‹ Des origines slavesChapitre 4 sur 22 · CAUT.OISE · texte numérisé non relu

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Tout le monde conoait la fameuRe migration de ces 300,000 Gaulois qui conduits par BdlovëHe, vers ïan 390 avant J.-C, inondèrent l'Italie et toutes leit provinces sitnà's entre TAdriBlique et le Danube. Len Veude-i, marins et cultivateurs paisibles n'opposèrent pas, â ec qn'il paruit, une grande résistanci' aux couquérant>; ils étainit d'ailleurs déjà opprimes par le* TbracfK, casie de soldats qui paraissent être les Albanais d^ nos jourK, et pur les Liburnes, race de pirates, passée d' Asie en Europe, et qui devenue maîtresse de l'Adriatique et des llt^s Ioniennes, avait fait alliance avec les Étrusques pour subjuguer les Vendes et toute ritabe septentrionale.

I.e principal port des Vendes sur l'AdriafirjOfdlait alors Ardée nu Ardia, dont on a fat plus tard Adria, Dom qui malgré sa physionomie latiue est cependant

I,Ë MONDB SLAVE.

t slave. Ard en s]avon, liorod en russe, hrad en bohème, signiHcnt citadelle. Quant au nom national sous lequel Adria était et e;st eucore désignée chez Ipr Vendes, ce nom est Àdra ou iadar, àe l'ill^Ticii ïadro, la voile et iadiiti naviguer, peut-être aussi des mois ïadr et icdriua, qui sont nïalifs au culte païen du liugam, et qui désignent à la fois les organes et la puissiiucc génératrice. Ardée ou ïadar était donc à l'arrivée des Gaulois le principal sauctunirc de la natiooaltté vende. Celte ville avait alors étendu ses comptoirs et ses colonies sur une vaste étendue de côtes, comme le prouvent un grand nombre de districts et do lieux serbes qui ont gardé jusqu'à ce jour, te nom de ïadar. Mais les marins étrusques, jaloux de la prospérité des Vendes, les avaient déjà attaques avec toutes leurs farces. Vainqueurs dans la lutte, les KtrttBques avaient rasé toutes les forteresses des Vendes, et avaient r^emé du sel sur l'emplacement de leurs remparts.

11 paraîtrait même qne ptnir iiiicnx s'assurer la possession du (mvs, les T-irnsqucs transplantèrent lis tribus les plus rebelles de la Veiiétie, du littoral adrialique sur le coté opposé de la péninsule. l.e savant ill^riea Appendini croit retrouver des noms de tribus illjrienues dans ceui de plusieurs petits peuples voisins du Latiunij ainsi il retrouve les Vilki dans les Volsci ou les Volsqiics, et Iadar ou Ardia dans I.i eité latine d'Ardéc. Allaut beaucoup plus loin, le profi'Bseur actuel darcbéologie slave â Vienne, Jean Kol-

riTTTÉ PillMlTlVB nE L\ BaCS SI.ATK, Î5

Inr, va jusqu'à n'Riirtler conimo slave loulc l'Italie primitive; iiotifl renvujons, sans discutep, à son (Monnc ooinjii lotion l'cux qui voudront eu apprécier In valear.

Arrir<»i0lRié(lialenieut après les dtivastations ctrusqiiis, il lut facile aux Gaatoîs de se l'aire necueillir par Ifs Vtiides comme des fiberateurs. Bcllo>iï^e put donc fonder t^'i Ilivric un empit*c durable; les Vi'ndos iido|)tèrrut »a race, qui leur donna une longue série de l'oi'^. I.D ravage de riûlrurieel l'incoudie de Rome par Hreunus furent, suivant toute probabilité, la oonséqueiicf de cet étnlili-sscmcut de prineps gaulois pnrnii les Vtndcs. Ces princes paraissent avoir étendu succesBivcmeut ienr domination d'un boni a l'autre du monde slave primitif. On les voit sous les noms les plus di\ers, mais toujours avt>cleur pbj'sionomieccl' ti(|uc, orcuper la ilolirmc, ipi'ilH di-si(;ncnt piir Tappellalion gauloise de letrc tUs Uo'iciis; descendre la Vistule et couvrir les pôles de combattants liêiMiiiucs ; cniîu franchir les cimes transylvaniennes, remonter le Borjstène et le Don, lonyrr In nier Woireot |ionrsuivre l'clëtncnt nouiude partout où les Moscovites le poursuivent oujourd'liui.

Toutt'fuis la parlii' du monde slave Oii l'épée [,'auloise brilla avec le plus deelot fut rill^rie. LJ, les descendants de [tellovêse ne tardèrent pas ù devenir si puissants qu'ils se crurent uu moment asst-z forts pour disputer la Méditerranée au\ Gicc^, principalement i\ cens de la Sicile.

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Diodore raconte longuement Texpulsion des Sicules de tou8 les ports de Y Adriatique, malgré les efforts de Denis F Ancien et des flottes syracusaines, qui longtemps maîtresses absolues de cette mer, durent enfin se retirer devant les nuées sans cesse renaissantes de corsaires iUyriens. Denis 1* Ancien ne s* était maintenu dans sa tyrannie qu*à force de victoires ; Denis le Jeune vaincu par les corsaires, vit bientôt Syracuse s'insurger contre lui. Enfin ce puissant despote qui s'était vu à la tête de quatre cents trirèmes, dut s en aller à Corinthe expier comme maître d* école r impopularité que lui avaient attirée les triomphes des chefs slavo-gaulois d'Illyrie. Le plus paissant de ces chefs, le roi Rardyles, dont Diodore semble se complaire à raconter les exploits, franchit les monts acrocerauniens, soumit VÉpire, et rendit tout les petits rois grecs de la Macédoine ses tributaires.

Les rois, aïeux d*Alexandre-le-Grand, étaient o1)ligés d'envoyer leurs fils comme otages au monarque de rillyrie. Enfin, Bardyles étant devenu vieux, Philippe vainqueur des Athéniens, crut pouvoir secourr le joug des barbares d* Illyrie ; il attaqua d'abord ceux qui se trouvaient le plus près de ses domaines, les Pœones qui portaient aussi le nom de Pelages. Après tes avoir subjugués, il ne craignit plus, vers l'an 359 avant J.-C, de marcher contre lîardyles lui-même, auquel il livra une grande bataille, pompeusement décrite au seizième livre de Diodore. Malgré Théroïs-

UNITÉ PRTMinVB DB LA RACE SUTB. Mf

me des troupes slavo-gauloises, la victoire resta aux Grecs, et Bardyles dut évacuer toutes les villes de nom macédonienj c'est-à-dire sans doute de nom grec dont il 8 était emparé. Les représailles des vaincus ne firent que donner à Philippe 1* occasion de nouveaux triomphes.

Après la mort de Bardyles, deux de ses parents, Glitus et Glaucias se partagèrent rillyrie. Tous deux, Fun comme roi des Triballes, l'autre comme roi des Tauiantes continuèrent la lutte contre Philippe. Les femntes même prenaient part à cette guerre acharnée ; et Ton cite une princesse du nom de Cœrie qui, dans une bataille rangée, lutta contre une sœnrd'Alexandre-le-Grand, nommée Synane, et fut tuée par sa rivale. Les Illyriens durent céder au génie d'Alexandre. Et comme plus tard Jules César, une fois maître des Gaules, se sentit le maître du monde ; de môme Alexandre après avoir soumis les belliqueuses nations de rillyrie, et les avoir attachées à sa fortune, ne balança plus à partir pour l'Asie, où il proclama bientôt dans les palais de Bahylone — la dernière des monarchies universelles d'avant Jésus-Christ.

La mort prématurée d'Alexandre, et Fanarchie qui en fut la suite, permirent aux Illyriens de ressaisir leur première liberté. Toujours conduits par leurs chefs gaulois, et renforcés de troupes gauloises, ils allèrent vers lan 279, au nombre de 150,000 fantassins et de 20,000 cavaliers, exercer en Grèce des dévastations qui ne s'arrêtèrent que sous les murs de

i8 LE MONDB SLAVE.

Delphes. Glaucias, redevenu un puissant monarque, élève à Fa cour le jeune Pyrrhus, dont il fait son fils adopUr, et qu'il va ensuite avec une armée illyricnne, replacer en Epirc sur le trône de ses pères. Le roi des Triballcs, Clitus reparait également sur la Drina, et lègue son trône à son fils Pleurât, qui vers Fan MO avant J.-C. a pour successeur Agron, le plus grar.d des princes gaulois d'Illyrie.

Agion parvient à soumettre dans le sud les Taulantes, Epidammc et même une partie de TEpirc : Dans le nord les républiques d*Istrie, de Carniole et une partie de la Carinthie reconnaissent sa souveraineté. Sous le sceptre d' Agron rillyrie se centralise comme elle neTavait encore jamais été. Agron régnait sur une énorme étendue de côtes et d'iles; ses flottes voyaient fuir devant elles les flottes même de la Grèce. Appicn (de Hellis Illyricis) nous apprend que les Illyriens d'alors étaient de tous les peuples de la Méditerranée ceux qui savaient construire les meilleurs vaisseaux de guerre, que ces vaisseaux pour leur légèreté et la vitesse de leur course l'emportaient sur tous les autres , et volaient sur la mer pareils à des oiseaux de proie. Les Romains donnaient à ces navires le nom de birémes liburniennes. Appien ajoute même que c'est à l'intervention de ces birèmesd'Illyrie dans la balaillc d'Actium, qu'Auguste dut la victoire qui lui donna l'empire du monde. La légèreté encore proverbiale des barques dalmates de nos jours, semble attester chez les marins slaves de ces côtes, une trans-

UNITÉ PRIMITIVE DE LA RACB SLAVK. ^9

mission de la méthode des constructeurs maritimes de la Liburnie, méthode que le Grec ancien enviait à ses rivaux de F Adriatique.

