‹ Des notions de matière et de force dans les sciences de la natureChapitre 20 sur 38 · L ATOME · texte numérisé non relu

L ATOME

Ajoutons que cet atomisme est celui dans lequel donnent M. de Boucheporn, le R. P. Secchi, MM. Tyndall et Gaudin, MM. Saigey et Laugel, M. Hirn, etc.; en un mot, les hommes qui sont la gloire de la science contemporaine, et leurs disciples distingués.

Toutefois, avant d'enregistrer la déchéance du dynamisme, nous devons ne pas oublier notre dessein primitif. Nous nous sommes adressé à la science pour apprendre d'elle dans quelle mesure elle se montre favorable aux conceptions dynamiques; or la science plaide le mécanisme. Mais la science qui plaide ainsi est une science qui parle d'après elle, et d'après elle seule, comme si les témoignages de l'observation externe ne devaient point subir le contrôle de l'entendement.

Ces réserves faites, Jes assertions de la science nous paraissent devoir se résumer comme il suit :

1** La matière est impénétrable, étendue, mobile ; l'étendue mise à part, tout en elle prend sa source dans le mouvement ;

2** La matière est le sujet d'un mouvement qui n'a point de relâche ; toutefois, elle n'en mérite pas

de matière », td^alem«n( divisibles à i'ioûai ; ces particules tiennent lieu d'atomes. Il est vrai qae Descartes est partisan da plein; en cela son « atomisme » serait inconséquent.

moins d'être considérée comme inerte. En fait de mouvement, l'atome n'en possède qu'autant qu'il lui en a été donné ; il n'en communique qu'autant qu'il en a reçu. Le mouvement qui l'anime est, pour ainsi parler, de seconde main ; autrement, que signifierait la loi de la conservation de la force ? On ne conserve jamais intact que ce dont on est le dépositaire, non le vrai possesseur.

Ceci posé, et comme nous l'avons déjà dit au chapitre septième, trois solutions s'offrent à l'esprit du philosophe ; leurs droits sont à peu près les mêmes.

L'une accepte l'étendue et réduit cette étendue au rôle d'apparence ; derrière ce voile sensible elle cache la force^ seul être réel, d'essence simple, toujours en action. C'est le dynamisme, c'est le système des monades. Les savants d'aujourd'hui, oublieux d'Ampère, de Cauchy, de Faraday, l'accueillent le sourire sur les lèvres ; mais ils ne peuvent lui fermer la porte. Les dynamistes respectent la science positive et savent rester d'accord avec les faits.

L'autre système, émanation directe de la science positive, dont il est l'extension, je dirai presque la contrefaçon, pose l'union de la matière et de la force : point de matière sans force, point de force sans matière ; l'un et l'autre sont consubstantiels. L'étendue sans la force est une abstraction pure, la

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force séparée de l'étendue n'est qu'un mot vide de sens. Cette doctrine a pour défenseurs MM. Moléschott, Bûchner, Cari Vogt, etc. Deux principes la résument : l*" union nécessaire et indissoluble de la matière et de la force ; 2"* immortalité de l'une et de l'autre (1). J'ignore quelle est l'attitude de la nouvelle école en face de la métaphysique. Pourtant, à certains indices^ on serait tenté de croire qu'elle entend la proscrire. Au fond, il n'en est rien. Tandis que la science affirme l'existence de l'atome, l'union actuelle du mouvement et de la matière, le matérialisme allemand érige cette union en une sorte de consubstantialité. 11 ne se contente point de dire : la matière et la force se conservent ; il ajoute qu'elles sont immortelles et qu'elles le sont nécessairement. Ce système, s'il fallait lui donner un nom, s'appellerait fort bien le « pseudo-dynamisme. » Issu de la science positive, dont il dépasse les horizons, et derrière laquelle il s'abrite, le matérialisme contemporain n'a rien à craindre d'elle. La science lui tient compte' de ses origines et parfois applaudit à ses témérités.

