‹ Des névroses menstruellesChapitre 2 sur 130 · MÉDECIN LE LA SALPÈTRIÈRE · texte numérisé non relu

MÉDECIN LE LA SALPÈTRIÈRE

MON PRÉDÉCESSEUR A BICÉTRE

Témuignngc de gratitude et de vive csliiin:

Ce petit ouvrage n'est qu'un feuillet détaché du livre que notre génération compose, et auquel je serai fier d'avoir apporté ma page : rinfluence réciproque du physique et du moral.

L'homme, comme Ta dit Vonlaigne, ce philosophe si original et si profond à la fois, ressemble au cavalier qui ne peut se tenir en équilibre. Tantôt à gauche, tantôt à droite, tantôt en avant, tantôt en arrière, il ne sait demeurer dans la juste mesure : la " sagesse. Nous oscillons perpétuellement d'un extrême à Tautre ; heureux, lorsque nous ne tombons pas dans ces excès déshonorants qui compromettent la cause du véritable progrès.

La médecine, produit de Ihomme, n'échappe pas à ses travers; elle a, comme lui, ses engouements et ses idoles, qu'elle sacrifie ou renverse avec la même facilité que ses doctrines politiques, scientifiques, sociales.

Depuis seulement qu'elle est constituée, quelle mobilité et quels changements !

Depuis le règne de Broussais, fini d'hier, que n'a-t-on pas exprimé sur l'irritation, par exemple?

L'hystérie a été tour à tour maladie utérine, affection nerveuse, — résultat de l'anémie, de la pléthore, dune inllammalion du cerveau, de la moelle épi nière, d'une phlogmasie mixte.

(le qu'on a écrit sur l'hystérie, on l'a écrit au sujet de toutes

vin

les névroses. Il y a quelques années à peine, quel professeur de riicole de Paris, si on en excepte Cayol et Trousseau, aurait cru que celles-ci pussent dériver des états généraux constitutionnels, appelés goutte, syphilis, dartre, rhumatisme, puisque l'Académie de médecine mettait au concours la question de leur existence? Pénétré de cette idée que, dans des situations de cette nature, il n'y a qu'une manière de trancher le différend, établir des preuves contradictoires, je m'étais mis à l'œuvre, — et j'avais répondu à la première Société médicale de l'Europe par un Mé moire contenant cent cinquante Observations.

Aujourd'hui, en présence des négations opposées à l'existence des névropathies menstruelles proprement dites, j'apporte le même genre d'arguments : des faits. Deux cent cinquante exemples d'états nerveux dépendant de ces troubles, — directement ou indirectement, — vont répondre à nos adversaires.

Espérons qu'ils ne seront pas sans profit pour la science, et surtout pour cette partie si intéressante de l'humanité à laquelle ils se rapportent.

Le corps humain est une confédération d'organes communiquant par des nerfs, et présidés par des forces dont la coordination implique une puissance-mère à laquelle on donne, selon l'École, les noms de nature, principe, nisus formateur.

Cette proposition est l'énoncé d'un fait général passé à l'état d'axiome. En effet, une telle association établit nécessairement entre les parties agrégées des rapports plus ou moins parfaits, des connexions plus ou moins palpables, des relations plus ou moins intimes, qui les obligent à une dépendance mutuelle; si bien que toutes participent à l'atteinte portée à l'une d'elles, et que l'une d'elles, atteinte, trouve dans ses alliées un écho à ses souffrances : solidarité, du reste, exigée par le combat perpétuel de la nature vivante contre la nature brute, qui rencontre dans ce tout individuel des lutteurs d'autant plus forts que leur union n'en fait qu'un ,

Unus consensus, conspiratio una, conscntientia omnia

BEniniFR. — NÉVROSES. 1

Mais, de même que dans le corps social, il est des membres qui s'entendent mieux avec certains autres, de même dans le corps humain, il y a des membres qui s'harmonisent mieux avec quelques-uns, soit au moyen d'anastomoses nerveuses, soit en raison de structure similaire, soit en vertu d'affinités mystérieuses jusqu'ici.

Or, lorsqu'un organe compatit de préférence aux troubles d'un ou plusieurs autres, on dit qu'il y a entre eux sympathie, secousse ressentie et partagée, simultanéité d'affection, — quelle que soit la distance qui les sépare et l'indifférence des parties intermédiaires : ce que Galien définissait « une communauté de souffrance entre deux parties, dont l'une aurait été affectée primitivement. » Ces influences réciproques sont très-nombreuses, continuelles même, en physiologie ; elles y jouent un si grand rôle que leur histoire complète serait un traité de médecine, car on les trouve dans l'exercice de toutes les fonctions, et elles entrent en jeu à l'occasion de tous les maux. Les degrés en sont divers. D'après Barthez, chaque organe a sur le système vivant un ascendant gradué sur l'importance de ses fonctions, le nombre et la force de ses relations avec l'économie animale. Donc, ceux des organes qui remplissent les fonctions les plus importantes, sont ceux dont la propriété sympathique est la plus prononcée. Ainsi, le cerveau, qui, dans le gouvernement de la vie, occupe un emploi éminemment supérieur, est en sympathie avec tous les points du corps humain. Cependant, il en a de plus sensibles avec le cœur, l'estomac, les organes génitaux; et F. Lallemand a démontré, dans ses belles Recherches sur l^ encéphale y que celui-ci peut être affecté par contre-coups de toutes les altérations dont il peut être frappé par cause directe. Il rajeunissait ainsi la doctrine du médecin de Pergame, pour qui la folie provenait ^ tantôt du transport de l'atrabile ou des hun>eurs dans le cerveauj tantôt de

