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III. Période de déclin

Après la cessation des règles par l’effet de l’âge, l’ovaire éprouve des métamorphoses ultimes caractérisées essentiellement par l’atrophie de ses divers éléments constitutifs. Non-seulement il ne se produit plus de nouvelles vésicules, mais encore celles qui étaient en instance de développement sont arrêtées pour toujours dans leur mouvement ascensionnel : la membrane granuleuse se convertit en graisse en même temps que son contenu liquide est résorbé petit à petit ; le stroma circonvoisin, en se ratatinant, rapetisse la cavité del’ovisac; les parois de celui-ci, devenues fibreuses, plus épaisses, s’accolent en dernier lieu et amènent la disparition de la cavité. Concurremment, les vaisseaux des parois s’oblitérant, la vascularité de l’organe tout entier diminue ; bref, l’ovaire décroît successivement et arrive à présenter un aspect chagriné, assez analogue à la surface d’un noyau de pêche.

Les transformations dont l’ovaire est le siège ne se font pas d’un seul coup, mais bien graduellement : quatre ou cinq ans après l’établissement

de 1 âge critique, à part l’absence de vésicules de de Graaf, on ne relève pas de grands changements dans sa manière d’être, son apparence extérieure. Ainsi, chez une femme de 46 ans, privée de règles depuis .trois ans, les divers diamètres ne différaient guère de la moyenne signalée dans le cinquième Tableau. Cette particularité, constatée maintes fois, a paru mériter d’être mise en saillie, car elle peut servir à expliquer certains retours anormaux de la menstruation, alors que toute ovulation a cessé depuis plus ou moins longtemps. Il y a alors une sorte de renouveau coïncidant, suivant toute probabilité, avec une évolution de vésicules ascendantes.

Si, à défaut d’autopsie, cette idée reste à l’état d’hypothèse pour la majorité des cas, le fait de l’ovulation est démontré sans réplique pour les observations énoncées ci-dessous. M. Lemoine a vu une grossesse survenue chez une dame de 46 ans, trois ans après la disparition des règles, se terminer au 182e jour par la naissance d’une fille qui vécut cinq jours. En 1862, j’ai recueilli un fait non moins curieux : une femme, après être restée depuis l’âge de 40 ans jusqu’à celui de 46 sans écoulement sanguin, vit les règles reparaître pendant une année et disparaître définitivement à la suite d’une grossesse longtemps méconnue, terminée par la naissance d’un beau garçon. Une dame observée par M. Renaudin est accouchée à 61 ans d’un enfant encore vivant aujourd’hui ; elle avait perdu ses règles dix ou douze ans avant cette grossesse tardive. Un fait bien plus extraordinaire est celui publié par le Dr Priou Une femme de 72 ans, vingt-quatre ans après les dernières règles, fut menstruée pendant trois jours, et cet écoulement se reproduisit avec la même durée pendant cinq mois : devenue alors enceinte, elle avorta à deux mois. Il est encore d’autres observations; mais, l’ancienneté de leur date pouvant faire suspecter leur authenticité, on s’abstiendra de les rapporter : celles-là, du reste, suffisent à faire connaître cette anomalie fonctionnelle et à appeler sur elle l’attention à laquelle elle a droit.

Le travail atrophique a une marche excessivement lente et réclame d’ordinaire des années pour s’effectuer dans la totalité de l’organe : son action s’exerce d’abord sur la hauteur, l’épaisseur, atteignant en dernier lieu le

1 Priou; Bulletin de la Soc. de méd. d'Angers, pag. 42. 1864. — Lemoine et Renaudin ; Compt.-rend. de laSoc.de méd. de Nancy, pag. 65 et 66. 1861.

diamètre transversal. Sur une femme de 52 ans, qui depuis sept années n’avait plus d’écoulement sanguin, le diamètre antéro-postérieur mesurait 5mm, le diamètre vertical 8, le diamètre transversal 55. Sur une femme de 62 ans, qui depuis dix-sept ans avait cessé d’être menstruée, le diamètre antéropostérieur avait 2mm, le diamètre vertical 6, le diamètre transversal 42. En d’autres termes, sur ces deux sujets, les diamètres vertical, antéro-postérieur, avaient subi une diminution très-notable, tandis que le diamètre transversal était resté sans changement marqué.

Pour être plus tardive, la diminution du diamètre transversal ne s’en effectue pas moins : elle a lieu par la disparition régressive des éléments constitutifs, la transformation en ligament de la partie la plus interne; on le voit descendre, avec les années, à 20, à 15 et même à 10mm.

Concurremment, le poids subit un abaissement proportionnel : il tombe assez vite à 4 ou 5 grammes, descend un peu plus tard à 2 et finit, à un âge avancé, par se rapprocher du poids particulier à la naissance. L’ovaire d’une femme de 77 ans pesait 0,75 ; Sanlorini et Tozzetti en ont trouvé qui pesaient 1 0 grains seulement.

En résumé, l’ovaire suit dans sa période décroissante une marche inverse à celle de sa période d’augment ; le diamètre transversal, le premier développé, est le dernier à diminuer, et le diamètre antéro-postérieur, le dernier survenu à son apogée, est au contraire le premier atteint. On ignore à quoi cela tient, mais on n’en a pas moins tenu à faire ressortir cette intéressante particularité.

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