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OBSERVATION II

Un enfant né à la Maternité de Copenhague le 27 juin 1844, au terme de sept mois, et mort peu après, offrait les anomalies suivantes :

Le pénis était remarquablement petit, mais du reste muni d'un prépuce qui’ refoulé, met à nu un gland mince, cylindrique et perforé. Le scrotum était, lui aussi, très-petit, sans raphé,et ne renfermait point de testicules, lesquels furent vainement recherchés.

L’ouverture anale manque complètement.

Le cordon ombilical ne renferme qu'une artère, l'ombilicale gauche et la veine.

Le canal intestinal est normal jusqu’à son extrémité inférieure où le colon descendant, fortement distendu par le méconium, s’infléchitde gauche adroite et paraît se perdre à la partie inférieure de la vessie. Celle-ci ayant été ouverte, on voit l'extrémité du gros intestin y déboucher par un orifice assez étroit, placé à la réunion du tiers moyen avec le tiers inférieur de la paroi postérieure de la vessie. On rechercha inutilement les uretères, les vésicules séminales et la prostate ; par contre, à l’endroit habituel du col de la vessie, part l'urèthre qui se continue dans le petit pénis. Par suite de la coarctation latérale delà cavité pelvienne, la vessie est plus haut placée que d’habitude.

A l’endroit où le péritoine se réfléchit de l’extrémité inférieure de l'intestin sur la paroi postérieure de la vessie, s’étend à droite, dans une direction transversale, un corps allongé, grêle, dontle diamètre longitudinal a 20,nm, et dont l’extrémité, arrondie au fond, a 6mm de large, alors que le reste a tout au plus 4mm de largeur. Ce corps, tapissé du reste parle péritoine, avait une structure évidemment fibreuse, et était pour la forme parfaitement analogue à un utérus unicorne; toutefois il n’avait pas de cavité intérieure. Sa connexion avec le cloaque était plus apparente que réelle, c'est-à-dire tout extérieure. De son extrémité arrondie tournée à droite, se détache en bas un cordon assez épais, lequel s'engage dans le canal inguinal et est manifestement le ligament rond. En haut et du côté de 1a. région lombaire droite, se trouve dans un repli péritonéal une trompe complètement formée, sur le côté interne de laquelle est un ovaire allongé et grêle. De cet examen on peut donc conclure sans hésitation à l’existence d’un utérus rudimentaire ( utérus unicorne) dont les appendices droites étaient bien développées, alors que les gauches manquaient.

En souvenir du cas précédent, la région lombaire gauche fut examinée, et dans un pli spécial du péritoine on trouva un ovaire très-grêle, et à côté, comme rudiment d une trompe, un cordon délié, avec frange rudimentaire à l’extrémité; en bas, celle-ci est en connexion avec un autre cordou délié qui, se perdant dans le canal inguinal, représente évidemment le ligamentrond de ce côté. Malgré un

loi

examen soigné, on ne trouva aucune liaison entre les organes rudimentaires placés à gauche et l’utérus unicorne droit.

Les capsules surrénales sont hypertrophiées.

Le rein gauche manque complètement, ainsi que son artère; à droite il est petit, aplati et vraiment rudimentaire, puisqu’il a à peine trois quarts de pouce en longueur, un demi-pouce en largeur et une ligne d'épaisseur; à la coupe, on constate un tissu cellulo-vasculaire, mais aucune trace de la structure caractéristique. De la partie supérieure de sa face antérieure au-dessous du point d’implantation de l’artère rénale, se détache un cordon mince, allongé, sinueux, dont l'origine infundibuliforme et la direction indiquent l’uretère. Ce cordon est imperméable dans toute son étendue, et au lieu d’atteindre la vessie il se perd une paire de lignes au-dessus de l'utérus dans un bulbe conique déstructuré fibreuse, résistant de consistance, qui descendant derrière le corps utérin paraît se confondre avec celui-ci d’une façon indissoluble. Ce bulbe est en connexion avec un autre placé plus à droite, qui se termine sur le côté par un cordon court, mince, se trouvanten bas en connexion avec le bulbe précédent, ayant la même structure et les mêmes rapports avec la face postérieure de l’utérus. On ne peut pas bien préciser si ce bulbe, placé à droite avec le petit cordon attenant, est un rudiment dîme seconde corne; mais il n’en est pas moins frappant et inexplicable que ce bulbe a une structure fibreuse analogue à l’utérus, et se confond avec celui-ci.

