‹ Des origines slavesChapitre 5 sur 22 · CIATIMBNNT ET FIN DU M0ND1$ ANTIQUE · texte numérisé non relu

CIATIMBNNT ET FIN DU M0ND1$ ANTIQUE

Jusqu ici nous avons vu le mouvement de colonisation du monde slave s*opérer du sud au nord, de FIIlyric vers la Russie et la Pologne. Ces migrations, dont le commencement remonte au moins au quatrième siècle avant Jésus-Christ, ne paraissent s arrêter que vers le troisième siècle de notre ère. Alors le mouvement commence à s opérer en sens inverse, et le flot slave se met à refluer du nord au sud et au sud-ouest , — des Karpathes russes et transylvaniens vers Tlllyric, la Bohème, la Germanie. La cause qui détermina cette révolution fut le triomphe des hordes nomades dans la Scy thie européenne, où à force de cruautés elles réduisirent les Slaves au désespoir et les poussèrent à se replier vers le midi, et à envahir T empire romain.

UNITÉ PRIMITIVI DB LA RACB SLAVE. 75

Ce fat 8oas le rfegne de Constantin qne les Sarmates de la stepe, avee leur roi Rosimond, conduisirent ponr la premièfe fois leurs tributaires slaves en lllyrie, «^ leur fournissant ainsi , à leur insu , l'occasion de déliyrer de F oppression romaine les tombeaux de leurs pères. Mais les Illyriens de cette époque, confondus avec les Grecs, reçurent assez mal leurs frères do nord. Vaincus et poursuivis jusqu'au-delà du Da- Bobe par Constantin, les Sarmates n'obtinrent la paix qu'après s'être engagés à fournir au vainqueur quarante mille soldats, chaque fois qu'ils en seraient requis. Ces Sarmates et leurs sujets slaves semblent «▼«lir habité la Valachie et la Transylvanie actuelle, d'eè ils s étendaient vers la Yistule et eu Russie jusqu'à des limites inconnues. — La tyrannie ne se maintient qu'à la condition de s'appuyer constamment sur la foi*€e et la victoire. Vaincus par les Romains, vaincus en outre par leur voisin Alarik, roi des Goths, les Sarmates, après avoir perdu leur prince Visumar dans une grande bataille contre les Goths, en furent réduits à armer leurs esclaves même, c'est-à-dire les laboureurs êerbes. Les Sarmatœ servi défirent l'armée gothique ; mais fiers de leur triomphe , ils ne voulurent plus être serfs. Sous le nom de limigautcs, ils s'emparèrent du pays qu ils venaient de délivrer, fondèrent le prenner élat serbe ou slave historiquement constaté, et chassèrent leurs anciens maîtres iFers l'empire romain. Les seigneurs sarmates ( sar^ maim domini \ au nombre de 300,000 , furent ac«

cueillis par Constantiu, qui leur distribua des terres rti Ihrace, en Macédoine, et dans la Pannonie.

Il parait que cette république d'esclaves des limi^ gantes fut de courte durée. Si Ton en croit AmmieD Marcellin, ces Sarmatœ, servi n étant pas habitués à se gouverner eux-mêmes , durent appeler chez eux, pour, conduire leurs affaires, la tribu germanique des Quades. Les Quades apprirent bientôt à joindre à leurs armes teutoniques la lance, Tare et les flèches empoisonnées des Sarmates , et se rendirent redoutables aux Romains par leurs brigandages. Il fallut que Feair pereur Constance marchât contre eux en personne. Ayant passé le Danube , il les battit partout, et força leurs chefs à venir dans son camp implorer leur pardon. Bientôt les servi vinrent en foule se prosterner au pied du tribunal de Constance, et le proclamèrent leur maître suprême. — Mais l'empereur ayant exigé d'eux qu ils reçussent de nouveau leurs anciens seigneurs les Sarmates émigrés, un cri- d'indignation s'éleva du milieu de ces esclaves affranchis. Voyant dans César un compUce de leurs oppresseurs, ils se jetèrent sur lui avec rage, en poussant le premier cri slavon, qui soit constaté par les historiens : ilforeha , assommez-le. Ce mot est du slavon très pur : en illyrien, moriti signifie encore aujourd'hui exterminer.

Constance n'échappa à la mort que par le dévoûment de sa garde prétorienne, qui se fit égorger tout entière, pour favoriser sa fuite. Cet événement avait

UNITÉ PRIMITIVE DE LA RACE SLAVE. Tï

eti lieu dans le castel romain d*Acimincuin, anjourd*hai Petenraradin. Le pays de ces servi, situé entre la Transylvanie et le Danube, et traversé par la Tbeiss, ait encore actuellement habité par des Serbes, qui descendent , selon toute vraisemblance , des fameux servi qui prononcèrent le mor-eha contre César. L'armée impériale exerça contre eux d'atroces représailles ; toutes leurs terres le long de la Thdss furent distribua aux Sarmatœ domini, dont le principal dief, Zizaïs reçut même de l'empereur le titre de roi. Mais toutes ces mesures furent inutiles : le cri d'insurrection, le mor-eha , que les Servi avaient poussé, s'en alla retentir dans tout le nord slave. Les jSerbes de la Bussie et de la Pologne accoururent au secours de leurs frères du Danube ; et la lutte se trouva engagée pour des siècles entre ces Serbes et les Bomains.

Les insurgés prirent peu à peu le nom de Horaves. Ce nom, dont Vorigine certaine est inconnue, parait toutefois se rattacher au fameux cri de Mor-eha^ lancé par les Servi du Danube contre leurs oppresseurs. En sanskrit, Marana signifie la mort ^ en vieux slavou, la déesse Morena était le génie des funérailles. 11 ne serait pas impossible que les révoltés slaves, qui s'appelèrent Moraves, eussent pris ce nom , à peu près comme dans ces mêmes lieux on voit au moyen-àge les bandes illyriennes en lutte avec les armées turques, s'appeler dans leur désespoir héroïque les légions de la tnart. Quoi qu'il en soit, la dénomination de Mo-

7S u MoNDi sun.

rave remplaça pour qaelque temps le nom de Mbê^ comme désignation générale de la race slave. Eo efif«t| quand on veut arriver à préciser retendue à» bl Grande Moravie, Velika-Morava ; on lui trouve, il eil vrai, des frontières certaines du eôté de T empire romain : mais dans le nord la Moravie , ou plutât les Moravies se succèdent les unes aui. autres jusqu à des limites indéfinies.