l'action des viscères sur le cerveau au moyen des grands nerfs ou d'un pneuma vaporeux, fumeux, fuligineux. Vésale, Bauhin, Riolan, Birminger, Diemerbroëck , ont souvent trouvé les ovaires des hystériques altérés notablement. Landouzy {Gazette médicale de Paris, 1846, n° 34) rapporte que sur 67 faits anatomo-pathologiques, trentecinq d'origine hystérique ont coïncidé avec des altérations matérielles de l'appareil générateur ; et que, dix-huit fois, elles disparurent avec la guérison de l'affection génitale. Le professeur Schutzenberger, dans le même journal, a publié, il y a quelques années, des Recherches cliniques, desquelles il résulte que le spasme hystérique peut être produit à volonté au moyen d'une pression sur les ovaires, par voie de réflectibilité. Hoffmann nous a conservé l'histoire d'une Religieuse, dont les attaques hystériques cessaient, dès qu'elle avait excité son appareil utérin. M. Belhomme, dirigeant son attention sur ce sujet, a, dans un double Mémoire sur les folies sympathiques, émis les plus judicieuses réflexions. La sympathie, qui s'exerce par le système nerveux, est le moyen de communication des organes. Quoi d'étonnant, dit notre collègue, que, s'exagérant jusqu'à la névropathie, elle devienne la cause d'une perturbation mentale ; que cet effet, par exemple, soit dévolu à l'utérus dont, à l'état physiologique, le pouvoir réactionnel sur toute l'économie est si considérable ? En confirmation de ces vues, il expose et discute savamment plusieurs cas de névropathies utéro-encéphaliques, d'hypochondrie et autres délires. Je traite actuellement, écrivait Guislain {Phrénopathies, 1838, p. 282) Une jeune fille qui, à la suite d'une chute violente sur le sacrum, eut une procidence de la matrice, et qui était prise d'une tcistesse profonde avec divagation la plus singulière des idées et penchant au suicide, toutes les fois que, par le choc d'un effort quelconque, le col de l'utérus se montrait à l'orifice du vagin ou franchissait la vulve. L'usage d'un

pessaire mit fin à toutes ces anomalies. On croirait entendre le cas cité par M. Baillarger, à la Société médicopsychologique, dans une de ses mémorables séances de 1857 sur la folie sympathique. Il est identique à celui qui m'a été rapporté par un de mes amis : une de ses cousines, folle complètement, devenait raisonnable dès que son médecin remettait en place son utérus descendu. On trouve mentionnées les tendances suicides et homicides dans le mémoire d'Azam, publié à Bordeaux en 1858, sous le titre: De la folie sympathique provoquée ou entretenue par les lésions organiques de Vutérus et de ses annexes. Gall rapporte, à la page 105 du tome IV de son Organologie^ qu'une jeune dame enceinte, assaillie d'un penchant irrésistible à tuer son mari, l'assassina et sala son cadavre pour en manger plusieurs mois. Chez une femme en parturition, au dire de Brochin, chaque contraction donnait lieu à une constriction stomacale qui, s'irradiant vers la tête, occasionnait une divagation s'évanouissant avec le relâchement de la matrice [Société médico-psychologique^ 27 octobre 1856). Dans la même séance, Belhomme rapporte deux faits d'aliénation mentale, dus, l'un à une hypertrophie avec érosion du col utérin, l'autre à un polype [Annales de 1857, page 279). La médecine contemporaine rfw 15 mai 1862 relate, d'après Beau, une mélancolie délirante, liée à une ulcération du col utérin. Les Archives de médecine mentale contiennent plusieurs récits du même genre : l'un est rapporté au numéro 118 par le docteur Combes, qui cite une hystéro-nymphomanie attachée à une affection organique de la matrice, l'autre au numéro 133 par le docteur Teilleux, qui, dans un numéro précédent, ayant déjà appelé l'attention sur cette particularité, raconte avoir traité et guéri une lypémaniaque dont la maladie dépendait d'une affection organique de l'utérus. Les accidents nerveux ne sont pas rares à la suite de la dilatation mécanique du col utérin ;

mais, légers d'ordinaire, ils disparaissent rapidement. Pourtant M. R. Lee a vu deux femmes devenir maniaques, tout de suite après avoir eu le col de l'utérus dilaté et incisé {Journal de médecine mentale^ tome VII, page 340). Dans son Traité des maladies des femmes, West a décrit des désordres de l'intelligence coïncidant avec des inflammations organiques, et donnant lieu à des tumeurs dans la région iliaque. Sous ce titre : De la folie religieuse et sentimentale dans ses rapports occasionnels physiques [American Journal ofinsanity 1869), le docteur Workmann a publié un intéressant mémoire où il cite une folie religieuse et erotique, liée à des altérations organiques des ovaires et de l'utérus chez une femme dont le cerveau était intact. Aussi certains auteurs, tels que le docteur Golding, qui a eu occasion de constater une folie puerpérale, guérie après l'ouverture -d'un abcès dans l'ovaire gauche, considèrent-ils cette Manie comme une affection de source utérine, produite par réflexion. [In DubL quart. Journal de 1871.)

A ces faits, l'on opposera peut-être des faits opposés, paraissant contradictoires, celui, entre autres de cette femme qui, quoique privée d'utérus, était de temps en temps en proie à un délire erotique (Griesinger) . L'objection tombera d'elle-même, si l'on veut bien se rappeler que la matrice ne paraît être qu'un lieu de dépôt destiné à recevoir et à nourrir le fœtus, que le point de départ de l'excitation génésique, part des ovaires très-souvent, — des ovaires d'où semblent rayonner toutes les influences que les organes génitaux exercent sur l'organisation de la femme, — et que le délire erotique, basé sur un sentiment, n'est point la nymphomanie basée sur une sensation. L'ablation des ovaires seuls ne produit-elle pas la stérilité, en faisant cesser toute action sympathique de ces organes ?