Le poumon droit, placé contre la colonne vertébrale, était rudimentaire: il avait la forme, la couleur et la coupe de la rate; son plus grand diamètre mesure trois quarts de pouce, sa largeur un demi-pouce; par l’insufflation, sa circonférence grossit d’un tiers, sa structure cellulaire paraît évidente, mais il n'est point lobé. A son bord interne on voit une artère pulmonaire très-grêle ; au-dessous de celle-ci est une bronche assez courte, et plus bas une veine pulmonaire aboutissant au ventricule gauche du cœur.

Le poumon gauche, le cœur et les gros vaisseaux sont normaux.

L’œsophage, après avoir franchi le diaphragme, s’inclinait à droite et à environ un demi-pouce du cardia, s’abouchait dans la bronche droite, à égale distance de la bifurcation de la trachée et du poumon droit. Dans une certaine étendue du conduit alimentaire on trouva des demi-arceaux cartilagineux.

Donc, après sa naissance, l'oesophage se terminait en cul-de-sac, et formait un réservoir musculeux, large en haut et grêle en bas. Deux dessins sont joints à la description et permettent de contrôler son exactitude.

( C .) A côté des observations de Balin et de Widerstein, on eût pu placer celle de Gofey-.mais, faute d’être relatée avec une véritable rigueur scientifique, il a paru préférable d’en reléguer le récit dans une note. Si notre

manière de voir était acceptée, cette trouvaille bibliographique serait le premier exemple connu de grossesse ovarienne extra-abdominale.

Au mois d'août 1706, une fille de 20 ans, présentant dans l’aine droite une tumeur grosse comme un œuf de poule, vint consulter M. Gofey, qui, après l’avoir examinée, diagnostiqua un bubon vénérien. Cette tumeur s’accrut petit à petit, tout en restant indolore. A raison de ses inégalités, elle eût été plus tard considérée comme une épiplocèle, si la constatation de battements artériels concomitants n’avait, en faisant écarter cette pensée, amené à soupçonner l’existence d’un anévrysme interne. Mais la tumeur acquérant de jour en jour un volume de plus en plus considérable (dans l’espace de deux mois elle atteignit un volume égala celui d’un pain d’une livre), la jeune fille supplia instamment Gofey de l’en débarrasser. Après s’être muni des instruments nécessaires, il incisa les téguments à la façon ordinaire et arriva sur le sac sous-jacent. L’ayant ouvert, il mit à nu un fœtus long d’un demi-pied, qu’il baptisa immédiatement parce qu’il donnait signe de vie, et après avoir lié le cordon ombilical il en fit la section d’après le mode usité.

Cette tumeur, qui aurait coïncidé avec la cessation des règles, serait due, d’après la manière de voir de Gofey, à ce que l’ovule fécondé se serait engagé à la suite du ligament rond, et aurait pris son développement dans l’anneau du muscle transverse. Avec juste raison Daniel Hoffmann ( Annotationes in Hypothèses Go feyanas. Francfort, 1719, in-8°, pag. 79 et suiv.) combat cette manière de voir, et n’a pas de peine à démontrer les impossibilités physiques de ce parcours problématique de l’ovule fécondé. En cela je suis tout à fait de son avis et m’associe complètement à sa critique. Au sujet de l’interprétation qu’il convient de lui donner, ne pourrait-on dire qu’il y avait une ectopie inguinale de l'ovaire droit, lequel ayant fourni l’ovule menstruel, aurait été fécondé sur place et serait devenu le siège d une grossesse extra-abdominale? En l’absence de détails circonstanciés, il est difficile d’être plus affirmatif, mais cependant si cette observation est authentique, comme on est autorisé à le penser, si cette tumeur de l’aine contenait réellement un fœtus, on ne voit pas quelle soit susceptible d’être expliquée d’une façon différente.

