C, EXTRACTION COMBINEE SANS OUVERTURE DE LA CRISTALLOÏDE
Cette méthode opératoire a été particulièrement préconisée, dans ces derniers temps, par MM. Spérino, Pagenstecher et par nous-même.
M. Pagenstecher fait, ainsi que nous avons pu nous en convaincre sur quelques malades qu'il a opérés à notre clinique, une section qui reste, dans presque toute son étendue , à un millimètre de distance du bord cornéen dans la sclérotique; déplus, il fait l'iridectomie très large et dégage la cataracte avec sa curette, à laquelle il imprime, en la retirant, un léger mouvement d'obliquité vers un des angles de la plaie.
La curette (fig. 3) dont se sert M. Pagenstecher pour l'extraction du cristallin a des dimensions très considérables, et n'est d'un maniement facile qu'à la condition que la plaie i^,™ 3 soit située toute entière dans la sclérotique.
Nous procédons exactement comme dans l'opération de Jacobson, tout en n'excisant, sur le malade complètement anesthèsié, qu'un lambeau iridien de deux millimètres de
Fig. 1.
largeur. Nous introduisons alors notre curette ronde et très-plate (flg. 4), derrière la face postérieure du cristallin. La curette pénètre «^ d'abord assez perpendiculairement; mais, dès qu'elle est arrivée derrière le bord inférieur de la lentille, nous abaissons le manche et nous la faisons avancer jusqu'à ce que le centre de la cuiller corresponde au pôle postérieur du cristallin. Pendant cette introduction, le doigt qui soulève la paupière s'oppose par une douce pression, exercée sur le bord supérieur de la cornée, à ce que le cristallin puisse se luxer en haut. Par une traction horizontale, on fait sortir la cataracte, mais en même temps le doigt indicateur abaisse progressivement la paupière soulevée, de manière à maintenir le cristallin en quelque sorte dans la curette et à éviter qu'il puisse s'échapper latéralement. Dès que le cristallin a dépassé la plaie par son diamètre, l'aide se tient prêt à l'attirer au dehors avec la curette de Daviel.
La statistique de M. Pagenstecher porte sur 63 cas, dont il retire 1 1 , comme étant des cataractes compliquées. Sur les 52 cas restants , deux ont perdu la vue par suppuration du corps vitré. Nous renvoyons, pour la détermination de l'acuité visuelle, au mémoire de notre confrère et à l'analyse qui en a été faite par M. Delacroix dans les Ann. d'OcuL (t. LVIII,p. 181 .) Nous ferons remarquer seulement que, tout en étant de Tavis de M. Pagenstecher, que le procédé dont nous traitons donne, bien plus que tout autre, S = l, c'est une erreur de croire ce résultat exclusivement réservé à ce procédé. Notre ami M. Javal a pu, à ^ différentes reprises, s'assurer que des malades opérés par le procédé de Jacobson, et dont il avait bien voulu se charger de déterminer l'astigmatisme, avaient aussi S = 1 .
M. Pagenstecher insiste sur un fait particulier, c'est
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qu'aucun de ses malades n'a eu besoin d'une opération secondaire. Nous pouvons dire la même chose des nôtres. Il ne parle que de 4 cas sur 62, où des opacités étendues du corps vitré se sont développées, tandis qu'ordinairement les faibles opacités qu'on y observe disparaissent de la quatrième à la sixième semaine.
Notre propre statistique porte sur 66 cas, dont 1 perte par suppuration partielle de la cornée et phthisie consécutive (1) ,
1 par glaucome avec liémorrhagies intra-oculaires réitérées,
2 par opacités membraneuses du corps vitré, et 2 par décollement rétinien consécutif. Des autres malades, 45 ont obtenu une vue très-bonne, 15 une vue moins bonne mais
suffisante pour leur permettre de se conduire et de vaquer à leur occupations.
Nous sommes dans l'impossibilité d'indiquer en chiffres Tacuïté de la vue, et cela pour les raisons suivantes :
Y Un très grand nombre de malades quittent la clinique vers la fin de la troisième semaine ou au commencement de la quatrième, pour rentrer chez eux, et à cette époque l'irritabilité de l'œil et la présence des opacités du corps vitré, rendent la détermination de l'acuité visuelle et du verre à porter, tout à fait incomplète.
2*^ Evidemment le nombre des malades qui ne savent pas lire, est plus grand parmi nos opérés que parmi ceux qui figurent dans la statistique de nos confrères allemands.
Nous devons faire remarquer ici, dans notre statistique, que, sur les 66 cas, il est arrivé 15 fois que la cristalloïde s'est rompue au moment de la sortie du cristallin, et que, chez ces malades, la guérison a été beaucoup plus laborieuse et
(1) Le malade, âgé de soixante-dix-sept ans, avait été opéré séance tenante aux deux yeux ; du côté droit tout se passa bien, mais du côté gauche la section avait intéressé la cornée dans presque toute sa longeur; la capsule du cristallin s'était déchirée au moment de la sortie, et la contusion de la plaie, ainsi que la l'étention d'une partie des masses corticales avait très-probablement été la cause de l'accident.
procédé opératoire était défectueux ; M. Knapp a fait sortir les cristallins à travers une section pratiquée en haut javéc le couteau de de Graefe sur des malades non anesthésiés , et , sur ces treize cas , a observé sept déchirures de la capsule. Pourtant ses conclusions relativement à l'application du procédé, suivant la nature de la cataracte, ne diffèrent guère de celles que nous avons citées plus haut.
Nous disons donc , en terminant , que ce procédé opératoire donne des résultats merveilleux comme acuité visuelle, mais qu'il pèche sous deux rapports , c'est que l'opérateur, quelque exercé qu'il soit, ne peut jamais affirmer qu'il exécutera régulièrement le procédé (sans déchirure de la capsule) et que , sur un chiffre à la vérité restreint , la lésion du corps vitré lait courir à l'organe opéré des dangers , à une époque où les autres procédés opératoires par extraction, n'ayant pas intéressé ce milieu, ont cessé d'exercer une influence nuisible.
C'est à dessein que nous ne terminons pas ce travail par une série de conclusions , qui auraient peut-être le tort d'être prématurées. Ce ne sont pas, du reste, des raisonnements théoriques qui décideront tel opérateur à choisir un procédé nouveau , tel autre à abandonner celui qu'il a longtemps pratiqué, mais bien les résultats obtenus.
Nous nous sommes donc borné à mettre le lecteur en présence des trois principales méthodes opératoires actuellement suivies , nous trouvant assez heureux de pouvoir offrir, pour chacune d'elles, un nombre de faits assez imposant, pour servir à des données statistiques sérieuses (1).
(1) Nous aurions pu hésiter à nous prononcer sur le procédé d'extraction linéaire combinée, vu que le chiffre de nos opérations (50) est relativement faible, mais cette hésitation a disparu, en présence de résultats concordant parfaitement avec ceux de notre vénéré maître et ami Ai'lt.
C'est toujours un enseigLement utile que la publication des résultats obtenus par telle ou telle méthode , sans préoccupation de ce que l'avenir réserve à chacune d'elles , et Ton y est d'autant plus autorisé , qu'il n'est pas commun , de nos jours , de voir un opérateur suivre , sans parti pris , plusieurs procédés opératoires.