SCIATIQUE
Gabriel Groze, cultivateur, âgé de 23 ans, né à Saint-Régisdu-Coin (Loire), est reçu dans la salle Saint-Sacerdos, n° 14, le 9 décembre 1881.
A été berger dans son enfance et s’est souvent couché dans des endroits humides. A l’âge de 18 ans, affection thoracique aiguë qui dura un mois.
L’affection actuelle, qui date d’un an. a débuté par de la faiblesse et des douleurs dans le membre inférieur droit. Celles-ci devinrent très vives et le malade fut traité pour une sciatique.
A un premier séjour à l’Hôtel-Dieu, un abcès se forma dans la région sacro-lombaire et s’ouvrit à la partie supérieure de la fesse droite à deux centimètres de la rainure interfessière. Le malade fut très soulagé, put marcher facilement et partit dispos, mais avec une fistule.
Les douleurs reviennent quinze jours après et ramènent le malade à l’Hôtel-Dieu. Le malade fait alors des séjours successifs à l’Hôtel-Dieu et à Longchëne.
En mai 1882, son état s’aggrave; la suppuration se diffuse au milieu des muscles fessiers et envahit la racine du membre.
Au mois de septembre, M. Vincent endort le malade et sans toucher au squelette, se contente de drainer largement les foyers purulents. La crête iliaque est dénudée.
L’état général s’améliore à la suite de cette opération: la suppuration très abondante nécessite des pansements fréquents (Lister). Mais les trajets fistuleux n’ont aucune tendance à s’oblitérer. Cet état dure jusqu’en janvier 1 883 .
18 janvier 1 88 3 . — -Le malade endormi, M. Ollier agrandit largement la fistule postérieure et dénude la partie postérieure de la marge de l’os iliaque, entre les épines iliaques postérieures, point sur lequel conduisait le stylet. Puis avec la gouge et le couteau-gouge il trépane largement l'os ramolli et enflammé. On trouve profondément un foyer de fongosités qu’on enlève avec soin. Par le toucher rectal on arrive à faire sourdre par cet orifice du pus verdâtre, bien lié. Drainage. Pansement à l’iodoforme.
Les suites ont été fort bénignes. Cette intervention est suivie d'une amélioration.
Cependant en juin 1 883, la suppuration est toujours très abondante. L’état général s’est aggravé : le malade a maigri ; il mange peu ; fièvre continuelle avec redoublement le soir.
Le 1 8 juin. — Le malade est endormi. En explorant la fistule qui conduit au point antérieurement trépané, on pénètre dans le bassin. Par le toucher rectal, on fait sortir par cette fistule un flot de pus et des fongosités. On fait à l’os iliaque une plus large brèche entre les deux épines iliaques postérieures.
En poussant l’exploration plus profondément, on peut se convaincre qu’il existe, entre la face antérieure du sacrum et le rectum, un vaste foyer débordant, aussi bien à gauche qu’à droite, les bords du sacrum. A gauche, ce foyer vient faire saillie le long du bord interne de l’échancrure sciatique, audessus du ligament sacro-sciatique. Par une longue incision,
parallèle au bord du sacrum, sectionnant les insertions du fessier et le grand ligament sacro-sciatique, on ouvre une voie d’écoulement au pus de l’abcès pelvien.
En explorant le crête iliaque en avant de l’épine supérieure on trouve un foyer filant dans le bassin, avec le davier et le couteau-gouge on fait à ce niveau une échancrure à la crête iliaque.
On a dû faire une quinzaine de ligatures. Néanmoins le malade a peu perdu de sang. Pansement à l’iodoforme; quelques points de suture.
Les suites de l’opération furent simples. Une défervescence appréciable est indiquée par le tracé de la température qui de 39° qu’elle atteignait le soir, descend progressivement les jours suivants à 38° le soir, et oscille le matin entre 3~. et 38°.
20 Juillet. — Le malade se dit très soulagé par sa dernière opération : ses mouvements dans le lit sont plus faciles, moins douloureux; son appétit est bon.
Le malade ne tousse pas; n’a jamais eu d'hémoptysie. La percussion de ses sommets relève de la submatité sous la clavicule gauche ; mais on ne trouve ni souffle, ni craquements.
La lésion est, comme dans les cas précédents, située au niveau des épines iliaques postérieures ; elle est constituée par une infiltration tuberculeuse de cette portion de l’ilium. Après l’ouverture spontanée d’un premier abcès, M. Vincent fait un drainage de la région malade : amélioration à la suite de cette opération. Mais la lésion osseuse persistant, M. Ollier est amené à trépaner l'os coxal, toujours au même niveau, entre les épines iliaques postérieures. Il enlève l’os carié et les fongosités adjacentes : nouvelle amélioration et défervescence.
La température remonte et un abcès est découvert par le toucher rectal entre le sacrum et le rectum. A gauche ce foyer vient faire saillie sur le bord interne de la grande échancrure sciatique. M. Ollier fait alors une incision longue, profonde, parallèle au bord du sacrum, sectionnant les fibres du muscle grand fessier et les insertions du grand ligament sacro-sciatique. Depuis, le malade est amélioré et sa température a baissé les jours suivants.
Ces améliorations successives à la suite de chaque opération sontpournousun critérium des plus sérieux en faveur de l’intervention, dans les cas les plus graves. Quelle sera l'issue de cette lutte? On ne saurait compter sur la guérison. Cependant le malade a conservé de l’appétit, il est mieux depuis la dernière opération ; ses poumons ne présentent pas de lésions manifestes de tuberculose.