De son côté, Rizzoli (de Bologne) raconte le fait suivant:

Le 12 mai 1844, entra à l’hôpital du Ricovero une veuve de 46 ans. Elle nous raconta avoir appris de sa mère qu’à sa naissance on avait remarqué dans la région inguinale gauche une petite tumeur de la forme et du volume d'un testicule d’enfant. Par suite de cette anomalie, on était même resté incertain sur la réalité de son sexe, jusqu’à ce qu’un médecin, ayant trouvé les parties génitales

externes parfaitement conformées, déclarât quelle appartenait au sexe féminin. A l'âge de la puberté, la tuméfaction augmenta de volume, et les menstrues ne présentèrent rien de remarquable. Après le mariage, elle accoucha de deux filles; à l'accouchement de la dernière, qui eut lieu à l’âge de 24 ans, elle ressentit une violente douleur dans l’aine gauche, et peu après la tuméfaction augmenta, donnant lieu à tous les symptômes de la hernie étranglée .

Un traitement convenable permit d'obtenir la réduction de la hernie, mais il fut impossible de réduire l'ancienne tumeur inguinale. On essaya ensuite l'application de divers bandages, mais aucun ne fut supporté; l’intestin sortit de nouveau, et l’on eut une hernie inguino-labiale.

Pendant plusieurs années, la malade ne fit aucune attention aux changements qui survenaient dans son infirmité, et elle ne vint demander du secours que lorsqu’elle fut prise d’un second étranglement. Vu la gravité des symptômes, la herniotomie fut pratiquée immédiatement.

Dès que le sac fut ouvert, j’eus sous les yeux une grosse anse de l’iléon étranglée et prête à se mortifier; aussitôt la réduction de l’intestin opérée, se présenta un second viscère ayant la forme et les dimensions d’une nouvelle anse intestinale: c’était la trompe, énormément dilatée et adhérant avecl’ovaire à la paroi interne du canal inguinal. Je me décidai à couper avec des ciseaux les attaches qui réunissaient le péritoine, la trompe et l’ovaire aux parties voisines, et à faire rentrer le tout dans l’abdomen.

A la mort, survenue six jours après par le fait du sphacèle de l’anse intestinale étranglée, l’ovaire contenu dans la hernie fut trouvé plus gros que celui du côté opposé; la trompe, énormément développée, ressemblait à un intestin, avait des parois très-épaisses et contenait un corpsquele professeur Alessandrini crut être un œuf pathologique. Le ligament large, qui avait été coupé pour faire la réduction, et le péritoine lui-même, ne présentaient pas la plus petite trace d’inflammation. (Clinique chirurgicale, tr. p. Andréini. Paris, 1872, pag. 328.)

11 est regrettable que Rizzoli ne soit pas entré dans de plus amples détails à l’égard du corps contenu dans la trompe ; d’après le dessin joint à l’observation, on a lieu de penser que l’opinion d’ Alessandrini est exacte, mais on n’eût pas été fâché de savoir les éléments constitutifs de cette môle tubaire.

(D.) Une brebis de 4 ans passés, appartenant à la race Layolle (du Cantal), fut abattue h Nimes, le 15 mai 1870. D’après les renseignements fournis, elle était restée inféconde et n’avait, point eu le rut; à aucune époque de la vie on ne l’avait vue se presser contre le bélier, le suivre, le flairer. Elle se conduisait comme si elle avait été châtrée, et avait les mamelles aussi peu prononcées que possible.

Néanmoins sa taille et son développement étaient ordinaires, et son poids en viande nette était de 20 kilog.

La vulve, le vagin, l’utérus, les ovaires et les trompes sont de forme normale, mais remarquablement petits.

La saillie du col intra-vaginal est insignifiante, pour ne pas dire nulle : elle a à peine un demi-millimètre en longueur et le volume d'une lentille.

Le col et le corps utérin, mesurés ensemnle, ont seulement 24mm en longueur, 8 en largeur et 7 en hauteur

Le morceau parallèle, ou jonction des cornes , a 23mm en longueur et 1 1 en largeur; ouvert par la face inférieure, on trouve dans chaque corne deux rangées seulement de cotylédons, alors qu'habituellement il y en a quatre ; ceux-ci sont très-petits, à peine ébauchés, au nombre de dix pour chaque rangée, au lieu de quinze. Quant à la partie disjointe des cornes, elle a seulement 3mm en longueur.

