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Pour asseoir solidement les conclusions ressortant de la lecture du paragraphe précédent, on a concurremment étendu les recherches aux ovaires delà plupart des femelles domestiques, et, leur appliquant la méthode suivie pour l’espèce humaine, on a fait de nombreuses pesées et relevé, le compas à la main, plus d’un millier de mensurations. Dans l’esprit de l’auteur, cette étude était une annexe naturelle, un complément en quelque chose obligé de ces considérations préliminaires; mais après avoir concrèté
les résultats obtenus, signalé les particularités neuves ou généralement ignorées, il s’est aperçu que, malgré tous ses efforts, celte partie restait encore trop étendue, trop surchargée de détails minutieux, pour être conservée. La mettre en note n’était pas davantage possible; aussi, après bien des tâtonnements, il s’est borné à donner sons forme de conclusions une idée sommaire des résultats auxquels il est arrivé. C’est, avec le récit de cinq observations d’anomalies consignées, soit dans les deux derniers chapitres, soit dans les notes, tout ce qui sera présentement publié de ce travail, qui a réclamé plusieurs années de patientes investigations.
Les ovaires des femelles domestiques présentent, comme ceux de la femme, trois périodes distinctes : une période d’augmentation, une période d’état et une période de déclin.
Chez toutes les femelles examinées, l’ovaire croît graduellement depuis le moment de son apparition jusqu’à la première grossesse. Le diamètre longitudinal est le premier complètement développé ; vient ensuite la hauteur, et en dernier lieu l’épaisseur.
Cet accroissement, plus ou moins considérable suivant la taille de l’animal, se trouve être encore en raison directe du nombre des petits engendrés à chaque portée. En d’autres termes, l’ovaire d’un animal unipare est, à taille égale, toujours plus petit que celui d’un animal pluripare; ainsi, malgré la disproportion existant entre la vache et la truie, celle-ci a les ovaires presque aussi volumineux que celledà.
La justesse de cette remarque se vérifie encore sur des individus de même espèce, mais de races différentes. Par exemple, une truie qui fait des portées de douze à quinze petits a ces organes plus développés que celle qui n’en fait que six à huit. Il en est de même pour l’espèce ovine; les brebis barbarines, flandrmes, qui ont la faculté de donner deux et même trois agneaux à chaque part, ont les organes plus volumineux que les brebis qui produisent un seul agneau ; enfin, les individus de race commune, qui donnent à plusieurs reprises deux agneaux, présentent sous ce rapport une différence avec ceux qui fournissent un seul produit.
Les vésicules de de Graaf, déjà apparentes au microscope dans les deux derniers mois de la vie fœtale, n’acquièrent leur complet développement qu’aux approches de la puberté.
Avec la puberté, dont la venue varie suivant les espèces, les races, le climat, les conditions particulières de nourriture, l’ovaire entre en fonction ; bien qu’il n’ait point encore acquis tout son développement, une vésicule arrivée à maturité peut se déchirer, mais il est à remarquer que l’oariule stigmate de la première rupture est moins volumineux que les suivants. C’est du moins ce qui a été vérifié plusieurs fois dans les espèces ovine et bovine.
11 y a dans toutes les races des individus précoces et des individus retardataires, mais en général, dans le Midi, la fonction est plus précoce que dans le Nord.
La rupture de la vésicule de de Graaf concorde avec l’époque du rut; elle a lieu spontanément et en l’absence du mâle ; elle s’effectue alors même que les trompes de Fallope sont oblitérées ; elle se répète à des époques plus ou moins rapprochées, suivant les saisons, la manière de vivre et l’espèce de l’animal.
D’après l’examen des brebis et des vaches abattues à toutes les époques de l’année, ces animaux sont susceptibles dans le midi de la France d’être fécondés, quel que soit le mois.
Pendant cette période, la fonction n’éprouve d’interruption que par le fait de la grossesse ; il n’est pas d’exemple qu’une vésicule se soit rompue pendant la gestation, mais à la note F on relate un fait dans lequel l’enkystement du produit , remontant à trois ans au hnoins, n’a pas empêché l’ovulation de se rétablir.
Le nombre des vésicules rompues, et par suite des oariules, est en général en rapport avec celui des produits ; pourtant il se peut qu’une vésicule renferme deux ovules : on a du moins constaté une grossesse double avec un seul oariule.
En général, l’embryon est placé dans la corne correspondant à l’ovaire qui a fourni l’ovule; quelquefois cependant, une fois sur dix, il en est différemment : l’ovule a émigré dans la corne opposée, par le fait de circonstances inconnues, et y a acquis son premier développement ( migration intra-utérine ) .
Chez les femelles unipares, l’ovaire qui ne fonctionne pas ne paraît pas avoir augmenté de volume et de poids par le fait du rut ; au contraire,
l’ovaire opposé, c’est-à-dire ayant fourni l’ovule, est augmenté dans son épaisseur et dans sa hauteur. Il en est de même pour le poids ; mais si on extrait l’oariule, ou si celui-ci n’est pas encore organisé par suite de la date récente de la rupture, on trouve à l’organe un poids à peu près identique à celui de son congénère. On est donc autorisé à conclure que l’augmentation amenée par le rut est due, sinon en totalité, du moins en grande partie, aux modifications éprouvées par la vésicule rompue.
Contrairement à ce qui est admis pour la femme, l’oariule résultant de la déchirure d’une vésicule de de Graaf arrivée à maturité a la môme forme, le même poids, les mêmes diamètres, qu’il ait été ou qu’il n’ait pas été suivi de conception ; seulement, dans le second cas il décroît assez rapidement, perd sa coloration primitive, tandis que dans le premier il conserve son volume, sa forme, sa coloration, pendant la plus grande partie de la gestation.
Avec la fin de la première grossesse commence la période d’état, ainsi dénommée parce que l’ovaire, tout en subissant des alternatives d’augmentation et de diminution, ne change pas sensiblement de volume. En effet, si l’on tient compte de la diversité des races, de la taille de l’animal, et que l’on compare des ovaires se trouvant dans des conditions identiques, on ne saurait établir de différences, au point de vue du poids et des divers diamètres, entre ceux appartenant aux femelles ayant porté à plusieurs reprises et ceux provenant de femelles ayant mis bas une fois seulement.
L’alternance dans le fonctionnement des ovaires est un fait d’observation commune chez la femme comme chez les femelles unipares ; seulement, dans le tiers des cas, elle s’effectue d’une façon particulière qui mérite d’être signalée. Au lieu d’émaner d’un ovaire d’abord et de l’autre ensuite, la vésicule mûre peut provenir à deux reprises du même ovaire, et faire de même à l’égard de l’autre organe. En d’autres termes, les vésicules nos 1 et 2 s’étant rompues sur l’ovaire droit, les vésicules n0* 5 et 4 se rompraient sur l’ovaire gauche, et ainsi de suite.
A cette période d’état, dont la durée est plus ou moins longue suivant l’espèce, fait suite une période de déclin, dans laquelle il est soumis à des transformations ultimes, en tout analogues à celles dont les ovaires féminins sont le siège.
En résumé, les données fournies par l’anatomie comparée confirment pleinement les conclusions auxquelles ont conduit les recherches sur la femme. En attendant la prochaine publication des preuves à l’appui, on voudra bien admettre leur exactitude sous bénéfice d’inventaire.