difficile ; enfin, la marche de la maladie, par cela même que celle-ci est deutéropathique, n'affecte pas des périodes d'invasion, d'état, de déclin, avec lesquelles on puisse lutter carrément, — ou ne tient point à un principe spécifique, destructible à l'aide d'un remède pharmaceutique d'une efficacité reconnue. De sorte qu'il est impossible de leur appliquer les méthodes thérapeutiques naturelles, et que la méthode analytique est la seule qui leur convient. Or celle-ci consiste : à analyser les éléments de l'affection, puis à les combattre dans l'ordre de leur force pathologique. Ce procédé est-il bien employé? les résultats sont heureux. Est-il employé sans mesure ou sans discernement? les succès seront nuls ou douteux. C'est un travail, par conséquent, qui exige de la sagacité, de l'expérience, et beaucoup de persévérance.

On se posera, sans doute, cette question : A quels signes reconnaître une névrose menstruelle? Je répondrai : La névrose menstruelle, n'étant point issue d'un principe spécifique, tel que le cancer et la syphilis, ne reçoit pas l'empreinte de son affection mère. Elle existe : parce que la cause qui l'a produite ne l'a pas abandonnée, parce que les symptômes physiques et moraux marchent de pair pour attester leur solidarité, parce que le traitement, qui parvient à détruire l'effet, détruit presque toujours en même temps la cause et rétablit la santé.

BERTUIER. — NÉVROSES. 17

258 DES NÉVROSES MENSTRDELLES.

Quand nous aurons eu le bonheur de réussir, de combattre avantageusement l'état physique de nos malades, nous ne les aurons pas toujours et définitivement guéris.

Une tâche nous reste à remplir.

On aura beau nier l'âme, entasser sophismes sur sophismes, accumuler les hypothèses pour diviniser la matière, il faudra bien, si l'on veut être vraiment médecin, c'est-àdire envisager son sujet sous tous ses aspects, tenir compte de l'état moral, de cette partie de notre être qui aime, réfléchit, agit automatiquement dans certains cas, se livï*e dans certains autres à des actes délibérés dont il était libre de se dispenser et dont il est responsable, à une vie enfin qui, quoique échappant à nos explications scientifiques, n'en est pas moins positive. Cette vie, que la brute ne possède pas, a ses aspirations et ses affections qui exigent des secours et des conseils particuliers. Nous ne devons jamais l'oublier, sous peine de nous réduire au rôle de vétérinaires. Cette obligation est surtout étroite dans le traitement des névroses, qui ont des rapports si intimes avec le principe pensant.

Si nous ne l'avons pas signalée plus tôt, c'est que, dans cette étude, nous nous sommes occupé de maux dépendant de désordres organiques, connus, visibles, palpables, où la psychologie occupe un rang secondaire. Mais, quoique hiérarchiquement inférieur, celui-ci ne doit pas être négligé : d'abord, parce qu'il peut être une complication sérieuse, chez un sexe d'une sensibilité qui le porte aux émotions vives; — ensuite, parce qu'après la disparition de certains signes corporels subsistent parfois des troubles d'un ordre supérieur, qui nécessitent l'intervention de la médecine morale, pendant très-longtemps encore, au risque de voir survenir des rechutes ou des récidives.

L'on conçoit, du reste, que nous ne pouvons qu'indiquer cette prévision, où la thérapeutique, pleine d'écueils, de-

mande une main exercée, un esprit subtil, beaucoup de tact.

Dans ces conjonctures, peut-être aussi nombreuses que les patients, les livres ïi'apprennent rien : c'est dans son expérience, dans sa sagesse, et principalement dans son cœur qu'il faut puiser des ressources.

Les causes morbides, le milieu social, l'état passionnel, le genre d'éducation, le degré d'impressionnabilité, les inclinations natives, l'âge, le tempérament de la personne, sont des sources capitales d'enseignements.

Quoique les dérangements relatés ici soient justiciables avant tout des médicaments physiques, ils sont parfois juxtaposés à des situations mentales qui, si elles ne sont point la base de l'affection, sont des obstacles à la cure ou lui font échec : un amour malheureux, une union mal assortie, la perte d'un objet chéri, la gêne du ménage, des vices honteux, la jalousie, des revers, entretiennent souvent la névropathie ou s'opposent à une issue favorable. Ce sont autant de circonstances qu'on ne perdra pas de vue, si l'on ne veut s'exposer à des déceptions. Leur connaissance guidera le praticien dans le dédale des incidents pathologiques et lui servira de fil conducteur dans la voie du pronostic, auquel demeure suspendue sa réputation : elle lui inspirera des prescriptions salutaires, — voyages, distractions, travail, repos, société, lectures, avis, mariage, célibat, relations, prohibitions, etc., etc., — qu'il est impossible de traduire en préceptes absolus.

