‹ Des opérations que nécessitent les affections cancéreusesChapitre 6 sur 9 · NATURE ET CAUSE PROCHAINE · texte numérisé non relu

NATURE ET CAUSE PROCHAINE

diathèse, comme cause procha’ne et immédiate de la maladie. Nous sommes loin de nier cependant l’influence que peuvent exercer sur son développement les conditions locales de texture et de fonctions des organes. Nous ne pensons pas non plus que l’inflammation ne puisse y prendre aucune part, puisque tout travail d’iiypérémie, quand il est long-temps prolongé dans un tissu , y détermine fréquemment la formation de produits organisables. Mais nous regardons cette cause comme purement accidentelle ou occasionnelle, et insuffisante pour la production du cancer.

Mais, nous dira-t-on, si Ton admet la diathèse cancéreuse , il devrait être inutile et irrationnel d’opérer les cancers ; la récidive en serait assurée, et les malades, voués sans retour à cette cause imminente et fatale de destruction. Cependant tels ne sont pas les résultats des faits. S’il est vrai que souvent la guérison se démente au bout d’un temps variable, il est incontestable aussi que lorsque l’opération est pratiquée de bonne heure, et avant que l'économie soit infectée par la l ésorption des sucs cancéreux , il est des cas assez nombreux et consolants d’une guérison durable. A cette objection , nous avons à répondre qu’on peut admettre une diathèse cancéreuse sans reconnaître pour cela qu’elle doive se manifester certainement et nécessairement par la récidive après l’extirpation du mal primitif et local ; nous ajouterons enfin, avec M. Littré, que si la cause des scrofules peut disparaître

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dans beaucoup de cas, si la cause de la syphilis peut également être neutralisée , rien n’empêche de concevoir qu’il en soit de même de celle du cancer.

L’anatomie pathologique ayant démontré qu’il existe plusieurs variétés d’affections cancéreuses , et les travaux microscopiques ayant confirmé cette distinction , il est naturel de se demander si ces variétés diffèrent aussi par leur cause première et n’ont de commun que la marche et la terminaison ; mais , à cet égard, notre ignorance est complète.

Considérations générales. Les cancers offrant des caractères très variables, soit à leur origine soit dans les diverses phases de leur développement, on prévoit facilement que la séméiologie doit en être également très mobile; aussi leur diagnostic est-il un des points les plus ardus de la chirurgie pratique. On a vu plus d’une fois des hommes , d’une expérience consommée , les méconnaître et les confondre, soit avec des engorgements inflammatoires, scropliuleux ou syphiUtif|ues , des ulcérations simples ou coustitulionnelies, des abcès froids, des kystes, des productions accidentelles solides, etc. Dans plusieurs cas où le doute est la seule corelusion possible des symptômes observés, c’est jxir le traitement qu’on parvient à la solution du problème, suivant l’axiome ancien : morhoruni naturam ostendit curatio. Et cependant est-il une affection

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qui nécessite 'un plus prompt diagnostic, que celle contre laquelle les efforts de l’organisme sont presque toujours impuissants, et dont l’existence abandonnée à elle-même tend à produire tôt ou tard une funeste intoxication? On nous pardonnera donc de consacrer quelques détails à cette partie intéressante de la question qui nous est proposée. Nous allons jeter un coup d’œil sur les cancers du tégument externe, sur celui des membranes muqueuses, et enfin sur celui des organes plus profondément placés.

1® Cancer de la peau. Il’apparaît quelquefois à l’état mélané; c’est la variété signalée par Jurinc et Alibert sous le nom d’anthracine. M. Rayer a décrit, sous celui de cancer leucé, de petites tumeurs encéphaloïdes circonscrites dans 1 épaisseur du derme , mais la maladie revet le plus souvent la forme squirrheuse , elle offre alors des petits noyaux, des plaques souvent multiples et d’une grande dureté, remarquables par la facilite avec laquelle elles se reproduisent après 1 extirpation ; c’est, je crois, l’espèce signalée par Alibert, sous le nom de carcine éburnée, par M. A^elpeau, sous celui de transformation ligneuse, et par M. Rayer sous celui de cancer inolluscifoi ine. Il n’est pas rai e de la rencontrer à la peau du sein. Outre les tumeurs vasculaires et fongueuses cpi’on voit souvent se développer sur le tégument extérieur, il est encore des cancers qui ont pour origine un petit bouton dur, verruqueiix, croûleux, fendillé, faisan t^éprou-

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ver aux malades des douleurs lancinantes; la peau qui les environne est rougeâtre et un peu indurée. Au bout d’un temps quelquefois très long, ils s’ulcèrent et prennent le caractère phagédénique. Quelques praticiens avaient douté de la nature primitivement cancéreuse de cette maladie; mais les recherches de Scarpa et de M. Rayer l’ont inévitablement démontrée. Toujours est-il que ces ulcérations sont d’une nature moins fâcheuse que le cancer des autres tissus ; qu’elles marchent lentement quand elles ne sont pas irritées, et qu’après l’extirpation elles ne récidivent pas. A cette variété se rapportent les ulcères de la face et ceux du scrotum décrits par Pott et Earle, sous le nom de cancer des ramoneurs.

La peau peut offrir d’autres ulcérations qui, bien que désignées sous les noms de rnogeantes, malignes, etc., n’en sont pas moins distinctes du cancer; tel est le lupus. On ne trouve pas dans cette maladie, dont la nature est encore peu connue, l’induration des tissus sur lesquels l’ulcère repose, l’élévation des bords, leur renversement en dehors, tel qu’on le voit dans les ulcères cancéreux : abandonnée à ellemcme, cette maladie a une marche envahissante, elle détruit de proche en proche les tissus qu’elle affecte; mais elle ne produit jamais des phénomènes de cachexie.

Pour compléter ce rapide tableau , disons qu’il peut exister à la peau, surtout à celle des membres inférieurs, des ulcères irrités par la fatigue ou

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par d’intempestives applications, à bords call<;ux , saillants, renversés, à surface grisâtre; qu’on peut y rencontrer des ulcères syphilitiques anciens, à base indurée , des maladies dartreuses capables d’en imposer pour des cancers. Bayle a signalé un état particulier de la peau qui environne raïuis, comme pouvant donner lieu à la niém<; erreur. Il le rattache à l’éléphanliasis. La plupart de ces maladies, à caractère équivoque, siègent dans les régions où la peau est voisine du tégument interne : telles que le nez , les lèvres . le mamelon , le prépuce, la marge de l’anus. jM. lÀayer a dit que leur indolence, comparée aux douleuis lancinantes du cancer, était un moyen de les distinguer; c’est vrai en général , mais cela n’est pas constant. M. le professeur Velpeau a vu une eczéma chronique du mamelon et de l’aréole du sein accompagné de douleurs lancinantes, d’épaississement et d’induration à la peau , tels que plusieurs personnes avaient cru à l’existence d’une affection cancéreuse.