L'action du cerveau sur l'utérus se manifeste chaque jour. Quand une femme éprouve une violente contrariété,

ses règles diminuent de qualité,' ou deviennent plus abondantes, ou s'altèrent en couleur ; le spasme décolore subitement le sang menstruel. A la suite d'une impression morale ou physique, quelques femmes ont leurs règles de moins en moins fort à chaque période, tout en coulant pendant le temps ordinaire : mais, bien plus souvent, la durée de l'écoulement se raccourcit en même temps. Le sang conserve quelquefois sa couleur rouge, au début; mais, généralement, il perd tout de suite sa consistance et sa couleur. Ces changements s'opèrent toujours, à la longue. A mesure que la quantité du sang diminue, il pâlit ou noircit, devient plus liquide ou plus poisseux, d'un rouge briqueté lie de vin. Quand la cause persiste ou a porté profondément, les règles, après avoir beaucoup diminué, sont remplacées, à chaque époque, par un léger écoulement d'un liquide roussâtre, jaunâtre, blanchâtre; et, chez quelques personnes, il finit par tarir complètement. Fréquemment aussi il continue très-longtemps, et même tout le temps que la femme est réglée. La santé de la femme s'altère de plus en plus, à mesure que les menstrues diminuent et qu'elles perdent leur caractère habituel.

L'impression d'un froid vif ou d'une émotion violente peut causer l'avortement. La première menstruation est plus hâtive chez la fille des villes, chez les gens impressionnables, chez l'ouvrière des villes, chez la fille du monde, dans les contrées méridionales. Sous le zone torride, la nubilité est si précoce qu'elle amène une vieillesse prématurée. La puberté est retardée par la scrofule, le scorbut, les maladies chroniques qui détériorent la constitution et engendrent la chlorose. — M. Raciborski* {Archives

* Le lecteur lirait avec fruit la dissertation d'Albert Michael intitulée « Casus menstrui fliixûs anomali ex animi pathematibus perturbaii. In-^", 1741, Halœ. » où l'on voit rinfluencc manifestement exercée par les passions sur le flux menstruel.

générales de médecine^ 1865), a publié un mémoire intitulé : c( de l'aménorrhée par causes psychiques, » où il prouve, et par des faits et par des raisonnements, que la suppression des règles est quelquefois la suite de certaines préoccupations se rapportant à l'organe de la gestation : la crainte d'être mère, l'ennui de ne pas l'être, etc. A force de diriger l'attention vers la matrice, elles y entretiendraient un foyer de congestion, et finiraient par y provoquer des désordres graves. Cette ingénieuse hypothèse n'expliquerait-elle point les anomalies attribuées à la peur éprouvée , par des femmes grosses, à la vue d'objets monstrueux ou purement difformes, ou trop tourmentées par leurs envies?

Quoi qu'il en soit de l'explication, on ne peut nier l'action de la pensée sur l'utérus qui, s'il peut subir des influences fâcheuses, peut en bénéficier. Le D"" Martini, de Lobus, n'a-t-il pas constaté deux cas de rétablisement des fonctions mensuelles chez deux jeunes aménorrhéiques, dus àunevive émotion? {AUgemeine Zeitschrifft fur Psychiatrie de 1871.)

Après avoir médité sur les observations recueillies dans ma pratique et sur celle des auteurs, je ne doute pas que les chagrins ne soient une des causes les plus fréquentes des maladies de l'utérus (Dusourd, Traité de la menstruation^ 1850, p. 289). Je donne des soins à une famille dont les quatre demoiselles sont, comme la mère, souvent atteintes d'accidents nerveux et sujettes à la chlorose. Presque toujours elle est la suite de suppression causée par des secousses morales, lesquelles manquent rarement de supprimer les menstrues, quand ces secousses ont lieu la veille ou pendant leur cours [Ibid.^ 505-6).

•En France, l'âge moyen de la puberté est de 14 ou de 15 ans. Dans les contrées équatoriales les jeunes filles sont nubiles à 8 ou 9 ans ; dans les régions froides à 1 5 ou 20. Les filles d'une taille moyenne sont plus tôt réglées que les grandes; également celles qui sont brunes, vives, bien mus-

clées, à peau chaude, à pouls large et plein. Quelle ne doit pas être, à son tour, l'influence de l'appareil générateur sur les nerfs? Chez une personne réglée huit jours pendant trente ans, c'est-à-dire 2,880 jours, huit années et plus sont employées à cette fonction. La durée la plus ordinaire, dans nos contrées, est de trois ou quatre jours; sous les tropiques, elle est de plus d'une semaine; tandis qu'en Laponie, les règles ne paraissent que deux ou trois fois par an. Quant à la quantité, elle varie, d'après les auteurs. Dans l'ancienne Grèce, selon Hippocrate, cette quantité était évaluée à deux hémines ou vingt onces par mois. En Espagne, Fitz-Gerald la porte au poids de 14 à 15 onces, et Garther dit qu'en Hollande elle ne va pas au delà de dix onces. Chez nous l'évacuation sanguine reparaît à peu près treize fois par an ; quatre à cinq onces environ sont répandues chaque mois. Prenons un terme moyen de 130 grammes, et nous aurons, en répétant ce chiffre treize fois, l'énorme quantité de 1,690 grammes de sang répandu pendant l'année. — Dans les pays chauds, chez les femmes sédentaires, adonnées aux plaisirs, aux lectures excitantes, elle est plus copieuse encore. Or, comme toute hémorrhagie diminue le nombre des globules sanguins, et comme toute diminution du nombre de ces globules produit la susceptilité nerveuse , plus la femme perd, plus elle acquiert d'aptitude à cette susceptibilité. Enfin, Sonctorius a prouvé que, pendant l'époque menstruelle, la femme diminue de poids ; ce qui la débilite encore, et augmente son émotivité, laquelle s'accroît en raison directe de l'atonie, et agit dans le sens de l'aglobulie. Ajoutons à cela les accidents inséparables, tels que les grossesses, les suites de couches, les suppressions, les hémorrhagies, les fausses couches, etc., etc., et nous aurons une idée du rôle que joue l'utérus dans la vie physique des femmes.

