CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES
Primordialement, c’est-à-dire dans les premières semaines de la vie embryonnaire, les ovaires et les testicules ont une forme identique, occupent une place similaire et se comportent de la même façon à l’égard du péritoine. Développés, comme ces derniers, aux dépens du blastème avoisinant le bord interne du corps de Wolff, ils ont à cette époque un ligament correspondant au gubernaculum de Hunier, ligament qui vient plus tard reposer sur le cordon de Muller, à l’endroit même où la trompe se séparera de l’utérus. Vers la huitième semaine, il est vrai, ce qui sera le futur testicule s’élargit et devient relativement plus court ; par contre, ce qui sera l’ovaire se rétrécit et s’allonge, mais ces différences seraient insuffisantes pour établir le diagnostic anatomique, si l’on ne lirait des indices précieux de la manière d’être ou de l’absence des cordons de Muller. En un mot, c’est seulement à deux mois, et d’après la configuration des organes génitaux internes, qu’on peut affirmer le sexe de l’embryon, et par suite assigner la position primitive des ovaires et des testicules.
A cette époque, les ovaires sont placés à la région des lombes, et leur direction est verticale, c’est-à-dire parallèle à l’axe du corps. Cette position et cette direction ne tardent pas à se modifier au fur et à mesure du développement de leur volume et de l’avancement en âge de l’embryon; dès la douzième semaine et au plus tard vers la seizième semaine, la direction devient légèrement oblique de haut en bas et de dehors en dedans, et l’organe subit un mouvement de descente assez accusé; l’extrémité supérieure repose encore dans la région lombaire, mais l’extrémité inférieure arrive dans la fosse iliaque. Vers la vingtième semaine, les changements sont encore plus prononcés : la direction, d’oblique, est devenue presque horizontale, et l’organe, ayant totalement délaissé la région lombaire, descend presque tout entier dans la fosse iliaque correspondante. A huit ou neuf mois, la direction de l’organe est tout à fait horizontale; l’ovaire n’occupe plus la fosse iliaque que par sa moitié externe, tandis que le reste est à l’entrée du petit bassin. Dans l’année qui suit la naissance, on a vu quelquefois l’ovaire abandonner
la fosse iliaque, mais c’est habituellement vers la dixième année, et après l’élargissement rapide du bassin, que cet organe vient occuper sa place définitive et se loge complètement dans la cavité pelvienne.
Telles sont, décrites à grands traits, les migrations effectuées par l’ovaire; mais il convient d’ajouter, pour rester dans le vrai, qu’elles sont susceptibles d’exceptions assez fréquentes, et que les époques fixées peuvent être retardées ou même être avancées. Il convient également de noter un fait qui m’a frappé lorsqu’en 1855 et 1856 j’ai effectué ces recherches anatomiques, et dont j’ai trouvé depuis la confirmation dans la lecture du travail de Freund : c’est que les deux ovaires marchent d’un pas inégal, et que l’organe gauche est toujours en avance dans son mouvement de migration, circonstance qui, en favorisant la production des ectopies, devra être invoquée lorsqu’il s’agira d’expliquer leur prédilection pour ce même côté. L’ovaire droit, en avance pour le développement, puisqu’il est en général plus volumineux que son congénère, est très-souvent en retard en ce qui concerne la migration qu’il est appelé à accomplir. Ainsi, sur un enfant mortà l’âged’un mois, j’ai trouvé la trompe et l’ovaire droits dans la fosse iliaque correspondante, alors que les mêmes organes occupaient à gauche une position à peu près normale. On se borne à cet exemple, mais il serait facile d’en citer de semblables en ce qui concerne les autres époques indiquées. D’autres fois, la position est seule différente, alors que parfois c’est simultanément la position et la direction; enfin, plus rarement, la position étant la même, la direction varie. Ainsi, sur un embryon de deux mois examiné au moment de la rédaction de ce chapitre, l’ovaire droit est allongé, vertical, et l’ovaire gauche, en forme de rein, est légèrement oblique.
En résumé, avant d’en venir à leur position et à leur direction définitives, les ovaires sont sujets à des mutations, à des changements successifs, que l’on peut représenter de la façon suivante :