En vain les campagnes de Grèce et d'Italie se remplissaient d'esclaves sarmates ou serbes. En vain les Servi , faits prisonniers, et vendus comme du bétail, inondaient tous les bazars d'esclaves du monde civilisé. Ces Serbes , auparavant laboureurs si paisibles , en devenant Moraves, semblaient changer de nature. L'acharnement avec lequel ils se précipitaient des stepes de la Russie et de la Pologne dans rillyrie romaine, ne peut bien s'expliquer que par la pression terrible que ces peuples éprouvaient alors dans leurs stepes natales, de la part des liordes asiatiques. Les trihus turco-ouraliennes des Huns, des Avares, des Kosares, et enfin des Petchenegucs ou Polovlsi, — descendant les unes du Caucase, les autres du Volga, — poussaient devant elles les Slaves vers le midi et Toccident, et dans leur irruption les entraînaient souvent avec violence au sud du Danube.

Mais là encore les Slaves rencontraient dans les guerriers germains d'autres ennemis non moins acharnés. Mous avons déjà plus d'une fois constaté la rivalité originelle entre les deux grandes races germani-

CNiré PRÏMITIVÏ Dt lA HACE SLAVK. 79

^e et dave. Nous Favons vu naître aux bords de la Vistule, où elle est, on pont le dire, étemelle; puis, survivant à la nationalité même, elle est allée se développer jusque dans le prétoire des Césars romains. Cette rivalité, quil est toutefois assez difficile de démêler dans les ténébreuses annales de nilyrie romaine, nous allons la voir enfin se dérouler sur une vaste écbelle dans le monde barbare. La plus puissante nation germaine, la nation des Gotbs avait ^' poussé si loin ses conquêtes parmi les Slaves du nord,

que son empire s* était enfin scindé, comme la Germanie des temps de Marbod et d'Hermann, en deux monarchies distinctes, sous deux dynasties héréditaires : celie d'Orient on des Ostrogoths, entre le Dniestre et le Don, et celle d'Occident ou des Visigotbs dans la Dacie, le long du Danube. Les Vandales étaient venus de la Baltique se joindre aux Goths sur la mer Noire ; et tous ensemble faisaient une guerre acharnée à ceux des peuples de la Scythie qui n étaient pas encore sous leur joug. Enfin, vers le milieu du quatrième siècle, le puissant Ernianrik étant parvenu à centraliser sous son sceptre toute la grande nation des Goths, s'en alla offrir aux Slaves et aux Sarmates encore indépendants un duel à mort^

Si la hache des fils d'Hermann avait bien su trouver le défaut des cuirasses romaines, comment u au-

* Posl Erulorum cœdeni, Ermanaricus rcx in Venelos arma convcrlil, qui quamTis armis disperiti, sed nQinfl*ocltat6 pollfotes, prinid nttottn conabiiUir, (lonitndèi.)

80 LE MONDE SHVt.

rait-elle pas réussi à briser In lance encore mal exercés des Slaves? AprèR vingt ans de combatH, de 330 â 350, les Slaves furent donc totalement i-ediiits en servitude. Eu s'appujiant sur eus, Ermaurik étendit ses frontières en occident jusqu'à la Tlieisz et à l'Oder; en Orient jusqu'au Don, au Volga et à la Scandinavie. Tout ce qui en Europe n'obéissait pas aux Romains, faisait partie du colossal empire gothique. Si l'on en croit le grand panégyriste des Gotlis, Joruandès, aucune di's peuplades sluvones, divisées alors en trois grandes branches, Venêtes, Alites el Slaves, n'échappa au joug d'Ermaurik.

L'Iiistoire ne dit |)as comment ces tribus de laboureurs étaient traitées par leurs seigneurs goths; il paraîtrait toutefois que le sort de ces serfs de la gU'he n'était pas des plus doux, puisqn'en 375 les bordes de rOural ajant, sous le nom de Huns, franchi le Volga et attaqué les Goths , on vit aussitôt les Slaves se déclarer pour ces émigrauts d'Asie, dans l'espérance d'obtenir d'eux un traitemeut plus humain que celui qu'ils recevaient des Goths. La terreur qu'inspirait en occident cette race d'hommes encore inconnue, a ))orlé Jornaodès et :i;es successeurs à représenter les Huns sous une forme effrayante. D'après Sidoine Apollinaire (au 472) ces guerriers avaient des têtes énormes, des nez aplatis, de petits ;eux, le menton sans barbe, le teint cuivré. C'est sur ces peintures exagérées que se sont appuyés de Guignes et beaucoup de savauts fraut^is pour soutenir

UNTTÉ PRIMITIVE DB LA RACB SLAVE. 84

têriffine mongole des Huns, appelés par eux du nom cUnois de Hiungnu. Mais rien dans l'antiquité grecqvm et latine ne justifie cette immense innovation historique qui ne tend à rien moins qu'à boulverser F tintes les données admises sur le mouvement de lEluetamtion deB races, et sur leur époque de consolidation 4im9 l'Europe primitive. Aucun texte des historiens, iiit grecs so|| romains, ne peut faire soupçonner une farraption aussi récente que le serait celle-ci d'une iMe de l'extrémité de l'Asie jusqu'au cœur de l'Eulopé. Nous croyons donc que les Huns ont nécessailement appartenu à l'une des trois races, slave, turque et finnoise, qui au temps des Grecs peuplait déjà earilnsivement cette moitié de l'Europe, appelée la Scylbie; puisque let Goths ou Germains ne séjournèrent jamais en Scy thie assez longtemps pour y de* venir aborigènes et cesser d'y être une race étrangère. Je cherche à laquelle des trois races aborigènes de la Scythie les Huns ont dû appartenir.

n est impossible qu'ils aient été Slaves , car tous les portraits qu'en tracent les historiens ne s'accordent nullement avec le type bien connu des premiers Slaves ; il faut donc qu'ils aient été Turcs on Finnois. Or, la race turque ou proprement scy thique a été connue dans l'antiquité sous une foule de noms; les Grecs qui depuis qu'ils existent ont eu constamment à lutter avec elle, la connaissaient mieux que toute autre; et l'arrivée des Huns n'eut pas été pour eux une chose nouvelle, si les Huns avaient eu le langage et les mœurs

8t tt MONDB SLAVf .

des Turcs. Nous sommes ainsi tout DatnreUementooiH duits vers les Fianois, comme vers la race d* où IflS Huns ont dû sortir.