La mort inopinée d*Agron, et la.miuorité de son fils Pinée, livrèrent Tempire d'Illjrie à une femme , la reine Tcuta. Bome profita de cette csiièce d'interrègne pour attaquer les Illyriens, sous prétexte qu ils rendaient par leurs pirateries les mers d'Italie impraticables. Le sénat romain commença par intervenir en faveur de File d*Issti, et somma les lilyriens de renoncer au blocus qu ils lui faisaient subir. L'attaque et la prise de Corcyre( Corfou) parla reine Teuta, fut la réponse des chefs slavo-gaulois aux menaces de la république romaine. Mais T habileté diplomatique des latins ne tarda pas à jeter l'anarchie entre les tribus illjriennes. Tenta vaincue demanda la paix et l'obtint, mais elle ne conserva qu'un quart de l'Illyrie îles trois autres portions furent données à autant de souverains différents et rivaux. I.e principal de ces petits rois, Démétrius avait son siège dans l'île de Pharie (aujourd'hui Liesina). Ce prince ayant voulu centraliser de nouveau rUIyrie, les Romains dispersèrent sa flotte, et détruisirent de fond en comble la florissante ville de Pharie, qui semblait avoir remplacé Adria, à la tùte des cités Vencdes. Pharie s'écroulait dans l'Adriatique, presque en même temps que Sagoute s'engouffrait dans les flammes en l^spagne.

Les victoires d'Annibal poussèrent une partie des Ycuèdes et des Gaulois d'illyrie à se lever encore

30 LB MONDS SLàYI.

contre Rome; mais plusieurs princes du pays, surtout un petit roi montagnard, que Tite Live nomme Scerdilet, restèrent fidèles aux Romains, qui à Taide de ces alliés et de la guerre civile , achevèrent de désorganiser riUyrie. Le dernier roi indépendant de ces contrées fut Gentius, fils de Pleurât II, et petit-fils de Pinée. Gentius, que les auteurs romains peignent comme un chef de corsaires, paraît avoir défendu héroïquement sur terre et sur mer T indépendance de sa patrie. De Tan 180 à Tan 168 avant J.-C., ouïe Toit lutter à la tète de ses flottes contre plusieurs consuls successifs, de concert avec son allié (^armel, chef des Istriens, qui étaient, à en croire les annales romaines, un autre peuple de pirates.

Avide de venger contre Rome les défaites de son père Philippe, le roi de Macédoine, Persce, n*eut pas de peine à attirer dans son alliance les Illyriens insurgés. Mais l'habileté romaine venait de persuader une partie des sujets de Gentius de s ériger en république, avec la ville de Dalminium pour capitale, d*où ils pri* rent le nom de Dalmitani, plus tard Dalmates. Avec le concours de ces Illyriens à demi latinisés, le préteur Anicius bloqua et prit successivement tous les ports de rillyrie indépendante. Enfin, séparé de la mer, et réduit au petit lerriloire du Zenta, Gentius fut assiégé danft sa capitale de Scodra, (actuellement Skadar ou Scutari), qui semble avoir été dus cette époque le poiut stratégique le plus dominateur de rillyrie. Après une sortie malheureuse, repoussé dans la viUe|

VSVrt PRtKlTlVK Dl LA EACB SLAVE. 31

et n'espérant plus de secours, le dernier des princes gaulois d*Illyrie, avec sa femme Etleva, son frère Carayantius et ses deux flls Plearat et Soerdilet, était obligé de se rendre au préteur Anicius, presque en même temps que Persée était Taincu et pris par le consul Paul Emile. I^ préteur et le consul rentrèrent dans Rome, traînant à leur ebar de triomphe les deux derniers 80UTerainsd*Illy rie et de Macédoine.

J'ai insisté sur ces faits primitifs, parce que, enfouis dans les auteurs anciens, ils n ont été à ma connaissance relevés par aucun moderne. J'ai pensé qu'en tirant de l'oubli de tels événements, j'avais chance d'intéresser à la fois les Français et les Slaves, qui ne verraient pas $:ans plaisir l'histoire de la première alliance contractée entre leurs aïeux réciproques, entre des émigrants de la Gaule et le plus ancien des peuples slaves. Les événements dont je viens de donner le sommaire indiquent assez la bonne harmonie et la solidarité qui existaient dès-lors entre les deux races. J'ajouterai que la dynastie gauloise de Bardyles présente pins d'un nom où s'aperçoivent des racines slaves. Scerdilet n'aurait-il pas signifié le terrible, de serdili, serdUi $e, être irrité? Le nom de Caravantius pourrait bien n'avoir été qu'un titre, le juge ou le prince vende, du verbi^ karati (châtier). Qui sait si dans la langue figurée des Slaves d'alors, le nom de Carmel, donné au roi des corsaires islrieus, n'aurait pas désigné simplement un amiral, de Tillyrien kor* milo, gouvernail? La reine Cœria n' aurait-elle {nm

32 LE MONIHI SLkHi.

tiré son nom du district montagneax de Cér ou Tscr CD Bosnie? Les Taulantes n* étaient-ils pas des Antes ou Vendes raélés à d* autres tribus? Enfi:! qui sait si le nom même de Gentius ne signifiait pas le chef du Zeota ou Zêta, district dont Skadar est la capitale, et qui forma de tout temps l'apanage principal des souverains de rilivrie?

Je laisse toutes ces conjectures, pour tirer une conclusion générale. Ma conviction est qu'au milieu de la quantité de races ou plutôt de débris de races qui remplissent le berceau de FKurope, il y en a deux principales, qu'on voit dominer par leur nombre sur toutes les races secondaires. Ces deux races sont à l'occident celle des Gaulois, et à l'orient celle des Slaves, confondus à tort sous le nom de leurs dominateurs tbraces, Scythes et sarmates, par toute Fantiquité qui commettait sous ce rapport la môme erreur que pourraient commettre les modernes, s'ils ne voyaient que des Turcs en Turquie. Toute l'histoire primitive de r Europe semble n'être que le tableau 'du développement de ces deux races autochtones, et de leurs luttes diverses contre les étorochtones, émigrants d'Asie.

Il semble donc que la race vende avant Jésus-Christ formait avec la race celtique une espèce de ligue barbare des peuples laboureurs de l'Europe continentale contre les peuples marins et civilisés de la Méditerranée. Ces deux races réunies étaient destinées à défendi*e le plus longtemps possible Télat de nature contre le système factice et l'idolâtrie savante des Grecs, des

tNITE FRlIItTlVfi Df LA RACE SLAVE SS

Bomains et des Goths on Teutons. Aussi ces trois !»•* lions n* ont-elles jamais cessé cTaffecter un grand dédain pour leurs tributaires slaves. Les Gauloi5< aa contraire, dans leurs rapports historiquement connus avec les Slaves, ue manifestent rien de pareil. Loiu de s*isoler, les deux races tendent tellement à s'unir, qu'elles semblent très souvent se confondre. Ainsi dan^ ritalie septentrionale et en lllyrie, Slaves et Celtes paraissaient ne faire qu'un seul peuple. De même que Tacite mentionne parmi les Vendes ou les Slaves prî« mitifs de la Pologne méridionale une nation gauloise, établie sous le nom de Peucini et de Bastames entre le Dniestre et les Karpatbes ; de même aussi César nous montre des Vendes établis en Belgique et en Gaule. Ainsi Slaves et Gaulois dans ces temps reculés s'offraient déjà, comme ils le font de nos jours , uns hospitalité fraternelle.

Comment supposer que des communications si intimes, durant tant de siècles, entre les deux grandes races de l'Europe primitive, n'aient laissé aucune trace dans rame de leurs descendants? Ne semble-t-il pas au contraire que ces traces mystérieuses agissent en core? L'attraction indéfinissable qui pousse les Slaves vers la France existait déjà 400 ans avant Jésos-Cbrist. Le moyen-âge et les temps modernes n'ont lait que fortifier ces instincts ; ils sont désormais entrés dans le sang même des deux races. Le monde se dévdoppe

sans doute, mais il ne change pas. Sous d'autres boom, u. i

34 LJS MONDE SLÀVg.

les Celtes et les Vendes subsistent «eacore, et de leun lious ou mauvais rapports dépead l' avenir heureux oq funeste de l Europe et de sa çîTiliiatipn.

SBGONPS Ptel(»>i P'UNlTl M 14 liCi ^Vt

Nous TeDQDs d« Toir Its primttifi Vtoèdii d« ita# OQbe et de l'Illyrie doouer leur noM à k mot ûtie tout eotière, et en repnésenter rimittf aTant les tispe bistoriqiiei. Ko mène tempe les Vendes boi» âppa^ nieeent fpMiê pertoQt à des eolonies eeUlquce. Gee repporis eutre les deui neee aveient ftui pir amener la fondation en lUjrie d*nn empiie ganloîe, aeeec puiaeaot pour rafonler les Sotties nnmades w-delà du Dannbe, esies cifilisé poar obtenir le respect des Grecs, et ponr eidter même rentboosîesme de Di#dore. Cependant las Vendes de la Venétie eobjognés par les Étrmqnes, puis par les Romains, afatetit flni par se latiniser, an point que fidlonm sla?e paraît a? oir disparu dès a?ant l*ère etarétieàne , de la eète oceidentale de 1* Adriatique pour se réfugier peul^Min dans ks pins faautes nmntagnes du Fiiiul, e^ Tnn Biilf iltft JMp'A m jour. Maia b oMe miaitala^

nommée alors Libaniic , et qui ne tarda pas à s*ap« peler Dalmatie de sa nouvelle capitale Delminium, cette côte restait encore indépendante. On comptait sar ce littoral cinquante villes florissantes, la plupart peuplées d'Illy riens, et toutes confédérées entre elles. Les rois d*lllvrie, Pleuratus et Gentius, faisaient battre à leur effigie des monnaies, où se voit un vaisseau à double proue, la birème des Liburniens. L*Illyrie en guerre contre la république romaine, était devenue une puissance maritime formidable. Mais les libertés provinciales que revendiquaient sans cesse les diverses tribus de ce vaste pays, finirent par livrer Findépendiûoe nationale en proie à F intervention romaine.