Enfin il est une espèce de tumeur connue sous le nom de tumeur sous-cutanée douloureuse, qui siège dans le tissu cellulaire sous-cuîané, et fait même quelquefois partie de la face profonde du derme. Son caractère principal est de causer de très vives douleurs ; elle est constituée le plus souvent par un petit noyau ovoïde, très petit, dui‘, formée par des tissus fibreux, fibro-cartilagineux. On l’a prise quelquefois pour une tumeur cancé-

reuse; erreur innocente d’ailleurs, car. ainsi que ces dernières, elle doit être enlevée.

2® Cancers des menibranes muqueuses. Ils sont le plus souvent consécutifs à la dégénération des tissus sous-jacents, et peuvent d’ailleurs, comme ceux de la peau, se montrer sous la forme ulcéreuse ou sous celle de tumeurs, de végétations, etc.

Les ulcères cancéreux ont été plus d’une fois confondus avec des affections inflammatoires chroniques, des ulcérations syphilitiques, dartreuses, etc. On peut appliquer à leur diagnostic la plupart des observations que nous avons faites à propos île ceux du tégument externe. Ceux de la langue, de la bouche, du pharynx, ont une gravité spéciale, parce que la sanie qui en découle, mêlée et avalée sans cesse avec la salive et les aliments, produit sur l’économie des effets délétères.

Parmi les ulcères simples susceptibles d’être confondus avec des cancers, il n’en est pas dont le monde médical se soit plus occupé que de ceux du col de l’utérus. Qu’on nous permette d’entrer dans quelques détails sur ce point.

Il y a près de vingt-cinq ans, à l’époque où M. lîécamier réintroduisit dans la pralicpie l’emploi du spéculum, l’attention des observateurs se porta naturellement sui' les maladies du col utérin, dont l’étude venait de s’enrichir d’un moyen précicuv de, diagnostic, et la thérapeutique, d’un levier puissant. Un s’aperçut alors que cet organe était fréqucniment le siège d’ulcérations de forme et d’élciuiue

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variées. Les unes, très superficielles (exulcérations), semblaient résulter d’une simple érosion 'de la membrane- muqueuse; les autres étaient couvertes de bourgeons très petits , coniques ( ulcérations granulées) : ces maladies ne déterminaient'aucune douleur, et ne causaient aucun trouble 'dans la* santé de la femme; elles s’accompagnaient seulement d’un peu de leucorrhée. Mais on en trouva d’autres dont on fut vivement préoccupé. Celles-ci étaient en général plus larges ; leur surface était rouge, couverte de bourgeons analogues à ceux d’une plaie suppurante ancienne, et ces bourgeons, quelquefois très saillants, très volumineux, saignant au moindre contact, sécrétaient une matière épaisse, jaunâtre, semblable à du muco-pus. Le col utérin était plus volumineux qu’à l’état normal; et, au loucher, il était très dur et plus ou moins sensible. La santé générale était altérée; les malades éprouvaient des douleurs dans les régions lombaire et sacro-coccvgienne, une sensation de pesanteur, de malaise dans le bas'^in ; les règles étaient plus fréquentes, plus abondantes que d’habitude; il y avait presque toujours une opiniâtre constipation. On regarda ces ulcérations comme cancéreuses, ou comme pouvant le devenir, et dès lors la chirurgie s’arma de toutes ses ressources : les traitements les plus actifs, les plus violents furent préconisés.

Les cautérisations avec le proto-nitrate acide de mercure furent conseillées par M. Récamier; mais ce moyen parut trop doux, trop peu destructeur.

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D'npovtren employait quelquefois un gros crayon de potasse caustique qu’il laissait pendant quelque temps à demeure contre la surface du col : et je l’ai entendu maintes fois se plaindre de ce que la thérapeutique ne possédai pas de caustique assez puissant pour atteindre et lésorganiser promptement tous les tissus malades; le chlorure de zinc n’était pas connu. La cautérisation ne suffisant pas, on employa l’excision ; la plupart des cols ainsi ulcérés furent mutilés impitoyablement.

Une réaction salutaire se manifesta cependant ; les faits mieux étudiés ramenèrent les praticiens à des idées plus saines. Un médecin , mort très jeune, Samuel Lair, démontra un des premiers, en 1828, que l’on pouvait guérir ces ulcérations sans le secours de la cautérisation et de l’excision ; les professeurs Marjolin et Dubois, le docteur Capuron, adoptèrent ces idées dans leur pratique, et les propagèrent dans leur enseignement; peu à peu la chirurgie se trouva désarmée. On conseilla contre ces ulcérations le repos, dans une attitude horizonlaie, les injections émollientes, les j)etiles saignées après l’époque des règles , les applications de sangsues sur le col , les bains généraux , quelques rares cautérisations pour terminer ou hâter la guérison, en' un mot, tout ce qui constitue un traitement antiphlogistique et résolutif. Sous l’influence de ces moyens , les ulcéi ations se cicatrisaient, l’engorgement du col utérin se dissipait. La nature du mal fût amj^lennmt démontrée ; ce n’était pas le cancer,

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comme on l’avait cru d'abord, mais un simple état inflammatoire chronique. Tous les faits observés depuis ont justifié celte manière de voir.

Fxs tumeurs ou végétations cancéreuses ne sont pas rares dans le système muqueux ou dans les tissus qui lui sont sous-jacents. On pourrait les confondre avec certaines productions polypeuses, celluloso- vasculaires, des tubercules hémorrhoïdaux anciens etindurés; des végétations syphilitiques, etc.; un caractère, bien qu’il ne soit pas toujours certain , les distingue cependant de ces maladies non cancéreuses; elles sont inélastiques et friables; elles saignent avec une assez grande facilité. A cette classe de tumeurs nous rattacherons les polypes, dits vivaces , assez fréquents dans les fosses nasales et sur le col de l’utérus ; et quelques autres productions nées et développées sur le dernier de ces organes. Bien décrites par Dngès et M'”® Boivin , ces tumeurs apparaissent sous deux formes différentes : i“ Tantôt ce sont des tumeurs bosselées, blanchâtres, semblables à des grains de groseilles blanches très rapprochées; elles pullulent avec rapidité, remplissent le vagin et viennent même quelquefois sortir par la vulve ; leur tissu est très friable \ elles fournissent une cjuantité de sérosité presque inodore, et tellement abondante que les malades en sont promptement épuisés. Le tissu du col sur lequel elles reposent est mou, facile à déchirer, et, après l’ablation des parties végétantes, il passe rapidement à l’état carcinomateux.