De toutes les races européennes celle des Finnoifl est incontestablement la moins connue; cest oeUe dont r origine offre le plus d'obscurités. Tacite qui les place auprès des Vendes ou Slaves, les eonsidèflft oomme une race de brigands et de nomades, errante entre les dtés germaines et les camps au moins disciplinés des Turcs ou Sar mates. Je cite le teite même; on verra qu'il s'applique merveilleusement aux Huns*

« Yenedorum et Fennorum nationes Germenia aa Sarmatis adscribam, dubito : Feuuis mira ferocitas^ fœda paupertas, non arma, non equi, non Penatie : victui herba, vestitui pelles, cubili humus. Soia ia sagittis spes, quas, inopia ferri, ossibus asperant. Idemque venatus viros pariter ac feminas alit. Passim enim comitantur, partemque praeds petiint. Kec aliud iufantibus ferarum imbriumque suffugium, quam ut in aliquo ramorum nexu contegantur. Hue redeunt juvenes, hoc senum receptaculum. Sed bcatins arbitrantur, quam ingemere agris, inlaborare do* mibus, suas alienasque opéras spe metuque versare. »

Les témoignages de Procope, de Jornandès et d^ Paul Diacre concordent en tout point avec celui de

Tacite.

LHolémée cite aussi les Finnois {^hvoi) comme une nation établie auprès des Yenèdes sur les bords de la Yiêtule. Quant au Romain Tadte, il parait placer ta

UNITÉ PRlMlTtVB Dl LA RACB SLAVl. 81

Finnois tout à fait au fond do nord, là 0& \h êmt en>* eore aujoord'hai ; car après eux il ne voit que la fltt dn globe et le commencement de T inconnu : cmtêrë jam fabuloMy dit-il, après avoir mentionné les FennL

En TalMence de monuments historiques nous sorh mes forcés d'avoir recours aux traditions populaires* Ici les sagas Scandinaves pourraient fournir suf les premiers Finnois une riche moisson de faits ^ qnl pour être my tbolpgiques n en sont pas moins im faits nationaux. On sait que les noms de dieux, demi^dient et g(^ants de la poésie Scandinave représentent toa« jours des tribus ou des races d'hommes. C'est ainsi que les Finnois j figurent comme dee géints sons le nom de iœiun ou iùinar. Ces géants appelés senvmt les loups des rochers, le peuple des cavernes, habi^ taient la I^iponie actuelle, et ils faisaient attt Ases^ primitifs héros de la Suéde une guerre d'^xtermina* lion. I/Edda nomme oonniammeiit du nom de tdlim* Aeimr les vastM déserts hjpeiiioréens ob sont dis«> perses, dit- il, les géants de la glace, des brouillards et de la nuit, c est-à-dire les Finnois. Le fils d'Odin, If terrible Thor, pérvieut enfin à humilier an peu la race des lœtunes , mais sans pouvoir la soomeltr»* Ces hommes puissants eontinuent doue d*étre la teiu reur des Ases qui leur attribuent une force miraeur leuse. et une seienee profonde de la magie, dont ils se servaient partout pour la ruine des dîeu:| ei des homoMs.

Tout fila a^aaiii iwiitri-t^il ^ awaî «MMMtt

84 LB MOin)S SLAVE.

que peut le faire la poésie, les Finnois comme la race dominatrice de toute la partie du nord appela aujourd'hui Russie? Et n* est-il pas à croire que ce fut cette race qui, sous le nom de Huns, tomba au quatrième siècle de l'ère dirétienne en lutte avec Ermanrik et les Goths, dont elle détruisit l'empire; destruction qui ne fut que le couronnement de dix siècles d'efforts ignorés, destruction qui inspira plus tard la lugubre ^pée germanique des Nibelungen, dernier écho affaibli des triomphes d'Attila sur le monde germanique et romain.

L'idée que donne des Finnois la tradition slave est en accord parfait avec le texte de l'Edda, et avec le r61edes Huns dans T histoire. Les légendes slavones ne connaissent les Finnois que sous le nom de Tchoudes, mot qui en ancien bulgare signifie des géants et en serbo-illyrien des monstres ou des êtres prodigieux; d'ouest venu le verbe serbe et russe tchuditi 5f, s'étonner, être stupéfait. Encore aujourd' hui le Polonais appelle le lac de Peipus, lac des Tchoudes (czuckie jezioro).

Cependant, au dire de Tatichtchef, les peuplades finnoises s'appellent si peu entre elles du nom de Tchoudes, et elles ignorent tellement ce mot, qu'elles n'ont pas même dans leur langue de son pour le prononcer. Cette race autrefois si redoutable, que les Germains appdlent Finnois, et les Slaves Tchoudes , s'appelait elle-même dans son idiome Suomi. De làest venu daairmoiwnft Polpgne le nom d« la piineipaiité dite

de Samo-Gitie(Saino-Getia). Les Getesou lesletes ne sont peut-être que les lôtunes des Sagas scandioaves : ce qui rappelle à la pensée les noms d*une foule de peuples de la Scythie : Massa-Getœ, Tbyssa-6et», Mir-Getœ, Pieu-Gitœ, Tyran-Gitœ, Samo-Getœ, oa Samo-Gi tiens. Et au sujet de ce dernier nom, il n'est pas sans intérêt de remarquer F étrange erreur oom* mise par le père de F histoire, par Hérodote, qui, décrivant la Scythie, place au nord des Scythes laboureurs ou Slaves, les sauvages Andro-phages, race différente des Scythes par le langage , vivant au miliea d'une neige éternelle, et les seuls habitants du nord, dit-il, qui se nourrissent de chair humaine. Hérodote fut ici évidemment trompé par des Slaves des hotôs du Pont-£uxin, qui lui traduisirent le nom national finnois de SamoGetœ ou Samo-Iedes, en lui donnant par une interprétation rigoureusement slave, mais absurde, le sens de mangeurs d* hommes (samets, homme, et iedals, mangeur).

Ces prétendus anthropophages étaient en réalité de riches marchands, qui exploitaient les abondantes mines de F Oural, et peut-être de la Sibérie, qui avaient des palais dorés et des villes florissantes tout le long du cours du Volga, là où sont encore aujourd'hui leurs descendants asservis, les Tcheremisses, les Mordvines, les Permiaks , les Mechtchares , etc. Cette race , savante dans les mystères de la métallurgie, est repré* sentée chez les Slaves comme habitant le plus souvent ks entrailles de la terre. La Sibérie est remplie de ses

Ll UOVtfi SLàVI.

iOQfenini et des débris de ra pnismicf . Par m oAté donc les Fiiiuois touchaient réellement aui frontièrM de la Chine , rnmmo \h touchaient par la Vifitiile anx confins de la Germanie j rt par la Laponie à la Noi^ ▼ège.