Entre ces deux solutions, toutes deux possibles, toutes deux en conformité « apparente » avec les données de l'observation, s'interposerait une solution moyenne. Elle consisterait à recueillir une à une

(1) Voir lefragMent sur V Immortalité de la force, dans le volume du docteur Bilchner, intitulé : Science et Nature. Paris, 0. Baillière. 1866.

les déclarations de la science, à les interpréter le moins possible^ à n'accepter en fait d'hypothèses que celles-là mêmes auxquelles les savants accordent quelque crédit, et par conséquent à réduire, autant qu'il se pourrait, la part de la métaphysique. La métaphysique interviendrait cependant. Après avoir constaté l'existence d'une matière tout à la fois inerte et en mouvement, on chercherait la cause du mouvement en dehors de la matière, et Dieu jouerait aussi le rôle de premier moteur. Mais une fois (( la chiquenaude » donnée, tout rentrerait dans l'ordre scientifique.

Ainsi, trois solutions métaphysiques s'offrent à notre choix. Si, toutefois, nous voulons choisir en pleine connaissance de cause et avec l'autorisation préalable de la science, nous sommes condamnés à ne point choisir, car la science reste neutre, et quand parfois elle sort de son impartialité, elle manifeste ses préférences d'une façon trop discrète, pour déterminer les nôtres. Ce n'est donc pas à l'aide de la science seule que l'on peut s'orienter dans la philosophie de la nature.

Le moment paraît venu d'appliquer notre méthode de psychologie comparée et d'éclairer les sciences de la nature par la science de l'âme. Nous n'avons jamais pensé, pour notre propre compte, que les tendances mécanistes de la science posi-

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tive fussent de nature à compromettre gravement la cause du dynamisme. Les sciences biologiques cèdent chaque jour une part de plus en plus grande aux explications mécaniques, et pourtant il n'en faut point conclure à Tabsence de forces vitales. Les phénomènes psychologiques eux-mêmes semblent pouvoir se prêter, et dans une assez large mesure, à des essais d'interprétation analogue^ et cependant Pâme subsiste et Pâme est une force. Dès lors , le triomphe du mécanisme en matière de sciences physico-chimiques pourrait bien ne pas impliquer, à titre de conséquence nécessaire, la défaite certaine des doctrines opposées. Il y a plus. Le dynamisme renaîtrait peut-être bientôt^ le jour où la psychologie, appliquée à Tinterprétation des propriétés de la matière, découvrirait dans la série des fonctions de Tàme, un type d'activité capable de s'ajuster aux corps inorganiques et de superposer au mécanisme de la science une doctrine plus profonde et plus rationnelle.

Toutefois, avant de faire appel aux ressources du psychologue, il importe de montrer que nous en avons le droit, et d'établir la neutralité de la science en face de toute doctrine philosophique qui se borne à la dépasser sans songer à la contredire. Au temps où nous sonames, certains esprits prétendent que la science ne veut être interprétée que par la science, et que la philosophie de la

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nature doit sortir toute faite des laboratoires ou des cabinets de physique. S'il en était ainsi, la raison et la science, dont Tune veut la force partout, dont Tautre n'en veut nulle part^ se tiendraient réciproquement en échec. Dans ces conditions, il serait superflu d'interroger l'âme humaine et de procéder, par voie d'analogie, à la détermination des caractères de la force inorganique (si toutefois il est possible de les déterminer). Il ne nous resterait alors qu'à conclure en faveur du mécanisme, et qu'à déclarer nulles et non avenues les protestations de l'entendement.

Aussi nous réservons-nous^ dans le prochain chapitre, de mettre en regard la raison et la science, d'examiner si ces deux facultés se combattent, de rechercher l'origine de cette lutte et de lui imposer un terme. Si nos espérances ne sont pas illégitimes, nous aurons démontré que le dynamisme n'est nullement en cause et que l'intervention de la science en matière de philosophie première ne peut avoir d'autre but que de régler la spéculation, mais non de se substituer à elle.

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