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OBSERVATION XX

Atrophie ou plutôt état rudimentaire d'un des ovaires avec absence de la trompe du même côté, rencontré chez une femme d'une quarantaine d’années.

Dans la séance du 31 mai 1856, M. Lucien Leudet a présenté à la Société de biologie l’utérus d’une femme qui, à un examen superficiel, paraissait manquer de l'ovaire gauche ; M. le présentateur ajoutait que de ce côté il y avait oblitération de la trompe.

Au moment de la présentation, j'exprimai quelques doutes sur la réalité des anomalies signalées dans cette pièce, et je dis que je trouvais, vers l’angle supérieur de l’utérus, une petite tumeur dont l’aspect, la forme, la situation, me faisaient supposer qu’on avait là un ovaire rudimentaire. M. le président nous chargea, M. Gosselin et moi, d’examiner avec soin cette pièce et de rendre compte du résultat de cet examen.

La petite tumeur en question est située sur le côté gauche de la partie supérieure de l’utérus, auquel elle adhère par un petit cordon d’apparence fibreuse et de 7 à 8mm de longueur. Elle a en longueur llmm sur 4mm d’épaisseur d’avant en arrière , sa hauteur est égale à 5mml. Sa forme générale est celle d’une amande en miniature. Son bord supérieur est plus arrondi et plus convexe que son bord inférieur ou adhérent, qui est presque rectiligne. Son aspect extérieur est tout à fait celui de l’ovaire ; elle est enveloppée par une membrane fibreuse, d’un blanc grisâtre, que recouvre le péritoine. Elle est placée presque immédiatement derrière l’extrémité utérine du ligament rond.

Fendue par son milieu, suivant son axe longitudinal, elle se montre formée, à l’intérieur, d’un tissu rosé dont la couleur tranche sur la teinte blanche des éléments du cordon qui l’attache à la matrice ; ce tissu est d’ailleurs granuleux, et même à l’œil nu on peut y reconnaître vaguement des espèces de granulations qui me paraissent des éléments folliculeux de l’ovaire plus ou moins amoindris; les fibres dont se compose le ligament sont, au contraire, nettement linéaires, et ne laissent apercevoir dans leur intérieur aucun corps granuleux.

Une tranche très-mince de la substance de la petite tumeur, placée sous le

1 D'après le Bulletin de la Société anatomique (1856, pag. 284), où il est fait mention de cette pièce, on donne 7mm de hauteur sur 25 de longueur; mais j’ai lieu de croire les chiffres relevés dans l’original plus exacts et plus conformes à la vérité.

microscope à un grossissement d’abord de 70, puis de 175 diamètres, me démontra bientôt l’existence de ces follicules, qui dans cet ovaire rudimentaire étaient rudimentaires eux-mêmes, quoique très-nombreux, surtout vers la portion périphérique de l’organe. Ces follicules apparaissaient sous forme de petites vessies closes de toutes parts, très-nettement limitées par une paroi moins transparente que le reste de la vésicule, au centre de laquelle existait un liquide jaunâtre transparent. Ces vésicules étaient contenues dans un tissu partie granuleux, partie fibrillaire, le stroma. Leur volume variait pour chacune d’elles; avec le grossissement de 175 diamètres, elles apparaissaient, les unes comme de très-grosses têtes d’épingle, les autres comme des grains de chènevis et même quelques-unes plus grosses encore.

Pour confirmer davantage mon diagnostic anatomique, je fis sur l’ovaire opposé une préparation semblable, et je trouvai là les mêmes éléments que je viens de dire disposés les uns par rapport aux autres de la même manière, avec cette seule différence qu’ils étaient plus volumineux; le tissu fibroïde était surtout plus apparent. Ainsi donc, c’était bien là un ovaire rudimentaire.

Ce premier point éclairci, il restait à constater d’une manière précise l'état de la trompe du même côté.

Pour cela, je disséquai avec soin le ligament large tout entier, en séparant l’un de l'autre les deux feuillets péritonéaux qui le forment par leur adossement. Or, l'examen le plus attentif n’a pu me faire trouver quoi que ce soit qui pût être rapporté à la trompe même rudimentaire ou à l’état de vestige. Il n’existait dans le ligament large du côté gauche rien autre chose que l’ovaire rudimentaire que nous venons de décrire, du tissu cellulaire, des vaisseaux, des nerfs, et le ligament rond, sur "la disposition duquel je vais revenir.

Ce dernier est remarquable par son développement musculaire considérable, surtout pour un utérus à l’état de vacuité. Après avoir constitué une espèce de muscle cylindrique dans ses trois quarts externes, les fibres s’épanouissent dans l'épaisseur du ligament large, de manière à former sur les côtés de l’utérus, et cola dans toute la hauteur du corps de l'organe, une espèce de demi-éventail analogue dans sa disposition au muscle grand pectoral. En effet, les fibres supérieures se continuent presque en ligne droite, tandis que les inférieures deviennent d’autant plus obliques en bas et en dedans, quelles se rapprochent davantage du bord inférieur du muscle constitué par chacun des ligaments ronds. Arrivés sur les côtés de l'utérus, ces fibres se continuent delà manière la plus évidente avec les fibres constituant la couche superficielle de la matrice.

Quant à l’aspect du tissu musculaire dans ces ligaments, il était tellement évident, qu’il ne pouvait être mis en doute. (Blot; Gazette médicale de Paris , 1856, pag. 808.)

A cette variété doit être rattaché le fait de Langenbeck, concernant un fœtus mort d’un spina bifida à la région sacrée, lequel, décrit d’abord comme un exemple d’absence des organes génitaux internes, a été démontré par Foerster avoir tous ces organes, mais à l’état rudimentaire. À raison de l’âge du sujet, on s’abstiendra d’en donner une description complète, on se bornera simplement à relever les particularités afférentes à l’anomalie étudiée. Les ovaires sont très-petits et de forme allongée ; dans le stroma fibreux sont placés les follicules pressés les uns sur les autres. Après avoir traité la préparation avec le natron et la glycérine, on reconnaît dans quelques vésicules l’ovule avec le cumulus proligère. La trompe gauche manque totalement, et il en est de même à droite pour le corps ; pourtant, à l’extrémité supérieure de l’ovaire droit, on constata un petit corps arrondi, aplati, formé de tissu connectif et de fibres élastiques, et présentant une légère division radiaire susceptible d’être interprétée comme un pavillon à l’état rudimentaire. Quant à l’utérus, il est figuré par un corps très-aplati, recouvert par le péritoine en haut et devenant de plus en plus mince en bas, où il se perd dans le tissu cellulaire intermédiaire au rectum et au péritoine. De chaque côté part un ligament arrondi, indice des cornes utérines, et formé de fibres musculaires lisses, réunies entre elles par un peu de tissu cellulaire. Les cornes, comme le corps, sont solides et ne présentent pas trace de cavité; elles se continuent directement avec les ligaments ronds, qui ontleur parcours habituel. 11 va sans dire que tous ces organes sont à l’état de miniature, puisqu’ils avaient échappé à un premier examen.

En attendant de revenir sur les altérations concomitantes des trompes, des ligaments larges, de l’utérus et du vagin, qui peuvent exister dans cette variété comme dans la variété infantile, on notera comme plus particulièrement spéciale à celle-ci le raccourcissement du ligament ovarien. Participant à l’arrêt de développement de l’organe qu’il supporte, il offre à peine le tiers de sa longueur moyenne chez l’adulte.

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