§IIL

L'état moral qui accompagne le flux menstruel chez beaucoup de personnes, les névroses et l'insanité dont elles sont affligées encore souvent^^à cette époque, — à en juger par le

nombre de faits recueillis dans cette monographie, — nous imposent le devoir de nous arrêter un instant, avant de conclure, sur les conséquences légales qui peuvent résulter de troubles entraînant casuellement la perte de la raison.

Il est admis maintenant, et les verdicts rendus en font foi, que la grossesse porte parfois à des actions féroces ou insensées, et amoindrit la responsabilité de leurs auteurs .

De la science, ce point acquis est passé dans le domaine public et s'est inculqué, non sans peine, dans l'esprit des magistrats ; quoique, avant la rédaction du Gode, on eût déjà prescrit qu'une femme ne pourrait être mise en jugement sans une visite qui constatât l'état ou l'absence de grossesse, capable de priver de la présence d'esprit nécessaire à la défense ; quoique, bien longtemps avant, Paul Zacchias, médecin du pape Innocent X, eût déjà déclaré que des femmes mal réglées, qu'on tenait pour possédées, fussent des mélancoliques, des folles à idées fixes.

Pourquoi la menstruation ne bénéficierait-elle point d'une situation analogue ? Les suites de leurs anomalies ont une grande similitude, elles ont leur point de départ dans le même appareil ; elles doivent avoir droit à d'égales faveurs, ou plutôt aux mêmes protections.

Non pas que je veuille innocenter toutes les coupables qui se trouvent dans une position physique de l'un ou de l'autre cas. Dieu m'en garde ! Ce serait imiter le docteur Retz, qui prétendait, par un émétique, éloigner du crime. Ce serait pousser trop loin la croyance aux influences matérielles, et compromettre la cause du dualisme qui nous est chère. Mais nous pensons, avec une foule de savants professant nos doctrines philosophiques, que la morale ne perdrait rien à s'inspirer des décisions de la médecine basée sur une longue expérience, avant de porter une sanction ou déterminer la part d'imputabilité qui revient à chacune, qu'il est si dif-

ficile de saisir, et pour laquelle on ne saurait s'éclairer de trop de lumières.

L'homme est libre. Mais quand commence-t-il, quand cesse-t-il de l'être? Et jusqu'à quel point l'est-il^en général et en particulier? Question insoluble, abîme insondable, mystère que pénètre seul le regard de Celui pour qui rien n'est secret. Le mot liberté est élastique à l'excès. Pour le vulgaire, il signifie le pouvoir de contenter ses désirs; pour le sage, la possibilité de remplir ses obligations. Cependant ces diverses libertés sont les branches d'un même arbre ; elles découlent d'un même principe, — la faculté que nous possédons de choisir, dans certaines limites, entre les sollicitations d'en haut et celles d'en bas, les instincts et les idées, les sentiments, les passions. Nous disons : dans certaines limites. En effet, ces sollicitations, motifs ou mobiles, sont de poids et de nombre indéfinis; et de l'esprit le mieux trempé à l'esprit faible, que de degrés, que de nuances dans la force de résistance! que de conditions où l'œil le plus subtil ne parvient à pénétrer ! que de faits auxquels on accorde une qualification imméritée, que d'actes flétris demandent indulgence ! Vous promenant sur le bord d'un fleuve, vous voyez quelqu'un se jeter à l'eau; il va sauver un noyé. La foule applaudit silencieuse, prête à tresser une couronne. S'il eût réfléchi, s'il eût pensé à sa femme, à ses enfants, à la mort, aurait-il exposé ses jours? Ce n'est pas certain. Et pourtant, la réflexion double le prix de l'œuvre. Pourquoi donc, par une étrange contradiction, fait-on de son absence une marque de grandeur en maintes circonstances? La Rochefoucauld avait bien raison, quand il a écrit cette maxime : « Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le mérite lui-même. » — Ou bien, vous voyez un homme qui se jette à l'eau pour se tuer. Qui l'a poussé à sa résolution? Un chagrin, une déception, le dégoût, la boisson, des souffrances... peut-être la vanité.

