NATURE ET CAUSE PROCHAINE
inflammatoires se développent assez souvent autour de lui, ces phénomènes ne sont pas constants, on peut les regarder comme purement accidentels, et consécutifs, soit à l’existence de la tumeur ellemême, soit à l’irritation qu’elle détermine, à l’afflux dont elle est le centre. On peut ajouter qu’il n’est pas très rare de voir le cancer apparaître dans plusieurs organes à la fois; j’en ai cité précédemment un exemple remarquable. En voici un nouveau qui a vivement excité mon attention. Je reçus l’année der-
nière, à l’hôpital Beaujon, une femme de trente ans, ayant tonies les apparences d’une belle santé, quoique minée par de violents chagrins. Depuis six mois, ses deux seins s’étaient, chacun presque en même temps, convertis en une masse bosselée, d’une duretéextrême, etlui faisaient éprouverdes douleurs lancinantes très aiguës.Déjà l’un d’entre eux était ulcéré; des ganglions engorgés s’étendaient jusqu’aux aisselles. J’ai inutilement tenté la plupart des moyens généraux conseillés contre les cancers. Après cinq mois de traitement, la malade a quitté l’hôpital; je ne sais ce qu’elle est devenue. Certes , dans un cas pareil, peut-on logiquement supposer que l’irritation qu’aucun symptôme ne révèle , soit la cause d’une maladie cjui a frappé en même temps deux organes isolés l’un de l’antre et qui s’est accrue simultanément dans tous les deux? Ce rt’est point là la marche ordinaire des inflammations.
Ajoutons , comme dernière objection à cette théorie, l’impuissance du traitement antiphlogis-
tique appliqué aux cancei s. Je sais bien que des praticiens recommandables disent avoir quelquefois réussi par les saignées , les applications réitérées de sangsues en petit nombre, les émollients ou les résolutifs , une diète austère , etc. Mais les mêmes moyens ont si souvent échoué, soit à ces mêmes praticiens, soit à d’autres , que nous ne pouvons, en vérité , regarder les premiers cas comme de véritables cancers.
Je me rappelle avoir vu, il y a quinze ans, à la clinique de Dupuytren , une jeune femme portant au sein gauche une tumeur circonscrite du volume d’un œuf, dure, bosselée, douloureuse. Elle avait été soumise au traitement antiphlogistique avec une rare énergie : les médecins qui la soignaient en ville lui avaient fait appliquer successivement plus de trois cents sangsues. Elle était pâle, anémique; le sein était criblé de cicatrices dont quelques unes commençaient à dégénérer. Du reste ce traitement extraordinaire n’avait exercé aucune influence sur l’état de la tumeur. Dupuytren l’enleva, ainsi que les portions de peau altérée c[ui la recouvraient : elle était encé()haloïde. Pendant l’opération, le sang qui s’échappa de quelques artérioles, était très liquide et d’une teinte presque rosée.
Nous n’insisterons pas davantage sur l’irritation considérée comme cause prochaine du cancer ; insuffisante pour expliquer les faits, cette théorie laisse aujourd’hui régner en France celle qui reconnaît une disposition spéciale de l’économie , une