‹ Des névroses menstruellesChapitre 45 sur 130 · Chorée ambulante · texte numérisé non relu

Chorée ambulante

(Trousseau. Bulletin général de thérapeutique, septembre 1846.)

Une marchande de 1 7 ans fut prise de chorée dans le courant du mois de janvier 1845, à la suite d'une suppression de règles. Leur retour, aidé par quelques bains sulfureux, fit disparaître la maladie, qui n'avait occupé que le côté gauche. Au mois d'octobre la chorée reparut à la suite, encore, d'une suppression du flux menstruel, mais occupa cette fois les deux côtés ; l'intelligence ne tarda pas à s'en ressentir. La jeune fille entra à l'hôpital Necker, le 22 décembre, où elle fut soumise au traitement par le sirop de strychnine. Après environ soixante jours, la gué^ rison était obtenue.

Les règles n'avaient pas reparu... il y avait état de grossesse.

C'est bien à la grossesse qu'est due la guérison, et non à la strychnine, comme on pourrait le croire et comme à voulu le dire l'illustre clinicien. La première établit une dérivation puissante, elle va jusqu'à ralentir le cours des

maladies les plus graves, telles que la phthisie pulmonaire; et nous verrons, en effeuillant le cahier de nos observations, que le fait actuel se représente dans les affections nerveuses. La seconde a un effet très-douteux, qui a eu un succès de vogue, grâce au patronage d'un homme renommé ; mais dont l'expérience n'a pas confirmé l'efficacité. Du reste, indépendamment de la gestation, pour prouver l'action de l'utérus sur le cerveau, n'avons-nous pas là deux suppressions suivies de chorée, et deui guérisons opérées par le retour du flux menstruel ?

(Girard. Considérations sur les affections hystériqueSy 1841, obscrv. 10.)

Marguerite, douée d'une bonne constitution, est réglée à 18 ans ; mais la menstruation se supprime pendant deux ans, et ne paraît que deux fois à intervalles variés. Elle éprouve une scène désagréable, et tombe malade le 29 mai 1838 : épigastre douloureux, boule hystérique, inspirations entre^coupées, gêne de la déglutition. Saignée le l*"" juin; mieux. Apparition des règles le 4, amendement notable le 5 ; suppression par imprudence, les accidents reparaissent. Application de sinapismes, retour des règles et du mieux* Elles cessent naturellement le 8, et tout rentre peu à peu dans Tordre.

Je ne crois pas qu'on puisse avoir des doutes, ici, sur les rapports réciproques des menstrues et de la névrose. Chaque amélioration de la fonction menstruelle a été suivie d'une amélioration dans la santé, et la guérison a suivi la régularisation entière du flux périodique. Forestus {Observ. et curât, mcdic.) liber XXVIll) a publié l'histoire d'une

jeune fille ayant une suffocation utérine par rétention séminale^ et qui offre plusieurs points de contact avec cella de M. Girard.

SI. — Hystérie.

(J. B. Barthez. Consult. méd., â'^édit. p. 86 et suiv.)

Un dame, ayant été sujette, dans son enfance, à des hémorrhagies nasales, a été réglée à onze ans. Elle approche du temps où l'on a lieu de croire que les règles finiront. Chaque période cataméniale est précédé d'environ trois semaines, et dure huit jours. Trois ou quatre jours — avant, pendant, après — la malade est plus tourmentée encore.* Toute contention d'esprit lui est pénible. Elle est sujette au mal de tête, et à des bouffées de chaleur lui montant au visage, à des fourmillements aux extrémités qui sont froides, à des angoisses qui la mettent dans une demi-défaillance.

Il paraît que cette maladie nerveuse, dit l'illustre Chancelier, a été déterminée et entretenue par deux causes principales : l'épuisement consécutif à, l'évacuation excessive, l'orgasme hystérique qui la précède.