Pour faire bien ressortir la différence existant entre cet utérus et celui d’une agnelle d’un mois, j’ai mesuré dix utérus de cet âge, et en ai tiré la moyenne: la première colonne est consacrée à cette moyenne, la seconde à la brebis étudiée.

Longueur du col et du corps utérin. .

Largeur

Hauteur

Longueur du morceau parallèle

Largeur

Longueur des cornes disjointes

Longueur totale de l'utérus

En somme, cet utérus est normal, mais moins

volumineux

dans ces diverses

parties qu’à l’âge d’un mois.

La portion transversale des cornes et les trompes ont ég

alement la forme

normale, mais un volume en rapport avec celui de l'utérus. Quant aux ovaires,

si on les compare aux ovaires des agnelles de lait,

on trouve une différence encore

plus marquée, que met en saillie la comparaison des chiffres suivants :

Longueur de l’ovaire droit

Hauteur •

Epaisseur

Longueur de l’ovaire gauche

Hauteur

Epaisseur

En d'autres termes, ces ovaires étaientplus petitset avaient tout à fait la forme d'une graine de melon ; ils sont blancs, d’une couleur nacrée, et no portent trace de vésicules. C’est seulement à l’aide d'un grossissement de 175 diamètres qu'on

constate quelques rares vésicules et une structure identique à celle des ovaires d’un agneau de naissance.

Les artères utéro-ovariennes sont très-grêles, ainsi que les vaisseaux du plexus pampiniforme.

En résumé, c'est là un exemple incontestable d’état fœtal de l'appareil génital tout entier, constaté sur une brebis de quatre ans et demi ayant le développement corporel propre à son âge.

(E.) Sans avoir le dessein de faire dans cette note l’exposé de la science sur la question, il a paru intéressant de relever les cas recueillis chez les nouveau-nés, d’autant que leur connaissance précise servira pour le diagnostic anatomique de l’absence unilatérale.

Sauf erreur, le premier cas a été rapporté par M. Lorain. Il a présenté à la Société anatomique ( Bulletin 1852, t. 27 , pag. 202) un kyste de l’ovaire rencontré sur un nouveau-né. Du côté droit, les organes génitaux sont sains; du côté gauche, on ne trouve point l’ovaire ; on voit que la trompe est brusquement coupée en un point, mais quelle se continue par un faible pédicule avec un corps que l’on reconnaît facilement pour être l’ovaire ; celui-ci se trouve transporté du côté droit et renferme un kyste uniloculaire dans lequel se trouve un liquide épais, couleur chocolat. Sur le cadavre d’une fille de quatorze jours, Rokitansky (. Lehrbuch d. path. Anal. 1861, t. III, pag. 415) trouva la corne gauche de l’utérus inclinée de ce côté, et l’ovaire gauche converti en un sac du volume d’une noisette, contenant un coagulum brun rouillé. A l’angle de la corne gauche, s’insère un moignon de trompe à peine perceptible, en forme de cordon ; quant au ligament ovarien, il manque tout à fait. En cet en droit et dans l’étendue de cinq lignes, est une bande dépourvue de péritoine. Au-delà de cet endroit se trouve, avec un tronçon du ligament ovarien, la trompe débarrassée de tout rapportavec l’utérus, et placée à la face antéro-inférieure du sac ovarien. De l’extrémité interne du sac ovarien, se détache une plaque pseudo-membraneuse, large de trois lignes, longue de sept à huit, qui s’insère à la partie interne de l’S iliaque. En ouvrant l’abdomen d’une fille de trois semaines, Heschl (Œsterr. Zeits. fur prakt. Heilli. 1862, n° 20 ) tomba sur un corps glanduleux, arrondi, flasque et fluctuant, rempli d’un liquide rouge sale, d’un pouce de diamètre, dont la surface ne présentait trace d’adhérences, et qui était revêtu d’une