Affaiblissement par les pertes, affaiblissement par les

fatigues, action sympathique plus ou moins malfaisante sur le système nerveux..,, telles sont les conséquences du fonctionnement sexuel féminin. Brierre de Boismont a établi par des preuves que, pour le cinquième des femmes, l'époque menstruelle est un temps de souffrances, et le départ d'affections multiples : névralgie, hystérie, épilepsie, troubles intellectuels. Quel organe subit tant d'évolutions, tant de péripéties, tant de vicissitudes, court ou fait courir autant de dangers que l'utérus? Évidemment, il est chez la femme l'agent corporel le plus important, si important qu'il a permis à Vanhelmont de s'écrier que la femme n'est que par lui, et d'y placer le siège de son archée.

Mais, si ce sectateur a commis pareille exagération, dans un aphorisme qui n'a trouvé que trop d'approbateurs; si les modernes, à l'exemple des anciens, n'ont voulu voir dans l'utérus qu'un animal dans un autre ; c'est que tous, imbus de doctrines à courte vue, n'ont considéré cet être que sous un de ses aspects, celui de la matrice. Quelle différence de ces médecins avec Hippocrate, qui ne veut pas qu'on sépare l'âme du corps, la vie de son agrégat, dans la science de l'homme ! La femme a plusieurs buts à remplir; concevoir des enfants, les procréer, les nourrir, et les élever. Pour atteindre ces buts, il faut qu'elle déploie une foule de qualités, qu'elle mette en jeu une foule de ressorts, qu'elle joue un rôle si grave, qu'il a suggéré à plusieurs personnages illustres cette idée que la grandeur des nations dépend de ses citoyens, comme la grandeur des citoyens dépend de celle de leurs mères. Il est donc absurde de définir la femme par une de ses œuvres, par un de ses travaux, par un de ses devoirs. Mais ne perdons pas de vue notre sujet capital.

D'après ce que nous venons d'exposer, le cerveau et l'utérus doivent être les organes en plus vive sympathie. Effectivement : de la naissance à la mort, la femme qui parcourt

le cercle complet de ses obligations se trouve chaque jour soumise à une multitude d'impressions et d'accidents. D'un côté le tempérament nerveux, qui est son lot, la prédispose aux réactions du cerveau sur la matrice ; d'un autre côté, les attributions de la matrice l'asservissent aux réactions de celle-ci sur le cerveau : de sorte que cerveau et matrice répercutent continuellement leurs plaintes et leurs malheurs.

Lisfranc a démontré combien les engorgements, les positions vicieuses de' l'utérus donnent lieu aux maladies de la moelle épinière. Nous allons démontrer que toutes les affections, non seulement de la moelle, mais encore du cerveau, peuvent être occasionnées par des troubles purement fonctionnels de l'utérus.

Au préalable, constatons que ceux-ci existent, dès que l'excrétion pèche par excès, par difficulté, par défaut. Or n'est-il pas évident que, dans la plupart des cas de cette catégorie, la sympathie seule — quelque inexplicable soitelle — nous donne la clef de ce phénomène étrange de l'affinité de deux organes aussi éloignés, aussi différents, que ne mettent en rapports tangibles ni branches nerveuses spéciales, ni fluide ambiant? Ce phénomène n'est-il pas analogue à celui de l'affinité du larynx et des testicules, des parotides et des testicules, de la matrice et de la gorge, du renflement du col des cerfs dans le rut, du gonflement cervical qui suit les premiers combats amoureux? Aristote avait observé que si la truie est couverte étant en rut, avant qu'elle tienne les oreilles baissées, elle rentre en chaleur. Catulle rapporte que les anciens appelaient improfta cervix le cou de la vierge. Nous avons tous remarqué que

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. il

la voix mue à l'époque de la puberté, que les élans voluptueux s'accompagnent d'anhélation; nous connaissons la voix rauque et virile des prostituées , les strangulations hystériques. La plénitude de la vessie ne cause-t-elle pas le larmoiement, et l'agacement dentaire?

Quel est la cause des sympathies ?

Tous les organes, tous les tissus sont liés entre eux par des nerfs, une harmonie admirable les unit ; ils s'influencent réciproquement, se prêtent de mutuels secours, souffrent plus ou moins d'un mal qui affecte l'un d'eux. Mais pourquoi les tissus intermédiaires ne sont-ils pas éprouvés au même degré, ou à un degré supérieur, ou ne le sont-ils nullement ?