Une aussi immense étendue de territoire explique très naturellement la formation d*on empire oolomal, comme le fut celui d Attila. Appuyée aux mers de glace du pôle, et occupant à la fois les deux versants de rOural, la race finnoise cernerait et évacuait alter* nativement les stepes du Volga, où elle livrait une bataille perpétuelle aux Sarhiates et aux Germains. Les grasses et verdoyantes stepes que ce fleuve parcourt étaient le point de mire de tous les peuples diasseurs du Caucase. Constamment aux prises avec ces belliqueuses nations, les Finnois se perfectîoa-* Baient forcément dans Fart militaire. Yaincos ils se repliaient sur le nord et vers la Chine; victorieux, ils pouvaient sans quitter leurs foyers primitifs s avaDcer au cœur de ï Europe, et semer les côtes de la Raltique de leurs colonies , dont ï Estonie et la Livenie sont anjourd*hui les derniers restes.

De la lutte acharnée entre ces races résultaient des fusions, qui donnaient naissance à des peuples mixtes, à des nations mêlées d* éléments divers. Parmi ces peuples qu'on pourrait appeler bâtards , et qni paraissent être moitié Finnois et moitié Sarmates ou Turcs, il faut placer les Spaleê du Don, anciens domimtaors des Slaves de là mer Noire ( si l*on en jnge

par le mot spalin , qui en slavon Uturgiqne signifie on géant et on mattre ). Les Spales, avec qoi les Gotbs lottèrent longtemps à l'entrée du troisième siècle de notre ère, semblent avoir donné naissance aox Hons, par qui la race finnoise arriva enfin à T apogée de sa poissanoe militaire.

La lotte entre les deux races finnoise et gotbiqoe eot on caractère formidable. Vaincu par les Bons dans one grande bataille , ayant perdu Félite de ses goerriers , Ermanrik , plutôt que de se confier aox Slaves, révoltés contre lui, se tua de ses propres mains, à Tàge de plus de cent dix ans. Le joug que les Gotbs avaient imposé à la race slave, se trouva ainsi brisé; et la dictature militaire, dont la race germaine menaçait le monde, fut encore ajournée ponr quelques riècles.

Mais les Gotbs ne pouvaient être si rite terrassés. On Toit le successeur d* Ermanrik, Vithimir, périr dans une nouvelle bataille contre les bordes d'Asie, coalisées avec les Sarmates Alans et Roxalans, et à ce qoMl semblerait aussi avec les indigènes slaves. Les seigneurs gotbs se sentirent alors saisis d'un tel effroi, qu'ils se précipitèrent pële-méle au nombre de plus d'un million vers le Danube, implorant de l'empereur Valens la permission de passer ce lleuve et d'aller s'établir comme sujets des Romains dans les campagnes incultes de la Thrace et de Y lUyrie. Ils passèrent, con-' dnits par Alatbens et Sapbrax, et s'établirent en Mésie, comme aTaient déjà fait soos Constantin les Sarmatœ

domini. Mais le gouverneur de Mésie, qui semble ayoir été Slave, à en juger par son nom tout illyrien de Lupicin (lïubicin), persécuta de mille manières ces réfugiés, au point , dit-on , de les forcer à vendre leurs propres enfants pour acquitter les impôts. Les Gotbs, ameutés par un de leurs princes, Fritigern, appelèrent à eux leurs compatriotes de Vautre riye du Danube, qui accoururent en foule et se mirent à ravager la Mène. Lupicin ayant attiré leurs chefs pour une conférence à Marcianopolis, leur donna un grand festin, et essaya de les enivrer pour les faire prisonniers. Mais Fritigern et les autres princes gotbs, Tépée à la main, se frayèrent audacieusement un passage à travers la ville , et ayant rejoint leur armée, exterminèrent les légions de Lupicin.

D'innombrables essaims de Gotbs, après avoir saccagé toute la Thrace , assiégeaient Andrinople , lorsque r empereur Yaiens, avec une faible armée principalement composée de Grecs , vint leur présenter la bataille, an 378. Il fut enveloppé; tous les siens périrent, et lui-même en se défendant fut, dit-on, brûlé vif dans une chaumière. Les vainqueurs se répandirent dans toute Tlllyrie, et occupèrent les ports même de Daimatie. N'osant attaquer de front, avec ses troupes démoralisées, ce débordement de barbares qui, chassés de chez eux par les Buns, cherchaient une nouvelle patrie ou la mort, l'empereur Théodose, successeur dfr Valens, se contenta de harceler dans une foule de petits combats le dictateur des Gotbs, Friti-

grrii , qui périt enfin dans une rencontre obscure. L* habile Théodose put alors faire agir la corruption : il gagna un prince goth de la dynastie des Amales, nommé Modar, qui se diargea de faire la guerre pour les Romains conti^e ses compatriotes. Enfin le roi des Visigotbs lui-même, Atbanarik, que les Huns avaient chassé des Karpathes, et poursuivi jusqu'au Danube, Atfaanarik demanda la paix et se rendit à Byzance. Tous les petits princes ses vassaux imitèrent son exempie ou s* enrôlèrent dans l'armée romaine ; et après quatre ans de règne, le graud Théodose avait complètement terminé la terrible guerre gothique. Quant à son allié Athanarik, il se livrait immodérément sur le Bosphore à tous les plaisirs que peut procurer 4in pays eivilisé ; enfin ce dernier roi goth des pays slaves périt des suites d'une orgie. Les Slaves se trouvaient en quelque sorte yengés par les Romains.

Cependant la race germanique ne renonçait pas encore à prendre une éclatante revandie. L'année 380, les Longobards émigrant de la Germanie, firent, suivant une tradition conservée par Paul Diacre, invasion dans le pays d'Anthaïb et de Vanthaïb, c'est-àdire chez les Autes et les Vendes, entre le Dniqpre et le Don. Cette expédition parait cmncider avec une autre invasion du prince ostrogoth Vinithar dans la même contrée, où d'abord vaincu, il finit par triompher, et fit prisonnier le roi des Antes, Booz. Comme pour mieux prouver, le mépris que lui inspiraient les Slaves, le prince goth traita Booz ainsi qu'un chef

90 L8 MONDK SLÂYK.

d'eftclaves ; ne le jugeant pas digne de périr par la bâche, il le fit crucifier avec ses fils et soixante-dix des principaux de sa nation, en 384 *. Mais le roi des Huns , Valamîr, arriva comme vengeur de sou allié Booz, et tua lui-même d'un coup de flèche Vinithar, dans une bataille.