Une heure plus tard, sous une saine impression, au souvenir du passé, en présence d'amis, à la vue de sa famille, de la satisfaction que procurent quelques moments de santé, sa tentative eût changé de direction et se transformait en bienfaisance. Et, pourtant, il n'y a que deux mots pour caractériser ces situations : crime ou folie. Qui donc serait à même de les apprécier équitablement, s'il ne connaît pas (chose habituelle) les plus petites suggestions, les moindres sensations qui ont pesé sur sa volonté et l'ont affaibli dans son libre arbitre? Et s'il était permis de les dévoiler, que d'héroïsme ou de vertus, réduits à leur valeur, ne seraient plus que des impulsions instinctives, une heureuse spontanéité, c'est-à-dire un don de nature qu'on ne peut guère aliéner !

Par conséquent, le libre arbitre, rigoureusement parlant, n'est qu'une puissance relative. Nous jugeons — au nom du Code, de notre conscience, de préceptes absolus, — mais d'après l'apparence, mobile, hypocrite, incomplète, plus ou moins bien évaluée et interprétée.

En un mot :

Nous sommes inaptes à juger parfaitement, parce qu'une partie des influences qui ont déterminé les intentions échappent à notre regard.

Ainsi, la constipation, — on en a vu lia preuve chez Napoléon, Talma, et quelques autres grands hommes, — aigrit le caractère ; — certaines personnes sont sujettes à des crampes d'estomac, qui, les ayant débilitées, les rendent irascibles ; — la surdité entretient la colère et la défiance ; — une affection vaporeuse laisse à sa suite une vive émotivité ; — si le tempérament nerveux entraîne avec lui l'impressionnabilité, le lymphatique implique l'indolence, le bilieux l'emportement. Telles professions créent ou provoquent des inclinations morbides. Voilà autant d'états qui pèsent sur nos sensations, puis sur nos idées, enfin sur nos actes.

L'éducation et l'instruction ont, également, leur part dans nos décisions : avec la première, on a reçu des habitudes sociables, courtoises, qui ornent le cœur en aidant à pratiquer le précepte de la charité ; avec la seconde, on a recueilli des enseignements, embelli son esprit de connaissances qui ouvrent des horizons, étendent le jugement, fortifient l'appréciation. De sorte qu'un homme élevé et instruit est plus coupable, s'il agit mal, que l'ignorant et le rustre. Et nous croyons que, dans les révolutions, religieuses ou politiques, la plus grande charge doit retomber sur les fauteurs du désordre qui étaient le mieux à même d'évaluer leurs mobiles et calculer la portée de leurs violences. J'ajouterais, peut-être, que la fortune n'est pas sans avoir quelque droit à nos sévérités, en ce sens que si elle amollit les âmes mal trempées, elle met à l'abri des besoins matériels et, en adoucissant l'existence, ôte tout prétexte aux passions brutales. Un médecin ne doit omettre aucune de ces considérations, ne doit négliger aucun détail; parce que l'étude de l'influence réciproque du physique et du moral est de son domaine, qui n'a pas de limites.

Plus donc nous fournirons aux juges des éléments d'appréciation, des moyens d'investigation, des instruments d'analyse, plus nous aiderons la justice à se rapprocher de la vérité, à s'éloigner du relatif, à imiter Dieu.

Un crime, un délit étant commis, rechercher le coupable et le degré du mal : tel est le problème à résoudre, dans toute médecine légale.

L'homme de Tart, appelé à émettre son avis, ne doit manquer aucune occasion de prouver au tribunal que, si les misères morales contribuent pour une large part à la violation des lois, les misères physiques y prennent une part aussi étendue; — et que celles-ci pèsent d'autant plus dans la balance des déterminations, qu'elles sont inévitables pour une partie de l'existence.

Que nos paroles, cependant, n'aillent pas au delà de notre pensée. Le médecin ne doit aller qu'avec circonspection, au risque même de nuire à la cause en provoquant les soupçons ou la méfiance. S'il sait que la menstruation, dans ses écarts, peut engendrer toutes les affections nerveuses, l'aliénation mentale, la paralysie, la mort, il n'ira pas jusqu'à croire qu'une faute commise chez une personne mal réglée est toujours le résultat d'une causalité morbide, qui annule ou atténue plus ou moins la liberté. Il étudiera chaque fait en particulier, les circonstances qui l'ont entouré, précédé, préparé soit dans l'individu, soit dans les ascendants; sans oublier les collatéraux, qui révèlent quelquefois le saut du principe héréditaire. Si les troubles menstruels coïncident avec l'époque de la puberté ou celle de la ménopause, il ne manquera pas de le signaler : la première étant, surtout, digne de considération, comme vierge, le plus souvent, des passions malsaines ou des vicieuses habitudes qui aggravent à bon droit la responsabilité. Et il ne se prononcera qu'après s'être assuré que la menstruation tient l'état nerveux sous sa dépendance, ou tout au moins la cause , — par les rapports existant entre les deux ordres de phénomènes dans l'état pathologique et à la suite du traitement, par les rapports établis entre la marche de l'état nerveux et celle de la cure.