Le dernier roi d'Iliyrie, Gentius, 8*étant allié contre Rome avec le dénier roi de Macédoine , Peraée, tons deux furent vaincus et conduits enchaînés aa Capitole. On vit alors le préteur Anicius, conquérant des provinces illyriennes, déclarer anx diverses nations de riUyrie, que le sénat et le peuple romain leur ordonfuiient d'ttre libres, liberos esse jnbere, disent les historiens de Borne. Il est vrai qu'après cette aittgulière injonction , Tédit ajoutait : alio$ liberos, Mlioê immuneê. Cette ordonnance digne du génie ronMÛn, qui rendait les uns tout-à-fait libres, les autres aenlement exempts d* impôts, n' avait évidemment qu* nn bnt, oeloi de gouverner par l'anarchie, et en les tournant les unes contre les autres, les tribus illyriennes. La capitale des Dalmates, Delminium, s* étant insurgée fOtttie nn tel ét«t de dioses , . fut détruite par les Ilo»>

UNITÉ PRIMITIVE DE L4 KACB SLAVE. Ht

maias. I^ vaste port de Salone commeoce alors à dere- Dir le centre maritime de riUyrie : durant près d'iii siècle, ce dernier refuge des marins venèdes résiste à la conquête romaiue. Enfin 54 ans avant Jésus-Christ, Sai* lone est subjuguée à son tour, et son territoire deviart partie intégrante des domaines de la grande répiibli* que. Quand César Auguste parait, il n*a plus qu'à le* Ter paisiblement T impôt sur toutes les cités sobjogoées du littoral adriatique.

Les Vendes n'étaient déjà plus désignés par les bis* toriens de Borne que sous le nom d'IUjriens, qiit| conune on Fa vu , ne semble pas un nom slave. QmI nouveau nom national portaient donc alors les tribus restées libres de la grande Illyrie? Les écrivains grecs et romains de Tépoque ne contiennent pas sur ce sojet la moindre indication. Pour obtenir quelque lumière, il faut descendre jusque vers le milieu du sixième siècle, où nous trouvons le Grec Procope, et le Goth Jor* nandès en état de nous répondre. Ami et secrétaire intime du fameux général illyrien Belisaire , Prooope devait connaître à fond T Illyrie. Aussi entre-t*il, pour caractériser cette contrée, dans des détails qui prouvent à quel point il avait vécu intimement avec les Slaves. Après avoir divisé cette grande race en deux branches qu*il appelle les Slaves proprement dits, el les Antes , il ajoute : « Les uns et les autres ne poriaàeni autrefois qu*un seul et même nom, téxA de n'épié par la raison, sans doute, qu'ils vivent ^«ve^i^i c'est-à-dire dispersés dans leurs till»gC3. »

tf VONIMI SLAtl.

G^mptrMs ee telle si iragne à celoi de FévAqne de Bâfemte^ da Goih Jornandè^. Cet aalear ditise aasM kl race «tave eu de ai branches, Tune qui porte spMalemelit le uoin de Slate, et l'autre qui s'appelle Ante. ANiteMetit au lieu de reconnaître comrrie Procope que li M0 gëfléral de la race est Spores, Jornandës ootitintte de la désigner par le nom de Vinidi ou Vendes *. Atttsi nous toyous qu*en Italie Tanden nom de Vende continue de désigner 1* ensemble de ta race slate ; tMdta i|tf à Bjrtatiee le nom des Vendes oublié est remplMé par celui de Spores. Hais qu'est-ce que ce noib Àqrttérteui de Spores, par lequel, au dire de Procope, lee Slaves du Danube se désignaient eux-mêmes? Xulle psrt et ft aucune époque dd monde, 1* histoire ne nous ftKNitfe la moindre trace d'un peuple qui se soit nominé Spore. Si une nirtidn slate, ou même de simples tribus iè Mtte ruée avaient porté ce nom en 1 llyrie , on en treMiterttt le souvei^ dans quelque nom de ville, de fleiif e M de montagne. Or ^est ce qu'on ne rencontre Mlle part. Me devons-nous piss en conclure que Proeope, ne saehant pas le slavon, dénatura un nom qitl

t Ab oriii VistutflB fluninU per immenta spatia Winidanm naiio polilMt coMedtf . Qaomii «ottihii Itwl ««se per tarias fcmilias at loea mu. tiatar, friofipaUiar tant» Sclif loi et Avtaa iMiiBanMir. Sclaf iai a d* vitatè Novieianense et laco, qui appellatar Mosianna, utqua ad danastrum, •t tt Â>rétm VtatiJllÉ tante, étommdraftinf. Ri palinlfla siltasqoe pro civluéMÊ Mvnt. ABMa tara^ai aatt aaram fortiasimi , qiè Pdatkadi mâÊê curvitur h DaoaMro, exiendontor ttsqaa ad Danapram , qaa flumina nal- \H mtflittdiifbtis àb isfteiin abaunt.

( JMUÉm» éU êêêhthÊm orl§, m rêkmê ^êitlM.)

UNITÉ PRIMITTTE DS LA RACE SLÀTI. 31

M tMÏ prononcé par des bouches slavéè ^ et' qtf èa yéertf ant 11 chercha à 1^ adapter à Forgaùe grèct CW •i iM cherche quel nom de peuple slsre se irappr<M(ne tefMHÉ du ndmde Spùre, on n*eD trotive pàs^'^ti^ fpm eeloi de Sorpes 60 Sorbes. — 6orbe et Spbrëf dim-t^n^ lie se ressemblent guère : je TaVone. ttà)^ Mot bien t.tH.v«r ansensaax parolesd'nn hmtàéinMâ grivè qaè l'historien Procope. 11 est ft croifeqù*a|f-* prenant avec sa finesse hellénique la natdre des l^f Ifi; Procope crut Toir an rapport entre lent* notii et fHtf eferâetère; en Toyant leur zèle à coloniser la ietré] et rinstinct qui les faisait ressembler à deséÉra^tfiffli aiMbulantes de laboureurs à traters là Scytfcie, f^r^ eop0 crut poutoir les désigner par le noife grée (Mf Sfmreê, les dispersée, — nom qui n* était d*aillèflttf qu'on renversement do mot Sorpes , — ^ désagféftbff poltr les offéiltes grecques auxquelles il n*ofMit atféifèf sens Vil avait été plus ver^ dans la connaiÉ^aftéè di>D langues, Proco|H> aurait su qu'en persan charab tcfâf dire absorber, qo'cn hébreu zarab signifie couler, "^f n* aurait pas manqué sans doute de faire remàr^de^ ftf rapport du mot hébreu zarab avec lé mot êoi%bêéé serbe; et l'analogie de ces deux mots avec le genre de vie bim connu des laborieoses peuplades slaves qtfN# répandeilt , qui coulent pour ainsi dire oomime âé^ fleuves fécondants, à travers la Stepe. Pônf flOurs mo^' dernes, la science nous interdit d'admettre auctiiie ré'*latioB entre l'hébreu et le slavon, et nous ne pouvohif^ clierehev que ehrs les Slaves ou leurs voisiné rétjifid^

^ LB MONDE SLAVX.

iQ^ie du mot sbore. Discutant le (eite de Pfx)eofe; Hofarovski osa le fftewier soutenir que le nom de Spores Hmt une eorroption du mot serbes. Cette . opinkm a été adoptée de nos jours par Cbafarjik et les Slavtates eu Rofd. Noos pensons nous que spore est îdentiqQe M mot sbore, qui signifie encore aujourd'hui cbes ks leriies on conseil, une assemblée nationale, du teilie afcofiti^. délibérer, parler : d*où il suit que les sborea ùgûêmt ks parlants» et que cette expression primithnaest k synonime complet du mot slave.

AiiMH voilà deux noms , celui de Vende et edoi de Serbe , qui désignent également au sixième siècle ks peoples slaves, taut du sud que du nord. Si nous exa^ minions la question par rapport au temps actuel, nous trooTerions qu'après 1 300 ans les dénominations sont tMore ks mêmes pour les Slaves d'Illyrie. lornandès di Bavenne^ organe de TOccident, les appelait Vendes, Fioeope de Byzance, organe de T Orient, les appdait Seiiies. Encore aujourd'hui les lllyriens occidentaux établis entre Venise et Vienne s'appellent Vendes; et ks lllyriens orientaux placés entre Pest et Gonstanti- •opk t'appellent Serbes.

Je ne chercherai point ici laquelle de ces deux délominations a précédé F autre]; je me bornerai à con« stater que le nom de Serbe est employé tout comme k nom de Vende pour désigner la race slave entière. Avant Procope, Ptolémée avait déjà mentionné les Serbes, UpCoi ou zipCei, peuple établi, dit^il, entre le Bha (Volga) e( {e^ moutagnes çéi auniques, auprès <k9

Vales et des Oryuées. A Texemple de Ptolémée, Pline signale également les Serbes ou Servi, comme habitant entre k l)on et le Volga, dans le voisinage des Vaki et des Héotiqoes. Ces Serbes de la Russie apparaissent tout à coup au neuvième siècle comme un grand peuple. Enfin, vers Tan 950 Tempereur Constantin Porpbjf rogenète mentionne de nouveau parmi les peuples de la Scythie la grande nation des Serbes qu'il divise en deux branches : les Serbes blancs ou libres et les Serbes noin ou subjugués .

Si de la Russie anté-historique nous passions en Po* logne, nous y trouverions de même les Slaves désignés pendant longtemps sous le nom de Serbes. Le livre des étymologies, mater verborum^ rédigé vers la fin du neuvième siècle, sous la dictée de Salomon, évéque de Kostnits, dit formellement que les autochtones de la Sarmatic furent des Serbes. Vers la fin du onzième siècle, le géographe anonyme de Bavière qui parait avoir eu des relations personnelles très intimes avee les Slaves, va jusqu*à écrire ces remarquables pareles : Zeriuani, quod tantum est regnum, ut ex eo ci$nctœ gentes Sclavorum exorlœ sint^ et originem, steut affirmant, diicant. Dans les vastes contrées qui formaient les annexes primitives de la Pologne, on trouve également les Slaves désignés sous le nom de Serbes. Ceux de la Saxe et de la Prusse conservèrent ce nom pendant une grande partie du moyen-ège. I.es Sorabes ou Sorbes de la Lusace attestent encore atijourd'hui [ar leur>cbanU populaires toute Téten»

4t LB MONDB SLAVI.

duc et la puissance du peuple dont ils sont en Allemagne le dernier d(^bris.

