ORIGINES POLONAISES
DB$ VENDES DE L\ VISTULE ET DE LEUR ORIGINE SLAVE AVANT LES TEMPS HISTORIQUES.
tiH quatre grauds peuples slaves , celui sur lequel rôccident a le plus disserté et le plus écrit, est in- 6oilt6stableinent le peuple polonais ; et cependant c'est 6elui de tous dont le berceau demeure jusqu'à présent enveloppé des plus épaisses ténèbres. La cause de ces ténèbres vient surtout de ce qu ou s'est obstiné à traiter led antiquités polonaises en dehors de celles des àut^es slaves dont elles ne peuvent se séparer. Notre ignorance sur ce point tient en outre à ce que les savants occidentaux ont suivi avec trop de confiance leè auteurs polonais eux-mêmes, les seuls de tout lé inonde slave qui, dans leur amour pour la France; eussent adopté jusqu'à ces derniers temps, l'usage d'écrire leurs ouvrages principaux en français. Or ce à auteurs se sont laissés le plus souvent égarer dans leurs recherches par un esprit exclusif et des préjugés de naissance, soit nobiliaires, soit démocratiques. Ces préjugés portaient les uns, tel que le célèbre Potocki,
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à accueillir comme ancêtres les conqaénints sarmates, glorieux et puissants cavaliers, de préférence aux obscurs laboureurs vendes : les autres, comme Jean Lelevel, se sont jetés dans une opposition systématique contre les premiers, au point de vouloir faire regarder la classe aristocratique comme une caste à part, étrangère par ses origines même à la nation. Tâchons d'éviter à la fois ces deux extrêmes aussi contraires Y u ti que r autre à la vérité.
Je me demande d* abord quel fut le nom primitif de la Pologne. Les géographes de Fantiquité me montrent vers Tan 280 avant J.-C. un Grec de Sicile, Timaios, dont les écrits aujourd'hui perdus, servaient de guide à Pline, décrivant le nord de l'Europe. Or suivant le Timée, il y avait dans le nord de nombreuses îles sans nom, parmi lesquelles Tune, faisant le commerce de récume de mer, et située le long de la côte de Scy thie, s'appelait b^wo/c^. ' Il est vrai quecemot de Vannoma a causé aux érudits beaucoup d'embarras , à tel point qu*Hardouin dans son édition de Pline de 1685, a cru pouvoir changer ce mot en celui deBannonia, d'après lequel cette île semblerait se confondre avec celle de Bana ou liûgen. Mais tous les manuscrits, et les plus anciennes éditions, portent le mot de Vannoma. L'embarras causé par ce mot doit cesser, quand on trouve que le nom de Vanes est celui par lequel tous les Scandinaves
* Insu Ise com pi ures sine nominibus, eo situ tradunlur. Ex quibus ante ^rA-ihiam, quaB appellatiir Daunoma, unani abe$se diei curtu, in quum varis iempore fluctîbus eleclrum ejiciaturt Timaeus prodidit.
ORIGINES ILLTRIENNES IT POLONAISES. tST
désignaient les Vendes. Jusqu'à ce jour les Litvaniens, les Lettes et les Finnois maritimes, appellent encore leurs voisins, Slaves, Venclaînes ou Yeneies. Ainsi les habitants des côtes de la Pologne dès avant J.-C. s apr pelaient Vendes. Ils partaient de Vannomaou^de Bana (File Venède), et allaient porter leurs provisions d*ambrc et d* écume de mer à leurs frères de l'Adriatique, chez qui les Grecs et les Romains venaient acheter ces précieuses denrées dans des ports inconnus, à la place desquels s'élèvent aujourd'hui Venise et Trieste. Le grand navigateur Pythéas, également cité par Pline, nous montre la même tle sous le nom de Basilia, ou de Baltia d'après Xenophon, faisant le même commerce dans la Baltique. Seulement les Gut* tones avaient confisqué leurs débouchés commerciaux aux Venèdes du nord, qui ne |)ouvaient plus communiquer avec l'Europe que par l'intermédiaire des Germains.
