‹ Des origines du premier duché d'AquitaineChapitre 21 sur 158 · Frédés-.. c · texte numérisé non relu

Frédés-.. c

qlathiï;me section io

comme un premier corps, précédant la grande armée burgondo-aquitaine, que la nouvelle du rapide triomphe de Sisenand dut arrêter en route (v. note XIII).

En somme, Dagobert avait montré ses armes au delà des Pyrénées. Le fait ne se reproduira pas avant un siècle et demi (630-778), avant Gharlemagne.

Mais bientôt Dagobert eut à défendre son autorité au nord même des Pyrénées. Il était décidément difficile à l'empire franc de se maintenir sur la Garonne sans assaut. Dès 635, les Wascons, qu'on avait pu croire les uns soumis (basse Wasconie), les autres rejetés dans leurs montagnes (haute Wasconie), reprirent les armes. Commençons par citer tout au long le témoignage de Frédégaire ^ le seul, du reste, que nous possédions là-dessus :

« Anno XIV regni Dagoberti 2, cum Wascones fortiter rebellarent et multas prsedas in regno Francorum quod Gharibertus tenuerat facerent, Dagobertus de universo regno Burgundiae exercitumpromovere jubet, statuens eis caput exercitus nomine Ghadoindum, Referendarium, qui temporibus Theuderici quondam régis multis prœliis probatur strenuus : qui cum decem Ducibus cum exercitibus, id est Arimbertus, Amalgarius, Leudebertus, Wandalmarus, Waldericus, Ermenus, Barontus, Ghairaardus ex génère Francorum, Ghramnelenus ex génère Romano, Wilibadus patricius ex génère Burgundionum, Aigyna ex génère Saxonum, exceptis comitibus plurimis qui Ducem super se non habebant, in Wasconia cum exercitu perrexissent, et

2. C'est-à-dire en G35, Frédéyaire datant de 022, avènement de Dagobert en Aiistrasie.

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tota Wasconia} patria ab exercitu Burgundiœ fuisset repleta, Wascones de inter montium rupibus egressi ad

bellum properant »

Arrêtons-nous; on trouvera plus loin la suite, — la défaite et la soumission des Wascons. Pour le moment, examinons ce que fut l'invasion, puis quelles mesures on prit pour la refouler :

On voit d'abord que ce ne fut pas un soulèvement de l'Aquitaine, mais, — ce qui est fort différent, — une invasion en Aquitaine des Wascons révoltés. Le texte du chroniqueur ne laisse aucun doute à cet égard. Néanmoins l'affaire fut grave, Frédégaire le dit expressément (fortiter), et les vastes préparatifs de Dagobert, dont nous parlerons tout à l'heure, suffiraient à le prouver. Il est évident, en outre, que ce ne fut pas une simple descente de ces tribus montagnardes qui avaient probablement ééchapp, en 630, à Dagobert (Soûle, basse Navarre, Labourd) ; la révolte gagna au moins les cités de la basse Wasconie qu'avait ressaisies Dagobert, puisque le chroniqueur parle d'une rébellion et ajoute qu'elle étendit ses ravages dans le royaume de Toulouse

« in regno Francorum quod Gharibertus tenuerat »

Le mouvement dépassa-t-il la Novempojmlaiia, franchitil la Garonne? On peut l'induire et du langage de Frédégaire et du grand appareil guerrier que déploya le roi des Francs pour en triompher. Mais on ne saurait, sans inventer, aller au delà (v. note XIV).

Après avoir ramené ce soulèvement à ses proportions vraies, voyons comment les Francs en eurent raison : Dagobert fit publier son ban de guerre dans toute la Burgondie ce de universo regno Burgundiée exercitum promovere jubet ». Gela doit s'entendre de la Burgondie et de l'Aquitaine réunies, car on ne s'expliquerait pas