Un mal peut être une excuse, jamais un prétexte.

Le médecin ne doit jamais perdre de vue, non plus, qu'il ne faut point trop légèrement ajouter foi aux rapports que font les malades. Souvent elles cherchent, par des manœuvres condamnables, à l'induire en erreur pour provoquer le retour d'un écoulement dont l'absence n'est que l'indice certain qu'elles se sont écartées du sentier de la vertu. C'est surtout auprès des jeunes filles, et spécialement quand elles mènent une vie suspecte, qu'il doit se mettre sur ses gardes. On sait que, de tout temps, les filles devenues enceintes sol-

licitent, pour cacher leur grossesse, des moyens,propres à se débarrasser d'incommodités attribuées au retard ou à la suppression morbides du flux. Il en est de ces coquettes qui, au déclin de l'âge, lorsque la cessation naturelle des menstrues s'est effectuée, viennent encore demander quelques secours pour rappeler et faire revivre des signes de jeunesse dont elles sont totalement et irrévocablement privées. Enfin, que le médecin soit constamment en garde contre les sollicitations de ces astucieuses criminelles, pour qu'il n'en soit pas la dupe; car, une fois qu'on y a cédé, il n'est plus temps, et les remèdes donnés peuvent produire des maux incalculables. Au reste, lorsque la malade est une jeune fille ou une veuve, on n'administrera point de remèdes pour guérir la suppression de la menstruation avant le terme de quatre à cinq mois, époque où l'on peut, sans la moindre difficulté, s'assurer si la maladie dépend d'une grossesse ou non : on contentera la plaignante avec des remèdes insignifiants, jusqu'à ce que l'on se soit convaincu de son état. Soyons toujours, quoi qu'il arrive, le virprobusac medendi peritus^ l'honnête homme dont parle le poëte.

De l'ensemble des faits, du résultat de notre pratique, et de l'opinion de la science, on peut déduire ces propositions, qui en seront le résumé :

V II existe des névroses, évidemment liées — soit aux troubles de la menstruation, uniquement et directement, — soit à ces troubles causés ou entretenus par un ou plusieurs états pathologiques variables , — soit à un état de la menstruation en apparence convenable.

2"* Ces névroses que, pour ces motifs, j'ai appelées menstruelles, et dont la suppression est la cause la plus fréquente, guérissent le plus souvent avec la régularisation du flux ; quoique, parfois, la névrose disparaisse avant le retour de la fonction à son jeu normal.

5° Infinies par leur forme et par leur nombre, elles pourraient figurer une échelle diatonique, commençant au simple mal de tête et se terminant à l'apoplexie ou à la folie, qui , jusqu'à plus ample informé , aurait le plus lourd partage.

4° Dans cette dernière affection, les règles, même en dehors de tout état causal, exercent une influence marquée sur la marche des symptômes autant que sur le but final.

5° La folie menstruelle affecte de préférence la forme de la folie caractérisée par le désordre général des facultés mentales — celle, ensuite, de la folie caractérisée par une perversion des instincts exempte de délire verbal. La nymphomanie et l'hystérie, immédiatement liées aux troubles de la menstruation, tiennent une place secondaire parmi les vésanies, contrairement aux croyances qui ont régné de tout temps.

6° Les névroses menstruelles occupent une situation importante dans la pathologie, — indépendamment des troubles menstruels symptomatiques qui surgissent dans le cours de ces affections. Et par l'empire que le corps y exerce sur l'esprit, elles méritent de fixer l'attention du magistrat après celle du médecin.

T A raison de leurs complications et de leurs marches, la méthode thérapeutique qui leur est applicable est l'analyse clinique, consistant à donner à chaque élément son rang légitime, à le combattre à son tour, et à attaquer le mal dans sa source, située souvent à une distance fort éloignée de l'utérus.

8** A ces divers titres, les névroses menstruelles confinent aux névroses diathésiques et aux névroses liées aux états constitutionnels.

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