Pourquoi l'estomac, par exemple, possède-t-il plus d'attraction que les viscères voisins, pourvus de nerfs plus gros, plus nombreux ?

c( S'écrier avec Broussais : point de sympathies sans nerfs, ou bien avec Adelon : le système nerveux est l'agent exclusif, l'unique instrument des sympathies, c'est enfermer la vie dans un cercle trop rétréci, c'est méconnaître la signification de bon nombre de ses phénomènes ; c'est ignorer aussi une brillante expérience de MM. Magendie et Delille, de laquelle résulte sinon un nouvel appui à l'opinion que nous venons de formuler, du moins une preuve palpable que les tubes veineux pourraient à aussi juste titre que les nerfs s'arroger le droit d'établir les liens sympathiques. (Magendie, Précis élém. de physiologie, t. II, p. 465.)

c( D'ailleurs si les sympathies résultent exclusivement, comme le veulent tant de physiologistes modernes, de l'organisation nerveuse, n'est-il point vrai que tout le monde aurait les mêmes sympathies ? N'est-il point vrai aussi que des organes insensibles dans l'état normal ne cesseraient point de l'être en état de maladie, par la raison que, dans un cas comme dans l'autre, il y aurait toujours les mêmes

nerfs ? Il est des gens qui trouvent, dans le nombre ou la grosseur des nerfs, la raison suffisante des sympathies générales. Mais, alors, l'amputation d'un bras ou d'une cuisse devrait être plus grave qu'une simple lésion de l'utérus ou de la vessie. Cependant c'est le contraire qu'on observe.

c( Il en est d'autres qui rapportent cette raison à la source diverse des nerfs. Les organes qui reçoivent leurs nerfs des ganglions exercent, dit-on, des sympathies plus grandes que ceux qui les reçoivent de la moelle épinière. Cela est vrai, et paraît expliquer le danger qui s'attache aux altérations viscérales comparativement à la mutilation des membres. Mais comparons aussi l'estomac avec les poumons. Ces deux puissants instruments de la vie tirent leurs nerfs des mêmes sources, du pneumo-gastrique et du grand sympathique. Et, pourtant, combien sont différentes les sympathies que l'un ou l'autre exerce à l'égard du système entier ! Un simple ébranlement, une lésion légère de la poche gastrique vont jeter partout le désordre et écraser la vie, quand des altérations très-étendues et très-profondes du tissu pulmonaire, non-seulement laissent la vie sauve, mais se feront même à peine sentir. Ce n'est donc point de l'espèce des nerfs que dépendent les sympathies, puisque deux organes d'un ordre très-élevé, recevant d'une même origine leur ramure nerveuse, impressionnent si différemment l'organisme. Ce qu'il faut dire, c'est que les sympathies sont d'autant plus marquées que cet organe a une influence plus grande sur le système entier : ses relations se trouvent subordonnées à l'importance de son rôle. Mais, obj cetera- t-on, l'organe pulmonaire a des fonctions plus importantes que l'estomac : il sert à la respiration, à la circulation du sang, actes majeurs sans lesquels le corps ne s'alimentant plus doit cesser promptement de vivre ; tandis que les fonctions de l'estomac peuvent demeurer suspendues six jours, dix

jours, et plus encore sans le moindre préjudice pour l'organisme. A ce compte, il semblerait que les sympathies émises par l'estomac doivent avoir moins de retentissement, moins d'iBaportance que celles produites par les poumons. Une simple analyse des faits rétablira la vérité de leur signification. Comment la poche gastrique accomplit-elle son travail ? Elle ne l'exécute pas dans un cercle plus ou moins limité, dans le grand ou dans le petit cul-de-sac, près du pylore ou près du cardia ; mais bien dans toute l'étendue de sa cavité, de manière que lorsqu'un de ses points est malade, la lésion de ce point produit dans le système le même effet que si l'estomac tout entier était lésé. Le poumon, au contraire, étant considéré comme une véritable éponge, agit par ses lobes et par ses cellules comme il agit par son ensemble ; chaque point de sa masse respire indépendamment des autres, de façon qu'une partie de cet organe, étant lésée, peut cesser d'exercer ses fonctions sans que sa voisine s'arrête. Et voilà ce qui explique, bien mieux que le foyer des irradiations nerveuses, les nuances des rapports sympathiques ^ »

L'école expérimentale croit avoir trouvé le mot de l'énigme dans l'action réflexe, qui existe en dehors de toute intervention de la volonté et de la conscience, et dont le pouvoir se manifeste surtout lorsque la moelle épinière a été séparée de l'encéphale : les expériences de Budge ayant établi que c'est dans la portion lombaire de la moelle épinière que gît le centre de réflexion des sensations qui mettent en jeu l'activité des organes génitaux, le centre génito-spinal ; — et des expériences antérieures ayant prouvé que la parturition peut s'accomplir chez les paraplégiques, ou après la section de la moelle épinière, à la région dorsale, chez les animaux. Voici ce que dit à ce sujet un professeur de la

* Le corps de Vhomnie, par le L' Galet, 185i, t. IV, p. 53 et suiv.

Faculté de Montpellier, M. Rouget, dans un ouvrage remarquable et très-répandu :

« Dès la fin du siècle dernier, Robert Whytt avait cherché à rattacher les phénomènes sympathiques aux connexions établies entre les organes, non-seulement par les nerfs ganglionnaires, mais aussi par les nerfs émanés des centres nerveux encéphalo-rachidiens. Les relations que ces nerfs ont entre eux, non par les anastomoses de leur tronc, mais par les connexions établies entre leurs origines dans les centres nerveux eux-mêmes, avaient fixé son attention. Mais c'est à Prochaska que revient le mérite d'avoir fait le premier pas dans une voie qui doit aboutir à la connais- |Sance positive du mécanisme des fonctions du système nerveux. Legallois vient ensuite. Il voit nettement qu'une section transversale de la moelle, à la région dorsale, établit chez l'animal deux centres d'action parfaitement distincts et indépendants, un centre cervico-céphalique antérieur et un centre postérieur ou dorso-lombaire ; — le dernier capable, comme le premier, de réagir par des mouvements contre les excitations extérieures. Toutes les fois; aussi, qu'une partie de l'organisme est le siège de phénomènes d'activité normale ou pathologique, — sans que cette partie ait reçu directement une impression, une excitation, — c'est grâce aux communications établies par l'intermédiaire des centres nerveux entre cette partie et une autre plus ou moins éloignée, que l'apparition de ces phénomènes s'explique ^ »

N'y aurait-il pas une contradiction entre ces deux faits : l'accroissement du pouvoir réflexe par la séparation du cer* veau et de la moelle, et l'influence si fréquente de l'utérus sur le cerveau dont la présence, pourtant, amoindrit l'action réflexe ?

