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OBSERVATION XXI

Utérus fœtalis avec ovaires rudimentaires.

Petit-Jean , habitant le faubourg de Sextius à Angers , a exercé la profession de charretier pendant quarante ans de sa vie. Il était connu et estimé de tout le monde, en raison de sa douceur et de ses habitudes religieuses. Dans sa jeunesse, il se faisait remarquer par sa gaîté, et recherchait les fêtes où l'on dansait. Avant sa trentième année, Petit-Jean se maria ; on dit qu'il a eu deux femmes; il aurait vécu dix ans en parfaite intelligence avec la première, et quinze années avec la seconde. Veuf pour la seconde fois, Petit-Jean, dont les neveux étaient nombreux, aima mieux se retirer dans un hospice que d’aller vivre chez les siens. Son indépendance lui était chère, et sa nouvelle retraite lui permettait de continuer ses travaux habituels.

Petit-Jean était placé daiTs le dortoir des hommes, et fut toujours considéré comme tel par les membres de sa famille et par les habitants del’Hôpital-Général, jusqu’à ce que. pansé pour une fracture de la clavicule, le médecin remarqua qu’il existait des restes de mamelles sur la poitrine du malade. A partir de cette époque, c’est-à-dire deux années avant sa mort, on fit la remarque que Petit-

Jean portait, nuit et jour, un gilet constamment boutonné et refusait tous les secours des infirmiers lorsqu’il était indisposé.

Cet individu est de petite taille, ses traits sont peu marqués et n’annoncent qu’une faible intelligence. Son développement physique ne différait pas de celui de la plupart des femmes de sa classe , et son intelligence suffisait à bien remplir les devoirs de son état de commissionnaire. Tl porte un peu de barbe sur la lèvre supérieure, comme certaines vieilles femmes ; rien au menton ni aux joues; la voix est grêle, le larynx peu prononcé.

Le 17 janvier 1842, je fus appelé pour faire l’autopsie de Petit-Jean, mort à l’âge de 71 ans, d’une bronchite chronique.

L’inspection du cadavre, à l’extérieur, dénote les formes d’une vieille femme; la tête est petite, le bassin développé. Il existe sur la poitrine deux longues mamelles aplaties ; les aisselles et le pénil sont presque glabres.

L’appareil génital externe est tout à fait celui d’une femme, mais moins développé ; c’est la vulve d’une fille de dix ans régulièrement conformée. Il n’y a pas de membrane de l’hymen; le vagin est libre et profond.

L’utérus est très-petit : le col de l’organe est sensiblement plus long que le corps. Le tissu de cette dernière portion est rougeâtre et assez ferme ; celui du col est blanchâtre, serré, demi-fibreux; il est difficile de distinguer les cavités de ces deux portions de l’organe.

J^es trompes, de longueur ordinaire, ont un mince calibre.

Les ovaires manquaient , ou bien plutôt ils étaient réduits à un très-petit volume et ne formaient plus qu’un mince renflement sur le bord du pli postérieur du ligament large.

En somme, l’aspect de toutes ces parties fait naître la pensée quelles n’ont jamais été complètement développées. Cette supposition est vraisemblable, car, dit-on, jamais, à aucune époque de sa jeunesse, on ne remarqua de pertes sanguines génitales chez cet individu. (C. Négrier; Recueil de faits pour servir à l’histoire des ovaires. Angers, 1858, gr. in-8°, pag. 23. )

Si l’on peut se dispenser de justifier le diagnostic anatomique inscrit en tète de cette observation, on ne saurait laisser passer sans commentaires l’histoire de cette femme regardée comme homme, et mariée par deux fois à ce titre. Quel singulier époux devait être un pareil individu? Par quelle série d’illusions a-t-il pu , toute sa vie durant, s’entretenir dans l’idée de sa sexualité masculine? D’autre part, quel savoir devait posséder la sagefemme qui, l’ayant mis au monde en l’an de grâce 1771, le fit inscrire sur les registres de sa paroisse comme appartenant au sexe fort? Certes, il y

a encore aujourd’hui bien des ignorantes parmi les accoucheuses, mais on croirait leur faire injure en les supposant capables de commettre une méprise aussi inouïe, une erreur aussi capitale.

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