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a" Tantôt ce sont des végétations rouges ou violacées, bosselées, dures quoique friables^ saignant avec une grande facilité, répandant une matière sanieuse fétide , pullulant avec force *, elles ressemblent beaucoup aux polypes vivaces, tels que Levret lésa décrits.

Il est des cancers qui prennent naissance dans des cavités muqueuses abritées par des os , telles que le sinus maxillaire; on ne peut les observer à leur origine, mais ils envahissent promptement le tissu osseux et présentent alors les caractères de l’ostéosarcome dent il sera parlé plus tard.

3“ Cancers profonds. Lorsque le cancer s’est étendu aux téguments et les a ulcérés , il est ordinairement facile de le reconnaître ; mais, malheureusement aussi, à cette époque le mal est souvent déjà trop invétéré; le cancer est parvenu à sa période de ramollissement, l’organisme tout entier en a subi les funestes effets, toute opération devient inutile. Il serait donc très important que l’on pût , par des signes cei tains, reconnaître le mal dès sou origine. Le prohlèiue , toujours très difficile à résoudre, couune nous l’avons déjà tiit, rencontre ici des obstacles spéciaux suivant que le cancer réside dans les jjai ties molles ou dans les os.

Occupe-t-il les parties molles , il peut y v^ister soit à V état d’infiltration soit en masses holècs.

Dans le premier cas, il est souvent impossible de le distinguer de l’engorgement inflammatoire chronique, surtout lorsque des causes occasionnelles, des

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lésions extérieures en ont précédé la manifestation. On peut également le confondre avec l’infiliration tuberculeuse, des engorgements vénériens, etc. Le testicule est un exemple fréquent des obstacles que la pratique rencontre sous ce point de vue. A cette première difficulté s’en joint une autre, lorsque l’infiltration cancéreuse a frappé des organes d’une structure dense et fibreuse, tels que le col de l’utérus, la glande mammaire : c’est celle de déterminer exactement les limites du mal. On ne le peut qu’en comparant la densité des tissus malades avec celle des tissus sains, et, dans ces cas, la différence est trop peu marquée pour qu’à l’aide du toucher on la puisse aisément reconnaître. On a dit que les organes dégénérés en cancer sont plus durs, moins élastiques, plus déformés que lorsqu’ils sont le siège d’une inflammation chronique, et qu’ils offrent d’ailleurs les douleurs lancinantes propres à cette affection. Gela est vrai en général; mais d’autres maladies, l’infiltration tuberculeuse par exemple, peuvent revêtir ces Çarf>.CtGres. Quel est donc riiomme prudent qui, sur d’aussi vagues données, osera tenter une opération grave, une mutilation ? Dans ces cas, on est souven t forcé de temporiser; on tente des moyens indiqués par l’état de la constitution , l’âge, les signes commémoratifs, etc., et l’on attend jusqu’à ce que la nature du mal soit plus nettement dessinée.

S’agit-il de masses cancéreuses isolées , elles peuvent être formées par du squirrhe ou par de \en~

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cèplialo'de parvenu à son état complet de dévélbppement. Dans le premier cas , la tumeur peut simuler toute autre production accidentelle solide, développée au sein des organes. En vain dira-t-on que ces tumeurs bénignes sont indolentes et que le squirrhe ne l’est pas , on sait que les douleurs lancinantes peuvent manquer dans le squirrhe à la période de crudité; d’un autre côté, des douleurs lancinantes peuvent être liées à la présence de tumeurs bénignes. M. Brescliet a enlevé, il y a quelque temps, àl’Hôtel-Dieu, une production dure et douloureuse du sein simulant un squirrhe; c’était une tumeur osseuse présentant à sa surface de petites aspérités, cause probable des douleurs dont se plaignait la malade. En veut-on un autre exemple? J.c suivant est emprunté à sir Ast. Cooper : une femme, âgée de trente-deux ans, portait depuis quatorze ans , dans le sein , une tumeur très douloureuse; la peau qui recouvrait celle-ci paraissait très chaude , comj)arée avec la peau des parties environnantes. Il était nécessaire de faire constamment des apjilications réfrigérantes pour tempérer cette chaleur. La tumeur était excessivement dure, extrêmement douloureuse aux approches des règles , mais beaucoup moins après que celte époque était passée. On tenta l’emploi de moyens très variés, savoir : des fomentations, des cataplasmes et des emplâtres stimulants; mais aucun d’eux ne produisit la plus légère tendance, soit à la résorption, soit à la suppuration ; aussi

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la malade désirait-elle vivement l’ablation de la tumeur. Considérant que les ganglions de l’aisselle étaient exempts de toute altération, et que, malgré la longue durée de la maladie , la santé générale s’était parfaitement conservée, je recommandai l’opération comme le seul moyen de guérison. La tumeur fut disséquée ; la plus grande partie de son tissu ressemblait au cartilage, qui , chez les jeunes sujets, tient la place du tissu osseux; le reste était ossifié. Le même chirurgien a décrit , sous le nom de tumeur irritable du sein , une espèce particulière de production qui se développe ordinairement dans le tissu cellulaire sous-cutané, mais qui peut être aussi placée plus près des lobules de la glande mammaire. Sir Ast. Cooper semble l’assimiler à ces tubercules douloureux sous-culanés dont j’ai précédemment parlé. Elle est le siège de douleurs souvent très vives, s’irradiant dans le sein et même dans le bras, très sensibles au toucher et s’exaspérant à l’approche des règles. Je ne saurais partager l’opinion de ce grand praticien lorsqu’il regarde cette maladie comme toujours facile à distinguer du squirrhe. Lorsque la tumeur a des rapports avec les lobules de la glande, sa forme n’est pas nettement exprimée; des jirolongements fibreux semblent alors en partir et peuvent simuler l’existence d’un squirrhe ï amiiorme. Sir AsI. Cooper ajoute que celte tumeur ne réclame aucune opération. Les faits f|ue le hasard m’a permis d’observer ont, je l’avoue , diminué la confiance que

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j’avais eue d’abord dans l’emploi des applications sédatives , fondantes , on des moyens antiphlogistiques; et d’ailleurs, dans les huit observations dont Ast. Cooper a fait connaître les détails , je ne vois pas que ces moyens comptent une seule guérison complète. J’ajouterai enfin que sir Ast. Cooper ne me paraît pas d’accord avec lui-même, lorsque, adraeltant une identité de structure entre ces tumeurs et celles que l’on nomme tumeurs sous-cutanées douloureuses, il conseille de ne point en pratiquer l’ablation. Cette maladie me paraît donc réclamer de nouveaux faits avant qu’il nous soit permis de la juger définitivement.