Je constate ces faits parce qu ayant été trop peu remarqués des historiens occidentaux , leur oubli a donné lieu à bien des méprises sur Forigine, la force et rétendue de ce qu*on appelle si improprement la nation des Huns. Cette prétendue nation n'était qu*un ramas de quelques hordes principalement turques, et non pas mongoles , comme on le croit en France. Après leur victoire sur les Goths , ces hordes ayant une forte organisation militaire, se trouvèrent naturellement les protectrices absolues des vastes régions habitées par les Slaves, qu*une longue servitude et leurs goûts agricoles avaient déshabitués du métier des armes, et livrés d'avance pour ainsi dire comme une proie à toute armée étrangère qui saurait envahir leur pays. Oe là vient le concours en apparence si dévoué, prêté forcément par les Slaves à toutes les entreprises des Huns. De là viennent ces immenses armées qa* Attila put, durant un quart de siècle, lancer vers tous les points de F Europe. Ces armées se composaient de raïas slaves, au service de leurs maîtres turcs et bons. C'est mal connaître F Orient que de croire que

^ Vcffn Jorntndèt.

umri PRiMimn db là racs slave. M

de pareilles masses d* hommes aient pu être fournies par les hordes misérables des déserts d*Asie. La seule race slave possédait assez de ressources pour alimen« ta* de telles armées. Ainsi Foppression des Slaves a seule rendu possibles les triomphes d* Attila. Ainsi ( on ne doit pas se lasser de le répéter) c*est Toppresrion des Slaves qui a successivement produit tous les fléaux qui ont fondu de TOrient sur TËurope.

Pendant que les sultans des Huns , eu réunissant peu à peu sous leur sceptre tous les Slaves de la Scjthie, se préparaient silencieusement à envahir le monde; de leur côtelés Goths repoussés de leurs conquêtes trans-danubiennes, continuaient deseprécipiter par masses innombrables sur Tempire romain. En mourant, Théodose laissa le trône des Césars si ébranlé, qa*il crut devoir confier la garde de ses deux enfants mineurs à une armée barbare , commandée par Stilieon, héros de la nation, moitié slave et moitié germaine, des Vandales. Avec le règne d'Honorius en occident, et d*Arcadius en orient, commença la période des expiations pour les anciens maîtres du monde. Deux hommes, à la fois eunuques et sophistses. Rufin et Eutrope, amènent Bysance au penchant de sa ruine. Ponr couvrir ses odieuses concussions, Eutrope fait déclarer les ministres d*ctat aussi sacrés que la persoime impériale. Le peuple grec qui s'était jnsqu ici vengé des traîtres par des sarcasmes et la liberté de la parole, tomba dans une muette consterna* tioii, dont surent profiter l#s Gottaê disséminéi tout

nutoar de Tempire en colonies militaires. Lenr principal chef, Alarik, envahit la Dalmatie, l'Albanie, et enfin tout le Péloponèse. Appelé par Arcadius, Stilicon accourt d* Italie avec son armée vandale et gauloise. Il bat près de Corinthe et enveloppe dans son camp, Alarik. Il comptait le réduire par la famine ; mais le rusé Alarik parvint à s'échapper avec une partie des siens ; et entrant à rin()proviste dans Byzance dégarnie de troupes , il força Arcadius , ou plutôt Teunuque Eutrope, à lui donner à titre de gouverneur toute la yaste Illyrie, dont les citadelles se remplirent ainsi de soldats goths. Bysance même fut, en haine d'Eutrope, livrée par les généraux grecs à une garnison gothique, venue de la Phrygie sous les ordres de Gainas. Toutefois ces barbares devinrent bientôt tellement odieux aux citoyens de Gonstantinople, que le peuple s'insurgea spontanément contre eux, et en tua sept mille dans un seul jour. Gainas ralliant les débris de son armée, et poursuivi par un autre barbare, Fravitta, s'enfuit vers le Danube. Mais il trouva sur ce fleuve le roi des Huns, Uldin, qui lui barra le passage et le tua en 401. La position des Goths dans l'empire grec n'était plus tenable : ils se voyaient pris entre les Grecs et les Huns, et de plus harcelés en flanc par les Slaves du Danube. Leur chef, Alarik, résolut de tenter un coup de désespoir; il les réunit tous en un corps compacte ; et se faisant proclamer roi, alla se jeter sur l'Italie. Malgré Stilicon, qui fit plus d'une fois éprouver d'horribles défaites à ces émigrans germains ; ils finirent cepen-

dant par fonder en occident plusieurs états fameux. Quant à 1* orient il se trouva pour jamais délivré de leurs invasions; et la question ne se débattit plus dans cette partie du monde qu* entre les Grecs et les Slaves.

Les peuplades Slaves à Feutrée du cinquième siècle venaient de subir presque toutes le joug des hordes Imnniques. Pendant que les Huns étaient occupés à subjuguer ceux des Slaves qui résistaient encore, l'empire grecput jouir d* une paix profonde, qui dura près de quarante années, grâce au génie d'une femme, la célèbre Pulcbérie, sœur de l'empereur Tbéodose II. Il semblait que l'énergie romaine se fut partout réfugiée dans des femmes. Pendant que Pulchérie gouvernait avec gloire l'Orient , pour son frère, le faible Théodose IT, un autre génie féminin, Placidie, soutenait en Occident la grandeur romaine et le trône de l'impuissant Honorius. Cependant le règne de Placidie en occident eut une fin malheureuse. Ses deux principaux généraux, Aëtius et Bonifacese firent une guerre acharnée. Aëtius déclaré ennemi de l'empire par suite de cette guerre, se réfugia en Pannonie, chez les Huns, an milieu desquels il avait passé sa jeunesse comme otage. Ce peuple avait alors pour princes deux héros redoutés, Buï et Rugila, auxquels les Grecs payaient un tribut annuel pour en obtenir la paix. Après la mort de Kuï, ses deux neveux, Attila et Bleda, s'emparèrent du pouvoir. Bientôt ayant fait périr son frère, l'ambitieux Attila se trouva seul à la tète de

94 tX HûNDB SUVI.

toas les Hons da Danabe , qai en y comprenant ks Slaves subjugués , formaient un corps parfaitement aguerri de sept cent mille combatants. C'était beaucoup plus de soldats que n*en pouvaient alors opposer les deux empires d* Orient et d'Occident réunis. Ayant en main les moyens de conquérir le monde, Attila en conçut naturellement la pensée.