* Introduction au± Leçons de Brown-Sequard sur les principales formes des paralysies infàieuries. In-8, 18G5.

On voit que la question est loin d'être tranchée. En attendant, soyons praticiens, et revenons à la matrice.

Lorsqu'elle est munie d'une tumeur immobile, engorgée au point de comprimer les organes contigus, il est facile de se rendre compte du mécanisme de son jeu sur les fonctions de la moelle — susceptible de transmettre l'impression pathologique jusqu'aux fonctions du cerveau. Cerise a rapporté l'histoire d'une névralgie faciale et cervico-temporale attribuée à une tumeur fibreuse de l'utérus {Annales m. psych.^ 1845, tome V, p. 466). Landouzy raconte avoir vu une femme, dont la constrictiôn permanente à la gorge coïncida avec le début d'un squirrhe utérin; la constrictiôn cessa par les progrès de la maladie, et par la délimitation parfaite du col {Gazette médicale de Paris ^ 1846, n° 34). Dans le numéro du 23 octobre 1862 de r Union médicale est inséré un cas d'épilepsie, entretenue par une antéversion de l'utérus, et guérie avec la disparition de celle-ci.

L'anatomie a tenté d'expliquer ces faits. La matrice est située dans l'excavation du petit bassin, disait-on ; à sa partie postérieure, elle repose sur l'os sacrum. Sur celui-ci s'étale un réseau serré de nerfs, émané du plexus rénal ; anastomose des branches lombaires et sacrées, confluent de la vie végétative et de la vie animale. Si un corps étranger, ou un développement anomal qui le simule, presse ces branches contre le sacrum, il cause — selon son poids et son volume — des pesanteurs, du refroidissement, des crampes, des fourmillements, Tastriction des membres pelviens, la perte du mouvement et de la sensibilité. Si la matrice, je suppose, reste remplie de la quantité de sang qui devait être évacué, elle devient plus pesante, et Son volume s'agrandit : elle cause des tiraillements douloureux aux attaches de ses ligaments. Des accidents se font sentir dans les parties éloignées : le resserrement des muscles du pharynx et du larynx^ la suffocation, la dyspnée, les troubles

de la digestion... grâce à l'inter-coslal ; par le lacis qu'il forme sur la dernière vertèbre des lombes avec les filets du plexus méso-colique, par sa liaison avec les plexus mésentérique et rénal, par les filets qui partent du gros ganglion semi-lunaire, par la communication médiate des nerls utérins avec la huitième paire. Ajoutez les connexions médiates, qui ont lieu par la liaison de ces deux nerfs avec les autres — et vous aurez la raison de ces douleurs de tête, de ces spasmes, de ces convulsions qui en sont la conséquence. Que cet état se prolonge, la congestion envahit les sections médullaires supérieures, les membres thoraciques sont ébranlés à leur tour; enfin, pour peu qu'il y ait prédisposition, la congestion gagne le cerveau, la paralysie partielle ou générale survient, compliquée d'épilepsie, de démence, de délire.

Tels sont les cas de grossesse extraordinaire, dans lesquels le fœtus est en disproportion avec l'amplitude du bassin. Tel est le cas rapporté par le professeur Rossi, de Turin, à la société de médecine pratique de Montpellier, de cette jeune femme qui fut prise de convulsions : elle n'avait ni vulve, ni vagin ; un pertuis donnait issue à l'urine, et la matrice (imprégnée on ne sait comment) contenait un enfant à terme bien conformé, qu'on parvint à extraire à l'aide d'une incision très-profonde. Tels sont encore les cas de rétention menstruelle, où le sang apporté dans la matrice s'y amasse, distend ce viscère", augmente l'ampleur du bassin, et produit tous les symptômes d'une grossesse, jusqu'au gonflement des mamelles. Ce qui engage le médecin à être très-réservé sur le diagnostic, qui pourrait induire à erreur, et faire peser d'injustes soupçons sur des filles vertueuses et doublement malheureuses, dont une accusation imprudente perdrait la réputation et l'avenir.

Mais il est des circonstances très-nombreuses où rien

n'autorise à supposer la pression matérielle que nous venons de décrire. Ce sont celles de simples dysménorrhées, de ménoxénies, de métrorrhagies. Dans la ménoxénie on pourrait, à la rigueur, expliquer la pression par refoulement du sang des vaisseaux de l'utérus aux sinus vertébraux — au moyen des veines intercostales et de la veine cave supérieure qui sort de la cavité droite du cœur, laquelle reçoit de l'hypogastrique le reflux du sang utérin. Mais ce refoulement devrait être bien actif, ou bien répété, pour déterminer une fluxion, une congestion cérébrale, des symptômes de phlogose ou de paralysie ! A moins qu'on ne suppose avec Lamarck * des métastases de fluide nerveux... Ne serait-il pas plus rationnel d'admettre qu'il se passe là un phénomène vital, en vertu de ce principe : un trouble apporté dans l'équilibre des forces entraîne un surcroît d'activité dans la partie prédisposée, et y crée une maladie semblable à celle qui se produit dans les centres nerveux, après la suppression d'un cautère, d'une dartre, de la sueur des pieds, des lochies, etc., etc*.?

Si la menstruation, par ses troubles, a un tel retentissement sur l'économie, il faut qu'elle soit la marque d'une bien importante fonction. En effet, jetons un coup d'œil rapide sur la physiologie indispensable à l'enchaînement des idées et à la rigueur des conclusions.