Ainsi au berceau de la nationalité polonaise, comme de tout autre peuple slave, nous trouvons des Vendes. Comment s'étaient-ils étendus le long de la Baltique? D'où venaient-ils? J'entends répondre': d'Asie! Sans doute; mais par quel chemin étaient-ils venus d'Asie? Je ne puis croire, comme Chafarjik, qu'ils fussent venus par la stepe. Ils avaient dû suivre les chaînes de montagnes de l'Arménie et de la Thraoe jusqu'aux Karpathes ; et de là descendant peu à peu le cours des fleuves septenlrionaux, ils en avaient enfin atteint les embouchures, et avaient donné leur nom à la mer dans
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laquelle oeft fleures se perdent. L'expression %vi9èmt nkw^^^ Vmêàicus $inm, la mer des Vendes, date de plusieurs siècles avant Jésus-Cbrist. Mais il y a une autre expression qui accompagne toujours cdle-ci dans Pline et Ptoiémée; c'est celle de montagnêi «0nèd€$, montagnes sar mates, on autrement ^ K«prAnyc
Ici r esprit de système a évidemment égaré presque tous les slavistes du nord. Préoccupés de Tidée de iaire venir de la stepe la race entière des Vendes , ils se sont refusés à croire que les Karpathes pussent être appelées montagnes venèdes. Ghafarjik, par exemple, jpréfère supposer que Ptolemée applique le mot o;«c à de faibles cbatnes de collines, et à tous les plateaux d*où descendent des fleuves. Dans son éloignement pour tout ce qui tend à donner aux Slaves du midi une date plus ancienne quaux Slaves du nord , Chafarjik va jusqu'à supposer que FEridan des poètes grecs,
A On lit dans Ptolemée : B/f (ro'o/ râpa rov Ko^rinyï^ €/36y.. ùrê
pLiVTQvç evtvéiA^ iraXiv ToLÏ^iv^aiy xaî ffou^tfvot.^* kaî fj^erefu wtuxtvay xal fisurrepvav Kapriavoi... axo ^e in^yuav rt^ rs oui' vrovXa xoT. xaî rif furc^u nfç xfcpAAif ç aurou^ xal rav aapfjcûi- Ttxav opeav ypafifjuf xaï avroiç roiç opeiTiv^ av if iectç eiptfTAi. Le Périple de Marcien d'Héraclée dit également :li èv rj Eùpéir^ LapfMtria zepiopIXerat àr^ fièv âpxrav r$ re TMpfiarixJ^ ùxia^ r$ xarâ rèv ^Iv^txèv xéXxov xoc\ fj^épet rijç àyvuffrou yif^, àrà ^i àvaroyuv rq» re Iffôfjiip xaX rj BuxJ A//icvjf xa}r(pfiép€t rijç M«/o*rt^ûç XifAVfjç fJ^xpt Tou Tavâi^oç totcl/jlov^ èrî v^v âyvcwroy >?v, ijrà êè iuafJMV rw re OùiarouXa, xorafAÏ^ xccî rij Vepfjia' yia tij fuyàXij fiera ta Zctpfiartxà Spif.
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généralement (Considéré comme ayant été le fleave du P6 en Italie, fat réellement un fleuve de la Sarmatie, qui allait se jeter dans les mers du Nord. D*où Térudit Bohême conclut qu* Eschyle et Euripide confondaient dans leur ignorance les Venèdes de la Baltique ayec ceux de F Adriatique.
Je ne crois pas qu*on puisse aller jusqu'à de telles suppositions. Il est beaucoup plus simple d'admettre qu'il y avait simultanément, alors comme aujourd'hui, des Vendes sur les deux mers. Ceci admis, pourquoi les premiers Vendes des bords de l'Eridan en Italie, avant leur absorption par la conquête gauloise, n' auraient-ils pas eu avec leurs frères de la Baltique dtt relations suivies pour le commerce de l'ambre? Et pourquoi ce produit apporté du pays de Vannoma eti Dalmatie et sur le Pô, n'y aurait-il pas été considéré par les navigateurs grecs comme une des richesses de ces rivages?
Il faut bien avouer pourtant que l'ignorance âè% anciens surtout le nord de l'Europe avait réellemeht quelque chose qui étonne. Ils regardaient le nord comme un composé chaotique d'tles à moitié désertes, semées au milieu d'un océan inaccessible qui se déchargeait d'un côté dans la mer Noire, de l'autre dans la mer des Indes. Conformément à ces idées, beaucoup de savants grecs el romains ne voyaient sans dodtè dans les Vendes que de purs Indiens. De là les expressions Indica œquora el iv^ikoç xoXxoç dans Mêla et Marcien d'Héraclée, pour désigner le golfe où se pètd
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la Vifttule. De là Mssi le nom d* Indiem donné à ces naufragés de la Baltique, que le roi des Bataves arrêta sur ses côtes cinquante-huit ans ayant Jésns-Ghrist, et qu au rapport de Cornélius Pïepos, il envoya oomiae esclaves à Métellus Celer, proconsul des Gaules.
On vient d*énumérer les témoignages que nous offre l'antiquité touchant la présencedes Vendes comme autochtones sur les côtes de Pologne. Mais ici se présente une grave difficulté : ces Vendes de la Baltique, mentionnés par Pline, Ptolémée, Marcien, la table de Pentinger, étaient-ils Slaves comme les Vendes des Karpathes ? ou bien appartenaient-ils à une autre race d'hommes? Les érudits allemands ont prétendu que ces Vendes du nord étaient des Teutons : et ils appuient leur hypothèse sur tant de faits spécieux , que le grand slaviste Dobrovski lui-même , vers la fin de sa vie, s'est converti à leur opinion. En niant ainsi Tidentité des Vendes d'avant Jésus-Christ et des Vendes du septième siècle de notre ère, de ceux de Pline et de jceux de Jornandès, Dobrovski ne s'apercevait pas qu'il détruisait en quelque sorte d'un trait de plume toute l'histoire primitive des Slaves en Europe. Devenus plus hardis par cette concession , les savants d'Allemagne virent successivement dans les Venèdes des Celtes , des Teutons , des Litvaniens, des Finnois même ; ils furent tout , excepté Slaves : et quant à cette dernière race, on ne craignit pas de la présenter comme une branche cadette des Mongols, venue pour la première fois en Europe à la fin du cinquième siècle.