ORIGINIS ILLTRIBNNBS ET POLONAISES
La cause principale de Terreur de DobrovHki avait été un passage de Tacite, où cet historien dit qu*t( ne sait s il doit ranger les Yenèdes et les Fenni parmi les Germains ou les Sarmates, mais qix il penche à les re» garder comme des tribus germaniques. Cependant ce même Tacite , quon n ose accuser d* inexactitude par rapport aux VeuodeSi se montre au sujet des Fenni d'une ignorance profonde, puisqu'il est prouvé que les Finnois n'ont jamais eu rien de commuu avec la race germanique. Évidemment Tacite ne pouvait avoir sur les contrées situées par-<lelà la Germanie, que les connaissances les plus vagues et les plus fautives.
Ceux qui supposent si gratuitement que les Venèdes furent des Teutons , ne savent nous dire ni de quels lieux ni à qnelle époque ils sont venus, ni quand les Slaves ont pris leur place. Entre Ptolémée qui, cent soixante-quinze ans avant Jésus-Christ, présente clairement les Venèdes comme une race étrangère à la Germanie, et l'historien Jornandès qui, au sixième siècle de notre ère , décrit la même race comme une eimemie mortelle des Teutons, et lui donne pour territoire les mêmes contrées que Ptolémée ; entre ces deux graves écrivains, il y a eu une série non interrompue de géographes et d'historiens : et pas un n'a fait la moindre mention de Venèdes germains, expuU ses de leurs foyers par un autre peuple. £u outre, croit-on qu'un événement aussi important que celui de l'arrivée en Europe de toute une race, nombreuse comme celle des Slaves, aurait pu être passé sous si*
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lence, tandis que les migrations de petites peuplades, comme les BourgaigDons, les Lombards, les Herules, se trouvent mentionnées dans le plus grand détail par les historiens.
U est donc très vraisemblable que dès l origine le nom de Vendes désigna des peuplades slaves. L'identité de ces deux noms de Vende et de Slave est , du moins à partir de la fin du cinquième siècle, un fait I)ors de toute contestation. Six écrivains principaux ont concouru à démontrer cette thèse jusqu'à l'évidence : ce sont au sixième siècle Procope, Âgathias, Menandre, Jornandès et Tévèque Jean de Viclar, et à l'entrée du septième siècle Fempermir Maurice. Tous ces auteurs qui vivaient, les uns à B^zance, les autres eu Italie, écrivaient d'après des traditions sûres; et plusieurs d*ebtre eux, comme Maurice et Procope, avaient même eu des rapports directs et personnels avec les Slaves. Jornandès , au commencement de son histoire des Goths, traçant la statistique générale des diverses nations du nord , donne aux contrées slaves les délimitations suivantes. « Au-delà du Danube s' ou* ce vre la Dacie , en forme de bassin défendu de tous « côtés par des montagnes à pic. Puis sur le versant tf septentrional de ces montagnes, et en descendant la « Vistule, s'étend sur un espace immense la nom- « breuse nation des Venèdes. Quoiqu'elle |)orte des « noms divers suivant les lieux, elle est cependant « connue en général sous le nom de Slaves ou d' Antes. « Les Slaves habitent depuis la cité de Noviedanum
ORIGINIS ILLTUUNNKS IT POLONAISES. 4it
« et le lac de Husianus jusqu'au Doiestre d*a& oôté, « et de Vautre jusqu'à la Vistule. »
Les chroniqueurs qui suivirent Jornandès tinrent tous au sujet des Vendes un' langage analogue. Le moine italien Jonas au septième siècle dit du sainte missionaire Columban, qu'il voulait aller chez les Yenèdes autrement appelés Slaves (ei in mentem ruit ut Veneticorum qui et Sclavi dicebantur terminos adiret). Au huitième siècle, saint Boniface, archevêque de Hayence, nomme aussi les Slaves de l'Elbe des Yenèdes. Fredégaire vers l'an 850 écrit également : Samo in Sclavos cognomento Vinidos perrexit. A la fin da neuvième siècle le roi d'Angleterre, Albert, ne con* naît encore les Slaves de la Vistule que sous le nom de Venèdes. Ce prince, dans les remarques géographiques qu'il a ajoutées à sa traduction d'Orose, mentionne le bassin de l'Elbe qu'il appelle Vinedaland, qu' habitent les Yyltes (ou Veletes) et les Apdredea (ou Obotrites) ; et au sud on rencontre, dit-il, les J9ahémeSy les Maroares (Moraves), et au-delà du Danube les Carendres (ou Cariuthiens) étenias jusqu'aws montagnes qu'on appelle Alpes. Puis le roi Albert re^ montant dans le nord, mentionne près des Moraves les Dalemintsi, les Sufleli, les Horithi (montagnards silésiens) et les Surpes ou Sorbes, qui avoisinent les Sveones (Suédois) et les Sermendes ou Sarmates.
Dans ces mêmes annotations du royal écrivain, st trouve inséré le rapport d'un voyageur allemand nommé Walfstan^ sur le veonod-land. D'après lui U Vi(h
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tule arrose ce graud pays , et les Venèdes s'étendent en outre depuis Fembouchure de ce fleuve, à travers le Meckienbourg et la Poméranie, jusqu'à la Vagria, partie orientale du Holstein actuel, que les Danois eux-mêmes nommèrent longtemps VVan-land\
Parmi les plus anciens fragments de poésie anglosaxonne, il en est un du huitième siècle qui énumère tous les peuples du monde et qui est intitulé le chant du voyageur (publié par Conybeares, illtistrations of anglo-saxon poelry, Lond., 1 826). On y lit : « ïaï été diez les Suèves et les G êtes... J'ai visité les Vinules, les habitants de la Vamie... et les Vinèdes. » I^ mot de Venède dans cette chanson remplace constamment celui de Slave. Les historiens Scandinaves tiennent le mftme langage. Snorro Sturleson, par exemple, appelle les Busses Vendes orientaux ; et il nomme le duc de Poméraniei Borislay, roi du Wind-land. Les diplômes des rois allemands du huitième au onzième siècle s'accordent à nommer les Slaves Vinides, Vinades ou Gunèdes. En 1241 Alberic désignait encore les Bohèmes comme des Vendes. La même dénomination est constamment appliquée par les chroniqueurs teu* tons aux Slaves de l'Illyrie.
Voici, ce me semble, une assez grande réunion de preuves pour établir, contre les érudits allemands, que les Vendes de la Baltique étaient Slaves. Quant à l'histoire de ces Slaves durant les premiers siècles de
* Voir les textes de WalCitan et da roi Albert dans Langebeck, Scriptoreê H9r,dtadc, tome U. ou dans la traduction allemande de Dahlinann.