‹ Des origines du premier duché d'AquitaineChapitre 38 sur 158 · Faui'iel, III · texte numérisé non relu

Faui'iel, III

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ner sans les connaître. D'ailleurs, si la lutte des races était la marque originale de cette période, si les Aquitains, au lieu de ressaisir leur indépendance cité par cité, à mesure que le pouvoir central affaibli se retirait d'eux, s'étaient levés ensemble pour la reconquérir par les armes, il y aurait eu des chocs dont quelques échos auraient roulé jusqu'à nous. Dans les documents confus, incohérents, assez nombreux en somme, qui nous restent sur cette époque, nous retrouverions, sinon la bataille elle-même, au moins ses traces répétées. En est-il ainsi? A y regarder d'aussi près que possible, nous ne pourrons relever (comme on le verra plus loin) qu'un très petit nombre d'incidents impliquant des luttes isolées; les autres circonstances révèlent plutôt une lente révolution ou mieux encore une longue décomposition administrative qui précéda, prépara et permit cette i< contre-conquête » qui seule a frappé l'historien. S'il nous était permis, pour mieux expliquer notre pensée, d'emprunter le langage de l'histoire naturelle, nous dirions que la décomposition administrative fut le phénomène premier, la condition nécessaire sans laquelle le développement du ferment national n'aurait pas eu lieu, tandis que le lecteur pourrait croire, en suivant M. Fauriel, que la formation de l'état toulousain avec Caribert en 628, avec Félix en 660, a été le fait spontané, primordial, qui aurait précédé et accéléré cette dissolution.

II. — Elle est favorisée par V indifférence du pouvoir central • pour les provinces du midi.

Voyons d'abord par quel concours de circonstances.

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de Dagobert à Gharles-Marlel , le pouvoir central détourna son attention de l'Aquitaine.

En premier lieu , entre G38 et 673 , l'histoire de la royauté franque n'est guère qu'une longue suite de minorités :

En Neustro-Burgondie, Glovis II devient roi à l'âge de quatre ou cinq ans, et meurt à vingt-trois ans, à peine majeur; sa mère, Nantechilde, ses conseillers, /Ega, Erchinoald en Neustrie, Flaochat en Burgondie, régnent pour lui.

En Austrasie, Sigebert , roi à huit ans, disparaît à vingt-six, ayant été constamment gouverné par Pépin de Landen, Arnould, évêque de Metz; Ghunibert, évoque de Cologne; Anségise, fils d'Arnould; Grimoald, fils de Pépin.

Après Glovis et Sigebert, morts en 656, on ne proclame d'abord qu'un seul roi, Glotaire III, fils de Glovis, qui ne pouvait avoir, à son avènement, que sept ans au plus (Glovis ayant épousé sa mère Bathilde en 649). Glotaire règne sous la tutelle de Bathilde, des maires Erchinoald et Ébroïn, et meurt en 670, ayant au plus vingt et un ans.

Le second fils de Glovis, Ghildéric II, fait roi d'Austrasie en 660, à dix ans, puis roi de Neustrie en 670, règne d'abord sous la tutelle de sa tante Himnechilde et du duc Wulfoald, puis sous la direction de l'évêque Léodegaire; il est assassiné en 673, à vingt-trois ans, au moment où il semblait vouloir être roi.

Ainsi, c'est à peine si les princes de ces deux générations dépassent leur majorité; les femmes, les maires du palais, les ducs, les évoques gouvernent pour eux. De là, des directions incohérentes, contradictoires, qui durent amener un relâchement de l'autorité souveraine,

surtout au sud de la Loire ou sur le Rhône inférieur, loin du centre. Une seule fois dans cette période, à notre connaissance, la royauté franque intervient activement dans le midi : Ghildéric II fait comparaître devant lui, à Autun, l'évêque d'Auvergne, Preejectus, et le.patrice de Marseille, Hector ^ C'est au moment où, devenu majeur et maître de tout l'Empire, il paraissait vouloir gouverner par lui-même ; l'aristocratie franque ne lui en laissa pas le temps.

Pour la période suivante, qui va de 675 à 687, avonsnous besoin de rappeler ce qui la remplit? C'est le duel formidable de la Neustrie et de l'Austrasie, d'Ébroïn contre l'aristocratie. La lutte se concentra dans le nord; de toutes les cités du midi, je ne vois que Poitiers et Lyon qui y aient été mêlées. La Gaule méridionale, presque oubliée dans la fureur du combat, peut-être évacuée par tout ce qui restait chez elle de conquérants (la Neustrie ne pouvait appeler trop de monde aux sanglants rendez-vous de Latofao et de Testry), dut se trouver en fait rendue à elle-même. Après trente-cinq ans de minorités successives, quatorze ans de guerres civiles! Il n'en fallait pas tant !

De 687 à 714, Pépin d'Héristall accomplit une œuvre éclatante entre toutes : il refit une nation, — ce qui permit à ses successeurs de refaire un gouvernement. Depuis soixante-dix ans, l'empire franc au delà du Rhin s'en allait en morceaux ; tous ses anciens tributaires. Frisons, Saxons, Thuringiens, Alamans, Bavarois, avaient repris leur indépendance; l'ennemi campait en face de Cologne. Pépin montra aux guerriers d'Austrasie et de Neustrie cette nouvelle invasion germanique ; ces leudes

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