2® J.iorsqu’il s’agit d’une|masse encéphaldide ])arvenue à son état complet de développement, l’indolence qu’offre fréquemment la tumeur, sa mollesse élastique , la fluctuation même que l’on y perçoit, peuvent devenir la cause d’erreurs de diagnostic graves et nombreuses’; c’est ainsi qu’on peut les confondre avec des abcès froids, des foyers sanguins anciens, des masses tuberculeuses ramollies, desliystes, etc. Il me serait facile de prouver cette vérité par des faits nombreux recueillis dans la pratique des plus célèbres de nos chirurgiens, L’encéjihaloïde du testicule peut parfaitement simuler tnu' hydrocèle delà tunique vaginale privée de transparence, soit parla nalure du liquide renfermé daîis la tunique séreuse, soit par l’épaississement de celleci. J’en ai observé deux cas, l’année dernière, à riié^pital Beaujon. La premièic fois, je l’avoue, une cir-

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constance particulière me fit tomber dans l'erreur; il existait un peu de sérosité dans la tunique vaginale. Je plongeai un trois-quarts dans la tumeur et il parvint immédiatement dans le testicule dégénéré. La canule ne donnant issue à rien, j’essayai de lui imprimer des mouvements de circumduction au sein de la tumeur; je pus le faire librement , mais il ne sortit rien encore. Je retirai alors le troisquarts et procédai immédiatement à l’ablation de la tumeur ; la substance du testicule avait complètement disparu , remplacée par une masse encéphaloïde du volume du poing et déjà complètement réduite en bouillie d’un blanc rosé. Quelques mois après, je rencontrai un fait semblable, mais je procklai plus méthodiquement que je ne l’avais fait la première fois. Une incision longitudinale ayant été pratiquée sur la tumeur, j’arrivai avec précaution dans la tunique vaginale cjue je trouvai libre et saine. Je ponctionnai avec le bistouri la tumeur sous-jacente, elle contenait de rencéphaloïde ramolli; je l’enlevai immédiatement. A ces faits nous pourrions en ajouter d’autres démonliant que l’on peut prendre une hydrocèle jmur un encéphaloide.

Lorsque les masses encéphaloïdes sont en rapport avec des artères volumineuses , elles peuvent participer à leurs mouvements, et faire percevoir une sensation trompeuse à l’observateur, si celui-ci n’a pas le soin de distinguer les mouvements de soidèvement simples, 'imprimés à la tumeur, des mouvements d’expansion et de resserrement propres aux

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Uïimciirs anévrysmales. Une circonstance ‘particulière vient quelquefois ajouter aux embarras du diagnostic: l’artère volumineuse, en rapport avec la tumeur et légèrement comprimée par elle, peut faire enlemlre un bruit de souffle analogue à celui des aiié\rysmes. Il existait, il y a quelque temps, à l’Holel-Dieu , dans le service de M. Breschet , un homme portant dans l’aisselle une tumeur, présentant celte particularité; dans ces cas, ne pourrait-on pas, si la position de la tumeur le pei’iuet, la saisir fortement avec les mains, pour la déplacer, l’éloigner de l’artère, et rechercher ensuite, au moyen de rauscuhation, les changements qui s’y sont opérés? Enfin, la difficulté devient tout-à-fait insoluble, si l’encéphaloïde contient des vaisseaux volumineux dans son intérieur; nous avons précédemment indiqué des observations de ce genre. Que faire dans ces cas douteux? il faut employer le moyen que Guattani a depuis long temps conseillé pour éclairer le diagnostic de certains anévrysmes, lequel consiste à plonger dans la tumeur un ti ois-quarts très fin (tel est sans doute l’instrument que Guattani désigne sous le nom à'acus harbctiana). Si la canule donne issue à du sangartériel, et si elle j)eut exécuter des mouvements libres dans la tumeur, c’est un anévrysme; si elle donne issue à du sang et se trouve fixe , on peut croire que c’est une production sanguine et encéphaloïde. Ajoutons que la forme de la tumeur, son ancienneté, ses:eauses occasionnelles, etc., peuvent aussi concourir avec ce moyen à compléter, à con-

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tlrmer le diagnostic. Du reste, dans tous ces cas difficiles, lorsque des circonstances graves exigent que l’on prenne promptement un parti, il faut procéder à l’opération avec toutes les précautions que la prudence réclame.

Le siège spécial de quelques tumeurs encéphaloïdes peut donner lieu à des particularités intéressantes dans le diagnostic. C’est ainsi que celles dont l’œil est assez souvent affecté chez les enfants surgissent du fond de cet organe, et, laissant voir à travers de ses milieux transparents leur couleur blanchâtre, et parfois éclatante, ont plus d’une fois simulé des inflammations chroniques avec épaississement de la rétine, le glaucome, la cataracte, etc.; mais l’on conçoit que dans une question générale, nous ne pouvons entrer dans des détails aussi spé- <iaux.

a Cancers des os. Ils peuvent succéder à un cancer ulcéré des parties molles, comme on le voit si souvent pour l’os maxillaire inférieur : dans ce cas, le gonflement du périoste et de la gencive, le ramollissement de l’os, la mobilité des dents], ne laissent aucun doute sur la nature et Je siège de l'altération. Mais en est-il de même quand le mal a son point de départ dans le tissu osseux? Il faut ici distinguer les formes principales sous lesquelles se montre l'ostéosarcome.

Dans quelques cas il débute par la surface extérieure de l’os et siège probablement dans le périoste. Telle est la maladie décrite par M. Ast. Cooper

SOUS le nom d’exostose fongueuse périostale. Les tumeurs de cette espèce, surtout quand elles n’ont pas un volume considérable et ne sont pas parvenues à leur période d’acuité, de malignité, pourraient être confondues avec les tumeurs dites gommeuses , avec les inflammations chroniques du périoste, les abcès froids développés sous cette membrane et accompagnés d’épaississement et d’induralion de son tissu, etc... Mais dans le premier cas, les signes commémoratifs, le siège de la maladie à la surface d’un os superficiellement placé, tels que la face interne du tibia ou du cubitus, la clavicule, le sternum, les os du crâne, etc.; les douleurs nocturnes dont elle s’accompagne, et les résultats avantageux promptement obtenus par l'emploi du mercure ou des autres moyens antisyphilitiques suffiront pour la caractériser. Dans le deuxième cas, la cause occasionnelle qui a provoqué linflammation , la constitution scrofuleuse du malade, les bons effets obtenus par les anli- |)h!ogisli({ues, les fondants, etc., serviront à éclairer le praticien : le diagnostic sera néanmoins plus obscur.

