INVASION M8 VARA60-BU8SIS CHEZ LES SLAVES DE RUSSIE
Dès avant Jésus-Christ des aventuriers partis des o6tes de la Suède, avaient fondé des forteresses parmi les Slaves du Nord, et on pourrait croire qu'ils exploitaient ces vastes contrées à peu près comme les marchands de Londres exploitent aujourd'hui l'Indos* tan. Les plus anciennes sagas Scandinaves sont pleines de récits de combats contre le pays d' Austrovegr et de Khunigardr (la Russie primitive). Souvent les peuplades slaves , en se confédéraiit entre elles , parvenaient à chasser leurs conquérants , et jouissaient quelque temps de l'indépendance. Mais leur peu d'intelligence des intrigues politiques les ramenait bien vite sous le joug. C'est de cette manière que la tribu normande appelée Vanego-Russe, parvint, au milieu du nenvième siècle, h s'emparer du pouvoir dans la république de Novgorod, dont les habitants portaient alors le nom de Slovènes.
ORIGINIS BOHÈMES tt RUSSKS., <Oft
11 est carieux d* entendre à ee sujet le vénérable Nestor : a L*an du inonde 6367 (qui répond à Fan de J.-G. 859), les Varœghes, venus d'au-delà de la mefi soumirent au tribut les Finnois, les Slovènes et les Krivitcbes. Et même les Kosars obligeaient les Pola* nés, les Sévériens et les Viatitcbes à payer une peaa d* écureuil blanc pour chaque maison. Tout à coup les Slovènes refusèrent le tribut, et renvoyèrent les Varaeghes de 1* autre côté de la mer. Alors ils commencèrent à se gouverner eux-mêmes; mais, faute d'une justice équitable, les familles se levèrent les unes contre les antres, et leurs querelles provoquaient des guerres intestines. Le peuple enfin délibéra et dit : Cboisissons-nous plutôt un seul prince, qui nous gouverne et nous dicte la loi. Et on envoya une députation au-delà de la mer chez les Yarœglies, qui étaient alors divisés en plusieurs brancfies, telles que les Suédois, les Angles, les Urmani (Normands), les Goths et les Busses. Les ambassadeurs finnois, Slovènes, vesses et krivitcbes, s'adressèrent aux princes varœgo-russei et leur dirent : Notre pays est grand et fertile, mais il est mal gouverné; venez commander sur nous. Aussitôt trois frères, Rurik , Sineus et Truvor, partirent, emmenant avec eux tous les Russes. L*atné d'entre eux, Borik, s'établit à Novgorod, Sineus se fixa à Bielo* lezero, et Truvor à Isborsk ; et ces étrangers ont donné à la Russie son nom. d
Voilà ce qu'écrit Nestor sur l'origine du peuple et
IkOt LE Mom>& sLAVfi.
DIS RUTI^lflBHS ST M LBOR 0RI6INK , ESSIHTIILLIMBNT DISTINCTB Dl CBLLB DK8 RUSSES.
Nous avons essayé de prouver que la colonisation slave de la Russie est bien postérieure à celle de U Pologne , qui est elle-même moins ancienne que celle de r Illyrie. Ceci mène à un fait très grave qui n*a pas été observé : c'est que les Vendes illyriens avaient d^à jeté sur les versants orientaux ou russes des Karpathes un certain nombre de tribus longtemps avant que les colonies lekbites, parties de la Vistule, se répandissent, sous le nom de Polanes, le long du Dniepre et de tous ses affluents. Ce qui prouve combien les colonies lekbites de la Russie étaient récentes , misérables et encore à Tétat primitif, c est que les Eozars ne purent leur imposer d'autre tribut que celui d'une peau d'écureuil par ménage. Elles ne connaissaient pas même encore l'usage de l'argent dans le commerce. Quelle différence entre leur développement industriel •t celui des Slaves des bords du Danube !