séreuse, à l’exception d’un petit endroit. Ce point contient un corps muni de plusieurs cavilés très-petites } il est cylindrifortne, long d’environ cinq lignes, épais de deux à trois, et a une de ses extrémités munie d’une petite cavité arrondie, alors que l’autre offre une crêpure un peu saillante, blanchâtre et à plis délicats. La paroi supérieure de la gousse a l’épaisseur d’une forte feuille de papier. A l’intérieur, caillot graisseux, mou, rouge couleur brique, et liquide de couleur analogue ; la surface interne est lisse et revêtue d’une bordure rouge clair. Dans toute l’étendue du péritoine, on ne trouve trace d’adhérences. La trompe et l’ovaire gauches, ainsi que l’utérus, étaient normalement conformés. Au point présumé d’insertion des annexes droites, le bord de l’utérus se termine par un moignon de deux lignes de diamètre, d’une ligne et demie de hauteur, lisse et arrondi, et par une toute petite cavité au milieu de sa surface terminale. On ne trouve trace de la trompe de l’ovaire et du ligament large du côté droit; au contraire, le ligament rond correspondant et l’extrémité antérieure du ligament large étaient présents.

(F.) On croit superflu de donner une description plus circonstanciée de cette truie à utérus unicorne; mais on me permettra de relater les deux cas de ce genre recueillis sur la brebis. Celui exposé en premier lieu n’a pas, il est vrai, une grande importance; mais, rapproché du suivant, il sert à faire ressortir les changements, les modifications, apportés par la grossesse dans cette anomalie.

I. Une brebis de race Sommeirol , âgée de 3 ans, fut abattue à Nimes, le 17 novembre 1870 ; elle avait porté au moins une fois, car les mamelles étaient considérablement développées.

La vulve et le vagin sont normaux.

Le col et le corps utérin sont cylindriques, à direction rectiligne et ont, réunis, une longueur de 35ram ; ils sont larges et hauts de 10mm seulement. A la terminaison du corps, il y a un rétrécissement en forme d’anneau d’où se détache la corne unique, laquelle est, dans la première partie de son trajet, fortement convexe et dirigée de gauche à droite et d’arrière en avant. Après ce coude, elle est à peu près rectiligne, puis, se coudant de droite à gauche, elle donne naissance à uneportion transversale à convexité antérieure et à longueur de 25mm. A sa terminaison gauche elle décrit deux volutes d’où part la trompe correspondante, qui est tout à fait normale.

UO

La corne unique a de 12 à 13,mn de largeur; elle est cylindriforme. Son bord droit est revêtu du péritoine et ne présente vestiges de replis ni de ligaments. Le bord gauche a au contraire l’aspect ordinaire ; à 6mm environ de celui-ci, et à 35mm qu bord antérieur de la partie transversale, est placé l'ovaire unique, de forme sphérique.

Cet organe a en longueur 17min, en largeur 13, en épaisseur au niveau de 1 oariule 11. Il pèse 1 gr. 50, et seulement 1 gram. si l’on défalque le poids de l'oariule. Celui-ci est de date récente ; il est rouge-chair et contient une petite cavité centrale. Outre cet oariule, on relève deux taches brunâtres, reliquats d oariules en décadence et des vésicules dont une, très-développée, a 8mm de diamètre.

La longueur totale de l’utérus est de 10 cent.; la cavité est normale et renferme une soixantaine de cotylédons.

En résumé, un ovaire et une trompe se rencontraient sur cet utérus unicorne gauche, et il n’existait pas le moindre vestige, ni delà corne, ni des annexes du côté droit.

Dans la seconde observation, on constatait au contraire l'existence de l’ovaire, de la trompe et de la corne du côté droit, mais ce n’est là qu’une différence accessoire. Son intérêt capital réside surtout dans la rupture du vagin, dans l’oblitération du col utérin, dans l’enkystement du produit de la conception, dans les modifications de celui-ci concordant avec la bonne santé de l’animal. On doit encore signaler la manière d’être de l’ovaire continuant à fonctionner en dépit de l’existence d’un foetus intra-utérin, fait unique dont je ne connais pas d’analogue dans la science. Dans mes recherches sur les ovaires des animaux domestiques, je reviendrai sur cette observation, et, la publiant dans tous ses détails, je joindrai tous les commentaires dont elle est susceptible ; pour le moment, on voudra bien se contenter de ce simple résumé, suffisant à la faire connaître dans ce qu’elle a d’essentiel .