Les Slaves de la Styrie, de la Carinthie, de la CaV'* iiiole et du golfe de Venise, c est^à-dire ceux-là même qui aujourd'hui encore se nomment du nom spécial de Vendes, sont également appelés Serbes sous les sue* cesseurs de Charlemagne par les chevaliers allemands, qui les attaquent en même temps que les Serbes de la Saxe, et commencent à les germaniser. Enfin le poète anonj^me bohème de Tau 1310, dans sa chroniquo rimée dite de Dalimil, désigne les Tchekhs eux-mêmes comme des Serbes, émigrés de la Grande^Serbie ou dé la Chrobatiê blanche. Les auteurs tchekhs des quinsième et seizième siècles traduisent partout le mot Vende par Serbe. Ainsi, de même que nous avons tu les Vendes d'avant Jésus-Christ occuper simultanément le littoral de la Baltique, de V Adriatique et de la Mer Moire, de même aussi les géographes des pre« miers siècles chrétiens nous montrent des Serbes établis sur les terres de la Pologne et de Fancienue Prusse, en même temps que dans les stepes de la Russie méridionale et sur l'Adriatique, où les Slavo-Serbes ont conservé jusqu à nos jours leur nom primitif.

Que conclure de tous les faits que je viens d'indiquer? N'est-il pas clair que le nom de Serbe désigne aussi bien que le nom de Vende, la race slave tout entière? Cette race avant de s'être appelée slave, aurait donc été connue sous deux noms. Je n examine'* rai point si ces deux noms ont été admis successive-

UNiTi PRimnvi m u râcb slâvi. IS

ami 00 toat à la fois ; qaoiqQ*il paraisM pliÉi Mtard qu'ils se soient saccédés Fan à Fàatre, rien cependant, il semble, u* empêcherait d'admettre que ccé deax dénominations n'eussent été employées aimnlta*. néoMDt, Tune par les indigènes,* l'antre par les étrangers. Cest ainsi qne dans sa langue le Finnois s'ap^ pelle Suomi, le Celte Gael et 1* Allemand Teuton. Les Magbyars sont nommés Ogres, Ubri, par les Slayas, et le mot Venelassed désigne en finnois les Busses. La même race peut souvent porter à la fois plusieurs noms, sans qu'on doive pour cela révoquer en douteson unité. Quant au sens exact du mot Serbe, les savants n'ont encore pu rien décider : cependant les Illyrient s'accordent à le Mre dériver du mot slavcm serp, sierpi qui veut dire tantM la faulx des moissonntort, . tantôt k serpe des bûcberons montagnards. Il ne se* nât pas impossible que ce nom eàt désigné d'abofd cens des Vendes ou Slaves d'IUyrie qui, lors de la eo«* quMe roBMÎne, s'éloignèrent de la côte et s'enfonebfiiit dtfns les forêts de l'intérieur, oè ces primitMs Ouâkêfueê^ s'appdèrent peot«être, par oppoeitioa an Slaves désarmés de la côte, les hommes de la bâche, ' les Serbes. Le peuple d' Illyrie indique dans ses MgeiH des une antre origine au mot Serbe : il prétend qi* Alalandre*le-6rand après de longs combats contre 1*11* lyrîft et après avoir reçu de la main des Slaves deux blessures, parvint à les subjnguer. Il prit alors Faite d'^Blre eux au nombre de cinq mille, et les mena avec lui à la conquête de f Asie. La tradition ajoute que

Iri LI MONDE SLAVE.

c'étaient eux qoi montaient les chars armés de faolx de r armée d'Alexandre; et que ces faucheurs du champ de bataille firent de tels prodiges, qu'on ne les désigna pins que par le nom de leur arme favorite, les faulx, serpi. Quoi qu'il en soit de ces légendes populaires, il parait très probable que le nom de Serbe désigna primitivement des Slaves armés. Ce mot aurait donc en chez les Slaves la même signification que celui de Germain ou Wehr-mann, homme de guerre chez les Allemands ; tandis qu'au contraire le mot Vende ou Yinde (enfant de la lumière, Vid) aurait correspondu à celui de Teuton (enfant du dieu Teut) c'est-à-dire eût été la dénomination religieuse des temps de paix.

Une autre tradition illyrienne, déposée dans un des plus anciens chants de danse nationale, ajoute qu'Alexandre en mourant affranchit ses belliqueux feucbeurs. Les Serbes, affranchis d'Alexandre, devinrent Pans ou seigneurs de leur pays, qui prit bientôt le nom de Pannonie, la terre des Pans ou seigneurs serbes, ou tout simplement la terre du seigneur, du dieu Vid, divinité solaire chez tous les Slaves. Ce mot de Pannonie semble au reste la simple reproduction d'un mot antérieurement connu, celui de Paeonic, pays des Paeoneiy sans doute les premiers pans ou seigneurs illyriens du nord de la Macédoine, auxquels les aieux d'Alexandre avaient longtemps payé tribut avant de le leur faire payer à leur tour.

Enfin la Mœsie, que les géographes anciens eonfondeut Souvent avec lu Pannonie, fut au^si up pays

tende ou serbe. Mœsie en slave veut dire pa}s des hommes. Sans doute les Serbes se nommaient entre eux mize, mcze (en slavon du nord moujes) les braves, les hommes de cœur : et les Grecs, comme les Ro« mains retinrent ce mot sans en comprendre le sens. Chafarjikcite, d* après les historiens byzantins, un général Monjidar an service grec, puis un roi fAou^txoç oa moujik, qui dans sa ville de mis^k sur le Danube, secoua an siiième siècle le joug des Césars. Mais par un singulier jea de la fortune, ce nom qui avait d* abord désigné des seigneurs et des rois, ce nom respecté de moujik, n*est plus employé aujourd'hui que pour désigner l'esclave russe; du moins témoigne-t-il par Bon sens primitif que ceux qui le portent n'ont pas tMJoors été des esclaves.

' Un curieux travail serait celui qui rechercherait rtalfttmre de la Mœsie et des Moujes ou des braves, im hommes libres du monde slave primitif, depuis répoque des Serbes du règne d'Alexandre Jnsqn*ati nonent où ces mêmes Serbes devinrent les serfe (Éervi) des Romains.

'" On a prétendu que le verbe $ervire et le mot de serfUi est venu en latin du mot ^p^n, par lequel les anciens Grecs, plus exacts que les Byzantins du temps de Proeope, désignaient la race slavo-serbe. Nous verrons bientôt que si cette dérivation n'est pas vraie, eUe reste malheureusement vraisemblabla.

«BiverMlto dtt SlavM pnaîtiif Iw BwtmmÎM «1 Ui Btph— aéridÎMMnue.

■igrttlWBt Ai l«id vtvt !• WMdf

Il Mt remarqwblfi qae le nom de Uave d* apparaît dans r histoire qae très tard, et poar ainsi dire eonuM un fruit du christianisme. Prooope et lortiandès aa sijjèine siècle, sont les premiers à se servir de ce nom qu*ilsécriyent Sclavi ou Selmini. Cette forme contîMie d*étre usitée et vulgaire durant les septième et huitièflic siècles. La forme sclavoHi et ielavane$ ne comaMiMoe à paraître qu'au neuvième siècle. Toutefois dans la iaii» gue même de ces peuples , la racine de leur nom n'est pas, comme il semblerait, Slava, mais 5(otH);il8 nés' appelaient pas Slaves , mais Slovènes , les hommes du verbe ou de la parole, c'est-à-dire les êtres parlants, par opposition aux étrangers qu'ils désignaient tous sous le nom collectif de Niemlsi , les muets, ce qui les identifie doublement avec les Sbores de Procope.

Ainsi ces tribus se reconnaissaient entr* elles au laii«

DNITÉ PRlMlTlVIi; DE LA RACE SLAVE. i7

gage. De diversités natiouales il n'y avait encore parmi elles aucun vestige. A part leurs noms locaux et provinmux, qu* elles empruntaient, comme nous l'indiqua Itestor, aux rivières et aux montagnes, elles ne portaient qu' un seul et même nom général. Ce nom, dépouillé absolument de tout caractère politique, désignait 1* ensemble de leur race et de leurs petites républiques, toutes plus ou moins confédérées ensemble, mais sans aucune espèce de centralisation ni d'unité gouvernementale. Nous avons commencé par établir que ce nom original et général des Slaves fut celui de Yenèdes on de Vendes, puis celui de Serbes, nom que nous verrons prochainement se changer en celui de £^arpt ou 6'Ara* bâti (fils dès Karpathes), d*où est sorti le nom moderne et provincial des Croates. Nous avons affirmé que lei^ éléments et la source première de toutes ces dénomi* nations successives se trouvent en lllyrie, dont la nationalité actuelle nous apparaît se dégageant avant toutes les autres nationalités slaves des ténèbres auté-histo-> riqoes. Malheureusement les lUjriens n'entrent dans la lumière de l'histoire, que silencieux et chargés de chaînes,, à tel point que leur nom national, le nom de Serbes, en grec aip^oç , devient en latin synonime d'ee* clave, urvus.

Avec le privilège de l'antériorité, les Slaves d'IUyrie paraissent donc avoir eu aussi celui de la souf* franee et de l'esclavage. L'histoire de ces auci'tres dea Serbes du Danube, sous la domination romaine, peut se résumer dans le nom d'une de leurs plus aneieiUMi

iS LE MONDE SLAVE.

Tilles, Servilium^ aujourd'hui Serbiim^ en Macédoine, lieu qui parait avoir compté parmi les marchés d'esclaves les plus fréquentés de Tépoque romaine. Lt prédilection des propiétaires d Italie i)our les esclaves illyriens se continua jusque dans le moyen-àge, où les icktaront se vendaient très cher dans les fiefs de la Lombardie, à cause de la rare aptitude de ces homiMs aux travaux champêtres .

