‹ Des origines de la métallothérapieChapitre 14 sur 15 · RAISON · texte numérisé non relu

RAISON

« Je vous félicite de ce succès, tout tardif qu’il est.

« Veuillez agréer. Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

« E. Littré. »

Cette lettre, qui contenait implicitement un désaveu si formel et ne nous faisait déjà que trop voir quelle était la main qui nous avait frappé dans l’ombre si impitoyablement, nous remplit d’un sentiment de profonde vénération pour celui qui avait eu le courage de l’écrire. Toutefois, doutant encore, nous nous rendons de nouveau chez M. Robin, et, avec une émotion indicible, nous lui tendons la lettre de M. Littré.

Alors le masque tomba et la vérité se fit jour en ces termes .

« Eh bien, oui, c’est mai qui suis l’auteur des articles, et, si je les ai écrits, c’est parce que pour moi on n’est point médecin quand on ne sait pas ce que c’est qu’un courant électrique (ticj !... »

Et pendant que M. Robin proférait ces stupéfiantes paroles, sa figure était pourpre^son œil hors de l’orbite.

Comme pétrifié par un tel aveu, nous disons :

« Avez-vous bien réfléchi, Monsieur, à ce que vous venez de me dire et m'autorisez-vous à le répéter ? »

Et M. Robin de répondre :

« Oui, je vous y autorise ! ! ! »

On pourrait croire qu’après le désaveu et la leçon que venait de lui infliger M. Littré, M. le professeur Robin se mit à réfléchir et que, pensant tout au moins à l’arme que nous avions désormais entre les mains, il prit sur lui de mettre une prudente sourdine aux manifestations publiques de son intransigeance, quitte à reprendre en sous œuvre ia métallothérapie par quelque autre procédé plus ou moins anonyme, par voter contre elle, par exemple, comme par le passé, quand elle affronterait un nouveau concours.

Il n'en fut rien. Voici comment, en effet, le Nouveau Nysten décrivait encore la métallothérapie dans sa dernière édition :

« Métallothérapie, s. /. ail. métalloihérapie, ang. métallotherapy, espag. metalloterapia. Traitement par les métaux. Nom donné à l’application externe de certains métaux, fer, acier, cuivre, en plaques, bracelets, anneaux, chaînes {Armatures métalliques) pour le traitement de diverses maladies ou symptômes nerveux. Ce procédé, renouvelé des pratiques astrologiques et cabalistiques anciennes, paraît encore plus que le traitement par les armatures magnétiques (V. Aimant) s adresser à l’imagination des malades. » Et c’est tout!

Ainsi donc, trois lignes seulement d'une description fantaisiste, description écourtée à ce point sans doute pour l’expurger du fatras de ses devancières; quatre lignes d’appréciations aussi erronées que malveillantes, plus trois noms synonymes, mais toujours pas le nôtre, comme s’il eût été indigne de sa plume, voilà, pour M. Robin, tout ce que valait encore la Métallothérapie, au moment où elle s’affirmait partout, où il s écrivait sur elie des volumes, et où les physiologistes français, anglais, suisses, allemands, etc., etc., s’eflfor-

çaient de trouver la clé de phénomènes incontestés, comme celui du transfert, par exemple I

Et c’est de celte belle façon que M. Robin, qui n’a guère puisé, ce nou> semble, que dans les leçons d’Auguste Comte, les droits cju il s'arroge de régenter les ch"ses de la médecine, pontifie dans le Nouveau Nysten, C’est par de semblables mystifications qu’il tient les lecteurs qui lui font confiance au courant do la science 1 C’est par de tels procédés de justice distributive que M. Robin, qui représente au Sénat l’opinion libérale et l’idée de Fraternité, justifie, le cœur léger, les suffrages de ceux qui l’y ont envoyé ! Et c'est dans de telles mains qtie sont les récompenses académiques ; ce sont là les juges qui, dans les commissions des prix, peuvent faire échec à des collègues qui ont nom Pasteur, Milne-Edwards, Paul Bert, Bouley et Marey, soit que par l’appoint de leur voix ils fassent la majorité dans ces commissions si souvent émiettées par l’âge ou par la maladie, soit qu’ils entraînent les votes des neutres par leurs harangues passionnées, toutes les fois qu’il s’agit de faire triompher la candidature d’un collaborateur ou bien d’un ami, comme dans le concours de 1880, où l’on vit un professeur de la Faculté obtenir, pour des leçons déjà si grassement rétribuées par l'Etat, le prix que la minorité voulait attribuer à la métallothérapie !

