‹ Des origines du premier duché d'AquitaineChapitre 14 sur 158 · Frédé?-., c · texte numérisé non relu

Frédé?-., c

3i LIMIK l'IiEMllill

Garibert revendiquait sa part de patrimoine, l'Aquitaine méridionale aspirait à l'autonomie, Dagobert se résigna à les satisfaire du même coup ; par générosité comme par prudence, dit Frédégaire, « misericordia motus, consilio sapientium usus ^ », surtout par prudence, croyons-nous, il concéda à Garibert, à titre de souveraineté, les territoires des cinq cités suivantes : Toulouse, Gahors, Agen, Périgueux et Saintes, plus tout le pays compris entre ces cités et les Pyrénées « quod ab his versus montes Pyrenœos excluditur », sauf à conquérir cette dernière région, qui n'était autre que la Wasconie. Garibert fixa sa résidence à Toulouse. Ainsi, pour la première fois depuis les rois wisigoths, Toulouse redevenait la capitale d'un royaume. Les Aquitains obtenaient, en 628, ce que les Burgondes avaient depuis 561, ce qu'ils souhaitaient et réclamaient eux-mêmes depuis si longtemps : une existence distincte sous un roi mérovingien.

Le nouveau royaume comprit :

1° Les cinq comtés de Toulouse, Gahors, Agen, Périgueux et Saintes, longue bande de territoire à droite de la Garonne, espèce de marche militaire en face de la Wasconie ;

2° La Wasconie elle-même, sauf à la conquérir. Elle était alors bien réellement indépendante des Francs, car Frédégaire a l'air de la rattacher à l'Espagne ; il indique, comme limites entre la Gaule méridionale et l'Espagne, « les Pyrénées et les frontières de la Wasconie ^ » ;

3^ L'Albigeois^ le Rouergue et le Gévaudan, s'il faut

^2. Ibid.

'ji;oisij:.mi. sei/hon 3o

attribuer à notre Garibert un trions trouvé en Guvaudan, à Bannassac, sur les confins du Uouergue (v. note IX).

La Wasconie fut conquise très vite (v. note VIII) : « Totam Wasconiam cum exercitu superans suac ditioni redegit, aliquantulum largius fecit regni sui spatium ^. » Ainsi, ce peuple qui avait résisté aux armes de Ghilpéric, de Contran, aux victoires de Théodebert et de Thierry, à la toute-puissance de Glotaire II, qui s'était même agrandi constamment à leurs dépens, se serait soumis, en moins de deux ans, au petit roi de Toulouse! Il est vrai que les termes du chroniqueur excluent l'idée d'une soumission tout-à-fait spontanée. Garibert se présenta « avec une armée ». G'est un de« ces arguments décisifs qu'un souverain ne néglige guère, ne fût-ce que pour lever les derniers scrupules et prévenir les arriére-pensées. Mais la rapidité de l'occupation (628-630) ne laisse pas entrevoir une résistance obstinée. La chose surprendra moins si l'on se rappelle la distinction que nous avons faite entre la haute et la basse Wasconie; il est probable, — d'abord, que le pays conquis par les montagnards, la basse Wasconie, qui, en 626, n'englobait pas encore Helosa, devait aller en 628 jusqu'à la Garonne et correspondre entièrement à la Novempopidana , car on ne peut guère admettre que Dagobert ait gardé quoi que ce soit entre les Wascons et les cinq comtés cédés à Garibert; — en second lieu^ que cette région, qui avait appelé les Wascons en haine de l'administration franque (notre ennemi, c'est notre maître), mais qui tenait moins aux Wascons qu'à son autonomie, dut accueillir sans trop de répugnance

3(> ÏAMMi PnVMlKW

le nouveau roi, le souverain que l'Aquitaine s'était fait donner. Son avènement ne réalisait-il pas le rêve des populations méridionales : un gouvernement particulier, un roi à Toulouse?

Quant à la haute Wasconie, subit-elle vraiment la domination de Garibert, comme le chroniqueur semble le dire? Réserva-t-elle son indépendance, en s'en tenant à une alliance qui n'engageait pas l'avenir? Questions insolubles. Même dans le second cas, elle aurait fait cause commune avec le royaume de Toulouse.

En somme, Garibert avait arraché à son frère toute la rive droite du bassin de la Garonne et la soumission de la Wasconie lui en assurait toute la rive gauche (v. note X) : sa capitale, Toulouse, était au centre du bassin. Le nouvel État, au point de vue géographique, était donc viable. L'était-il également au point de vue ethnographique? Assurément, entre les populations de la rive gauche de la Garonne (Aquitains et Basques, c'est-à-dire Ibères ^ ) et celles de la rive droite (Geltes latinisés 2), il y avait une différence essentielle. Mais de même que dans le nord la fédération des Francs et des Gaulois, d'une race conquérante et d'une nation civilisée, donnait alors naissance à un grand peuple, de môme, aux bords de la Garonne, de l'alliance des Wascons et des Gallo-Romains allait sortir une nationalité nouvelle. Gette union, réalisée un instant en 630, nous semble le caractère original de la période dans laquelle nous entrons. Elle sera bientôt dissoute par la force des armes, mais se reformera moins d'un demi-siècle après (entre 660 et 670), pour durer jusqu'aux derniers jours

1. E. Desjardins, Gëogr. de la Gaule romaine, II, ch. iv, § l^^".

Page 1