. La même oppression que les seigneurs civilisés de l'empire romain faisaient subir aux Serbes occidentaux, les seigneurs barbares de la Thrace et de k Scytbie rimposatcnt aux Serbes de la Mœsie, du Be« rystènc et de la Dacie. L'asservissement des Proto- Serbes du bas Danube et de la mer Noire, remontée une époque tellement reculée , qu'elle échappe même aux recherches des étymologistes. Les Thraces ou Albanais de l'antiquité apparaissent comme maîtres du bas Danube, dès l'époque du siège de Troie. Alors s'ouTreia première phase delà lutte de l'élément la** tino-grec contre l'élément ase et persique, dont le royaume de Troie, avec ses annexes, formait le boulevard le plus avancé du côté de l'Occident. C'est cette époque de destruction et de dispersion d'un grand nombre d'états asiatiques, que beaucoup d'archéologues supposent être l'époque du passage des Proto- Slaves d'Asie en Europe. D'après ces savants, les Slaves seraient entrés en Illyrie par le Bosphore de Thrace, sous le nom de Lydes ou Lydiens , mot qu'on Tondrait faire dériver du slavon /iudt, le peo^e. Ces

DNIli mHITIVE DB LA RACX SLAVE. H

Lydes, (Slaves d'Asie), après la ruine de Troie, dont ils étaient es alliés , franchissant le Bosphore, se seraient d*abqrd établis sur les côtes où est aujourd'hui Gonstantinople. C'est là que les auteurs grecs nous montrent les Lydes opérant leur jonction avec les Hésiens. A les en croire, la Lydie et la Carie asiatique formaient avec la Mœsie européenne nn seul et même pays. Hérodote mentionne trois frères, Lydus, Mysus et Carus, qui furent suivant lui les premiers rois de ces trois contrées. M. Mickiewicz, avec ses yeux de poète, a vu dans ces trois noms antant d'expressions slaves. Rapprochant le slavon kara^ châtiment, et le polonais czami, noir, il prétend que les Cariens n'étaient pas autre chose que des Slaves noirs ou asservis; et il traduit les noms de Lydus, Mysus et Carus par lud mezo'v karych ou czamtcft, (le peuple des hommes fwirs). C'est à peu près comme si, pour caractériser les Slaves de nos jours, on les appelait, en se servant d'une figure malheureusement trop justifiée : (a race des nègres blancs.

Ainsi le nom de Lydes y en supposant qu'il dérive deZtudt, a fini par devenir comme celui de Serbe, un symbole de servage. Les codes germaniques du temps de Charlemagne désignaient par genus lydorum les prisonniers de guerre et les vaincus attachés à la glèbe. Les LeudeSy en allemand leuie^ étaient pour les che* valiers chrétiens de la Germanie, les indigènes du fief, enlevé et conquis sur les païens Slaves. L'état où l'on voit languir aujourd'hui les derniers Slaves de la Po«

10 tB MOfNDI 9LAVK.

méraQie, da Mccklenbourg, du Brandebourg et de là Saxe, n'est que la conséquence de qainie siècles de persécution des Teutons contre les Slaves du nord.

fl serait impossible de préciser des causes et d*assi<« gner une origine à cette antipathie invétérée et eramié préeiistante du Teuton contre le Slave : antipathie qui est devenuela source historique et en quelquesorte la vte mèmedu germanisme. £n effet nous la voyons déjà éta* blie, faciliter partoutaui Romains leurs conquêtes. Puis àTépoquedes conquêtes romaines succède enfin Yépo** que dite barbare, Tépoque des invasions de tons les peuples opprimés dans T empire des oppresseurs. Du • Tant cette période qu*on pourrait à juste titre désigner dans r histoire du monde, sous le nom de période slavo-germaine, l'antagonisme du Teuton contre le slave prend des proportions pins grandioses que jamais, et amène des révolutions de tout genre. Je vais tâcher de présenter ici le résultat de ces révolutionS| demeurées malheureusement inconnues aui historiens d'occident, malgré l'influence qu'elles ont eieroée sur tout le moyen^àge, et sur les relations réciproques des races européennes.

On vient de voir que les Slaves du midi se trouvaient partout asservis aux Romains : nous allons maintenant chercher si dans le nord la race germanique se montrait moins acharnée contre les Slaves, que ne l'était dans le midi la race greco -latine.

Les plus anciens Germains paraissent avoir été les Goths de la Scandinavie et les Suéones ou Sttèvai|

UNITi PtmhttTt 1^1! Là ttACE SLiTK. %k

ftQjonrd'btii Suédois. Le^ Gotbs passèrent d« boum heure de la Séandinarie sur les côtes renèdes de la Baltique, où ils s* établirent en conquérants parmi les Slares, mais sans poutoir jatnais refouler tout-i-fàit les indigènes, ni fonder sur ces rivages une tiatioua'^ lité durable. iW ans avant Jésus-Cbrist, Pytbéaa les trouvait déjà sons lé tioiit de Outtones^ faisailt prt^ des embouebures de la VIstule, le oommëréë de Tûm^ bre; etTdcit^) dans sa Gêtmnnia, mentiontie encore aui mêmes \\m\ un peuple du même nom. f>a domi'^ nati^ dé ces Gotbs s* étendait jusqu'au fbiid de ih P0<logne, oii les indigèttes devaient eultiver là terre pouf leurs maîtres étrangers. Aussi quand ^ne nouvelle race d*bommes descendus du Caiiease, sous le Mm terrible de 9armates^ entré en lutte avee les Getbs pont la possession de la Stepe, les Indigènes vendes regar^ dèrent sans y prendre part eette Itltte, dont le résultat ne devait être pour eut qu*un nouvel esclavage. 1^ ^armâtes ayant vaincu, forcèrent les peopladeft gothiques à se retirer du nord et de Ferlent vel^ la Germanie, c'ef^tàdire vers les frontiërt^s deTempife romain. Tous les pays situés eritre le Gadcase et la Baltique prirent aloi*s le nom de Sarmatie. Ce nom devint bientôt pour les historiens de Rome la désignation générale de tous les territoires cultivés par des colonies slaves bors de riliyHe. Ce qui toutefois n'empêche pas Btrabon , Pline et Ptolémée de disthiguer dans la Safmatie plusieurs rares d'bémmea d'origine toQt-ft<4làU difMrente , et notamment lé grnfifi pMph

des Serbes, sujet des Sar mates. Marcien d'Héraclëe âève jusqu'à cinquante-six le nombre des nations {iàvii) que renfermait la Sarmatie , et qui se groupaient autour de cinquante-trois villes importantes

(woXetç swiffiifAouç).

Le premier résultat de l'occupation des pays slaves par la race caucasienne des Sarmates fut le refoulement des Kimris, ou Cimbres de la Grim^, vers Focddent. Ne pouvant trouver de place en Grermanie, les émigrants dmbres, sans doute renforcés d'un grand nombre de volontaires germains, envahirent la Gaule et semèrent l'effroi et la destruction dans l'empire romain. Vingt-six ans après cette terrible guerre des GimbreSy les Romains virent encore paraître dans leur empire une nouvelle migration de barbares du nord, eausée comme la précédente par la pression que faisaient sentir h la Germanie les Sarmates, maîtres du monde slave. Heureusement pour Rome, les émigrants germains conduits par Arioviste, eurent à lutter contre Jules César, qui se trouvait alors dans les Gaules. Leur défaite sous les murs de Besancon retarda d' un demi siècle le mouvement de migration des Germains ; et l'empire romain sous Auguste put s'étendre dans la Germanie jusqu'au Danube, dont les rivages se couvrirent de castels romains.

Menacées à la fois par les Sarmates et par les Romains, les peuplades germaines forment alors deux grandes fédérations, sous deux chefs héroïques, Marbod et Hermann. Marbod, qui était allé étudier dans

Borne même la puissance romaine pour mieux apprendre à la vaincre, réussit à organiser dans le midi de la Germanie , sur le Danube , un état monarchique , à l'aide des Suèdes et des Markomans. Hermann, dont le père et plusieurs parents avaient , comme Harbod, visité Bome, forma au contraire dans le nord une confédération républicaine, à Taide des Gherusques et des Saxons. — Enveloppées par Hermann, les trois légions de Varus périrent jusqu'au dernier homme. Mais impatient de venger le nom romain , Germanicus aecourt , et toute la Germanie depuis le Bbin jusqu'à TEIbe est subjuguée. L'héroïque épouse d'Hermann, Thusnelda , est elle-même conduite comme esclave à Borne. La cause première de tous les triomphes de Germanicus semble avoir été la discorde et la rivalité qui existait dès lors entre le nord et le sud de la Germanie, ou ce qu'on appellera plus tard la Prusse et r Autriche. Marbod, l'allié des Bomains, le roi despotique des Germains du midi, entra enfin en lutte avec Hermann, le chef républicain des Germains du nord. Dans cette lutte entre deux chef&tet deux systèmes riyaux, Marbod succomba. Il dut fuir en Italie, son empire fut détruit, la liberté barbare triompha , et la Germanie fut à jamais perdue pour les Bomains.

Ce fut alors le tour des Slaves de voir se tourner contre eux les armes des Latins , qui renonçaient à s'aventurer désormais au milieu des forêts germaines. Les Césars commencèrent par attaquer les Vendes du Danube. Trajan franchit ce fleuve l'année I06| et alla

m 14 MON0B SUVS.

conquérir la Dacie, où déjà opprimé par les Golbs et les formates, le Slave indifféreut n'apporta aucune résistance. Triyau put ainsi pémtrer ju^quau Dnicsim^ et creuser tr^nquillenieut son fameui^ fpsséqui fortifia d'une muraille, à Tinstar de la grande muraille cliUioise , devait à perpétuité séparer les hordes no* mades de la Scjthie d'avec Tempire romain. Mais à peine ce fossé était-il achevé que le cri de guerre poussé pur la' puissante nation des Goths , alla retentir du JDDieprp à TOder, et de la mer Koire jusqu'à la Ual- Itque. fiCS Goths , en effet , occupaient alors toute la lisière de l'Europe, depuis la Scandinavie, en suivant )a Vistule, le Dniestre et le Oniepre jusqu'au Panube. Ifais ces régions qu ils avaient conquises s'étendaient fiir une ligne sans profondeur. C'est pourquoi les Saripiites avaient réussi à rompre pette ligne dans le nord ; et les Gotlis du nord, vaincus^ refluaient de tous cô« léi^ vers le midi, au moment même ou Borne s'efforçait d'étendre ses frontières au-delà du Danube, te choc terrible qui résulta de ces deui^ n^oiivements en sens opposé, est connu d^ns l'histoire sous le nom de guerre des Marcomans. Dans cette mêlée furi^usÇi où ^gurent pour la première fois l'année 166, les Burgondes, les Bures, les Gepides, les Scires, les Hernies, les Turcilingues, et une foule 4 autres peuplades gothiques, les aigles romaines finissent par l'en^pprter ; et à la suite de ces combats , cent mille prisonniers romains sont rendus aux vainqueurs, ce qui suppose au moins cbe« les peuples du nord un développement

UNITÉ PRIMITIVI ME LA lÀCE SLAVE. 55'

d^à très remarquable d'ordre public et d* idées administrative. Profila à la fois eqtre les Romains et les armâtes , les Gotbs de F Oder, de la Vistule et de la Saltiqiie commeiieèreat à émigrer vers les steppes da dud-^t , et s'établirent enfin entre le Dniepre et le Pqiastrp dans ie paya des Boxalans qu'ils parvinrent k subjuguer ou plutôt qu'ils remplacèrent comme do« wnateiiFs parmi les indigènes slaves, vers la fin da deuxième siècle de notre ère.