La menstruation est le résultat du molimen hemorrhagicum périodique de la femme, en tant que féconde'.

* Système analytique des connaissances de VliommCy p. 240.

* Exemples offerts par Ollivier d'Angers (maladies de la moelle épinière, 1 857) et par Lobstein, (Société médicale d'émulation dePariSy novembre 1825.)

' Les menstruations antérieures à la fécondité ne sont pourtant pas inouïes. Indépendamment des témoignages de Nicolas Pechlin, Thomas Bartholin, Ni-

BERTBIER. — NÉYROSIS. 2

Or la fécondité existe % parce que de la surface des ovaires se détachent un ou plusieurs œufs ou ovules arrivés à maturité, qui cheminent de la vésicule de Graaf le long de la trompe jusqu'à l'utérus, dans lequel ils reçoivent l'éjaculation spermatique destinée à les vivifier. Mais pour sortir de l'ovaire, l'ovule opère une évolution du centre à la circonférence, brise son enveloppe, se pratique une demeure au sein de la matrice, après l'avoir transpercée. Ce voyage de l'ovule, traversant la trompe et partant de l'ovaire pour se fixer dans l'utérus, ne peut s'effectuer sans irriter les organes situés sur le parcours. Dès lors : éréthisme nerveux, turgescence vasculaire, déchirure de vaisseaux, suintement sanguin des plus purs et plus ou moins abondant, quoique un peu défibriné, appelé mois, époques, secours, règles, affaires, mêlé parfois à des plaques épithéliales, — et capable de se détourner, pour produire une

colas Tulpius, nous offrirons ceux de Brierre, Londe, Dezeimeris, qui citent des petites filles réglées dès leur naissance. La Gazette des hôpitaux f du 12 octobre 1865, cite une jeune fille nègre chez laquelle les règles parurent la première année. Le D' Piazza, dans VImparziale de 1866, en mentionne une de 29 mois, offrant les signes extérieurs de la puberté. Le D' W. James a rapporté Tobservation d'une petite fille de 4 ans, chez laquelle il existe, toutes les 4 semaines, depuis rage de 20 mois, un flux menstruel bien caractérisé (The Lancet mars, 1872). Mais nous croyons que la plupart de ces prétendues menstruations ne sont que des hémorrhagies du vagin, se produisant à la suite des maladies de cet organe, ou môme sans cause appréciable.

^ La menstruation n'est pas un signe infaillible de fécondité, comme son absence n'est pas un indice absolu de stérilité. Les auteurs, parmi lesquels Deventer, Mauriceau, Elsasser, Perfect, Churchill, citent des exemples de femmes qui, sans avoir jamais eu leurs règles, ont cependant été mères; ou qui n'avaient été réglées qu'en dehors des époques habituelles. Le D' Elleaume (Traité élémentaire des maladies des femmes, 1869, p. 73) a donné des soins à une dame qui n'était réglée que pendant ses grossesses. Giraudy, dans une anno* tation du livre de Dom. Raymond, dit, à la page 165, avoir connu une femme qui n'avait ses règles que quand elle était enceinte, et qui ne jouissait pas moins d'une robuste santé. J'ai été témoin du même phénomène, dans un village des environs de Bourbon-Lancy. Le Courrier médical du 2 septembre 1871 contient une observation du D' Pouillet, complètement analogue, avec cette particularité que la menstruation continua pendant tout le temps de Tallaitcment.

déviation par la bouche (Henry, Journal de Vandermonde^ 1757), par les- dénis (Dom. Raymond, Maladies quHl est dangereux de guérir, 1816, p. 178), par les mamelles et la face (Cazenavc, Journal de Vandermonde, t. X, p. 23), par les yeux (Van der Viel, Observât, rariorum centuria I, p. 85, 1867), par le sommet de la tête (Jean Nicolas Pechlin, liber l, observât. 39), par les oreilles (Brassavola, Exposit. commentar . , annot . in Aphorism. Hippocr. etGallenÀM^, lib. IV, Aph. Hippocr.) , par la malléole externe droite (Dusouchet, Thèse de Paris, de la menstruation, 1835, p. 10), par le nombril (Zacutus Lusitanus, Prax. medic, lib. XI, observât. 92), par l'estomac (Van der Viel, Cas rares de chirurgie, t. XI, observ. 17), par une plaie au sein (Dusourd, Traité de la menstruation, 1850, p. 259), par une brûlure à la jambe (ibid., p. 260), par l'index (262), par un doigt dartreux (ibid.), par l'urèthre (Latour, [Acta curios. nafttr., volumcn III, observât. 13), par l'anus [Miscellan. nat. curios. decad., II, anno X, p. 379), par la bouche, par le nez, et par les yeux en même temps (Esquirol, Malad. mentales, t. II, p. 814), etc., etc. Et le relevé, fait par M. Puech, de 200 observations, montre que ces hémorrhagies supplémentaires peuvent avoir lieu dans toutes les parties du corps (Académie des sciences, décembre 1861).

Si le flux menstruel subit des déviations, d'autres fois il se prolonge bien au delà des limites ordinaires. L'histoire abonde d'exemples de femmes qui ont joui du plaisir d'être mères, après cinquante ans. Pline le naturaliste rapporte que Cornélie, de la famille de Scipion, enfanta Valérius- Saturninus à l'âge de soixante-dix ans. Ilaller mentionne une dame qui accoucha dans sa soixante-troisième année. Valescus, de Tarente, raconte avoir secouru dans ses couches une femme de soixante-sept ans. A l'âge de quatre-* vingts ans, Sabra avait engendré Isaac. Ces phénomènes se

rencontrent le plus souvent dans les contrées septentrionales, où les menstrues ne font leur pren}ière apparition que très-tard ; mais l'écoulement menstruel s'y prolonge à uyie époque très-avancée, et les femmes y sont plus fécondes, puisqu'il n'est pas rare, surtout en Suède, d'en rencontrer qui ont dix à douze enfants, et pas exceptionnel, dit Olaûs Rudbeck, d'y trouver des femmes qui en aient trente.