Et pourquoi tout cela? Pourquoi M. Robin trahit— il un ancien camarade qui, renonçant aux espérances qu il lui était permis de concevoir s’il suivait les sentiers battus, a usé sa vie à découvrir de nouveaux horizons à la science et des voies nouvelles à la pratique médicale ? Pourquoi, quand il s’est agi de nos travaux, a-t-il toujours abusé sciemment les innombrables, lecteurs du Nouveau Nysten ; pourquoi, s il était de bonne foi, a-t-il persisté en ses prétentions à 1 infaillibilité, même après qu’il eut été désavoué par Littré?

Pourquoi, fondateur avec Rayer et Claude-Bernard de la Société de biologie, M. Robin s’est-il toujours évertué à infirmer son verdict sur la métallothérapie, en compagnie de M. le professeur iVulpian qui, comme lui, doit à cette Société sa première notoriété ? '

iPourquoi les» services que .nous avions rendus avec nos

armatures, pendant les épidémies de choléra, ne purent-ils jamais trouver grâce devant la commission du prix Bréant, pas plus que cette enquête « immense » {Vernois), qui dure encore, sur l’immunité des ouvriers en cuivre par rapport aux maladies infectieuses, qui, en attendant mieux, a eu pour effet de donner conscience de leur préservation spontanée, pendant que règne le fléau indien, à des milliers d’individus qui travaillent le cuivre sous une forme ou sous une autre j et pourquoi, tandis que cette commission passait sur nos innombrables recherches, M. Robin faisait— il attribuer un encouragement à un de nos adversaires qui n y avait d autre droit que d'avoir forgé une statistique minuscule pour infirmer la préservation cholérique que nous avions énoncée ?

Pourquoi l'heureux savant auquel une bonne fée, passant le Rhin, fit don d’un microscope à l’aurore de l’histologie, est-il devenu vis-à-vis de la métallothérapie un intransigeant jusqu'à en perdre le respect de lui-même; pourquoi l’a-t-il toujours niée ou défigurée à plaisir, même quand des Sociétés savantes, la Faculté à laquelle il appartient, le gouvernement, l'opinion publique, et l’homme illustre qui a élevé à la langue française l’immense monument que l’on sait nous donnaient raison et semblaient lui crier : « C’esi assez; » pourquoi, enfin, chose plus grave, durant près d’un quart de siècle^ M. Robin a-t-il chargé sa conscience d'en éloigner médecins et malades aussi bien par ses propres écrits que par ceux qu’il a inspirés?

Pourquoi?. . Est-ce parce que M, Robin ne trouva jamais la métallothérapie ni dans les doctrines positivistes de son premier maître, ni dans le champ de l’instrument chéri qui furent les origines de sa fortune politico-scientifique, ou parce que, n y faisant aucune place à la cellule, nous avions atteint l'histologiste en plein cœur? C’est probable ; mais ce que M. le professeur. Robin, dans sa franchise tardive, a seulement avoué, ce qu’il nous a autorisé à répéter, c’est que s^il se montra toujours d’une intransigeance si radicale à notre égard , si, durant tant d’années il se mentit à lui-même ; si, tout à la fois, il trahit l’humanité et la science et se conduisit envers nous de façon à légitimer toutes représailles, c’est, entendez-le bien, vous tous nos frères en la même ignorance :

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