‹ Des ophtalmies infectieuses secondairesChapitre 8 sur 15 · AGALAXIE CONTAGIEUSE DE LA BREBIS ET DE LA CHÈVRE · texte numérisé non relu

AGALAXIE CONTAGIEUSE DE LA BREBIS ET DE LA CHÈVRE

Cette maladie propre à la brebis et à la chèvre peut se traduire cliniquement par des manifestations articulaires, mammaires, oculaires. Mais ces trois localisations classiques peuvent ne pas se rencontrer sur le même malade, une ou deux pouvant faire défaut.

Les lésions oculaires qui, seules nous intéressent ici, consistent en une ophtalmie externe qui évolue suivant le type aigu ou le type chronique, comme la maladie générale elle-même.

On observe de la conjonctivite et de la kératite : la cornée devient blanchâtre, puis le pourtour de la cornée se vascularise pendant que son centre reste blanc.

Et, à ce niveau, il se forme une ulcération consécutive à la suppuration de la chambre antérieure, s’accompagnant souvent de staphylome de l'iris, parfois de chute du cristallin et de fonte purulente de l’œil.

Carré a souligné ces faits, et il dit que, pour se faire une idée de la gravité de l’épizootie, il faut voir un troupeau infecté : la plupart des animaux sont borgnes ou aveugles, la face a un aspect repoussant, avec des larmes purulentes..

CoORYZA GANGRÉNEUX

Bien que les maladies des yeux des bovins soient moins importantes que celles du cheval, le vétérinaire est souvent consulté pour des animaux atteints de Jésions oculaires survenues au cours du coryza gangréneux.

Le coryza gangréneux est une maladie infectieuse, non contagieuse, caractérisée par in inflammation diphéritique des muqueuses, amenant toujours une toxémie grave, et suivie de troubles nerveux et oculaires. |

Cruzel, dès 1869, dans son « Traité pratique des maladies de l’espèce bovine » avait -décrit ces troubles oculaires : « Les paupières sont tuméfées, les yeux larmoyants.. la conjonctive est injectée de sang rouge ou de sang noir, suivant le caractère particulier de l'inflammation membraneuse, Le larmoiement est continuel. L’âcreté des. larmes irrite la peau sur laquelle elles s’écoulent, et le poil s’en détache. L’humeur acqueuse du globe de l'œil est trouble, d’un. blanc jaunâtre et la cécité est complète.

L’ophtalmie symptomatique ne s’observe sur le bœuf que dans le cas de coryza gangréneux. Je rappellerai que le trouble de l'humeur acqueuse subsiste encore quelquefois plusieurs mois aprs la guérison du coryza, pour disparaître, néanmoins. » |

Laborde, Berthollet ont également décrit ces symptômes.

— Les symptômes oculaires du coryza AU deux peuvent apparaître dans les 24 à 48 heures qui sui-

vent le début des troubles généraux. On a alors de l'injection, de linfiltration et de la tuméfaction de la conjonctive, avec larmoiement et photophobie. Les paupières sont tellement gonflées que les globes-oculaires peuvent être complètement recouverts.

En même temps, un exsudat jaunâtre et purulent apparaît à l’angle interne de l’œil. La pupille se détache.

Les symptômes de conjonctivite s’accompagnent de lésions d’ophtalmie profonde et presque toujours de kératite, lésions faisant suite à une forte congestion épésclérotique et périconienne. J. Ackermann, qui a hien étudié la question, a montré que la progression des lésions cornéennes était toujours de la périphérie vers le centre. Il a montré, en outre, qu’il n’y avait aucun parallélisme entre ces dernières et les lésions profondes de l’œil qui consistent en de l’irido-cyclite exsudative et en un changement dans la transparence du liquide de la chambre antérieure, qui devient trouble, blanchâtre et souvent hémorragique.

En effet, malgré ces lésions très intenses, la cornée peut rester transparente: Hutyra, Bugnon, Dickerhoff et Isepponi ont constaté qu’en dépit des lésions oculaires très intenses, la cornée peut parfois rester transparente. Wyssmann a eu deux cas sur quatorze ; Sempen, 1 cas sur quatre, sans opacité cornéenne.

Pourtant, généralement, ainsi que le fait remarquer J. Ackermann, au bout de deux à trois jours, les symptômes s’aggravent et là cornée devient opaque de la périphérie vers le centre. Parfois on constate des opacités foudroyantes, pouvant survenir en huit

heures. Alors, l’épithélium cornéen se soulève sous forme de petits vésicules à contenu clair, lesquelles se rupturent et sont généralement remplacées par des foyers nécrotiques et ulcéreux. Zwick a constaté une perforation de la cornée avec hernie de l'iris et atrophie du bulbe.

Généralement les deux globes présentent des lésions identiques. Les lésions d’irido-cyclite exsudative attirent toujours l’attention. L’iris tuméfié rétrécit les deux chambres de l'œil.

Les synéchies antérieures et postérieures sont fréquentes. Le liquide de la chambre antérieure devient opaque et trouble. Si les produits exsudés sont abondants, on observe un dépôt plus ou moins hémorragique, tantôt grumeleux, tantôt sans structure.

La cornée est toujours épaisse, notamment dans les couches périphériques qui peuvent avoir le double d'épaisseur de la couche centrale et être trois fois plus volumineuses que le diamètre d’une cornée saine.

La surface cornéenne est lisse ou irrégulière et montre des pertes de substance et des foyers gris jaunâtres plus ou moins étendus.

Le corps vitré présente souvent des troubles nuageux. Dans des cas exceptionnels, la rétine se décotle et le corps vitré dégénère en se transformant en une masse lardacée.

Ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le signaler, ces symptômes oculaires sont très fréquents dans le coryza gangréneux et sont, de ce fait, extrémement précieux pour le diagnostic de cette affec-

LYS. 0 qu

tion. Leur presque constance caractérise l’assemblage clinique disparate qui constitue la symptomatologie de celle-ci. Le diagnostic différentiel avec les kéralites et conjonctivites contagieuses est surtout basé sur l’absence de symptômes généraux graves dans ces dernières.

D’autre part, on pourrait confondre le coryza gangréneux avec certains cas de peste bovine, laquells s’accompagne aussi de lésions de l'œil et de la pituitaire ,ainsi que de symptômes généraux alarmants. Mais le premier est une maladie sporadique très généralement (pourtant il peut se présenter avec une allure de semi-contagiosité), alors que la deuxième est extrêmement contagieuse.

Ces troubles oculaires sont intéressants d’un autre point de vue. En effet, ils donnent une indication pour le pronostic, et on a coutume de dire que ce dernier est bénin quand les symptômes ne surviennent pas brusquement et quand on peut commencer le traitement avant l’apperition des troubles oculaires.

D’après Ackermann, quand la maladie débute par ces derniers, dont l’apparition est foudroyante, la mort est fatale et survient très rapidement.

Il est à peine utile, d’après cet exposé, de souligner l'importance de ces symptômes oculaires si fréquents dans cette affection et si précieux pour son diagnostic et son pronostic.

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