Ce monarque qui avait, dit-on, le type difforme propre à la race mongole, mais qui possédait en même temps toute la haute intelligence politique et les capacités militaires propres à la race turque, s'enfonça dans le nord, acheva de subjuguer les peuples slaves jusqu'au Volga; puis, tournant le Caucase, descendit l'Euphrate et attaqua la Perse. Obligé toutefois cte faire retraite, il alla décharger sa colère sur les Grecs d'Antiocheetde l' Asie-Mineure. Ayant vaincu l'armée impériale près de la ville de Margus , il exigea que l'impôt annuel de srpt ceuts livres d*or que lui payait Bysance, fut triplé, et Rysance obéit. Rentré dans son camp aux bordH du Banube, ce formidable tyran ne tarda pas à armer de nouveau contre fiyzauce, alla brûler Syrmium, Marciauopolts, Nisse et Sardika, et inonda de ses hordes pillardes toutes les provinces depuis la mer Noire jusqu'à l'Adriatique. Théodose II, vaincu dans trois grandes batailles, implora la paix et robtint après avoir payé d'énormes frais de guerre* (An 446.) Une ville cependant, l'obscure cité d'Azyme en Thrace, osa résister seule au conquérant qui s intitulait dans sa fureur la fliau de Dieu, roos les assauts

miTK PRIMITIVE DE LA RACE SLAVB. M

d'Attila ne réussirent paK à remporter ; il fallut que lo tainqneur de T Orient traitt^t d'égal à égal a vee cette poigaée de braves, et laissât aui Âzy miotes leur liberté et leurs imprenables remparts.

L* infortuné Tbéodose II mourut prématurément ^ accablé de la douleur de ses défaites. Sa sœur, la belle et pieuse Puicbérie, qui s était vouée jusqu'ici à li virgiuité, se décida enfin pour sauver sa patrie, à dotH ner à la fois sa main et le trône, au plus expérimenté des généraux d'alors, au vieux Marcien. Quoique âgé de soixante ans, Marcien ne craignit point de marcher en personne contre Attila. Le fléau de Dieu dédaigna de rattendre; et, conduisant ses bandes innombrables vers r Occident, il envahit la Gaule où rappelaient les Vandales. Nais la race germaine avait à venger la déroute des Goths de la Scytbie. Toutes les peuplades du Rhin se joignirent donc à Théodorik, au roi des Francs, ]\Iérovée, et au général en chef des légions romaines , Aëtius. Toutes ces forces réunies du monde occidental atteignirent enfin Timmense armée d* Attila, où se trouvaient également représentés tous les peuples de rOrient. Cette bataille, livrée pour ainsi dire entre deux mondes, eut lieu en 451 dans les plaines de Chàlons. Les Huns furent, sinon vaincus, au moins repoussés. Hais quelques mois après, Attila renouvelait sa demande en mariage de la belle Houoria, sœur de Valentinien II, avec la moitié de Fempire pour dot ; et recevant un nouveau refus, il franchissait les Alpes, emportait d'assaut AquiléOi dont il faisait dis-

paraître jnsqa'aax fondements, conquérait Milan, et forçait les habitants latins de la Vénétieàs'enfuir sur les Ilots des lagunes, où ils bâtirent quelques buttes de pécheurs, qui plus tard devinrent Venise. Enfin il se préparait à saccager Boine, quand le pape Léon, en habits pontificaux, vint au devant de lui et Tarréta. Le barbare raconta depuis qu'il avait cru voir dans les airs au-dessus de la tète de Léon, saint Pierre et saint Paul, armés d'épées flamboyantes, et prêts à le frapper, s'il faisait un pas de plus en ayant. Attila ramena 9es troupes gorgées de butin dans la Hunnie danubienne (aujourd'hui Hongrie); et ne pouvant avoir la main d*Honoria, il solennisa un nouveau mariage avec une princesse inconnue, dans sa capitale formée de huttes et de tentes, et qu'on croit avoir été située près de Tokaï.

Au milieu du luxe extraordinaire de ses officiers, Attila affectait la plus austère simplicité : il était vêtu de bure, et mangeait dans des plats de bois, en présence des ambassadeurs des plus grands empires du monde qui venaient implorer sa protection. Mais à l'occasion de son mariage, il oublia sa sévérité accoutumée et mourut des suites de l'ivresse. Pour dérober ses os à l'exécration de l'avenir, ses amis lui donnèrent ponr sépulture le lit d'un fleuve, dont ils détour^^ nèrent momentanément le cours. Ses trois fils s' étant partagé son immense et éphémère empire, deux d'entre eux périrent misérablement : le dernier, Dengesik, attaqué par les Grecs, fut vaincu et tué ; et sa tète en-

UNITÉ PAIMITIVE DE LA RACl SLAVE. 97

voyée à Gonstantinople y fut exposée en 469, comme un trophée. Les débris de ces hordes refoulées jusqu'au Don, s'y maintiennent encore quelque temps sous les noms de Hunogures , Uturgures et Ruturgures ; puis elles disparaissent de V histoire.

Les terribles campagnes d'Attila avaient ébranlé jusque dans ses bases T empire romain ; ce n'était plus qu'un lion mourant. Ce qu'on pourrait appeler le coup de grâce lui vint des Germains. Depuis longtemps les Césars n'habitaient plus la ville, et n'avaient plus d'autre capitale que leur camp. Rome était tombée dans un isolement profond ; toute la vie politique du monde civilisé s'était concentrée dans Byzance. Saisissant donc le moment où les généraux byzantins luttaient contre les enfants d'Attila, les princes germains s'élancèrent sur l'Italie et réduisirent Rome en cendres. Puis Odoacre, à la tête des Hérules , déposa le dernier César, Romulus Augustulus , et se proclamant lui-même roi d'Italie, en 476, mit ainsi fin pour toujours à la domination romaine.