Ayant bientôt jeté de fortes racines sur le littoral de ia mer Noire, les Gotbs commencèrent leur période d*ipvisiQOS et de pillages dans l' empire romain. Ca- I^Oftlla les repoussa en ^15 au-delà des frontières. Mais en 3*22 ils reparurent avec des forées plus impo*^ 8|iote9 et ne se retirèrent qu'après avoir extorqué d' A-^ lei^andre Sévère des présents considérables. Enhardis par ce succès, ils envabirent la Dade sous l'empereur Philippe , passèrent le Danube en 244 et ravagèrent t^ute la Mésie. Qiielques années après , une nouvdle campagne les conduisit jusqu'en 1 hraee, où ils sacca* gèrent. PbilippopoUs et livrèrent en 251, près da la ville actuelle de Varna en Bulgarie , une grande bataille à l'empereur Dceios, qui périt avec son fils dans la mêlée. Il fallut que son sneeesseur concédAt la Dade aux Goths par ou traité solennel , et les légions romaines colonisées au-delà du Danube, durent ea quelque sorte se faire barbares, sans perdre toutefois la langue latine que leurs descendants moldo-valaques ont eoi»wrv^ jusqu'à ce jour.

Enivrés de leur triomphe, les Goths se jetèrent sur (les pontons flottants, traversèrent la mer Moire, et allèrent piller Trebizonde, les plus riches villes de la (I rèce et le temple d* Éphèse qui , sept fois sorti plus brillant de ses ruines, à la septième fois ne se releva plus. Gorgés de butin , les Goths regagnèrent leurs steppes de la mer Noire. En même temps d'autres peuplades germaines parcouraient l'Italie an nombre de 300,000 combattants; et d'autres essaims de Quades et de Marcomans inondaient la Pannonie et rillyrie romaine.

Voilà comment la race allemande solennisait son entrée dans l'histoire. Or jusqu'ici on n'a vu nulle part la race slave jouer un rôle actif. Enfin l'idée d'opposer cette race opprimée, mais vigoureuse, aux conquérants germains, pour assurer la durée de l'empire, parait s'être présentée vaguement dès le troisième siècle à l'esprit des Césars. Ils commencèrent par composer leur garde prétorienne, uniquement de soldats illyriens. Voyant la fidélité de ces barbares , l'empereur Probus alla jusqu'à les constituer sous le nom de fœderati , en petits corps d'armées aux frontières de la Germanie ; puis leur assignant des terres, il en fit des laboureurs et les déclara citoyens. Mais les transfuges germains et goths ne tardèrent pas à s'introduire par bandes considérables dans ces colonies militaires de l'IUyrie, au point qu'il ne fut bientôt plus possible de distinguer les deux races.

Ainsi confondus dans le prétoire et au camp, les

UNITE FEtlHITIVË DE LA IIVCE Sl.WE. S7

rlu-rs gotbs pt illvrk'fis moiitîTeiit souvent jusque sur le tfàan, aa mo,veii de l'adoption qui les conduisait a se faire proclamer C(hiars à la mort des eniperears qui les avaient adopta. Je me boruerai à citer deux empereurs de cette façon, qui paraissent représenter avec uni' certaine exactitude, l'un le génie des premiers Ctollis, l'autre le gi'nie des pi-oto-Slaves. L'an 335, le géant Maximin, fils d'un pAtre goth nommé Micca, et d'une Sarmate nommée Ababa, devint empereur. Haut de huit pieds et demi, ses forces étaîeul proportiouiKTs à sa taille; il traluait seul un eharriot cbai^é, remplissait plusieurs coupes de ses sueurs, fendait des arbres avec les mains, pulvéri sait des pierres entre ses doigts, terrassait de suite quinxe à vingt lutteurs, sans reprendre haleine, et enfin suivait à la course le cheval le plus rapide. Aussi pour le nourrir lui fallait-il chaque jour, disent les historiens , quarante livres de viande. Ce type effrayant de la race gothique, dans sa sauvage puissance, ne parlait latin qu'avec peine, et niiMait sans cesse dans la conversation son jargon allemand. Ses vertus étaient uae grande chasteté et nn amour terrible de la justice ; ses vices étaient l'orgueil, l'égoisme et la férocité. Honteux de son origine gothique, Maximin cherchait h dégrader tous les noms illustres du sénat, croyant relever par là le sien. H faisait jeter aux b^tcs, coudre dans des sacs, et expirer dans les tortures, tous ceux qui osaient le tourner eu ridicule. Enfin Rome, profitant de la révolte de l'Afrique, déclara Maximia hostit, étrsBfer oanutami

( deax mots sjDonymes à Borne ). Le puissant Goth deviat comme un tigre , et daus sa retraite il sema toute r Italie de cadavres. Il inspirait uoe telle terreur» qu' Aquilée assiégée par lui, vit les femmes même le3 plus délicates de la ville prendre part à la défense des remparts, et tresser avec leurs propres chevelures des cordes pour les machines de guerre. Maiimin fut enfin massacré par ses propres soldats. Peu d* années après, lin autre géant monta sur la tr6ne, mais celui-là était d'origine illyrienne. Fils d'une prétresse consacrée au coite du soleil, ou du dieu Blanc , il se nommait Aurélien. Plus astucieui peut-être , mais l^eau-* coup moins cruel que son prédécesseur, il avait acquis 9a gloire m combattant avec ses légionnaires illyriens les Sarmates sqr le Danube , et les Germains sur le Bhin. Enfant de l Orient, il en avait la nature à la fais grandiose et brillante. Ce Tut lui qui conquit Palpiyre et fit prisonnière la reine Zénobie. Traînant après lui une foule de captifs goths et sarmates , il alla triompher au Capitule, et parvint à force d'habileté et de caresses , à se faire accepter par les Bomains. Depuis lors les deux factions, illyrienpe et germanique, soutenues Tune par la Grèce, l'autre par les Qaulois, ne cessèrent plus de se disputer l'influence à la cour des Césars.

De ce$ faits il résulte que c'est la fatale rivalité fntrç to deux races germanique et slave qui, après avoir donné aux Bomains l'empire sur toute l'Europe, )wr permit de prolonger dorwt tint ^ sièçlçs leur

UNITÉ PRnflTlYK Dl U KACIi 8LATB. |^9

domination, sans ces^e attacfuée par les uns et restao* rée par les autr^. Les Sbives aavuient trop quel sort crui'i les Goths avaient fait subir au^ premières cot lenies slai as établiei sur la Vistule et la Baltique { e'est pourquoi ils appuyaient, par esprit de vengeance, eoutre la Germanie Tempire croulant des Romains. Nais, comme il arrive toujours chaque fois qu*ui| peuple placé entre deux rac^ belligérantas, prétç sop bras à Tune pour l'aider à écraser Fautre, les Vendçh S^rbss se faisaient exécrer des uns, sans se faire respecter des autres. Oubliant qu*eux-m^es étaient partout disposés h opprimer» les Tentons appel^i^nt déjà les premiers Slaves des instrun^ents ifi servilisoie ^l d'oppression; d* un autre côté voyant cofpbien le braa vigoureux de ces Serbes leur était qtile contra kars ennemis du nord, les Romains faisaient 4* jutant |dus d* efforts pour s'approprier chaque jour d^van** tage un instrument aussi commode entre leurs fnainsj de sorte qu'un usservisscoient croissant devenait la feule récompense donnée à c^ aïeux des Slaves par les Césars. C'était en grand, et pendant plusieprs siècles, le même spectacle que vient de donner durant trois années le dernier des empires romains d*oocident, l'empire d'Autriche, avec ses Slaves également taxés 4e servilisme par les modernes Germains.

Je ne poun^uivrai pas plus longtemps cette lugubre bistoire. Je me borne à constater que dans Iç nordi comme dans le midi, vers quelque point qu'on tourna

Iw |WX| pfftoot Iw prrati«»if rb^

fdisscnt comme serfs. — Nulle part cependant leur asservissement ne parait avoir été aussi complet, aussi long que dans celles des provinces danubiennes soumises aux Césars. La tradition slave raconte à ce sujet, et Tarchéologie romaine confirme des faits d'une barbarie qui fait frissonner. Il semblerait que pour conjurer leur triste destin, une partie de ces servi (trepCoi) du Danube se décidèrent enfin à quitter les domaines de leurs oppresseurs grecs et romains, et à fuir vers la Scythie et ses déserts; c'est du moins ce qu'indiquerait la légende des trois frères, Tchekh, Lekh et Buss, qu'on retrouve sous diverses formes chez tous les peuples slaves. Une des plus anciennes chroniques publiées par Kopitar dans son Glagolita klozianus^ fixe l'époque de cette migration à Tan 363 et l'attribue aux tyraunies et à l'insatiable avarice du gouverneur d'Illyrie, Equitius, qui après avoir dépouillé de leurs dernières ressources les Slaves de la Croatie, força trois de leurs princes, Tchekh, Lekh et Russ à abandonner leurs domaines de Krapina, pour s'en aller au-delà du Danube fonder de nouveaux établissements dans la Bohème, la Pologne et la Bussie.

J'ai bien des fois entendu des rapsodes illyriens chanter la migration des trois frères. Ils le faisaient dans des termes analogues à ce qui suit : Au temps des Césars romains, trois bans de race antique, Tchekh, Lekh et Buss gouvernaient les riches vallons de la Zagorie ; mais les hommes de César venaient chaque année lever sur eux de lourds tributs. Enfin quand

mnTÈ PRIMITIVE DÇ I.A RACE SLAVE. 64

les bans ne purent plus payer ce qu'on exigeait d'eux. César vint ; Uleur enleva leurs troupeaux et jusqu'aux joyaux de leurs femmes. — Les trois frères alors se dirent : Que sommes-nous, pour sonffrir une telle honte ? Serions-nons donc donés à la terre des Ro^ mains ? — Et ils levèrent les yeux vers le ciel. — Trois aigles en ce moment traversaient les airs; ils venaient des chauds rivages de la Primorée latine et se dirigeaient à tire d'ailes vers le nord. — Tchekh le savant dit à Buss : frère, fuyons cet empire de l'occident où le Knèze même vit esclave dans ses palais dorés. Suivons le vol de ces aigles ; vois, ils viennent de Rome ; et pleins d* indignation ils s'en vont raconter aux Scythes l'esclavage qu'ici le genre humain endure. Comprends-tu leur cri? Ils nous promettent que nous trouverons dans le nord et dans l'orient des vengeurs. — Russ penchait tristement la tète ; mais Lekh s'écria : Debout ! rien de pire que l'esclavage. — Et tous les trois répétèrent ensemble: Debout ! Aussitôt chargeant sur des cbarriots leurs armes et leurs instruments de labourage, ils partirent avec leurs familles, suivis par les tribus qui leur étaient soumises.

