LA DÉSORGANISATION ADMINISTRATIVE
§ 1 . — Elle précède et prépare la séparation des provinces méridionales.
Nous savons maintenant quels furent, au vu" siècle, après 638, les maîtres officiels de TAquitaine.
Nous avons pu constater aussi que cette souveraineté nominale des rois francs se maintint au sud de la Loire et dans la vallée inférieure du Rhône bien plus longtemps qu'on ne l'a cru ^... A Bordeaux entre 670 et 673, à Embrun en 677, à Moissac en 680, à Lyon en 685, à Poitiers en 689, à Vaison en 692, en Berry, en Vivarais en 695, en Auvergne en 699, à Marseille en 695 et même en 716, on agit toujours, du moins en apparence, au nom des rois francs.
Si nous abordons à présent une série de faits toute différente, nous allons chercher ce qui se passait sous cette surface; nous essaierons de surprendre le travail, tantôt visible, tantôt à demi-caché ou même tout-à-fait mystérieux, qui, entre 638 et 718, a détaché l'Aquitaine de l'empire franc lambeau par lambeau ; travail telle-
1. Pour M. Fauriel (IIL 38-40), la souveraineté des rofe francs disparaît en Aquitaine et à Lyon dès 674.
ment silencieux que parfois le lien, alors môme qu'il ne tient plus, semble subsister encore.
M. Fauriel, trouvant l'Aquitaine, quatre-vingts ans après Dagobert, en pleine possession de son indépendance, a vu dans cette révolution un phénomène exclusivement national, « un mouvement de contre-conquête, qui commence au pied des Pyrénées, se renforce peu à peu, se propage ensuite à travers la Wasconie entière, et de là, gagnant l'Aquitaine, y réveille partout l'antique énergie, abattue ou déjouée par l'horrible régime des fils de Glotaire, et ravive enfin la vieille lutte des Aquitains contre les Francs ^ » . Il admet bien que « le relâchement extraordinaire des pouvoirs de la conquête franke, durant la dernière lutte de la Neustrie et de l'Austrasie ^ », favorisa l'affranchissement de l'Aquitaine, mais il n'insiste guère là-dessus ; il paraît ne voir, entre la Loire et les Pyrénées, dans cette confuse période de quatre-vingts ans, que l'.insurrection d'une race opprimée contre ses vainqueurs.
Cette conception, même dégagée des événements romanesques inventés par la charte d'Alaon, est séduisante; elle ramène tout à une seule idée, peu compliquée, familière à tous les esprits depuis Augustin Thierry; elle semble éclairer cette histoire obscure. Mais elle est visiblement insuffisante. Une insurrection nationale aurait eu, pour caractère presque nécessaire et plus encore pour résultat, l'unité ; or, à la fin du vii"" siècle, nous apercevrons en Aquitaine trois ou quatre centres d'autorité (v. plus loin, p. 141, P'' section, chap. v), sans compter ceux qu'on peut soupçon-