Lorsque le cancer débute par le canal médullaire ou le tissu spongieux de l’os, il ne paraît d’abord point à l’extérieur, et ne saurait être ni reconnu, ni même soupçonné; mais bientôt il agit sur les lames osseuses qui le recouvrent. Tantôt il les dilate et s’en enveloppe comme d’une écorce plus ou moins épaisse (c’est une variété du spina ven-

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tosa), tantôt il en détermine l’iisiire, la destruction : l’os est alors résorbé ou assimilé par la tumeur, dans laquelle on en trouve parfois des débris; tels sont ces ostéo-sarcomes d’un volume parfois énorme , d’un aspect varié , composés soit d’encéphaloïde soit d’un tissu fibro-squirrheux ou calloïde , qu’on voit apparaître surtout dans les os longs des membres à leurs extrémités articulaires et dans les os du bassin. A cette époque, on pourrait les confondre avec des productions accidentelles diverses ; des kystes , des bydatides, des corps fibreux, etc,, avec le spina ventosa des enfants et des scrofuleux ; mais leur volume et les douleurs lancinantes dont ils sont le siège et leur volume me paraissent suffisants pour les caractériser. En traitant de l’anatomie pathologique des cancers, nous avons dit qu’il se développe dans le tissu osseux des tumeurs fongueuses sanguines auxquelles l’élément cancéreux est fréquemment associé. Nous en avons décrit les caractères et nous avons vu combien leur diagnostic est embarrassant. Il importerait cependant beaucoup de pouvoir les distinguer des tumeurs érectiles simples; carsi l’on a pu traiter quelquefois avec succès les premières, en liant le tronc artériel qui les alimente, l’efficacité de ce moyen serait plus que douteuse, comme je l’établirai plus tard , si on l’applicpiait à des tumeurs cancéreuses.

Les cancers qui se développent aux dépens des os du crâne, outre les difficultés générales que présente leur diagnostic, peuvent être aussi confon-

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dus avec- les tumeurs fongueuses ou encéphaiQiùes appartenant à la face externe de la dure-mère, t imeurs qui usent presque toujours les os qui les couvrent et se font jour à l’extérieur.Louisadonné, comme signes de ces dernières, les mouvements d’élévation et d’abaissement dont elles sont agitées, et la possibilité de déterminer en les refoulant dans le crâne des phénomènes de compression sur le cerveau. Mais on ne saurait s’y fier complètement, car les pulsations y manquent assez souvent, et il n’est pas non plus constamment possible de les refouler dans le crâne , parce que lorsqu’elles en ont franchi les parois, elles s’élargissent plus ou moins en forme de champignon et sont arrêtées contre la surface extérieure des os eux-mêmes. Du reste, cette obscurité de diagnostic n’est pas beaucoup à regretter : car, comme nous l’établirons bientôt, il est douteux qu’aucun traitement chirurgical puisse être applicable à ces sortes de tumeurs.

11 est peu d’os dans lesquels on voit se développer autant de tumeurs variées susceptibles d’être confondues avec le cancer que dans les os maxillaires. J’ai vu, il y a quelques mois, le professeur Gerdy enlever une exostose celluleuse , qu’un jeune homme portait à l’un des maxillaires supérieurs; elle était formée par un tissu osseux, aréolaire, spongieux, contenant beaucoup de vaisseaux. Sa consistance homogène et ferme, l’absence de douleurs, l’avaient fait à l’avance distinguer l’ostéo-sarcome. Il n’est pas rare non plus d’observer, surtout à la

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mâchoire inférieure, une espèce d’exostose qu’on pourrait nommer multiloculaire. La partie affectée forme une coque épaisse, quelquefois très volumineuse, offrant à son intérieur un grand nombre de cavités ou cellules irrégulières, constituées par des lames osseuses ou fibro-cartilagineuses, remj)lies d’un liquide séreux, visqueux ou gélatineux. Bordenave avait déjà indiqué cette altération dans son Mémoire sur les exostoses ; Chaussier et M. Ribes l’ont très exactement décrite. Je pense qu’il convient de la distinguer de l’ostéo-sarcome, surtout pour le pronostic : il ne m’a point paru, en eifvî, qu’elle repullulât apiès l’extirpation. Enfin de'; kystes variés peuvent se développer dans les os maxillaires. Long-temps confondus avec les exostoses ou avec les cancers, ils ont été étudiés exactement par Dupuytren; cependant, malgré les intéressantes recherches de ce grand chirurgien , leur diagnostic est encore fréquemment obscur. Le signe qu’il indiquait comme pathognomonique (bruit de parchemin que l’on obtient en pressant la surface de l’os) , n’existe réellement qu’à une certaine période de la maladie. Aussi des erreurs peuvent-elles être commises, même par des praticiens très expéi imentés. Un homme se présenta à la consultation de Boyer, .ayant une tumeur dure et volumineuse à l’un des os maxillaires supérieurs. Boyei' annonce l'existence d’un ostéo-sarcome et porte un pronostic fâcheux.

Quelque temps après, la tumeur ne cessant de s’accroître, le même individu se présenti' à l’iiopi-

tal Saint-Antoine. M. A. Bérard reconnaît le signe annoncé par Dupuytren , ouvre la tumeur; c’était un kyste ou une hyclropisie du sinus maxillaire. (Nous confondons ces deux maladies pour la séméiologie.) Yoici un cas encore plus intéressant , rapporté par M. Gensoul dans sa Lettre chirurgicale sur quelques maladies du sinus maxillaire. On ne saurait trop louer la noble franchise avec laquelle ce praticien a fait connaître son erreur. Un enfant de treize ans portait à la joue une tumeur volumineuse, très dure et indolente., dont le siège évident était le sinus maxillaire. M. Gensoul la prit pour un ostéo-sarcome et se mit en devoir d’enlever l’os maxillaire supérieur. Les parties molles étaient déjà incisées et l’os mis à découvert , lorsque ce chirurgien eut l’heureuse idée de ponctionner la tumeur avant de l’attaquèr. Un ciseau, enfoncé péniblement à travers la fosse canine , pénétra dans une cavité et donna issue à du mucus jaunâtre. C’était une hydropisie du sinus maxillaire due à une dent canine, dont le bulbe renversé s’étail développé du côté de cette cavité. Boyer rapporte un cas semblable observé chez un jeune homme de vingt-quatre ans par le professeur A. Dubois. La maladie ayant été prise pour une tumeur fongueuse, on fit inutilement d’énormes dégâts ; trois dents furent extirpées, ainsi qu’une portion du bord alvéolaire. Dans les cas de ce genre, il ne faut pas maïupicc d’examiner le nombre des dents que présente la mâchoire; l’absence de l’une d’entre elles perU

TRAITEME>T

éclairer le cliagnoslic ; en voici la preuve. M. Marjolin fut consulté, il y a deux ans, par un jeune liomme, portant à la mâchoire inférieure une tumeur placée sous la portion d’alvéole destinée à la dent canine ; celle-ci n’avait jamais paru. Soupçonnant la cause du mal, M. Marjolin adressa ce jeune homme à M. Duval, qui enleva la lame osseuse formant la paroi externe de la tumeur, et fit l’extraction de la dent canine.