Après avoir traversé trois grands fleuves, ils arrivèrent au milieu d'une vaste contrée entourée de tous côtés par des montagnes en amphithéâtre. — En voyant ce beau pays, Tchekh, l'ainé des trois Knèzes, se décida à échanger son camp nomade et ses tentes de peaux de bêtes contre une blanche citadelle à mu-

M Lt Mom>t sutf .

railles de pierre. Aassitôt il trà^ ayec la chatrâé r enceinte de sa cité, et s* adressant aux vilas célestes qui conduisent les nuages, et dirigent dans les airs le Yot des oiseaux, il les conjura d*écafter de Tenceinte sacrée de sa Tille les coucous, les corbeaux et tons les oiseaui de liiaatais augure; de chasser vers les raotltagnes lointaines les nuées qui recèlent la grôle et r orage, et de faire constamment Ittire ttn dotai sdiéll Mt la tète dé fies enfants. — Aprfïs ces supplicatiorts aux tilas, TchekH s'adressa aux hommes et adjura tMs ceux qui devient passeï^ par la Bobètne jusqu'à la fin des temps, de quelque uatioti, de quelque étilt qu'ils soyetit, iunaks ou marchands, rabes od d^ tojrensj d* entrer dans son hradchin comme amif^, pùM y jouir joyeusement de l'hospitalité slate. Ainsi fUt fondée lit capitale des Tchekhs, surnommée par les Slavefi la joyensê et la Dorée.

Lekh chercha à son tour où il pourrait bAtir sa Yille ; après avoir longtemps erré de la Moldava à la Vistulc, il s'arrêta un soir avec sa troupe au pied d'un noir rocher qui ressemblait à celui du hradchin. Une aire d* aiglons blancs en couronnait la cime; et leUt* mère qui les nourrissait étendit aussitôt ses larges ailes à l'approche des voyageurs, comme pour se préparer à défendre sa couvée. A cette vue la ealravane salua par un hoiirra l'oiseau, interprète des destinées, tin sillon fut tracé autour de la colline que protégeait l'aigle blanc. Un zami-k (château fort) s'éleva sur 1«9 roebers^ et la ville qui se forma à l'en-

tmti PRIMITIT^ Dfe LA tikÛË SLAVI. él

tour tnit le nom de G;!(zne, c'cst-ft-dire le tifd (gniazdo) de la famille de r.ekh.

Boas, le plus jeune des trois frères, s'ennuya en^ fin de vivre à la cour de Lekh; 11 appela tes siens, prit 800 arc de chasseur et se dirigea yers Forfént à travers la stepe soythique. La Scyttiîê n'était éhcorë qu'une immense forêt ; ses habitants peu notnbreut n'étaient encore que des nomades qui se transport taient suivant les saisons d'un déseH dans un autre. Après avoir marché longtemps, Russ arriva sur le^ bords du Dniepre ; frappé de la majesté de M fleuve, il gravit pour mieux lé contempler la montagite où s'élève maintenant Kiôv. Effra)^ée à son approche, une troupe d'oiseaux carnassiers sortit avec fracas des cavernes des Petcheries. J'accepte faugdre, dit Russ : ici finira la Ukhie ; ici CoitltBenMra mon eiti-^ pire ; le Dniepre séparera deux latiglMS et deux peuples à jamais rivaux ; et de même' que mon frère a mis dans ses armes une aigle blanche, moi j'étendml sur les miennes l'aigle noire pour être la terfeuf do monde. —

Les légendes polonaises racontent tlti peti différMtlment la fondation des trois nationalités slaves du nord. Suivant Bielski, ce fut par opposition à l'aigle noire des Allemands, et non pas des Russes, eneori! trop peu redoutés que la Pologne mit sur sou écusson l'aigle blanc. En outre^ après avoir construit son nid (gniazdo) sur le rocher actuellemoit nommé Gneine, Lekh alla au-devant de ses deu frères, q^ parooii-*

64 Ll MONDI SLAYit.

raient le monde en preux chevaliers, pour redresser les torts et combattre les tyrans. Tous les trois se rencontrèrent, sans s*y être attendus, aux frontières de la Germanie; et en souvenir de la joie qu*iis éprou« vèrent à s'embrasser, ils bâtirent sur le lieu même de leur rencontre une citadelle qu'ils appelèrent Poznan ou Posen, du verbe polonais poznali sie , ils se sont reconnus. En preuve de ce fait, le peuple de la grande Pologne montre à la façade de Y hôtel de viUe de Posen sous la corniche d'une tourelle, les tètes des trois frères, sculptées en granit et coiffées d ua même bonnet. J*avoue qu'en faisant partir Tchekh, Lekh et Buss de rillyrie, j'ai contre moi les plus savants archéologues slaves qui s'accordent presque tous à les faire venir des stepes du Don et du Volga, du pays que les Byzantins appellent la Chrobatie blanche (bielo-khorvacia). Mais cette Croatie est très vaguement indiquée ; on ne sait où elle était située ; on sait seulement qu'elle faisait partie des pays serbes, comme l'anonyme bohème de l'an 1 3 1 le dit lui-même dans sa chronique de Dalimil : to srbskem yaziku gest zemie, giz charwati gest gmie (dans la langue, c'est-à-dire le pays serbe il y a une terre dont le nom est Croatie). C'est de là, ajoute le chroniqueur, qu'est parti Tchekh. J'admets ce textes seulement j'observe que la Croatie illyrienne est aussi un pays serbe et qu'il me parait préférable de faire partir les trois frères de cette Croatie historique et permanente plutôt que d'aller cliorcher au fond de la Bussie, pour en faire le berceau

IINITÉ PtmnTCTX DE LA RACE SLAVE. 65

des trois grands peuples slaves, une Ci'oatie qui a'apparalt daus l'histoire que comme un métdore passager.

Je puis d'ailleurs appeler à mou aide le témoignage même du plus ancien historien de la Russie; j'ouvre Nestor, et j'y lis : « Les Slaves illyriens babitaii^nt depuis longtemps les bords du Danube , lorsque les Vlaques (les Latins) vinrent s'établir sur ce fleuve. Les Vlaques s'emparèrent aussitôt de tout le pa)'s slave; c'est pourquoi les Slaves prirent la fuite et cmigrèrent cbez leurs frères du nord.... Ceux d'entre ces émigrauts qui s'arrêtèrent aux bords de la Morava ( la March) s'appelèrent Moraves. D'autres reçurent !e nom de Tchekbs, de Pomëraniens, de Lutitses ; quelques-uns celui de Pohanes ; et le nom de Liaks uu Lekhsfut donné à crux qui s'établirent sur la Vistule. » Nestor semble ignorer l'époque précise de cette émigration des Slaves opprimés du Danube vers les steppes du Dord. C'est qu'il serait sans doute fort difficile de la préciser. Celte émigration doit s'être répétée à bien des reprises différentes. Chaque révolution arrivée sur le Danube, même avant l'ère chrétienne, a dû envoyer vers les steppes encore vides, quelques nouvelles colonies slaves, dont ies premières ont sans doute précédé de bien des siècles celle des trois frères de la légende. Je suisdooc loin de prétendre qu'avant Lckli et Russ la Pologne et la Russie ne fussent pas déjà des pays slaves. Je doute cependant qu'on pnis?o faire remonter historiquement la colonisation de ces cou-

66 tE MONDE SLiiVl.

trées bien avant dans F antiquité. Les plaines de la Pologne et de la Russie offrent une absence de monuments , et dans leur sol même un caractère de nou- Teauté qui interdit, à ce qull me semble, de les regarder comme des régions très anciennement habitées ; de sorte qu il parait contraire nourseulement à T histoire, mais même à la science géographique, de placer dans le nord le berceau de la race slave.

De plus, en admettant une nation slave déjà établie au bord du Danube et sur les montagnes de Tlllyrie, avant Tépoque des grandes migrations du nord vers l'empire romain, on lève bien des difficultés historiques. L'histoire nous montre, il est vrai, de grandes armées slaves venant du nord au sixième et au septième siècle, passant le Danube, et s* établissant dans les provinces romaines. Hais ce n'étaient que des légioLS de soldats ; — même en les supposant suivis de leurs femmes et de leurs enfants, ce n étaient que des hommes armés ^ ce n'étaient pas des nations. L'influence que ces Slaves du nord ont dû exercer sur les pays conquis, peut donc se comparer à celle que les Francs exercèrent dans les Gaules. — Or, je le demande, les Francs changèrent- ils radicalement la langue des Gaulois? Les Gaules, avant l'arrivée des Francs, étaient latinisées ; au milieu de leurs serfs latins, les Francs s'obstinèrent pendant quelques siècles à garder leur idiome germanique; mais l'élément indigène ou latin finit par l'emporter; — et la langue des FrancS| la langue française est devenue la pre-

tmtTi pRnmrn m ii ua slats. wj

mi^ «les iangan romanes ou litina. Pesrqsii Btap' poser na» preOTes qu'il y eAt dans rill;rie aa rteiltat tout oontraire , et que M furatat IM oétaqDénntt dava du nord qai firest ooMicr au îadigèaM bar ancien idioBic? N'eat-U pat bflMtosp ^im i d'ndoieUn, puisqn'il j a ri'«iUnn teni de i gcs n faToir de «elto epirtiM , ^ l« lêytt»a§ étaient déjji Slaves, qu'avant l'ère des iB««it»i«> Ml parlaieut déj* M ilavM, et qna c'est pont «Mt *|l|!iU le parient eno»mt «HlWnevt (wm i^'il thtféWr rt l éié idipaaé par une annéftde «noqMraMfeT

