CHAPITRE II
LA GAULE MÉRIDIONALE TOUT ENTIÈRE, DE 612 A 628^ DÉPENDIT DU ROYAUME DE BURGONDIE
Pendant ce temps, que devenait l'Aquitaine? Et d'abord, à qui appartenait-elle ?
Nous ne croyons pas que cette question, pour le vu" siècle, ait jamais été traitée, ni même posée. Essayons de la résoudre :
En 584, les trois royaumes francs : Neustrie, Austrasie, Burgondie, avaient chacun une part de l'Aquitaine (Longnon, Atlas, pi. v).
A la mort de Ghilpéric, la Neustrie perd toutes ses possessions au sud de la Loire (ibid., pi. vni). Fait considérable et (personne ne l'a remarqué, ce nous semble) définitif, — à partir de 585, les Neustriens affaiblis ne repassent plus le fleuve.
Les Austrasiens et les Burgondes continuent, de 585 à 612, à travers des fortunes diverses, à se partager la région; on peut en voir, dans M. Longnon, le savant détail (pi. jx, X, xi). Mais ses recherches ne dépassent pas l'année 600 ; après cette date, il nous faut marcher sans guide. Or, aucun fait n'indique que, de 600 à 612, la division du midi entre les deux fils de Ghildebert II, réglée en 596, ait été en rien modifiée. Mais les défaites de l'Austrasie en 612 (Toul et Zulpich) décidèrent, pour
DKIMKMK SKCTION 2,)
un quart de siècle, du sort de l'Aquitaine. Le roi de Burgondie, Thierry, après avoir vaincu et mis à mort son frère Théodebert, s'empara de ses États. Dès lors, roi de Burgondie et d'Austrasie, il fut naturellement le seul possesseur de l'Aquitaine. Seulement, l'Aquitaine n'était pas, comme l'Austrasie ou la Burgondie, un royaume organisé, ayant son gouvernement propre, son administration particulière ; c'était un territoire conquis, administré ou plutôt exploité par ses maîtres ; aussi doit-on se demander auquel de ses deux royaumes (Burgondie ou Austrasie) Thierry le rattacha. La réponse ne saurait être douteuse : l'Aquitaine fut annexée au royaume vainqueur, à la Burgondie, et soumise à l'administration burgonde (note III).
Thierry mourut en 613. Glotaire II, mis à la tête de tout l'empire franc par une révolution subite (où nous croyons que la part principale revient à la Burgondie, dont l'annexion de l'Aquitaine avait doublé le territoire et la puissance i), paraît n'avoir rien changé aux limites et à l'organisation des trois royaumes ; on ne voit nulle part qu'il ait rien rendu à la Neustrie de ses anciennes possessions au sud de la Loire ; quant à l'Austrasie, il lui dénia constamment les provinces méridionales qu'elle aurait pu revendiquer, deux passages de Frédégaire nous l'attestent, le premier implicitement, le second en termes formels. Les voici :
En 622, Glotaire est contraint de donner son fils Dagobert pour roi à l'Austrasie, et restitue ainsi à la France orientale son existence distincte, mais non ses anciennes limites ; il garda, s'il faut traduire Frédégaire