‹ Des opérations qui se pratiquent sur les muscles de l'oeilChapitre 10 sur 14 · VI · texte numérisé non relu

VI

De la myotomie oculaire considérée comme moyen de produire un strabisme artificiel propre à remplacer l’opération de la pupille artificielle.

M. Florent Cunier a eu le premier l’idée de substituer à l’opération de la pupille artificielle celle de la myotomie ; voici dans quelles circonstances : Un jeune homme de vingt-cinq ans a eu,. à l’âge de deux ans, une ophthalmie purulente, qui a amené la fonte de l’œil droit, et a laissé à gauche une opacité leucomateuse , occupant les deux tiers externes de la cornée; de plus, et cette particularité mérite d’être signalée, l’œil gauche est atteint de strabisme interne et de nystagmus depuis la naissance;

le tiers interne de la cornée , resté transparent , est placé dans le grand angle de l’œil qu’il quitte difficilement ; il en résulte que bien que la pupille et la chambre antérieure soient à l’état normal , la vision est très limitée et tout à fait insuffisante.

Lorsque M. F. Cunier eut divisé le droit interne, la pupille est venue immédiatement se placer au centre de l’orbite , le nystagmus a cessé. Toutefois, l’œil ne se portait pas encore assez en dehors pour pouvoir discerner convenablement les objets , la dissection fut étendue jusqu’au droit supérieur et inférieur ; enfin M. F. Cunier fit la section du petit oblique par le procédé de M. Bonnet. Six jours plus tard , le malade pouvait se conduire seul, il reconnaissait les objets les plus fins, pourvu qu’ils fussent assez près de l’œil.

Quelques jours après cette première opération , M. F. Cunier en pratiqua une seconde.

Un homme de quarante-deux ans, ayant l’œil gauche atrophié , présentait une opacité telle de la cornée de l’œil droit qu’une portion seulement de son segment externe était diaphane. Le malade pouvait , en comprimant l’œil gauche , tourner l’œil droit assez fortement en dedans pour saisir la forme des gros objets. M. F. Cunier a coupé le droit externe, et mis la sclérotique à nu jusqu’aux droits supérieur et inférieur; il est survenu un strabisme interne qui permet au malade de se conduire. Dix-huit jours plus tard , la vue était encore améliorée.

Enfin , dans un troisième cas , assez analogue au précédent, M. F. Cunier a encore réussi à améliorer l’état du malade. (Voy. Ann. d’ocul., t. Y, p. 200).

Voici un quatrième fait qui appartient à M. Pétrequin. Un ouvrier mineur eut, à la suite d’un éclat de mine ,

une cataracte, un ptérygion, avec une double ophthalmie à l’œil droit , et à l’œil gauche une opacité des deux tiers inférieurs de la cornée, sans parler de diverses lésions secondaires. Six mois après l’accident, on l’amène à l’Hôtel-Dieu de Lyon , où M. Pétrequin opère (20 juillet 1841) le ptérygion avec un succès complet. Le 27 août, il fait la section du muscle droit supérieur pour produire un strabisme artificiel en bas, de manière à mettre le tiers transparent de la cornée dans la direction de la pupille. Le résultat est obtenu immédiatement, la vue peut s’exercer librement à travers la portion translucide de la cornée qui correspond alors à la projection horizontale et directe des rayons lumineux [Ann. d’ocul., t. II, p. 267).

M. F. Cunier a encore pratiqué deux fois la même opération, une fois sans succès, une autre fois avec succès ( loc . cit. , p. 267).

Dieffenbach, Serre, de Montpellier, Rosas, Kuh, ont également pratiqué des sections musculaires dans des cas analogues.

J’ai fait jusqu’à présent 28 opérations de pupille artificielle, et j’ai constamment remarqué que l’œil se dirigeait d’une manière parfaite dans le sens favorable à l’entrée des rayons lumineux par l’ouverture nouvelle, et cela quelle que fut la position de cette ouverture.

Déjà , en 1844 , un de nos anciens internes , le docteur Gaubric, en rapportant dans sa Thèse sur l'opération de la pupille artificielle un certain nombre d’observations recueillies dans notre service , avait consigné cette remarque : «. Un fait intéressant, dit-il, » qui ressort de nos observations , c’est que l’œil ac- » commode sa direction, après un temps variable, à la » position nouvelle de la pupille artificielle. Ainsi nous

» citerons les observations de plusieurs individus qui » dirigeaient justement l’œil en haut ou en dedans, « suivant que la pupille artificielle pratiquée à cet œil » était placée en bas ou en dehors de la place qu’oc-

» cupait la pupille naturelle M. Lenoir nous a

» souvent fait constater ce phénomène. » ( hoc . cit., p. 23. )

Aussi sommes-nous d’avis que l’établissement, dans ce cas, d’un strabisme artificiel par la section d’un ou de plusieurs muscles du globe oculaire est une opération presque toujours inutile. Toutefois nous admettons que cette nouvelle application de la myotomie oculaire puisse et doive être faite dans quelques cas restreints. Nous avons actuellement dans notre service à l’hôpital Necker un jeune homme auquel nous avons pratiqué, il y a quelques mois, une pupille artificielle sur le seul œil qu’il ait conservé à la suite d’une ophthalmie purulente double. Sa nouvelle pupille a dû être établie dans la partie supérieure et interne de l’iris, parce que ce point répondait à la seule portion de la cornée qui ne fût pas recouverte de taches leucomateuses ; or ce malade éprouve , à cause de cette position anormale de l’ouverture pupillaire, et à cause de brides cicatricielles qui unissent le globe de l’œil à la paupière inférieure , la plus grande difficulté à diriger sa pupille vers les objets qu’il veut regarder. Nous pensons que, dans ce cas exceptionnel , un strabisme en bas peut être tenté avec quelque chance de donner à l’œil une direction plus favorable à la vision, et nous nous proposons de l’établir dans quelques jours.

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