On Me deBMadera p«t--«trB oMUMMt U M Mk qu'ayant habité dèi a«Mt MsavCMst 1 h > i Ul i WM > des Gm» , tes Havn m B»iMt pas uta» MMe Mtl

réponds qae k lom d« <laV» est M MM «MhpMMI^ vemeut pe« tneiMi , ^qa! «emMe avoif nifcoétfé MMt nome de VeHde tt de «erbèi il ««t 4«BMitr«<*e MHM inaaièivn qw la kioM de Vetiée n'tvait («Mt Aé \ptoi4 de l'antk{aitri : qoant an osai de tmtli<, en 'gret tt^nci DU Serw, In; Kota&iaii farafncnt ha favefv qm flrep coniift, s'il ntTrat^'IIsca aient faHlearMUèthennl». * — Eb oatn « ceaaaH rasage 'de tMMt ranMquilé A lie Bientionaer «bas ChistaMe que le «Mktt les ke^ tiona des aaltni, mmb «'InqaiMcr d« eiclAvM. CM usafle ftm eifriiqaer foaaqné tdaaa les iunglaiMMl guams railes yar TraJMi, Meiu&, tfalhik) HeMMMftnWi et plusieurs autres Césars surleDauube, il'ATvMjlM- . Il bHH (Mita ^r-

68 Ll MONDI SLATI.

tant que soos ce nom de Sarmates, les Slaves combattaient depuis bien longtemps les armées romaines, knrsqu'ils firent enfin , sons leur propre nom , irruption dans Fempire. Ce sont ces Sarmates, enfants du Caaease, et les tribus errantes et guerrières connues sous le nom de Scjthes, qui ont durant toute Tantiqnité dérobé leurs tributaires slaves aux yeux du monde civilisé.

Essentiellement agricoles , et portées à la vie sédentràre, les colonies slaves dans leurs migrations s établissaient de préférence au milieu des solitudes et des forêts, pour les défricher et les rendre habitables. Aimant la paix, peu exercées dans le métier des armes, elles évitaient avec soin de s'approcher des frontières des grands états. Et comme les steppes incultes de la Scytbie n'étaient alors ambitionnées par aucune mo- Mrchie, c'est vers ces contrées que se portaient de préférence les émigrants slaves des rives du Danube. CSe nom de Scjthie parait avoir dès l'origine désigné on pays de nomades. En illyrien, Scythe désigne un homme sans gite, du verbe skitati, vivre en vagabond. Ce mot passa ainsi , suivant toute probabilité , des Slaves aux anciens Grecs, qui abusèrent tellement du nom de Scythe, qu'on le trouve employé par leurs écrivains, pour désigner une foule de nations étrangères les unes aux autres, au point que c'était presque une dénomination générale, qui signifiait les barbares du nord.

U a fallu toute l'infatigable persévérance des Sla-

l-NITR PHIHITIVE DI la RkCI SLiVl. 69

Tes, pour faire de cette antique Scythie an pays habitable. Depuis le Danube jnsqa' an fleore Jaune de la CbtDc, la zone des 8tepes o'est qn'oae continneUB alternative de provioces fécondes et de landes arides. Ces landes, rebelles Àractionderhomme, n'admetteat pas d'autre exploitation qne celle des troapeani, ni d'autre genre de Tieqae l'existence nomade des tribas de pasteurs. Halbeureusement ces désots coapent et interrompent en tons sens les provinces fertiles , oè ils se plongent pour ainsi dire oomme des fleaTes dAvastateurs, portant sur leurs ondes de sable moaTaat, Don-senlement les essaims de sauterelles venws d'Asie, mais enoore des bordes de chasseurs, avides de carnage et de batin.

Séparées les unes des antres par ces ttepes inboB[H> talières, les diffërraites peuplades slaves d'au-dd&. da Dannbe, ne pouvaient que difflcilement correspondre entre eUes, et s'entendre pour leor défense commune. A la moindre discorde qui naissait entre ces petits états slaves , les tribas de p&tre» et de chasuors do désert s'élançaient sur les provinces enltiTées parleurs rivaux Slavons. Ëtaient-ils vaincus, ils rentraient avec leurs tentes sous forme de ebarriots dans la stepe. Habitué À une vie Féglén, i une nourriture abondante ettrès variée, étantde ploB, comme tout laboureur, asset mauvais cavalier, le Slave ne pouvait poursuivre longtemps, dans ces sables incultes, te Scytbe et le Hun, babitué à vivre k cheval, et à se nourrir dn lait de ses juBunts. Les tribus de laboureurs slaves vi-

tO 14 MONfil ftUTB.

«tient doB€ cachées aui jeux do monde , et le plas Mnveot opprimées p^r ces essaims de cavaliers scy tbes, qui pureouraient » comme Touragau , tous les pajs «laves , depuis l'ejitréme nord , jasqa'aax montagnes AiUfirtee.

Ou peat maîntenaiit comprendre pourquoi les aatiora grecs et romains parlent si rarement des Slaves. Us étaient serfs, et Tantiquité n avait de sympathie que pour les maîtres. Toutefois , le plus ou le moins de liberté de ces pauvres laboureurs, sous la dominatimi des Khans Scjthes ou Tatares, servait pour ainsi dire à marquer le plus ou le moins de paix et de prospérité de ï Europe. Les laboureurs slaves se trouvaient-ils , par leur coalition, en état de refouler les pâtres au fond de la Stepe, alors F Europe grecque et latine jouissait d^une tranquillité profonde. Les Slaves au contraire étaient-ils débordés et entraînés par Tirjruption des nomades, T Europe aussitôt en subissait le cpntisecoup, et se voyait menacée par des essaims à$ Scythes» de Huns, de (jotbs, de Tatares, qui après avoir passé sur le corps des Slaves, s en allaient inonder ^t saoc^lger les provinces du monde civilisé.

Le premier fait historique de ce genre, fut 1* invasion des Cinabres ^o Occident, où ils parcoururent la (lermanie et toutes les Gaules, et que Marins seul put arr^r, (Jn autre fqit du inénie genre, mais encore plus terrible, fut la longue guerre d'Attila contre les Romaias, guerre qui eut été impossible sans F asservissemfnt diQi ^Uve» du Panube aux noosades de la Scy tbie.

UNIli PRllIITIVX DB LA RACX 8LATK. 74

Et aajoard'hui l'asservissement de ces mêmes Slaves du midi et de r occident à I* autocratie çiosco vite, sera inévitablement le signal d*ane noavelle ère de destruction poar les états européens. Déjà dans l'antiquité, r histoire nous montre cette race Serbe, plus tard appelée slave, servant de boulevart à la Grèce et à F Italie contre les barbares. Ses travaux de colonisation du désert protégeaient déjà avant J.-G. le travail intellectuel et social des heureuses nations du sud et de la Méditerranée. En récompense de leurs services , Fancienne Rome réduisit ces hommes à l'état de serfs i ils devinrent comme les cariatides de l'édifice impérii^l, comme le marchepied du trône des Césars.

Depuis cette époque jusqu'à nos temps, le rôle de la race slave n'a pas changé. Au moyen-âge, dans les temps modernes, depuis trois mille ans, c'est elle, toujours elle qui, assise entre l'Europe et l'Asie, refoule au désert ou absorbe dans son sein , en les rendant cultivateurs, les peuples nomades de F Asie, et qui protège par là , à ses dépens, le repos du reste de FEurope. Et FEurope? qu'a-t*elle jusqu'ici rendu ant Slaves? un dédaigneux oubli, pour ne pas dire une servitude éternelle.

Nos philanthropes , qui depuis un demi-siècle ont déployé tant d'activité pour Fémancipation des nègres^ ne se doutent même pas qu'il y a au sein de FEurope toute une race, et la plus nombreuse de toutes les racef blanches, qui subit eu ce moment sur son propre sol, le même sort que la race noire dans les colonies d'A-

nicrique. Comment après cela s'étonner que les Slaves Hoieiit devenus un instrument de servilisme et de réaction européenne? S'ils le sont, c'est parce que r Europe, et ancienne et moderne , les a cruellement condamnés à Tètre, parce qu'elle a fait d* eux une race de serfs, depuis le premier des Césars romains, jusqu'au tsar ou césar actuel de toutes les Bussies et bientôt peut-être de toute l'Europe. La monarchie universelle de Pétersbourg sera la conséquence nécessaire de Tobstination de l'Europe à méconnaître les diverses nationalités de la race Slave, et à considérer les enfants de cette race comme les serfs-nés des autres peuples. Le destin du monde est désormais lié aux destins du slavisme : Libre avec les slaves, ou esclaveaveceux, voilà r alternative posée en ce moment à l'Allemagne comme à la Turquie, à l'occident comme à l'orient de l'Europe.

L'histoire en effet nous montre dans la nature slave une double tendance, qui se manifeste dès le berceau même de la race. Dès l'époque anté-historique , les peuplades de la Pologne, de la Bohème et du bas Danube, recevaient dans leur pays des colonies gauloises, et s'imprégnaient peu à peu de mœurs et d'idées celtiques, tandis que d'un autre côté les lUyriens de l'Adriatique, des balkans et du bas Danube, entraînés dans le tourbillou des conquêtes d'Alexandre , s'initiaient de plus en plus à la civilisation hellénique. En même temps l'esprit et la vie des Bomains s'infiltraient dans la société venède, qui, entourant l'Italie,

semblait couver la place où Venise devait venir s asseoir un jour. Ainsi la Grèce et T Italie se disputent dès Torigine l'éducation des Slaves. De là sont venues toutes les complications, tous les malheurs des peuplades slaves : mais de là aussi paraissent devoir émaner bientiM pour cette race de glorieuses destinées. Gomme le slave par toutes ses racines se rattache à la fois au grec et au latin, de même les idées, les institutions, les tendances des Slaves offrent un heureux mélange dMiellénisme et de latinisme, de mœurs d'orient et de mœurs d'occident. Un tel mélange , certes , est de nature, si le despotisme n'y met pas obstacle, à s'adapter dune manière merveilleuse aux besoins nouveaux du monde. Je dirai plus, un tel mélange semble destiner les Slaves à devenir les plus ardents apôtres de cette civilisation unitaire, cosmopolite, qui s'élabore si péniblement en France, et vers laquelle n'en gravite pas moins de plus en plus toute l'humanité.

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