Rivière {Centuria^ observ. xcxiv) cite une malade dont le flux immodéré occasionnait une affection de cette espèce, tellement grave qu'il s'ensuivit une aphonie et une faiblesse voisine de la mort.

Je regrette de n'avoir pu connaître le traitement adopte, et son résultat. Toutes les fois que j'ai rencontré des cas semblables, et que j'ai su atténuer l'abondance du flux, j'ai apaisé les désordres.

(Gazette médicale de Paris, 4855, p. 573.)

La demoiselle de N., âgée de 22 ans, d'un tempérament trèsnerveux, livrée à la lecture des romans, eut ses premières règles à 14 ans, peu abondantes, peu douloureuses. A l'âge de 20 ans et au delà, sa menstruation éprouve quelques irrégularités et diminue de quantité ; en même temps les douleurs augmentent, et divers spasmes rendent la période cataméniale fort désagréable. A 21 ans, le mal s'aggrava au point qu'il vint à produire de vives gastralgies avec vomituritions qui rendaient parfois la digestion impossible, et que calmait légèrement la pression manuelle de Pabdomen. Le sang tachait à peine le linge. Plusieurs médications furent sans succès : la maladie suivit toujours son cours ordinaire, finissant lorsque la menstruation s'arrêtait. Le chloroforme gélatinisé fut appliqué sur la matrice par M. Losada, les règles se régularisèrent, et la patiente guérit.

En suivant la marche de cette indisposition, on voit la succession rationnelle des phénomènes morbides. La douleur s'accroît en raison directe de la ténuité de l'écoulement, et le rétablissement de la fonction menstrudle amène celui de la santé. D'après le succès de la médication, il est probable que l'hyperesthésie locale était l'origine du mal ; car le chloroforme n'a pu agir que comme antispasmodique. Si la menstruation n'a été qu'une cause prochaine, c'est toujours dans l'utérus qu'existait la cause première, c'est là qu'a eu lieu le retentissement d'une surexcitation préparée par le tempérament, les lectures, et la puberté.

SS. — Hystérie.

(Mayer. Comment, Litt., 1731, spec. 30, part. 4.)

Une hystérique avait un utérus volumineux qui s'était transformé en substance osseuse, — telle qu'il fallut un marteau pour

BERTHIER. — NÉVROSES

la briser — et qui contenait dans sa cavité du pus lactiforme. Du moment où cette femme s'aperçut de la tumeur, elle fut délivrée de Thystérie.

Morgagni, qui cite le fait, suppose que la dernière affection cessa, parce que l'utérus n'était plus susceptible d'irritation. C'est ce qui eut lieu chez les sujets des observations de Landouzy et de Bordeu, identiques dans l'espèce et ayant la plus grande analogie avec celle de Des Gaux de Flobert dont nous parlerons à la fin. Nombreux sont les auteurs qui ont cité des hystéries liées à des altérations de l'appareil génital : Vésale {De humani corporis fabrica^ cap. xv, p. 1555); Bauhin [Anatomia, lib. III, cap. xxxv) ; Riolan {Anthrap.^ lib. II, p. 632) ; Diemerbroek [Opéra omnia. De ventri infer.^ lib. CXXIV) ; sans rappeler ceux cités au chapitre préliminaire.

(Raijlin. Traité des aff. vapor., 1758, chap. XII; p. 198.)

Une demoiselle, venant d'une danse, mit les pieds dans l'eau. Le temps de ses retours approchait, ils furent supprimés. Elle tomba dans des convulsions horribles qui duraient plus d'une heure, rendaient ses membres inflexibles et privés de sentiment, et se renouvelaient toutes les deux ou trois heures. Huit jours se passèrent ainsi. Cet état diminua dès que les règles parurent.