Il y a là deux ordres de phénomènes : ceux qui appartiennent à toutes les hémorrhagies, et ceux qui sont propres à l'ovulation. Le malaise général, qui précède les pertes de sang, précède l'époque des règles; un malaise particulier les accompagne, un autre genre de malaise les suit plus «ou moins longtemps.

Les uns sont presque aussi nécessaires que les autres ; ils sont tous corrélatifs; disons mieux, ils sont homogènes, puisque le défaut de l'un entraîne un trouble du systèmQ, puisque la fluxion hémorrhagique défectueuse trouble la fluxion utérine et que la fluxion utérine entravée impose à l'économie des accidents variés. Et ce qui prouve que ce n'est pas la quantité de l'exhalation qui dénote la perfection de la fonction, c'est que les déplétions sanguines les plus copieuses sont loin 3e remédier au défaut d'exhalation . Lordat rappelle une aménorrhéiquc, atteinte d'hystéralgie dont elle souffrit pendant 19 ans, et qui, saignée vingt mille fois pendant cet intervalle, ne guérit que lorsque le cabotage d'une charrette lui eût causé une légère évacuation sanguine par l'utérus*. Et voyez l'empire de l'habitude, s'il y a même, dans cet organe, un instinct hémorrhagique : une femme, à laquelle on avait enlevé la matrice, ne laissa d'avoir très-régulièrement ses menstrues, qui coulaient par l'anus*! Une autre, dans le même cas, perdait le sang par la vessie'.

* Traité des hémorrhagies, 1808, p. 222.

' Observations médic. 5* livre. F. Plater.

' Richerand. Éléments de physiologie.

Parent-Duchâtelet, dans son ouvrage sur la prostitution, dit que les filles publiques, rendues à une existence régulière, éprouvent des accidents nerveux, des congestions cérébrales qui semblent déranger les fonctions intellectuelles pendant près de deux années.

Du reste, cette disposition hémorrhagique, parfaitement reconnue, est tellement naturelle qu'on la rencontre parfois dans le sexe masculin. Zacutus Lusitanus raconte qu'un homme avait un flux réglé comme chez une femme. Il était sans barbe. Tous les mois il éprouvait, durant quatre à cinq jours, une hémorrhagie assez considérable par une partie nullement faite pour donner passage au sang. S'il arrivait que cet écoulement se fît avec quelque difficulté, des coliques, un mal de reins, une pesanteur extraordidinaire ^avertissaient de recourir à une saignée du pied qui, rappelant ce cours étrange, dissipait tout accident*. Le berger, dont parle Lebœuf, était dans le même cas ; à cela près, qu'il approchait davantage de la nature du sexe, par des seins aussi beaux que ceux d'une fille de 20 ans. Il n'était pas le seul de sa famille que la nature jouât ainsi ; car, à ce qu'il dit lui-même, son père et quinze frères, participaient à ce merveilleux phénomène*. U académie des curieux de la nature nous offre à observer quelques exemples semblables*. Enfin, Camille Stalpart cite deux hommes qui avaient chaque mois une perte de sang par la terge*. Un de mes oncles, à qui je le disais, m'en cita un autre.

Concluons, donc, de ce qui a été dit jusqu^ici. La femme, pendant le temps de sa fécondité, doit être réglée, parce

^ De praxi admirandây livre II, observât. 102.

• Journal de méd. de PariSy t. V, p. 280.

s Observât. 78, anni 1.

♦ Observât. 80, cenluria i.

que son organisme est le théâtre d'une fluxion générale et d'une fluxion locale, dont les obstacles troublent le repos de l'économie. L'économie peut, sous l'influence de ces ob' stades, seuls ou compliqués, éprouver une foule d'embarras dont les plus graves et les plus nombreux sont les déviations sanguines, principalement celles qui se portent sur le système nerveux. Démontrons ces assertions par voie expérimentale.

J'ai consulté la plupart des auteurs qui ont écrit sur la matière : Hippocrate , Avicenne , Gordon , Fernel , Schenkius, Baillou, Rodric a Castro, Sebizius, Sennert, Zacutus Lusitanus, Rivière, Willis, Etmûller, Sydenham, Mauriceau, Connor, Freind, Boerhaave, Stahl, Mead, Hoffmann, Lazerme, Fitz-Gerald, Astruc, Sauvages, Tissot, tous les modernes, particulièrement Dusourd et Bricrre de Bôismont.

Les plus accrédités et les plus probes seront mis à contribution. Je citerai fidèlement leurs noms comme celui de leurs ouvrages, l'endroit où j'aurai puisé, afin que chacun soit à même de juger de la véracité des choses et de l'historien.

Toutefois, j'aurai soin d'éliminer ce qui sera superflu, pour mieux laisser en relief les événements saillants, qui en constituent la base. Je prie donc le lecteur d'excuser cette mutilation, en confrontant les textes, puisqu'elle ne portera en rien atteinte à l'idée, et donnera au style plus de rapidité, de concision, de clarté.

Les exemples seront disposés en deux catégories : Tune comprendra l'échelle graduée et ascendante des névroses sympathiques des troubles de la menstruation, depuis la céphalalgie congestive jusqu'aux désordres de texture de l'organe cérébral ; l'autre comprendra l'échelle graduée et ascendante des troubles intellectuels sympathiques des désordres menstruels, depuis l'excitation jusqu'à la folie complète et à sa dégénération.

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