Les Karpatbes évidemment renfermaient alors deux dasses bien distinctes de tribus slaves ; les unes riches et puissantes, mais déjà vieilles, venues du Danube et de la Dade ; les autres pauvres et faibles en nombre, mais pldnes d'énergie e1 de jeunesse , venues de la Vistule. La guerre déclarée entre les unes et les autres amène diex les Polanes vaincus les Normands, d'abord coflime auxiliaires, pois comme maîtres. Les antiques
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rivaux des Polanes, les Drevliei», soutiennent an dixième siècle une lutte longue et désespérée coutre les Yarœgo-Russes , commande alors par le redoutable Oleg, dont ils battent et tuent le fils Igor, sous las murs de leur capitale Korostene, en Volbynie, Tan* née 945. Nestor raconte dans le plus grand détail la Yengeance raffinée de la mère d*Igor, Olga, contre les Drevliens. G* est ainsi qu'en armant les nouvelles contre les anciennes tribus slaves de la Russie , les Varœgo- Russes arrivèrent à les subjuguer toutes les unes après les autres.
Maintenant je me demande : les tribus karpathiques qui , retranchées dans leurs gorges montagneu* ses, échappèrent au joug var8eghe,que devinrent-elles? L* histoire répond qu elles conservèrent leur ancienne langue méridionale, les institutions démocratiques, enlevées à leurs frères du nord, et qu elles purent ainsi peu à peu former une nationalité à part, celle des Ruthéniens. On ne peut nier qu'au point de vue de Fethnographie, de la langue, de F histoire, leur existence à part et distincte ne soit un fait démontré. Mais au point de vue de Torigine de leur nom, en quoi ce nom différait-il de celui des Rossianes du nord? Sur cette question, il est presque impossible de rien affirmer. Chafarjik dit : « Les diplômes slavons du onzième au seizième siècle écrivent tous Rusin, Ruski : la forme Boss'ianin n'a été introduite que parles correcteurs grecs des livres liturgiques , qui sans doute le firent pour mieux se rapprocher du grec qui écrit pâç au lieu
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de Rus. » Cette réponse, loia de constater aucune différence, établirait au contraire Fidentité entre les denx noms nationaux que nous pensons devoir séparer. L'identité est sans doute admise, même par les plus anciens auteurs polonais. Ainsi le chroniqueur Matthieu, évoque de Cracovie, écrivant à son ami saint Bernard de Clairvaux, en 1 150, dit :
Gens Rutheoica iniiliitudine innnmerabili cea sideribii tdof Mta... Ruihenia quœ quasi est aller orbis, etc.
Vainement demanderait-on une réponse plas satisfais santé aux Scandinaves, aux auteurs orientaux, aux Turcs même. Hammer a publié ( sur les origines russes, Pétersbourg, 1827) une laborieuse collection de tous les textes d'auteurs asiatiques relatifs aux premiers Russes. Cbarmoy, au tome II, 6® série, des Mémoires de r Académie des sciences de Pétersbourg, a donné en 1834 la relation de Masoudy, et autres auteurs musulmans sur les anciens Slaves. Mais tons ces renseignements sont ou tirés des Byzantins, on enveloppés de fables et de contes.
