CHAPITRE III
DISPOSITIONS DE LA GAUIi'] MERIDIOXALK
Nous voyons quels ont été, de 612 à 628, les maîtres de l'Aquitaine. Reste à savoir comment elle a porté leur joug. Malheureusement, ici les faits manquent. Nous ne trouvons que deux faibles indices :
L'un, déjà signalé; la Novempopidana, avant 626, appelle l'étranger; Palladius et son fils Sidoc, évoque d'Helosa, conspirent pour ouvrir le pays aux Wascons et sont exilés sur la poursuite d'un duc appelé Aigina, qui commandait aux bords de la Garonne pour Glotaire II, c'est-à-dire représentait le pouvoir central parmi des populations qui n'en étaient guère éprises. Aigina était d'origine saxonne, nous dit Frédégaire dans un autre passage ^ Raison de plus pour que, complètement étranger aux intérêts et aux vœux du midi, il ait veillé rigoureusement sur l'autorité du maître (v. notes XV etXXIY).
Nous relevons l'autre indice dans un passage de Frédégaire ^, lu et traduit de'plus près qu'on ne l'a fait jusqu'ici :
On sait que Glotaire II eut deux fils : faîne, Dago-
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bert, qui lui succéda, et le second, Garibert, né -probablement vers 606 ^ Si nous interprétons exactement le passage de Frédégaire, dont on trouvera le texte dans une note (note VI), Glotaire II aurait, de son vivant, c'est-à-dire avant 628, concédé à son second fils Garibert les cinq comtés de Toulouse, Gahors, Agen, Périgueux et Saintes avec leurs revenus « à titre privé, pour son entretien ». Un pareil établissement ne pouvait ni déplaire aux populations méridionales, où persistait, non le sentiment de la nationalité, mais le désir de l'autonomie, — ni plaire à Aigina, dont il démembrait peut-être le commandement, dont il affaiblissait du moins le prestige. De là, une rivalité qui éclata, dès 627, au palais de Glichy, sous les yeux même de Glotaire : en pleine assemblée, Aigina égorgea audacieusement le gouverneur de Garibert, Ermenharius, son véritable rival sans doute. Glotaire apaisa le tumulte tant bien que mal, mais ne montra nul souci de venger la victime, comme si Aigina n'eût été coupable que d'un de ces excès de zèle qui se pardonnent toujours. Nous verrons bientôt l'autre conseiller de Garibert, son oncle maternel, Brodulf, ignominieusement pendu par ordre de Dagobert. On dirait, avoir de tels ressentiments, que les conseillers du jeune prince, — pour arracher à la cour de Glichy en faveur de leur maître d'abord un apanage, puis un royaume particulier (v. plus loin), — avaient fait appel à l'esprit de sécession, toujours vivant dans le midi.
Ainsi, dans la Gaule méridionale, avant 628, deux symptôm^es quelque peu significatifs apparaissent : sur la rive gauche de la Garonne, on appelle les Wascons ;