IL Sur une brebis de 4 ans et demi environ, ayant les mamelles très-peu accusées et n’ayant jamais mis bas, M. Louis Souchon, dont l’obligeance a singulièrement facilité mes recherches sur les animaux de boucherie, remarqua à la partie postérieure de la cavité abdominale une tumeur complètement isolée de la vessie et du vagin, qui occupent leur position normale, tumeur adhérente au grand épiploon et recevant du côté droit des vaisseaux.

Dégagée de l’épiploon et soumise àmon examen, cette tumeur se présente sous

la forme d’une ellipse irrégulière ayant dans le sens antéro-postérieur un grand diamètre, 22 cent., dans le sens transversal de 14 à 16 cent., et de haut en bas 12 à 14 cent. Son poids total est de 1,950 grammes.

Ses faces supérieure et inférieure sont convexes d’une manière à peu près uniforme, et décoloration blanchâtre. Son tissu, épais de 2 à3mm,atout à faitl’aspect du tissu utérin gravide, et à travers les parois on reconnaît, d’une façon suffisamment nette, les diverses parties du fœtus qu’elle renferme. Ainsi, les bipèdes postérieurs sontlogés à droite dans la portion transversale delà corne ; les bipèdes antérieurs sont au contraire placés vers l’extrémité inférieure du col, qui est presque aussi large que le corps ; quant à la tête, elle est placée à gauche, ayant l’occiput en arrière et le museau en avant, c’est-à-dire fortement recourbé sur le dos.

Le bord gauche de la tumeur est fortement convexe; il se dirige d’arrière en avant et obliquement de gauche à droite ; nulle part on ne remarque sur le bord vestiges de corne, de trompe, d’ovaire, de vaisseaux utéro-ovariens et de ligament large.

Le bord droit de la tumeur est d’une manière générale fortement concave ; il présente d’avant en arrière une portion transversale très-marquée, recevant les membres postérieurs du fœtus; à la suite se trouve une sorte de boudin à coloration brunâtre ayant le diamètre du pouce et 10 cent, de longueur, et arrivant par son extrémité postérieure à très-peu de distance du col. Ce boudin, dans lequel sont contenues les eaux de l’amnios, est formé par la distension de la partie terminale de la portion transversale de la corne droite et du segment initial de la trompe correspondante; à son extrémité on relève quelques flexuosités et un petit cordon ténu qui se comporte comme la trompe.

Quant à l’ovaire placé à 8mra du bord concave de l’utérus, il est en forme d’amande, pèse 140 centigr., a 19mm en longueur, 12 en hauteur, et 8,5 en épaisseur. Sa surface est parsemée de nombreuses vésicules à divers degrés de développement, et à la dissection on y relève deux taches jaunes, une tache brunâtre et deux oariules de date récente. Celui placé à l’extrémité externe est plus petit que d’habitude ; il a seulement 6ram ; il est creusé d’une cavité centrale, laquelle ne contient point de liquide. Quant à l’autre, placé à l’extrémité interne et arrivant près du bord adhérent, il a le volume ordinaire : il a llram,5 dans le sens longitudinal, et 8mm dans le sens transversal; ses parois, molles] et de coloration rougeâtre comme le précédent, circonscrivent une cavité ayant jusqu’à 6mm de diamètre.

Les vaisseaux utéro-ovariens, contenus dans un ligament péritonéal très-fort, très-épais, ont une longueur insolite, puisqu’ils mesurent 25 centirn. Cette élongation anormale est due à la manière d’être de cet utérus unicorne. N’étant'plus retenu par le vagin et étant tiraillé en sens inverse par les adhérences épiploï-

ques, cet organe s'est déplacé petit à petit et a amené conjointement l'élongation des vaisseaux. A 2 cent, de l’ovaire, l’artère utéro-ovarienne se divisait en deux branches: l une se rendait à l'ovaire, où elle pénétrait par le bord adhérent; l’autre s’inclinait en dedans et se subdivisait en une foule de rameaux, pour aller porter les éléments nutritifs à l’utérus.

