‹ Des Origines et des Modes de Transmission du CancerChapitre 7 sur 36 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Les origines du cancer ; influences générales et causes locales ;

la théorie parasitaire.

Si nous nous proposions d'étudier tour à tour les difié-

üter, ce que l'observation clinique a démontré Wngtemps, ou d'autre part, pour ce qui a trait à

ous devrions nous engager, en raison de notre ign@ance complète à cet égard, dans une voie purement hypothétique qui nous ferait sortir entièrement du domaine des faits. |

RÔLE DE L'HÉRÉDITÉ. — En ce qui concerne l’hérédité, qui a été, de tout temps, considérée comme exerçant une influence des plus indiscutables sur le développement des néoplasmes, nous nous bornerons à constater la tendance manifeste que l’on à aujourd’hui à ne lui attacher qu’une importance relativement minime dans l’étiologie du cancer. Cest ainsi que M. Guelliot, dans un intéressant travail

RS

consacré à la question de la contagion du cancer (1), pense que l’hérédité ne peut être invoquée que dans 10 à 15 p. 100 des observations, au maximum. H. Snow, sur 4075 cancéreux, n’a rencontré des antécédents que dans 15,7 p. 100 des cas, et,. d'autre part, en prenant 78 personnes bièn portantes, il a trouvé 17 à 19 d’entre elles ayant au moins un Cancéreux dans leur famille. M. Fabre, dans une thèse récente (2) admet même que lhérédité n'existe que dans 1/7 dés cas, et enfin M. Fiessinger, dans un mémoire basé sur de nombreuses observations personnelles (3), considère cette proportion comme supérieure à la vérité.

Il n’est guère possible d'établir par des chiffres indiseutables la part de l’hérédité dans le développement des

tumeurs, attendu que beaucoup d'observations, dans’ lesquelles on constate l’absence d’antécédents , AMtaires, peuvent n'être mueltes à ce sujet qu’en raison ’insuffisance des renseignemenis recueillis. 2 Ce

On peut dire, en effet, que, malgré l’impossffité dans laquelle on se trouve fréquemment de relever. Ez les cancéreux la moindre tare héréditaire, il n’emffest pas moins certain que, d'autre part, il est d'u bservation

courante de voir, dans des générations successives, l’héré-

dité cancéreuse se manifester de la facon la plus nette, témoignant, sinon d’une vulnérabilité héréditaire de tel ou tel organe, tout au moins d’une prédisposition générale aux néoplasmes malins.

L’hérédité ne nous donne, d’ailleurs, aucun éclaircissement sur la nature des cancers, et particulièrement au

(1) Guelliot. Gaz. des hôpitaux, 1892, p. 1209. É (2) Fabre. Dela contagion du cancer. Th: de Lyon, juillet 1892. (3) Fiessinger. Pathog'énie du cancer. Revue de Médecine, 1893, p. 17,

Moi

point de vue de la théorie parasitaire, dont nous allons parler bientôt, car on peut voir simplement dans la transmission héréditaire une hérédité de (errain, sans qu'il soit nécessaire d'admettre une transmission directe de germes pathogènes, de la mère au fœtus, malgré les très rares observations de cancers congénitaux que nous possédons actuellement.

RÔLE DE L'ALIMENTATION. — L'alimentation a été considérée comme pouvant avoir une influence sur la production des cancers, soit en créant un terrain spécialement prédisposé, soit en servant de véhicule à l'agent infectieux dont on soupçonne l'existence.

Les vétérinaires, et notamment M. Leblanc, dont on connait les importants travaux sur la pathologie comparée du cancer, ont remarqué que, parmi les animaux, les carnivores semblaient beaucoup plus aptes que les autres à devenir Cancéreux, et, d'autre part, quelques auteurs pensent avoir relevé chez l’homme des observations qui concordent avec cette manière de voir. C’est ainsi que M. Verneuil, au Congrès de chirurgie de 1889, rappelait que, d’après les documents recueillis à ce propos par M. Reclus, les populations exclusivement végétariennes restaient presque entièrement indemnes au point de vue des affections cancéreuses. On a même fait, sans résultat, des expériences à ce sujet, et M. Regnault, par exemple, a pensé à soumettre des herbivores à une alimentation animale, en nourrissant des moutons avec du sang desséché. |

Rappelons enfin que, tout récemment, MM. les professeurs Verneuil et Roux ont attaché une certaine importance à l'influence nocive de la viande de porc dans l’étiologie du

cancer (1); M. Fiessinger (2), qui a dirigé son attention sur ce point, n’a pu relever aucun fait probant à l'appui de cette manière de voir et n’a observé aucun rapport entre la consommation de la viande de porc et la fréquence du cancer.

Dans un travail également récent, où il insistait sur la fréquence du cancer dans quelques communes normandes, M. Arnaudet (de Cormeilles) a incriminé l’eau et surtout le cidre comme servant de véhicule ‘aux agents vecteurs du cancer.

M. Brunon (de Rouen) a eu l’idée de faire sur cette question une enquête auprès de ses confrères normands ; les uns ont déclaré qu'ils croyaient à l’influence de l’eau et à celle du cidre, mais sans fournir d'arguments à l'appui de leur opinion ; les autres ont, au contraire, repoussé cette idée, en faisant remarquer que le cidre est presque partout fabriqué, en Normandie, avec de l’eau de mare souvent mêlée d’eau de fumier, et que tout le monde en boit, sans que, cependant, le cancer soit plus fréquent qu'ailleurs (3).

RÔLE DE L'INFLAMMATION. — Parmi les causes locales incriminées par les auteurs comme pouvant avoir une importance plus ou moins grande, l’inflammation est notée dans un grand nombre d'observations; c’est ainsi que Sprenger a pu, sur 30 p. 100 des malades atteintes de cancers du sein, retrouver des mammites dans leurs antécédents.