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que Dagobert, pour marcher sur la Garonne, eût appelé les guerriers burgondes sans convoquer aussi les contingents de la Gaule méridionale. D'ailleurs, si les Burgondes eussent été appelés seuls, sans les Aquitains, on pourrait se demander pourquoi les Burgondes plutôt que les Neustriens? Toulouse, à vol d'oiseau, est à 375 kil. de Lyon, 425 de Tours, 500 d'Orléans. Sans pouvoir établir avec précision les distances par les routes qui existaient alors, nous présumons que les proportions devaient rester sensiblement les mêmes. Gela ne constitue pas, entre Toulouse et Lyon d'un côté, Toulouse et Tours de l'autre, une différence tellement considérable. Pourquoi donc les Neustriens n'ont-ils pas marché? Dira-t-on que Frédégaire, étant probablement Burgonde ^ attribue à ses compatriotes, en toute circonstance, un rôle prépondérant ou môme les met seuls en scène? Nous croyons qu'il faut tenir peu de compte de cette hypothèse, surtout ici; le langage du chroniqueur est trop formel. Faut-il dire, comme nous avons fait ailleurs (notes, p. 219), que Dagobert, à l'exemple de son père, s'appuyait de préférence sur la Burgondie et se défiait peut-être des Neustriens? Mais ce n'eût pas été une raison suffisante pour se priver des contingents de la Neustrie s'ils eussent été nécessaires, si l'on n'avait pu s'adresser, dans la Gaule méridionale, qu'à ceux de la Burgondie proprement dite. Toutes ces difficultés disparaissent si l'on admet le fait dont nous avons déjà fourni tant de preuves, l'annexion administrative de l'Aquitaine à la Burgondie : contre l'irruption des Wascons, Burgondes et Aquitains^ ne formant qu'un seul Etat, furent convoqués ensemble; Non-seulement

l. 1). lluiiiari. ;ip. l5o(U|.. II. p, \'V>.

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Dagobert eut ainsi une armée plus que suffisante, mais encore un simple coup d'œil sur la carte montre que la Neustrie, en l'état, n'était tenue à rien.

La description de l'armée franque est singulièrement ambitieuse ; l'énumération des chefs a une allure presque épique, le style s'élève, les détails caractéristiques apparaissent, ce n'est plus la platitude sèche à laquelle

le chroniqueur nous a habitués Est-ce là un de ces

fragments de chansons guerrières que l'érudition moderne a cru retrouver en plusieurs passages de Frédégaire et de ses continuateurs? On le dirait. Mais, laissant cette question étrangère à notre sujet, essayons de tirer de ces renseignements une nouvelle preuve du fait que nous voulons démontrer, Tannexion administrative de l'Aquitaine à la Burgondie :

Le référendaire Ghadoind commande l'armée; sous lui, marchent le patrice Willibad et dix ducs, dont nous avons les noms. Si nous cherchons où ces chefs commandaient, nous saurons sûrement d'où leurs soldats étaient tirés : or, Willibad est patrice en Burgondie ; Ghadoind, Amalgarius, Ermenus sont des seigneurs puissants en Burgondie, c'est prouvé par le peu que nous connaissons de leur histoire; Chramnelenus aussi; Barontus et Aigina exercent des commandements en Aquitaine (v. note XV). Ainsi, voilà sept chefs sur douze qui ne peuvent conduire que des contingents burgondes ou aquitains. Et les cinq autres? Nous ne savons rien d'eux. Mais, en tout cas, aucun des douze, à notre connaissance, n'a été en charge ni n'a eu un rôle soit en Neustrie, soit en Austrasie. C'est donc bien une armée méridionale que Dagobert dirige sur la Garonne. Eh bien, comment Frédégaire qualifîe-t-il cette armée de méridionaux où à côté des éléments burgondes figu-

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rent incontestablement des éléments aquitains? Dit-il qu'elle a été levée en Burgondie et en Aquitaine? Non, il dit qu'elle a été levée « dans tout le ressort du royaume de Burgondie, cxuniverso regno Burgundiœ ». C'est la Burgondie prise dans sa plus grande extension . De ce langage compréhensif, très clair pour nous, ressort nécessairement la conclusion à laquelle nous sommes déjà arrivés tant de fois, à savoir que la Burgondie comprenait alors toute la Gaule méridionale, des Alpes à l'Océan. Suivons maintenant la campagne avec Frédégaire : <c L'armée de Burgondie remplit toute la Wasconie (la basse, évidemment); les Wascons, descendant de leurs montagnes et de leurs rochers, présentent la bataille, puis, selon leur coutume, voyant qu'ils ont le dessous, tournent le dos, cherchent une retraite dans les gorges des vallées et des monts pyrénéens, et vont se poster dans les lieux naturellement fortifiés qu'offrent ces montagnes escarpées ; les dix corps de l'armée franque s'avancent derrière eux ; des Wascons vaincus, un grand nombre est pris, un grand nombre tué; leurs maisons sont incendiées, leurs biens meubles et immeubles pillés. Enfin, les Wascons accablés, domptés, demandent aux chefs de l'armée le pardon et la paix, promettent de se rendre en la glorieuse présence du roi Dagobert, de se remettre en sa puissance, d'exécuter tout ce qu'il ordonnera. Ainsi l'armée franque aurait heureusement, sans perte aucune, regagné ses foyers, si le premier corps, celui du duc Arimbert,ne s'était laissé surprendre par les Wascons, dans un moment de négligence, au fond du val de Soûle. Le duc Arimbert y périt, avec les seigneurs et les plus nobles des siens ^ »

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