I/extrémité antérieure, ou fond de l’utérus, est fortement convexe et est sans contredit la partie la plus large; quant à l’extrémité postérieure, elle présente de gauche à droite : 1° une saillie arrondie formée par l’occiput du fœtus ; 2° une dépression assez profonde délimitée d’un côté par la saillie précédente, et de l’autre par le segment de vagin; 3° une cavité de 2 à 3 cent, de longueur, admettant largement le pouce et étant tout ce qui reste du vagin attenant à l’utérus. A en juger par la différence de longueur de ce segment suivant le côté examiné, par la manière d’être des fibres qui forment une espèce de frange terminale, parla cicatrisation de leur bout postérieur, on est autorisé à conclure à l’ancienneté de la lésion.

Au fond du vagin est une cicatrice correspondant au méat utérin. Vient-pn à la détruire, on arrive sur les membranes fœtales, et enfin sur le fœtus, qui présente toutes les apparences du terme. Son poil est long et épais, toutes ses parties sont bien formées; seulement ses chairs ont subi une sorte de momification , et il ne s’en exhale aucune mauvaise odeur.

A défaut de renseignements précis, on en est réduit à conjecturer; mais on ne croit pas être éloigné de la vérité en admettant que ce fœtus était enkysté dans cet utérus unicorne depuis trois ans environ. Quant à la cause réelle de ce séjour prolongé du fœtus, elle ne nous est pas mieux connue: est-ce l’oblitération du méat? est-ce la rupture du vagin? On ne sait; toujours est-il que ce fœtus a été toléré par l’économie, que l’ovaire a repris ses fonctions habituelles , témoin les taches relevées et les deux oariules constatés, et que l’animal a continué à se développer, puisqu’au moment de sa mort il présentait en viande nette le poids ordinaire aux individus de sa race.

(J.) La castration est de pratique ancienne. Hésiode, qui vivait huit siècles avant l’ère chrétienne, en parle comme d’une chose usuelle. Au vers 785% il dit : «Le sixième jour ne vaut rien non plus pour la naissance des filles; il est bon pour châtrer les chevreaux et les troupeaux de brebis. » Au vers 790e, il dit encore: «Le huitième jour du mois, tu peux châtrer le pourceau et le bœuf mugissant; le douzième les mulets laborieux.»

Aristote (De animalium hist., lib. IX, cap. 4) et Pline ( Collection Panckoucke, t. 6, pag. 279 ) parlent de la castration des truies et des femelles de chameaux. Soranus d’Éphèse, dans son Traité sur la virginité, invoque

l’exemple de la truie dont la matrice a été retranchée ; elle devient plus forte, elle engraisse mieux parce qu’elle est privée de l’organe par lequel se fait la menstruation. L’antiquité fournit encore d’autres témoignages, mais je termine par le suivant, emprunté à Rousset ( Traité nouveau de l’Hystérotomotokie. Paris, 1 58 1 , pag. 1 53): « J’ay veu un vieil berger lequel, sur la fin de l’automne, ne faisait que le cerf d’ainsi chastrer ses vieilles brebis mères, quelques pleines qu’elles fussent, tant pour ce que mal aisément eussentelles passé l’hiver autrement, que afin de les mieux, et plustost, et à moindre coust engraisser et rendre tendres, savoureuses et de meilleur goût que n’est aucune chair de franc mouton , sans que nulle en mourût, ou fût desgouttée ».

De nos jours, en France du moins, les truies et les vaches sont les seules femelles châtrées, et, à l’imitation de Bartholin, on fait consister l’opération dans l’extirpation des ovaires. C’est du moins ce que font les opérateurs exercés, car il en est d’autres qui enlèvent en même temps les cornes de l’utérus. Quoi qu’il en soit, il est à noter qu’à la suite de cette opération faite communément dans les deux premiers mois, la croissance de l’utérus est complètement arrêtée, et que le volume de cet organe reste stationnaire.