Au milieu du silence universel des slavistes, ponr avoir une solution à notre énigme, je passe cbeE les Illjres ou Slovènes primitifs du IXannbe,* je cherebe s il ne se trouverait pas chez eux quelque renseignement sur Torigine de ce mot mystérieux de Bussine, qui nous semble devoir ^tre considéré comme an fiom
OUIGINES BOHEMES ET RUSSES. 2H
slaVe, par opposition au nom Scandinave de Bossianc. Or noua trouvons précisément le mot de Bascie pour dé&igqer Vlllyrie orientale entre le Rbodopeet le Danube , c'est-à-dire la partie la plus rapprochée de la Butbénie primitive. Or le nord slave met o là où le midi met a. Les Russes écrivent donc Bossia, mais ils prononcent Rassia. Or la Bascie, dans toute F Au* tricbe encore aujourd'hui, désigne vulgairement les diverses provinces de langue serbe. On dit les Basées pour désigner les Slaves de Turquie , et tous leurs frères de même langue et de même religion en Hongrie,
D'où est venu ce nom de Basce aux Serbes? on dit qu'il vient de Raska, rivière de Bosnie. Mais un petit cours d'eau comme celui-ci ne saurait donner son nom à un peuple de sept à huit millions d'hommes. Il est bien plus simple de considérer les Basces du Danube, et les Bosses ou Bussines des Karpathes comme ayant été primitivement un seul et même peuple. En effet, F analogie des deux mots rasées et rosses ne saurait être plus frappante. La considérerait-on comme un accident, ce serait éluder la réponse. Ou bien dirat-on que le nom de Busses a été apporté aux Serbes par les Varsego-Busses de Kiïœv? Bien ne le prouve. On trouve au contraire avant l'époque Varaeghe, des no|^s de lieux iilyriens qui nous amènent au nom de Basce, comme ranlique cité de Taouaiou (en latin Bagusa), plus tard Dubrovnik. En grec ancien pSoç ou pou; signifie une r'wxèvv; pv<nç, ptutrii un courant
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d*eau, de même que la racine seytbiqae Bba ou Rhos, le fleuve, et en grec le fleuve par excellence ou le Volga, de même aussi que le mot slavon reka, pluriel retsi. Qui sait si le nom antique de la Rhetie n'est pas dérivé de cette racine , et n*a pas servi à former plus tard le mot Rascie ^ Il s'ensuivrait que les mots Rasées et Bosses auraient désigné les premiers maîtres des rivières situées au nord de la Grèce, ce qui donnerait à leur nom la même signification qa*a déjà celui de Vendes, marins on riverains des fleuves.
Du reste , en ancien slavon , un cours d'eau et le langage qui coule de la bouche de l'homme, s'exprimaient par des roots analogues. Le slavon dit : retsi les torrents , et retchi , ratchi , les paroles. Ce qui nous amène à une autre hypothèse également tonte nouvelle, et des plus intéressantes : c'est que le mot Basses peut bien venir de retch , parole , comme Slovène vient de %lovo, mot exactement synonyme de retch. Les Grecs, qui adoucissaient tous les mots slaves, disaient : Rets ou Rats au lieu de Ratch, et Ratsin au lieu de Ratcbin. D'après cela, les Ratses ou Rosses auraient été les par* lauts ; ils n auraient fait que traduire fidèlement dans leur idiome local le nom de leurs frères Slovènes. Aujourd'hui en serbe retch , et peut-être aussi en ancien slavon ratch, désigne mie parole plus impérative que
* Les chroniques latines arrivent souvent Kiitzeni pour Rutheni-, «t Rurla, RnlMs pour Russia.
ORIGINKS BOHÉU£<« ET RUSSES. 213
sloYo , une parole de maître. Chez les Obotrites de roder, on trouve en effet le mot Ratse pour signifier seigneur ou prince , et en allemand Richter pour signifier juge. Les Basses ou Busses primitifs auraient donc été des parlants libres, des maîtres sur les Rarpatbes, en attendant que leurs derniers neveux fussent devenus des faiseurs d* ukases et des bourreaux : ce qui rappelle qu*en bobéme moderne ras signifie F exécuteur des bautes-ceuvres et la potence.
