DE L’ÉTAT EMBRYONNAIRE
Deux traits principaux caractérisent cette variété ; ce sont : d’une part la petitesse de l’organe, de l’autre sa structure ébauchée. Au premier abord, à raison de leur petitesse , on serait disposé à admettre leur absence ; mais en cherchant, on finit par se convaincre de leur existence en découvrant dans le pli postérieur du ligament large un vestige qui , occupant la place de l’ovaire, en est le représentant incontestable. A titre de preuve, on peut invoquer les observations de Blot et de Foerster. Concurremment, la structure n’est pas moins modifiée, au point que dans certains cas on est sérieusement embarrassé , et ne peut déterminer si l’on a véritablement affaire à l’organe femelle. Ainsi , Rokitansky a trouvé l’état suivant sur le cadavre d’une femme d’une soixantaine d’années , jamais menstruée, mais douée d’impulsions sexuelles très- accusées:
« Les mamelles étaient volumineuses, les organes génitaux externes trèsdèveloppés, les lèvres et le clitoris grands, et le canal vaginal spacieux. Sur les parois latérales du bassin, on remarque un vaisseau, l’artère spermatique externe, qui, à la façon du cordon spermatique, se perd du côté du canal inguinal, perçant le péritoine, décrivant des zigzags petits mais nombreux avant d’arriver dans une duplicature voisine de l’utérus. Près de ce vaisseau et dans le canal inguinal, on trouve un faisceau résistant, formé de fibres musculaires venant de l’oblique interne, et une branche du nerf génito-crural, du nerf spermatique avec quelques fibres aponévrotiques. Aux cornes de l’utérus s’insèrent, enveloppés d’un repli péritonéal, sous forme de tumeur lobée, un plexus veineux, et au-dessous de celui-ci et en dehors, un corps inégal, glanduleux, lobé, ayant extérieurement toutes les apparences de l’ovaire; à droite, on constate en outre un petit sac kystiforme, revêtu d’épithélium pailleté, du volume d’une lentille, et représentant la trompe rudimentaire.
» A la coupe, le corps qui rappelle l'ovaire montre en dedans d’une coque fibreuse, délicate, percée à jour par plaques, un stroma mat, blanc jaunâtre, dans lequel siègent des corpuscules à aspect lipornateux, à coloration jaunâtre, à forme ronde ou arrondie, à volume égal à celui d’une lentille, et à aspect plus précis que ceux du stroma ovarien. Détachés du stroma, ces corpuscules ont l’apparence d’une petite circonvolution, et ont quelques analogies avec les canaux séminifères. Cependant, on peut facilement les diviser, surtout dans l’eau, en gros et en petits fragments; ils consistent, d’une part en fibres cellulaires, et d’autre part en une membrane déployée, cannelée, à laquelle adhère un réseau à grandes mailles, déjà remarquable à l'œil nu, et qui n’est cependant formé que par des fibres de tissu cellulaire. On ne trouve aucune trace de canaux, comme de tissu graisseux. Le stroma, comme le tissu intermédiaire, n’offre nulle part indice de graisse. On ne trouve pas davantage de follicules ou de débris qui s’y rapportent, bien qu’au premier abord les corpuscules mentionnés ci-dessus aient une semblable apparence. Le col de la vessie est entouré d’un tissu analogue à la prostate.
» Si le plexus veineux, comme le rudiment de prostate, appartiennent au type masculin, les autres organes se rattachent incontestablement au type féminin. Le corps semblable à l’ovaire n’est ni cet organe ni le testicule; si d’une part il présente une forme extérieure et une distinction en stroma et en follicules rappelant l’organe femelle par excellence ; de l’autre, à la place de ces follicules, on trouve une formation se rapprochant de l’état rudimentaire du testicule. J’en veux pour preuve, ajoute Rokitansky, ce tissu cellulaire stratifié, à grandes mailles contournées, qui paraît constituer les vaisseaux spermatiques lors de leur formation. »
Après avoir exposé dans l’intégralité de ses détails la manière de voir du célèbre professeur de Vienne, on me permettra d’ajouter respectueusement qu’elle ne saurait être partagée en aucune façon. 11 est de toute évidence que ce sujet se rapproche plus du type féminin que du type masculin, et la formation réticulée, invoquée pour faire admettre un organe analogue au testicule, parait devoir être interprétée avec plus de raison comme une membrane granuleuse atrophiée. On ne saurait conserver de doutes sérieux à cet égard ; seulement, on a à exprimer le regret que cette observation, si remarquable à tous les points de vue, n’ait pas été complétée par la mensuration
des divers diamètres de l’ovaire. Cette lacune n’existe pas pour l’observation suivante, dans laquelle l’organe avait, suivant toute probabilité, une structure plus avancée et mieux caractérisée.