La pratique de la castration, commune chez les jeunes truies, est au contraire très-rare chez les vaches, et on a lieu de douter quelle finisse par se généraliser. Thomas Winn, agriculteur des États-Unis, a bien prétendu que les vaches châtrées étaient les meilleures laitières ; mais son assertion est contredite, et parla théorie, et par l’observation. D’après M. Desbans, vétérinaire dans le Calvados, et M. Charlier, vétérinaire à Reims, la production du lait n’augmente pas sensiblement, et deux ou trois mois après l’opération la quantité de lait suit une proportion inverse de l’embonpoint, qui va rapidement en augmentant.

Cette opération est spécialement applicable aux taurelières. Ces vaches, affectées d’une véritable fureur ovarienne, ont l’œil hardi, les oreilles dressées; elles infléchissent fréquemment les reins, agitent sans cesse la queue, qu’elles portent haut, et on remarque aux deux côtés de son origine une dépression que produit une sorte de rétraction de la vulve. Ces vaches sont sans cesse en mouvement, sautent à tout instant sur les autres et ne prennent

ni repos ni embonpoint. Dans l’herbage, elles fatiguent continuellement tout le bétail, attaquent le taureau lorsqu’il veut fonctionner, font de grands efforts pour le remplacer et parviennent quelquefois à l’éloigner. Cette tourmente continuelle empêche l’engraissement, oblige d’enlever la vache taurelière de l’herbage, et delà vendre à vil prix. L’enlèvement des ovaires est le seul remède à cet état: il fait disparaître tous les symptômes, et à la suite l’animal, devenu plus tranquille, engraisse rapidement avec la même quantité d’aliments qui servait autrefois à son entretien.

Puisqu’on est sur le terrain de la physiologie comparée, on me permettra de relever dans cette note une observation de Davaine, relative à un état rudimentaire de l’ovaire gauche constaté sur une poule de treize à quatorze mois. Cette poule, grande et forte pour son espèce, n’avait au premier abord rien qui ne fût en rapport avec les attributs de son sexe ; peut-être les plumes du col étaient-elles plus longues et plus soyeuses que d’ordinaire, rappelant celles du chapon. Les ergots étaient très-développés, ayant 12 millimètres de longueur et 10 d’épaisseur. Cette poule n’avait jamais pondu et n’était point recherchée parle coq. On connaît dans beaucoup d’animaux l’influence provocatrice qu’a sur le mâle le rut de la femelle, et le rut est déterminé par une condition particulière de l’ovaire qui amène la femelle à se rapprocher du mâle. Les poules semblent indifférentes et passives dans le rapprochement sexuel ; mais il y a évidemment un appel au mâle déterminé par l’évolution naturelle de l’ovaire. D’un autre côté, cette poule n’avait point chanté le coq et ne cherchait point à en jouer le rôle à l’égard de ses compagnes. Vivant en bonne intelligence avec les volatiles de son espèce, elle n’était point aggressive ni battue. Par suite de l’existence d’un seul ovaire chez les gallinacés, l’atrophie de l’ovaire gauche avait produit sur le développement des organes de cette poule le même effet que leur absence complète. (Gaz. méd., 1866, pag. 55.)

(H.) Dans cette dernière note, relative aux trois derniers chapitres, on ne s’est pas contenté de donner simplement l’indication bibliographique des observations colligées, mais encore on a relevé quelques détails intimes: ainsi, avec la lésion, on a indiqué la manière d’être de l’utérus, l'âge du sujet et les particularités intéressantes qui n’ont pas été consignées dans le

texte. Cette manière d’agir a paru préférable à toute autre, car, en même temps qu’elle complète cette étude, elle rend moins aride, moins ennuyeuse la lecture de ces trois index. Comme on l’a déjà fait dans l’ouvrage De l’atrésie des voies génitales de la femme , on a suivi dans l’exposé l’ordre alphabétique ; mieux que l’ordre chronologique, il facilite les recherches et permet de rectifier les oublis. Je serais heureux qu’on voulût bien me signaler ces derniers , et j’accueillerai avec la plus vive reconnaissance tous les documents inédits concernant les anomalies des organes sexuels de la femme, car j’ai le dessein de publier sur la matière un traité complet.

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