On ne peut , en finissant ce tableau , se refuser à dire un mot de l'étrange système adopté par Yeneline, Bulgarine, et autres historiens russes contemporains, pour expliquer le grand mouvement des invasions barbares, et les triomphes d'Attila. Ce mouvement, suivant eux, fut le fruit d'une première et gigantesque lutte de la race slave opprimée contre les deux autres races de l'Europe, les Germains et les Crito-

Latins. Attila , à les en croire, ne serait mèsê moins 11. •^

que le piPèiilicr tsar de toutes les BufiëM, Fàtiltat-iBOtireur des tsars modernes, destinés à devenir^ d^une manière plus durable, les dominateurs du monde. Pour pro^ter qu'Attila et les siens étaient d* origine slave, et pariaient bien et dûment la langue russe, 16S savants moscovites citent tous les noms slaves de ^upies et de princes que ce premier autocrate du noM traînait tremblants à sa suite. Ils font dériver le Udlfe du frère d'Attila) de Bleda, du slavon vlad (cofnniè dans Vladislav, Vladimir). Enfin le nom même de strâta, en slavon repas funèbre, donné aux funérailles d'At<tila j leur parait prouver clairement que le nom du conquérant était russe.

Partant de ces premièren données ^ Venellne t^ conclut que les victoires d'Attila furent dues au besoin senti par tous les Slaves de reconquérir leur indépendance sur les Goths et sur les Romilins , et de venger enfin Ibumanité du joug i}ue lui avaient imposé les Césars) Se montrant partout eomme un libérateur, rapportant) disent-ils, aux peuples fatiguA des exactions et de la luxure romaines, un gouvernement slavvci c* est-à-dire sans impôt et satis police , et lavie simple et patriarcale des stopes, Attila n*eutpasde peineà triompher. A près avoir affranchi du germanisme tous les Slaves septentrionaux, il passa chez les Slaves illy riens, que le latinisme courbaitsous un joug de fer; filles délivra tous, depuis les embouchures du Danube jusqu'aux Alpes d'Italie. « Mais il ne voulut pas^ dit yrnrlintifnfir envers eux eomme un maître ; il se eeo-

tmni PRiKirtvi ta la ikiâi suvf .

tenta d'être lettr bienfhiteot*. En digne tMtribtb staH, il donna à chacune de ces peuplades une conatltutloni un gouvernement national, et dea princes de leur sang) protégés , Bans être sujets, du monarque russe ^ obll*» gés seulement à être les confédérés h perpétuité de la Russie.... Les guerres des HunsMrant un imnMmaé résultat, celui de réTeilIef eu Europe Tamour d» là U^ berté, et de raiiimer partout Tordre légal, que leb Wè* mains avaient étouffé. «». Magnanime hëritii^r éit Ci» sai^ et des Soipioils, Attila savait être HéméM, U épargna Home à la prière du pape LéoUt.u CtMlipara** bic à Charleniagne et aux plus grands rois,..» posant un pied sur le Volga et l'autre sur te Rhin^»;.. ce gnad homme, vainqueur de TKarope et de i* Asie, a étfot^ lomnié par toutes les nations qo*U à¥ail siov(iea««« Cest ainsi, é histoire, que tu trakisfbroies laNiveiit M des potes les monarques les plus bieufaiaaulë ! ; . . CniaUè parque, pourquoi ne lui as'-tu pas permis de subjuguer toute la race humaine^ »

Je n*en citerai pas davantage. Par ^m ifmiqlies lignes, chacun jugera du reste. Il a* est fsm jù^qu A U nation française qui , selon Veuetiue, tte dolva aa haie» sauce à Attila, par suite, à ce qu'il paraîtrait) tfttM alliance passagère qu*un traître de la falatiie «éraviti^ gienne avait eondue avec ee barbare. C'est à ea |mat de folie qu un patriotisme outré ooudiiit qUei^iieilMl les écrivains rustses.

i^a preuve que cet Attila, préseaté si oaUrtolatoHÉiA par Veuelioe oouae un |irototy)pa de tmgfififut tUL

400 Ll IfOIfDS slàti.

colas, était encore moins Slave qne les Romanôf , c'est qne la race slavone , momentanément centralisée par ce premier conquérant turc, refoula aussitôt après la mort d* Attila , ses enfants dans le désert, et fit disparaître sa dynastie , sans qu'elle ait même laissé de vestiges. Si Attila avait eu du sang slave dans les veines, peut-on supposer que les fidèles Slavons auraient répudié si complètement sa race? N* est-il pas évident au contraire que la borde dont ce fléau de Dieu était le chef, s* était emparée du monde slave par voie de conquête , et qu'elle ne cessa pas d'y rester étrangère? Je ne conclus pas de là que les Slaves ne prirent aucune part aux grandes expéditions des Huns ; iis furent forcés au contraire d'y prendre une part très active. Aussi est-ce d'Attila que datent toutes les grandes émigrations slaves du nord et de l'est vers le sud et l'ouest de l'Europe ; — migrations qui déplacèrent les deux races slave et germanique sur une vaste étendue de territoires.

L'oppression ou du moins la nullité politique dans laquelle languissaient les Slaves, ayant facilité l'entrée des Huns dans la Scytbie européenne, Attila put ainsi concevoir le plan de se porter comme le vengeur des Slaves contre leurs seigneurs gotbs et romains; et dès lors l'humiliation des deux races germaine et latine fut décidée par le conquérant. Les Slaves n'y opposèrent aucune résistance ; pouvaient-ils songer à combattre les Huns, puisque ce n eût été qu'au profit de leurs iKDjDijes tyrans? Ce fut alors que commença J{i

(TNITÉ PRIMITIVE DE LÀ RACE SLÀVB. 404

grande inondation de T Europe latine par les Germains que les Huns refoulaient du nord et de Forient. Beje^ ^ tés bientôt hors de leur propre pays , se voyant menacés sur tous les points, les Germains cherchèrent à mettre entre eux et les Huns de vastes déserts; et les Slaves du nord, essentiellement colonisateurs, se répandirent comme des torrents vers ces espaces Tides.

Dès la fin du deuxième siècle de notre ère, on les voit déjà descendre des Karpathes, sous le nom de Karpi, Rarpicolœ ou Kharvati, livrer aux Romains de nombreux combats, et s'établir enfin dune manière légale, à Feutrée du quatrième siècle, dans la Dacie et la Pannonie, auprès de leurs frères illyriens. Peu à peu les Goths, expulsés par les Huns de tout le littoral de la mer Noire, y furent remplacés par des colonies slavones. Quand les hordes nomades se furent emparées avec Attila de tout le cours du Danube, les colons slaves suivirent pour ainsi dire ces hordes, comme les prières boiteuses d Homère suivent F injure, [)0ur repeupler le désert et réparer les dévastations que commettaient partout les nomades.