Dans tous ces cas de tumeurs osseuses à dia£[nostic douteux et embarrassant , il convient de faire une ponction oxjdoratrice avant de prendre un parti décisif.

DES 01‘ÉRATI0i\S QUE NÉCESSITENT LES AEEEGTIONS CANCÉREUSES.

Je ne rappellerai pas les nombreux agents empruntés à la matière médicale pour combattre les cancers. Leur sort a été commun : tous ont été préconisés d’abord, puis abandonnés. Leur impuissance atteste qu’il faut des moyens ])lus directs pour attaquer efficacement celte cruelle maladie.

Les opérations qui lui ont été appliquées peuvent naturellement se diviser en deux catégories : les unes ont pour but de dissiper, de résoudre le cancer; les autres consistent à en débarrasser immédiatement l’organisme, à l’enlever. Je vais les décrire et les apprécier successivement, puis je parlerai de celles que nécessitent les accidents des affections cancéreuses.

ors AFFECTIONS CANCÉliEUSES.

lO DI S OPÉr.ATIONS DONT LE BUT EST DE RÉSOUDRÉ LES CANCERS.

Application de V électricité et du galvanisme. Le : docteur Easton ayant fait connaître l’observation d’une dame qui après avoir été frappée par la foudre, avaitguérigradueilemeut d’une tumeur squirrheuse rebelle, on a été naturellement conduit à tenter l’emploi de l’électricité dans le traitement des can- , cers. Des essais ont été faits sans résultat par Brisbane et Walther ; ce moyen a été abandonné.

Cependant M. Becquerel, dont tout le monde connaît les belles recherches sur l’électricité, at fait de son coté des expériences, mais dans un but et par des moyens différents de celui que nous venons d’indiquer. Une aiguille ayant été enfoncée dans un muscle par le docteur Fabré-Palaprat, et mise en contact avec le pôle positif de la pile, la main 1 de l’individu fut j)longée dans une. solution d’iodure ' de potassium, laquelle était en communication avec | le pôle négatif. Une décomposition s’opéra, et l’iode | vint se transportei- à travers le corps et se déposerai!- 1 tour de l’aiguille. Une deuxième expérience fut faite par le même auteur, au Collège de France, de la manière suivante: une main étant plongée dans une solution d’iodure de potassium, en contact avec le pôle s négatif; l’autre main, placée dans une solution de > sel marin jouant seidement ici le rôle de substance | conductrice, la déconqaosition s’opéra, et l’iode vint j

TRAITEMENT

à travers le corps rejoindre le pôle positif. Ces faits curieux suggérèrent à M. Becquerel l’idée d’employer l’électricité comme moyen de transport ; mécanique des agents thérapeutiques dans la pro- I fondeur des organes malades, et spécialement dans I les tumeurs. Quelques essais furent tentés dans ce but à l’Hôtel-Dieu, en i838, dans le service de M. Breschet, et de concert avec ce chirurgien. Nous les avons suivies avec le plus vif intérêt : voici I quels en ont été les résultats.

^ 1° Chez un homme portant au cou deux tumeurs

scrofuleuses peu anciennes, M. Becquerel fit pénétrer de l’iode à l’intérieur de ces productions; elles diminuèrent.

'2° Chez une jeune femme de vingt-huit ans, une tumeur volumineuse existait sous la paroi abdomi- ' nale antérieure ou dans son épaisseur. La nature n’en put être déterminée, c[ueiques personnes la ’ regardaient cependant comme cancéreuse. Deux aiguilles furent enfoncées dans son intérieur, à travers la paroi du ventre préalablement dénudée par l’apijlication de deux petits vésicatoires; à chaque pôle fut placée une compresse pliée en huit doubles * et continuellement imbibée d’une solution d’iodure de potassium; l’iode traversait manifestement la tumeur. Il y eut une amélioration notable, mais la malade ne voulut pas continuer ces essais.

M. Becquerel n’a rien voulu conclure de faits trop peu nombreux et trop peu décisifs; mais il se pi'opose de rc'prendre incessamment ces recherches.

Espérons que, dans l’intérêt de la science et de l’hu- \ manité, il donnera suite à ce projet, et en feracon- ■ naître les résultats. Du reste, ajoutons en terminant que des expériences analogues ont été faites par ■ M. Rossi, président du collège médico-chirurgical 1 de Turin , sur des individus affectés de y philis, et en f France par M. Roquetta dans des cas d’amaurose et de paraplégie. Les résultats obtenus paraissent en- j courageants.

Ligature des arteres alimentant les parties malades. La ligature des artères, considérée en général, étant un moyen de diminuer ou d’empêcher l’abord du sang dans les tissus , a dû naturellement se présenter à l’esprit comme moyen de traitement des affections cancéreuses. Tentée en Angleterre, sans succès, en i8i4,parle docteur Lucas, [elle fut proposée en France par M. Maunoir, et appliquée depuis lors soit à des cas de sarcocèle, soit à des cancers d’autres parties du corps.

La théorie semble peu favorable à l’emploi de ce moyen. On sait en effet que la ligature n’a qu’un pouvoir limité sur le cours du sang, parce (jue les voies collatérales rapportent toujours une plus ou moins grande quantité de ce liquide dans les rameaux de terminaison du vaisseau lié. Mais en outre, admettant que l’on puisse arrêter les progrès d’une tumeur cancéreuse, ou même l’atrophier, s’ensuivrait-il ainsi cpie la '’guérison fût assurée, radicale? L’économie serait-elle debarrassée des matériaux constitutifs de la maladie, et leur transport

y4 TRAITEMENT

dans lé torrent circulatoire, au moyen des vaisseaux absorbants , ne pourrait-il pas laisser pour l’avenir des craintes de récidive?

