PACTE DE 718 AVEC LA NEUSTRIE
Il nous reste à montrer comment le nouvel État, constitué en fait, fut reconnu en droit par les Francs eux-mêmes. C'est à la dernière lutte entre Neustriens et Austrasiens (714-719) qu'il dut ce succès, — le seul qui lui manquât encore.
Les Neustriens, à la mort de Pépin d'Héristall, avaient ressaisi leur indépendance, s'étaient donné un roi particulier, un Mérovingien appelé Ghilpéric, et avaient élu pour maire un seigneur de l'Anjou, homme énergique, appelé Raganfrid. Mais bientôt les Austrasiens, conduits par Charles-Martel, avaient ressaisi l'avantage ; les Francs de l'ouest, battus à Vincy en 717, voyant leur territoire envahi, appelèrent Eudes à leur secours :
(( Ghilpéric et Raganfrid dirigent une ambassade vers
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le duc Eudo, demandent son assistance, lui envoient le titre de roi (regnum) et des présents ^ »
Les autres chroniques disent plus brièvement la chose 2, le continuateur de Frédégaire est le seul qui fasse mention de ^ce regnum. Mais c'est un contemporain (il écrivait en janvier 736, v. Bouq., II, 4?)5) ; son témoignage a pleine valeur.
Regnum^ pour Adrien de Valois et nos meilleurs érudits, c'est le titre de roi avec les droits régaliens. Les premiers fondateurs de l'état toulousain, en usurpant la souveraineté, mais en continuant à reconnaître aux Mérovingiens une espèce de vague suzeraineté ^, ne s'étaient pas arrogé absolument tous ces droits, puisqu'en 680, à Moissac, on datait encore les actes publics du règne de Thierry III ^. On ne voit pas non plus que ni eux, ni leurs successeurs aient battu monnaie ; il n'existe du moins aucune pièce des ducs d'Aquitaine du vii° et du viii^ siècle. Mais ils avaient dû certainement, parmi les droits régaliens, saisir tous ceux qui avaient un caractère particulièrement utile^ la justice, l'impôt, le pouvoir militaire, le domaine public ^. Eudes possédait donc probablement, en fait, presque tout ce que lui offraient les chefs de la Neustrie. Toutefois, il n'était pas indifférent pour lui que ces droits lui fussent formellement reconnus par les Francs, et fussent consacrés par un titre solennel. Il faut donc croire que les