La période des migrations slaves du nord^est vers le sud et vers F ouest a duré depuis la fin du quatrième siècle jusque vers le milieu du septième, où les Croates, venus de la Russie rouge, franchirent le Danube, et colonisèrent la Croatie actuelle. Quant aux Slaves de la Yistule, ils avaient déjà commencé leur mouvement de migration vers F occident dès le troisième siècle, à la suite des guerres romaines qui avAient chassé

4 M u MOMBE iun.

4«i riTiget de l'Elbe, de l'Oder et de la Baltique, les peoplides germaines indépendantes, marcomanes, gépidea, bqrgondes, vandales, et enfin les Suèves euxmènies. Après s'Atre entassé» quelque temps dans la Boliésia et la Moravie actuelle, les débris de ces peuplades obstinées à rester libres , se voyant repoussés 4a leur asile par les Huns, envahirent la Bavière, la FraDeonle et tout le cours du Rhin. Leurs anciens territoires abandonnés échurent alors, comme les bords du Danube , aux émigrants slaves. Ceux qui s*établi- Mnt entre la Vistule et la Buss, prirent le nom de Porusses ou Prusses ; les SIezaces couvrirent la Silésie, les Polabes les rives de la Labe ou de TEIbe, et les Poméranicns occupèrent la Pomorée (le littoral de la mer.) Au sixième siècle, les historiens regardent déjà f Elbe comme formant la frontière entre les Serbes ou Maves et les Suèves , plus tard les Saxons. Cent ans après, les Serbes ont franchi TËIbe et occupent sous le nom de Sorabcs tout le pays entre ce fleuve et la Saaie, qui les séparait de la Thuringe.

Ce qu* il y a dans ces faits de plus remarquable, c'est que l'occupation successive de tant de contrées durant près de quatre siècles, arrive sans que les historiens mentionnent aucune guerre importante soutenue par les Slaves. £t cependant la moitié de F Europe tombait en leur pouvoir depuis de le Volga jus- ' qu'à FElbe, depuis la Baltique jusqu'à la mer Kgée. Les autres raoes s'étaient épuisées en luttes acharnées; ke ti*ibui ila^ei se trouvèrent seules par leur multi-

DniTÉ PRHITITt Dl U tkCS. SLKVI. Il)

Inde ea état de remplir les vides faits par la guerre; et elles les remplirent sans en cliasser personne. De si vastes conquêtes opérées avec la cburrue pour seula arme offensive, sont un événement sans exemple dans l'histoire du inonde. Opérées par le fer et la namme, ces conquêtes auraient exalté l'enthousiasme des historiens; ils n'en ont rien dit parce qu'elles n'étaient pas sanglantes.

Observées dans leur enseintile, ces migrations slaves et germaines d'orient en occident, que nous avons vu commencer déjà 400 ans avant J.-C, et qui se prolongent jusqu'au septième siècle de notre ère, ce grand mouvement qui met dix siècles à s'accomplir, est peut-être lévèneineut matériel le plus grave de l'histoire du monde. Ce sont ces migrations qui ont garanti le repos et la civilisation de l'Kurope, en y garantissant pour des millicrG d'anni'es nue pn'pondéranee ah.solue aux deux grandes races gerRiaiiiqiie et slave.

J'avais commem^ par montrer comme le berceau commun de toutes les nations slaves, l'iilyrie, c'està-dire oe vaste carré compris entre l' Adriatique et la mer Noire, et qui s'étend en longueur depuis les montagnes de la Grèce jusqu'aux Karpatlies de Traiisylva* nie et de Pologne. C'est de là que nous avons va Tcliekh, Lekb et Russ partir pour s'en aller peuple les stcpes lointaines du nord; puis nous venons de suivre les neveux de ces premiers émigrantsd'IUvrie, à leur retour de la Vistule, duVolgaeldu Don, peut-être

ifSi LE M^DE SLAVK.

même des froutières de la Chine, pour occuper àe nuiiveau en Europe leurH ancienoes demeures, ces rivi's du Danube d'où les avaient chassés les Goths et les Vla^es ou Bomaint;.

\iiisi voilà de grands voyagea, accomplis par les Slaves, avant même leur organisation en corps d'étals, Tout en devenant partout d'inoffeusifs laboureurs, ces peuples se montrent pourtant voyageurs et colons intrépides. Or ce que faisaient les premiers Slaves, les Russes de nos jours paraissent assez disposés à le répéler encore sur une plus vaste échelle. Dans celles des provinces moscovites où le servage n'existe pas, ainsi que chez tous les Slaves de la Titi-quie, on continue jusqu'à ce jour de voir des communes entières mécontentes émigrerdans leurs charriots, laissant leurs foyers vides, pour s' eu aller au loin chercher des terres plus fertiles ou des propriétaires plus humains. Pareilles aux antiques tribus, elles émigrent par centaines de famiUes, eu s' écriant comme les Celtes du temps de César, ou comme les trois frères, Lekh, Tchekh et Buss : transportons ailleurs notre patrie, la terre ne nous manquera pas pour y vivre, suivant nos usages {po nackemu^ , ou pour y mourir libres.

Demandez en Russie à un paysan où il demeure : s'il vous répond : (ouf prés d'ici, cela voudra dire à trente ou quarante lieues. Ces symptômes sont signilicatifs; ils devraient faire réfléchir davantage uotre vienx occident, si casenier malgré toutos ses loeomo-

t'MTÉ PRIMITIVE DE LA RACE SLAVK. 105

tiv(>K â vapeur, si cloué dans sos villes, si peu portd li mettre, comme le Moscovite, le fi'u h ses capitales, pliitM qaede les laiBRer a l'enDemi. Ucaucoiip d'Iiistnrii'us ù Pétei'shourg voient, comtiie oji sait, dans l'empire des Uutis la première maiiilcstation de l'encrglf russe, etcummeune pr^paratiou à l'empire des tsars, empire également dtàti né â briser les nouveaux plan-, (le i;orif[Uôte des Germains modernes, qui prétendent recommencer la domination dt?s Goths sur le DaniilieetlaYistule. — C'est pourquoi, dit-on, le tsar doit, comme jadis Attila, soumettre à une centralisati(»n militaire inflexible tous les paisihlus Slaves pour les hiicer encore, avecla mission des Huns, sur l'Euro]K' dOgénérée,

Telles sont les idées qu'entretient le cahinet russe. Contre ce menaçant avenirl'unique remède est l'émancipation des Slaves dans un esprit de fédéralisme et d'association avec les autres races : par là seulement le vieux monde qui s'écroule pourra se raffermir.

DEUX;iEMC TABLEAU.

Page 1