Nous venons d'exprimer sur les origines ruthéniennes une opinion sans doute bardle et basardée, puisqu'elle ne repose sur l'autorité d'aucun savant antérieur, et qu'elle contredit tous les slavistes modernes. Pourtant, nous appuyons notre système sur le plus respectable de tous les témoignages en arcbéologie slave, sur le témoignage de Nestor, qui fait venir positivement les Slovènes byperboréens des bords du Danube, où il dit qu'ils s'appelèrent primitive^ ment Ilinriks ou Ilires. Mais Gbafaijik ne veut, en aucun cas, accorder cette tbèse à Nestor. Pour y écbapper, il se jette dans les invasions lekbites qui durent avec intensité, dit- il, du deuxième siècle de notre ère jusqu'au cinquième, où elles commencent à diminuer et à s'affaiblir. Mais comme il se voit forcé d'admettre eu Russie une coucbe slave plus ancienne que la colonisation lekbite, et que l'IUyrie lui répugne, il s'en va jusque sur le lac Ilmen demander à Novgorod-la-Grande, un berceau proto-slave. Mais il ne trouve absolument rien pour prouver que ?Çovgo-
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rod ait été antérieure à KiiœT, la primitiTe capitale des Basses polaniens. Il y a plas : tontes les assertions du métropolite Eugène sur la hante antiquité de la cité hyperboréenne ', se trouvent détruites par Murayiev*, qui, noneontent, de montrer Tinsigni* fiance de Novgorod dans les temps primitifs, va jusqu'à prétendre qu'au temps de sa plus grande splendeur, elle ne comptait pas plus de dix mille habitants, llya, au contraire , des preuves que Ki'iœv florissait déjà avant les invasions lekhites en Scytbie. Kiïœv se nommait alors Kita; or, envieux illyrien. Kit correspond à Petch et signifie foyer, d*où le serbe moderne a ÙLit kutja, maison ; kita signifie encore couronne et bouquet, et par extension les organes générateurs. D* après Gonàtantin-Porphyrogenète, Kiïœv s'appelait aussi LafiCtri^^ nom sans doute scy thique et dont la signification est inconnue. Si F existence certaine de Kiïœv peut remonter si haut, à combien plus forte raison doit -on supposer dans les Karpathes des villes plus anciennes encore que cette capitale des Polés. Sur ces sommets existait déjà bien longtemps avant les Polaniens, la puissante nation que Nestor appelle bielo-chrobate, et qui, d'après Constantin-Porphyrogenète, s'étendait des bouches du Danube aux bouches de la Yistule. Ces Gbrobates blancs, fils des Karpathes (Khorbi), identiques aux
*■ Istor. razgOYori o dremostfach yel. Movgor. lii-4<*» Mosk. laOS. ^ Istor. iislIidoT. o drevo. NoYgor. in 4<>, Saint- Petenb., f 828.
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Kurpi, qu'on voit lutter contre les premiers Césars romains, avaient leure plus anciens refuges dans les Karpathei; hongrois et galiciens, précisément aux mêmes lieux où s'est réfugiée aujourd'hui la nation rnthénieiine.
Une circonstance qui n'est pas indifférente ici, c'est que les Buthéniens sont le seul peuple slave chei qui les Karpathes aient conservé jusqu'à ce jour leur nom primitif (Khorbi). Nul doute que les Croates de l'Adriatique n'aient faitd'ahord sous le nom de Karpi un seul et mùme peuple avec les Ruthéniens.
Que conclure de tout ce qui précède, si ce n'est que les montagnards de la ituthénie se distinguent par leur origine danubienne des Russes du Nord, venus tous , plus ou moins , non pas du Volga , mais de Ik Vistule? En outre, il est presque certain que les Buthéniens n'ont point reçu leur nom des Rossiaues Scandinaves, mais qu'ils Tout apporté avec eux des Balkans dans la Dacic et puis sur les Karpathes. Ainsi les Russes purs, les vrais Busses, slaves et non mélangés, sont au sud, adossés aux Karpathes galiciens, valaques et hongrois. Ils ne viennent point du lac Ilmen, ni de Novgorod, ils viennent des bords du Danube; et les proto-Slaves ne sont point des Asiatiques Tenns du Volga et de l'Oural, ce sont de vrais Européens, tous issus de l'illyrie. C'est dans l'Hémus, c'est sur i' Adriatique , que le génie slave , enfant de la civilisation, est né , entre Athènes et Rome, qui ont dirigé
St6 LS »ONDK SLiVK
ses premiers pas, <?t dont le slaviaine a, jusqu'à ce jour, conservé les belles institution^ , altérées dans l'Europe moderne par le germanisme et par les restes • toujoars 8ubsistantR de la féodalité. ,