Du reste , examinons les faits ; à croire M. Maunoir, plusieurs succès auraient été obtenus par cete méthode, dans le traitement du sarcocèle; cependant M. le professeur Velpeau dit avoir vu en 1 838, à l’hôpital de la Charité, un malade qui l’avait subi sans avantage. M. Moulinié de Bordeaux l’a employé en 18365 inais la lecture de cette observation, publiée par M, Levieux, m’a prouvé qu’il ne s’agissait que d’une orchite chronique. On a eu recours plusieurs fois au même njoyen , en d’autres régions , soit à dessein, soit involontairement, dans des cas où les tumeurs cacéreuses méconnues avaient été prises pour des tumeurs érectiles; toujours il a échoué, en voici quelques exemples recueillis au hasard :

Ligature de l’artère carotide, par IM. Friche de Hambourg, pour modifier avantageusement une énorme tumeur cancéreuse de la région parotidienne. La marche du cancer fut ralentie, mais non pas complètement arretée; le malade succomba.

Ligature de l’artère fémorale par Dupuytren, pour atrophier un fongus hématode développé à la partie sujiérieure et antérieure du tibia : le mal semble guéri pendant sept ans; il reparaît et nécessite l’amputation de la cuisse, l^a tumeur contient des loges pleines CCime substance Jaunâtre^ noirâtre, et paraissant être le résultat tV une fonte

j)iitride et d'une dégénérescence carcinomateuse portée Cl son dernier degré.

Enfin , dans des cas de cancers de la lèvre inférieure, M. Jobert a varié l’application de ce moyen ; tantôt il a lié les artères seulement; tantôt il a combiné la ligature des artères avec la section des nerfs mentonniers. Dans tous les cas, la marche du cancer a été momentanément enrayée; il a fallu pratiquer plus tard l’excision des parties malades. Nous n’insisterons pas davantage sur une méthode que la théorie repousse et que les faits ont condamnée.

Compression. Un des moyens thérapeutiques les plus récents et qu’on a pu croire un instant très efficace contre les tumeurs cancéreuses, est la compression.

Ce mode de traitement avait été appliqué par Desault aux squirrhosités du rectum, et à plusieurs autres maladies chirurgicales ; mais il n’avait point été employé contre les affections cancéreuses du sein. M. Young, le premier, l’essaya dans ce but, et fut imité en Angleterre par le docteur Pearson , et en France par M. Récamier, qui, étudiant mieux les effets de la compression , fit ressortir ses avantages , régulai-isa son application et chercha même à l’étendre au traitement des cancers de l’utérus.

Les vues théoriques qui conduisirent Young à l’emploi de ce moyen étaient fondées sur rusure que les tumeurs développées dans le crâne produisent sur les parois de cette cavité et les changements qui surviennent dans les parties voisines

7b TRAITEMENT

d’un anévrisme. Son but était d’imiter la nature, d’atrophier les productions accidentelles et d’en faire résorber les éléments. Deux mots résument toutes ses idées : la compression diminue l’abord du sang dans les organes et facilite l’absorption.

Sans m’ari'éter à discuter la valeur de celte théorie ingénieuse et séduisante, j’aborde directement la qiieslion pratique. La compression ouvret-elle une ère nouvelle à la thérapeutique des cancers? peut-elle les guérir et remplacer les autres moyens chirurgicaux?

Ce qui me frappe tout d’abord et me porte à élever lies doutes sur son efficacité, c’est qu’elle n’a point reçu l’approbation de nos plus grands maîtres. Repoussée d’Angleterre, où elle a pris naissance , elle n’a pas été mieux accueillie parmi nous. Voyez ce qu’en pense Samuel Cooper: « J’ai parlé , dit-il à l’article Cancer de son Dictionnaire^, de la méthode de traiter le cancer par la compression. Je n’ai besoin ici que de répéter que c’est un moyen qu’aucun de nos meilleurs praticiens ne croit digne d’approbation. »

Charles Bell, dans un rapport au comité médical de Middlesex, déclare positivement que la compression des tumeurs cancéreuses, ulcérées ou non, est constamment nuisible et qu’elle en amène promptement la dégénérescence.

Cette opinion est aussi celle de JVIM. Ferrus et Breschet ; ils atfirment que la compression appli-

DES AFFECTIONS C ANCFREnSI'S. 77

qiiée au cancer n’a pas été lieureuse el qu’on doit y renoncer.

M. Velpeau lui-même , plus disposé que personne à soutenir ce moyen, qu’il a utilisé dans une foule de maladies, le repousse formellement , lorsqu’il s’agit d’en faire usage contre le cancer; « les expériences auxquelles je me suis livré, dit-il, les observations assez nombreuses que j’ai recueillies, m’ont pleinement convaincu que la compression est plutôt nuisible fju’utile dans les tumeurs positivement cancéreuses. »

En face de l’opinion déjugés aussi compétents, nous pourrions nous dispenser de pousser plus loin cette discussion ; mais comme l’autorité des noms tombe devant celle des faits, nous devons examiner les observations cju’invoquent les partisans de la méthode que nous attacj[uons. Les unes sont relatives à des cancers des lèvres ; les autres , et ce sont de beaucoup les plus nombreuses , se rapportent à des cancers de la mamelle, organe qui , par sa forme, sa 'position et le point d’appui qu’il reçoit du thorax , se prête mieux que les autres parties du corps à l’emploi de la compression. Pour applicjuer celle-ci, Young se servait d’emplâtres de peau , de lames de plomb ou d’étain , de compresses et de bandes.

L’appareil de M. Récamier se compose également de longues bandes qui servent à envelopper la poiti'ine, et de rondelles d’agaric qu’on accumule sur les points où il est nécessaire d’agir plus spécialement; le bandage doit être renouvelé tous les

TRAITEMENT

cours ou tous les deux jours; M. Bégin pense qu’il ne faut l’enlever que lorsqu’il se relâche , et préfère pour ce motif un corset élastique capable de s’accommoder à la diminution du volume de la tumeur; la compression doit être douce et graduelle, afin de ne pas contondre ou irriter les parties. Il est utile de la continuer long-temps après la disparition de la tumeur.

Lorsque le cancer est compliqué d’ulcération, M. Récamier commence le traitement par la cautérisation avec le nitrate acide de mercure, dans le but de convertir l’ulcère en une plaie simple et d’empêcher les produits morbifiques d’être résorbés.

Nous n’avons point encore à nous occuper des cas dans lesquels la conqiression est inapplicable ; examinons seulement les résultats et discutons leur valeur. Voici le résumé des observations que M. Young a fait connaître dans son premier travail.

Pi'emihre obseivation. Une femme, âgée de soixante-quatre ans, portait à la mamelle, depuis plusieurs annéjes , une tumeur bosselée accompagnée d’élancements et d’engorgement des ganglions de l’aisselle. Après huit mois de traitement, pendant lesquels la tumeur exactement comprimée, avait diminué de volume, la constitution s’affaiblit considérablement et la malade mourut, A l’autopsie canavérique: pleuro-pneumonie non constatée pendant la vie; anciennes adhérences au péritoine; consistance élastique de ce qui reste de la tumeur.