La plupart des auteurs classiques admettent la possibilité de la transiormation de certaines lésions inflammatoires chroniques en néoplasmes malins.

(1) Gazette hebdomadaire, juin 1893.

(2) Étiologie du cancer, Repue de médecine, 1893, p. 707. (3) Semaine médicale, 1892, Annexes, p. CCXLVI,

Mi =

En réalité, il est difficile de se rendre compte en clinique de l’instant où une lésion, considérée jusqu'alors comme bénigne, cesse de l'être et mérite alors d’être rangée dans le groupe des lésions cancéreuses, et, comme d'autre part, l’anatomie pathologique ne nous a pas montré d’une façon suflisamment nette le processus suivant lequel se font ces transiormations, on ne sait pas actuellement quelle part peut prendre l’inflammation dans la production du cancer.

Nous avons nous-même cherché à nous rendre compte expérimentalement de ce que peut faire l’inflammation entretenue expérimentalement par une irritation mécanique fréquemment renouvelée, ou par certains produits, comme la suie et le goudron, qu’on a souvent accusés précisément de donner chez l’homme des inflammations capables de se transformer ensuite en lésions cancéreuses. Notre expérience, à ce point de vué, ne repose pas sur des faits suffisamment nombreux pour que nous puissions déjà nous croire autorisés à en tirer une conclusion. Aussi nous contenterons-nous de mentionner une expérience dans laquelle nous avons, sans aucun résultat, entretenu pendant cinq mois une inflammation chronique chez le chien, en combinant l’action d’un grattage à la curette à l'application de suie sur des surfaces épithéliales fréquemment avivées. (Voir expérience LXXII).

On sait que l’on admet généralement que Pirritation produite par la suie peut amener la formation d’un cancer, et M. Spencer (1) a démontré récemment la présence de granulations de suie dans les cellules de l’épithélioma des ramoneurs; dans l’expérience à laquelle nous venons de faire allusion, il nous a été facile, sur des coupes de

(1) Spencer. Société de médecine de Londres, 1890.

végétations inflammatoires obtenues expérimentalement, de retrouver, à une assez grande distance de la surface libre de ces végétations, des granulations de suie contenues à l’intérieur de ieucocytes: mais en aucun point nous n'avons pu constater la formation de bourgeons épithéliaux, ni mème la moindre prolifération du revêtement épithélial de la surface traumatisée et chroniquement enflammée.

INFLUENCE DES TRAUMATISMES. — Au sujet de l'influence des traumatismes, si souvent invoquée dans les observations de tumeurs malignes, nous avons, à plusieurs reprises, cherché expérimentatement à favoriser le développement de greffes cancéreuses dans des tissus épithéliaux en soumettant ces tissus à des traumatismes plus ou moins violents, sans que le résultat ait été appréciable (voir expériences xxxH, xXLVI, etc.). Dans d’autres expériences, nous avons simplement traumatisé à plusieurs reprises, chez le chien, des organes glandulaires, sans obtenir autre chose que des tuméfactions passagères. La durée de ces expériences, qui, dans un seul cas, a dépassé quatorze mois, est en réalité trop courte pour que nous soyons en droit, malgré l’absence des plus minimes lésions, constatée au microscope, d’en conclure que le traumatisme puisse être rayé de la liste des causes participant au développement des tumeurs malignes, alors qu’on doit au contraire chercher à préciser ce rôle du traumatisme, notamment dans des cas d’épithéliomas traumatiques par greffe dermique, dont M. Christiani a rapporté récemment des exemples dans la Revue de chirurgie,

D'ailleurs tous les facteurs que nous venons d’invoquer ne peuvent avoir qu'une influence en quelque sorte prédisposanie et non pas déterminante, et tout l'intérêt actuel

de AE

de la question de létiologie des cancers réside dans la recherche de la cause déterminante, qui, seule, peut expli: quer leur apparition le plus souvent tout à fait spontanée en apparence.

La théorie ancienne, considérant les cancers comme Je résultat d’une simple aberration histologique, théorie si nette ment précisée par Conheim, ést aujourd’hui bien délaissée, et dans les travaux récents, la plupart des auteurs, sans même répondre aux arguments que l'anatomie pathoiogique leur oppose, réservent toutes leurs préférences pour la (héorie nouvelle, la théorie parasitaire, sur laquelle, nous allons maintenant nous arrêter longuement.

THÉORIE PARASITAIRE, — Ïl serait oiseux d’énumérer les considérations multiples que l’on a tirées des faits cliniques et anatomo-pathologiques, pour rendre vraisemblable Fhypothèse de la nature parasitaire du cancer, avant qu'on ait tenté d’en donner expérimentalement une démonstration rigoureuse; ces considérations ont été, d’ailleurs, particulièrement bien exposées dans un mémoire publié en 1885 par M. Ledoux-Lebard, dans les Archives générales de médecine, ainsi que dans des travaux antérieurs, parmi lesquels nous rappellerons ceux de Nedopil, Butlin, Harrison, Cripps, etc.

THÉORIE MICROBIENNE. — En présence des résultats fournis par la bactériologie dans l’étude des problèmes les plus compliqués de la pathologie générale, l’idée de soumettre au contrôle de la bactériologie l'hypothèse de la nature infectieuse des cancers devait tenter bien des expérimentateurs, ef, de 1887 à 1890, on voit, en effet, paraitre successivement les travaux de Rappin, Scheuerlen, Schill, Domingos Freire, Perrin et Barnabei Sanarelli, Francke, Koubassoff, qui, chacun

Page 1