Deux cas du mémo genre suivent celui-ci. Uauteui* ajoute qu'il n'en finirait pas, s^il rapportait tout ce qu^il a vu de pareil. Quelques pages plus loin^ il raconte qu'une femme^ qui perdait pendant douze jours, tomba en convulsions^ et que celles-ci cessèrent dès que Freind fut parvenu à diminuer l'écoulement. Quelques lignes avant, il avait dit : une dame, étant à l^épôque de ses règles, éprouva une vive frayeur; l'écoulement se supprima tout à coup. Il lui sur-

vint des convulsions avec fièvre violente, qui la mirent au bord du tombeau. Mathieu {Études cliniques sur les maladies des femmes^ 1847, p. 472) rapporte un fait identique.

(LomrER-ViLLERMAT. Traité des vapeurs , 1852, 1. 1, p, 13.)

Une jeune personne de 17 ans, d'une forte constitution, d'un tempérament sanguin, joignait à une grande sensibilité un caractère très-aimant. S'étant un jour aperçue qu'un jeune homme, qu'elle aimait, prodiguait à une autre ses prévenances, elle ressentit un dépit profond. Le soir, les règles, qui coulaient depuis deux jours, s'arrêtèrent ; pâleur extrême, altération des traits, lypothymie, convulsions. Au bout de deux mois, je fis appliquer douze sangsues à la vulve ; les règles reparurent, les convulsions cessèrent, et la convalescence fut aidée par des soins affectueux.

Post hoc^ ergo propter hoc. Rien de plus probant. Contrariété, suppression. Réapparition provoquée du flux, amé* lioration immédiate, suivie de la guérison. Prédisposition^ circonstance, occasion, tout se tient, s'enchaîne.

(H. GiBARD. Considér, sur les affec, hystér.t obsi 4)

Une ouvrière, lymphatico-nerveuse, se porte bien jusqu'à l'âgé de 17 ans et demie. A cette époque, établissement incomplet des règles : chaque mois Fécoulemcnt séro-sanguin est irrégulier, inégal, et il s*accompagne bientôt de mouvements hystériques.

Aucommencementd'avrill840,la malade, pendant ses règles, éprouve une vive frayeur : suppression, syncope, agitation convulsive pendant vingt-quatre heures, puis convulsions. Les règles paraissent un jour. Huit sangsues aux malléoles, amélioration peu après. Le 28, nouvelles crises. Le 7 mai, écoulement sanguin par les piqûres de sangsues^ amélioration.

Les règles, enfin, reviennent et durent trois jours; soulagement remarquable. Le 12, la malade est rétablie.

On ne dira pas qu'une cause autre que ramélioralion des règles ait amélioré l'état convulsif ; chaque aggravation fonctionnelle n'a-t-elle pas été suivie également d'un progrès vers l'hystérie? La frayeur, elle-même, qui a déterminé la suppression, n'a-t-elle pas été tout occasionnelle, ayant rencontré un organisme si bien préparé ?

(Tagubt. Opère citato, p. 29.)

Depuis quelques mois, madame Macia, femme de 40 ans, vivait dans une inquiétude inexprimable, craignant à chaque instant d'apprendre la mort de son fils. Un jour, un sergent de ville se présente chez elle : elle croit lire sur son visage la nouvelle d'un malheur arrivé à ce fils. Elle est prise d'un tremblement général, qui ne disparaît qu'au bout de trois jours, et qui ne peut être attribué qu'à la suppression brusque de ses règles, lesquelles coulaient au moment où elle a été. si vivement impressionnée. Elle a eu deux crises d'hystérie, qui ne se sont pas renouvelées depuis que ses règles se sont rétablies.

On pourrait retourner la remarque précédente, et dire avec quelque apparence de raison que cette dame était toute prête à tomber malade, et que la croyance de la mort de son fils a décidé l'état nerveux qui n'attendait qu'une occasion pour se manifester. Cependant, on avouera que la coïncidence de cette suppression et le retard de la santé avec celui des règles plaident fortement, sinon victorieusement, en faveur de l'action très-prépondérante des fonctions utérines.

HYSTÉRIE AVEC AMPLYOPIE. 69

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