Deuxième obsenHUion. Une femme, de quaranteà

cinquante ans, avait le sein dégénéré en une masse irrégulière non ulcérée, présentant tous les caractères du cancer. La compression fut exercée pendant six mois; la tumeur diminua de volume, mais la santé générale s’altéra, et la malade succomba à une affection abdominale ; il n’y eut pas d’autopsie.

Troisième observation. Une femme, de quarantesix ans, affectée d’un cancer ulcéré à la mamelle, fut soumise à la compression durant trois mois. Pendant que le cancer semblait s’améliorer, la constitution languissait et la mort survint ; on l’attribua à une affection intestinale qui ne fut point constatée par l’autopsie.

Voilà des faits dont il est inutile, je pense, de discuter l’importance en faveur de la compression; on a lieu de s’étonner même qu’ils aient été cités à l’appui de ce moyen. Que nous montrent-ils, en effet? trois malades morts au bout de quelques mois de traitement, et dont la fin semble avoir été la conséquence de la résorption des éléments cancéreux.

Quatrième observation. Une femme de cinquante- ;>six ans portait un cancer ulcéré depuis quelque temps. La compression détermine d’abord un érisypèle, et plus tard une notalile amélioration ; l’auteur perd de vue la malade au bout de sept mois.

Cinquième observation. Une femme de vingt ans voit une tumeur se développer au sein à la suite d’un coup violent ; !a compression, exercée pendant huit mois, en réduit le volume à celui d’une bille de marbre.

TfîAlfEMENT

Sixième observation. Une femme de vingt-huit ans était affectée d’un cancer non ulcéré; six mois de traitement rendirent le sein à son état normal.

Septième observation. Une femme de trente-huit ans portait à la mamelle une tumeur de la grosseur d’une noix, dure, inégale, et très douloureuse au toucher; elle disparut au bout de six mois de compression.

De ces quatre observations, la première ne mentionnant qu’une amélioration, est tout-à-fait négative. Quant k la seconde , elle prouve manifestement qu’il n’y av.iit pas de cancer; la jeunesse de la malade et le coup qu’elle avait reçu me portent à penser qu’il ne s’agissait que de l’un de ces engorgements désignés par M. Velpeau sous le nom d’hypertrophie cellulo-fibreuse , contre lesquels la compression bien établie réussit généralement.

Les deux dernières observations ont trait à des guérisons complètes; mais remarquons qu’il y est fjuestion de femmes de vingt-huit et trente-huit ans, de tumeurs peu voluininenses , n’ayant point de caractères tellement tranchés qu’on ne puisse élever des doutes sur leur nature cancéreuse. ♦

Un dernier fait est rapporté par Young. Un vieillard de soixante-dix ans était affecté d’un cancer à la lèvre , le mal fut d’abord attaqué par la cautérisation , puis par la compression, et de nouveau par la cautérisation. 11 guérit ; que peut-on en conclure?

Après cette analyse , dans laquelle nous avons cherché à faire ressortir le peu d’efficacité de la

DES AFFECTIOISS CANCÉU£L'SES=

compression, nous croyons inutile de reprendre en sous-œuvre les nombreuses observations de ]M, Récamier. Nous signalerons seulement la partie la pins importante de ses expériences et la pins concluante de ses résultats. « Sur loo malades, i6, considérés comme incurables, ne furent soumis qu’àiin traitement palliatif; 3o ont été guéris parla compression seule, 21 notablement soulagés ; i5 radicalement débarrassés, soit par l’ablation seule, soit par l’ablation combinée avec la compression; six guéris par ce dernier moyen , uni à la cautérisation ; chez les I 2 autres malades, l’affection a absolument résisté. »

On voit par ce relevé que, sur lOO malades, 3o seulement ont été regardés comme guéris. Or, si l’on considère que dans plusieurs de ces cas il s’agissait de tumeurs bénignes, ayant plutôt les caractères des engorgements simples que ceux du cancer, on nous accordera, je pense, que ces résultats sont peu concluants en faveur delà compression.

INous ajouterons que plus d’une malade, regardée comme radicalement guérie, ne l’a point été. C’est du moins ce que prouve le paragraphe suivant, extrait de la thèse de concours de M. Dulresse-Chassaigne. « Nous n’avons rien à dire sur les faits que nous n’avons pas observés ; mais il en est deux qui ont rapport à des dames d’Angouléme que nous connaissons. Le premier regarde madame L..., épouse d’un pharmacien d’Angoulême, aujourd’hui dentiste à Paris : la tumeur qu’elle portait au sein tlroit lors du traitement n’a jamais diminué ni disparu ;

TRAITEMENT

elle existe encore telle qu’elle était alors. Le deuxième a trait à madame Dubois, femme de l’ingénieur géomètre à Angoulême. Malgré le rapport favorable fait sur la décroissance de la maladie par M. Brun, médecin dans la même ville, elle n’en a pas moins succombé peu de temps après à son horrible mal. »

Après avoir examiné les faits rapportés par les auteurs, je vais faire connaître les résultats que j’ai moi-même observés, il y a près de quinze ans, à la clinique de Dupuytren.

1° Chez certaines femmes, douées de beaucoup d’embonpoint et ayant naturellement la respiration courte, la compression produisait souvent de la dyspnée, des spasmes, des bouffées de chaleur vers la tête; il fallait en discontinuer l’emploi ;

2® Chez d’autres elle déterminait des douleurs très vives, des excoriations à la peau, des érysipèles, etc.

3° D’autres fois elle avaitl’inconvénien t, plus grave encore, de favoriser l’adhérence de la tumeur soit avec la peau, soit avec le muscle grand pectoral.

Quant à ses effets , ils m’ont paru consister dans l’affaissement de la glande mammaire, du tissu graisseux qui l’environne, et cjuelquefois dans une diminution sensible de la tumeur; mais, arrivée à un certain degré, l’amélioration devenait stationnaire. Dupuytren disait alors que la compression avait détruit l’élément inflammatoire du mal et n’avait aucune action sur son élément cancéreux.

En présence de pareils résultats , est-il permis de

croire que la compression appliquée au traitement des cancers puisse rester dans la pratique? nous ne le pensons pas. Nous croyons seulement qu’on devra l’employer dans les cas de tumeurs douteuses et comme moyen d’exploration; mais dès que le mal résistera, il serait grave d’y insister, car on pourrait perdre un temps précieux et ne plus laisser à l’opération que des chances défavorables.

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