CONCLUSIONS
Nous nous croy-ons autorisé par l’étude que nous avons faite à formuler les propositions suivantes : Les os du bassin s’accroissent par des cartilages marginaux comme les os longs par des cartilages de conjugaison; et les parties limitantes de ces cartilages correspondent à la zone juxta-épiphysaire des os longs: elles ont la même susceptibilité inflammatoire.
Il existe pour les os du bassin, de même que pour les os longs un rapport entre le développement du squelette et l’évolution des ostéites. Ce fait ressort manifeste de l’étude de nos observations.
Les ostéites du bassin sont pour la plupart jusqu’à 25, 3o ans des ostéites juxta-épiphysaires ou épiphysaires. On peut les ranger dans deux groupes à syndromes cliniques distincts, correspondant à deux périodes du développement.
Pendant la première période qui s’étend jusqu’à
la puberté, le bassin est constitué par trois pièces osseuses distinctes, dont le point de rencontre se trouve dans la cavité cotyloïde, incomplètement ossifiée.
Presque toutes les ostéites sont alors péri-cotyloïdiennes ou intra-cotyloïdiennes (coxalgies acétabulaires primitives).
La seconde période commence après la soudure des pièces de l'os coxal, et l’achèvement de l’ossification de l’acétabulum, c’est-à-dire peu après la puberté. On voit alors apparaître sur le bassin presque entièrement formé une couronne d’épiphyses marginales, pour ainsi dire de perfectionnement. Ces épiphyses se soudent très-tardivement de 22 à 25 ans chez la femme, de 25 à 3oans chez l’homme.
C’est à leur niveau que se développent les ostéites . tardives du bassin ; elles constituent notre second groupe.
Les plus importantes de ces épiphyses sont celles de la crête iliaque et des épines iliaques ; celles de l’angle du pubis et de sa branche descendante; celles de la tubérosité de l’ischion et de l’épine ischiatique. Pour le sacrum, c’est sur les masses apophysaires des trois premières vertèbres sacrées, parallèlement à la symphyse sacro-iliaque, que se montrent ces épiphyses tardives. Les ostéites tardives du bassin, correspondant à ces épiphyses, sont marginales.
Cette manière d’envisager les ostéites du bassin est importante : elle explique différents points obscurs de leur évolution; elle donne d’utiles indica-
tions à l’intervention chirurgicale; elle atténue la gravité du pronostic en montrant la lésion limitée au début, souvent accessible.
Quand l'ossification du squelette est absolument achevée on voit encore des ostéites se développer sur le bassin. Ce sont toujours des ostéites tuberculeuses, des caries, nées dans tous les points où le tissu spongieux est abondant : souvent elles sont secondaires à des caries vertébrales.
L’intervention dans les ostéites du bassin a été jusqu’ici très timide, à cause de la gravité qu’elle présentait. Aujourd’hui, que l’antisepsie a changé le pronostic chirurgical en général, l’intervention doit être plus hardie : elle a donné des succès indéniables, et on peut en espérer de moins rares.
La première indication doit être puisée dans l’acuité de l’ostéite.
Dans les formes aiguës, infectieuses, qu’il s’agisse d’une ostéite intra-cotyloïdienne ou d’une ostéite juxta-épiphysaire marginale, il faut débrider hâtivement et largement. Dans la coxalgie acétabulaire primitive, on doit faire une résection de débridement.
Dans les formes subaiguës et chroniques, l'intervention varie suivant l’âge du malade et suivant la lésion anatomique.
Chez les jeunes sujets, les ponctions aspiratrices répétées suffisent presque toujours. On y joindra l’immobilité dans un bandage, si l’articulation coxofémorale est atteinte ou menacée de l’être.
L’intervention a, suivant la lésion anatomique,
trois objectifs principaux : la suppuration, les séquestres, la carie.
Contre la suppuration nous avons les ponctions aspiratrices, le drainage et la trépanation de l’os iliaque.
Les ponctions aspiratrices ne réussissent que chez les jeunes sujets.
Chez les malades plus âgés, il faut ouvrir large’ ment. L’intervention la plus dangereuse est l’intervention insuffisante : elle ne désinfecte pas le foyer purulent et permet l'entrée de l’air. Le drainage est le complément forcé de toute intervention au bistouri.
La trépanation est indiquée spécialement dans les collections purulentes de la fosse iliaque interne. Elle donne aussi accès sur les foyers de fongosités situées sur la face profonde de l’os iliaque. Quelquefois la trépanation est une sorte d’évidement osseux.
L’extraction des séquestres sera dirigée par les données de l’ostéogénie. Signalons leur fréquence au niveau de la crête iliaque postérieure ; du corps du pubis et de sa branche descendante ; de la tubérosité de l’ischion ; et tout spécialement de la face postérieure des masses latérales des trois premières vertèbres sacrées. Nous avons signalé le développement d’épiphyses tardives en chacun de ces points.
Dans les cas de carie, si l’on intervient avant que la tuberculose ait envahi de larges portions osseuses, c’est dans la zone juxta-épiphysaire que l’on rencontrera les foyers tuberculeux primitifs. On aura recours au raclage, à l’évidement osseux et aux modi-
ficateurs tels que le fer rouge, le chlorure de zinc et l’iodoforme.
Des résections sous-périostées plus ou moins considérables des os du bassin ont été pratiquées, et nous avons cité des cas de reproductions osseuses importantes.
Quelle que soit l’opération entreprise, et vu la gravité extrême des ostéites du bassin, on ne doic pas imputer à l’intervention les terminaisons fatales ; mais lui faire honneur des succès obtenus.
lmp. Waltenek et Ci0, rue Celle -Cordière, 14. — Lyon.